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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 03:31

  Australie.jpg                Ohh facile ! Du travail ! Il y en a en bas de la porte, dans la rue, il n'a qu'à se baisser! Et oui, je crèche à Kings Cross, dans le quartier des putes et de la drogue. Je plaisante. En Australie et à Sydney où je me trouve, le plus facile pour trouver un job est de travailler dans l'hôtellerie ou la restauration. J'y travaille comme aide-cuisinier et cet article voudrait rendre compte de ma modeste expérience.

 

1. Travailler en Australie : le Working Holiday Visa d'un an. 

 

                Dans mon auberge, il y a des asiatiques payés $10/h. Il y a des européens qui astiquent les assiettes comme plongeurs pour $14 ou $15 de l'heure. Il y en a d'autres qui font la fine gueule (pour de la restauration, c'est plutôt mélioratif une fine bouche) et qui veulent du $18 ou du $19. Ohhh les gourmets...Du coup, ils restent deux à trois semaines à attendre de trouver le bon employeur qui leur "offrira" un salaire décent. Et puis vient le moment où le compte en banque vire au rouge (salops de communistes) et deviennent obligés de se vêtir d'une cape d'esclave en allant vendre leur carcasse à un salaire de misère.

 

                A Sydney, il y a du job. Surtout vers novembre, quand s'en vient l'été. En restauration principalement. Mais aussi dans l'hôtellerie, ils vont refaire les lits et nettoyer les douches des poils de c*** des touristes. Ceux qui ont la langue bien pendue jonglant avec une bonne gamme de vocabulaire anglais, vont pouvoir aller vendre. Vendre quoi? Des pots de yaourt, des assurances-vie, des droits de succession, des porte-clés? Qu'importe, vendre pour rapporter des dollars aux entreprises. Mais au moins, ça rapporte dans les grandes villes. Ils embobineront le client en l'achalandant avec des promesses de produits révolutionnaires qui le ruineront, mais ils seront récompensés par leur direction d'avoir fait du bon business. Petit juste-au-corps, chemise saillante, petit jean moulant et chaussures pointues, l'avenir appartient aux prédateurs et un jour, Dieu (l'argent) reconnaîtra les requins. Il n'y a que ça qui compte partout dans ce monde riche de nos jours, la vente en porte-à-porte ou sur les plateaux de télévente. Des boulots inutiles pour la société et qui ne servent à personne, en somme. Ou bien des petits jobs de sous-main, sous-main du capital, des bourgeois et du patronat. Malheur au romantique du travail, à la fleur bleue des utopies qui souhaite vivre de ce qu'il aime faire. L'argent passe avant les compétences et la connaissance, il faut beaucoup d'argent. Il faut surtout en faire beaucoup et toujours plus, mais pas pour soi, c'est l'idéologie du siècle : la vie de chaque Être, de chaque backpacker en Australie est rythmée par l'argent, par le comptage des p'tits sous qu'on dépense trop vite. L'humain d'abord ? C'est quoi ? Bien sûr, si vous êtes plombier, électricien, coiffeur ou boulanger, si vous avez des compétences manuelles et de l'or dans les mains, vous n'aurez pas de problèmes pour travailler ici. Il faut arriver en Australie avec un vrai métier pour être bien.

 

2. Travailler en ville?

                Bon je redeviens sérieux. A propos du travail de backpacker en Australie, il y a des mythes à déconstruire. On dit que pour un backpacker (voyageur) en Working Holiday Visa, il est aisé de faire fortune en Australie. Il est vrai qu'on est presque quatre fois plus qu'en France. Que l'on "empoche" presque un Smic par semaine. Mais le coût de la vie est aussi plus élevé et ce pays est un (faux) paradis du consumérisme outrancier. Pour avoir un bon taux horaire, ne pas chercher à Melbourne ou Sydney. Aller plutôt dans le Nord du pays-continent, dans le Territoire du Nord ou dans l'Etat du Queensland, où les salaires sont plus élevés.

 

                Mais j'ai déjà passé trop de temps dans le nord, je me trouve à Sydney. Alors après avoir chopé un plan de la ville le premier jour, on part imprimer 10, 20, 50 CV (resumes). On arpente le trottoir dans les coins les plus fréquentés. C'est en quelque sorte faire le tapin car on demande des postes sous-qualifiés. Qualification officielle pour signifier esclaves d'entreprises. Aide de cuisine, plongeur, servant de maison ou d'hôtel, baby-sitter, ramasseur de fruits...C'est facile de trouver du boulot à Sydney si l'on parvient à émarger de sa tête l'intéressement au salaire ainsi que l'environnement de travail. A consentir à son aliénation. Je n'ai plus aucun CV dans ma besace. Et, avec sagacité pour ne pas vexer par une réponse négative trop brutale, l'on me rétorque : "We give you a call if we are in need". "On vous appelle si on a besoin". Ok, donc vous ne m'appellerez pas. Ici, s'il y a besoin, le boss propose d'emblée de venir faire un essai de quelques heures le jour même. Souvent, il s'agit de deux ou trois heures, gracieusement données par l'esclave, non payées. Le backpacker est une sorte d'esclave en servitude volontaire : il est sous-rémunéré, il le sait parfois, mais il est quand-même content de cette situation avilissante et il en redemande car ce sont toujours des dollars de pris.

               

                Tout n'est pas que noir, heureusement il y a du bon : le côté ultra-flexible de ce système libéral apporte une facilité au voyageur en recherche d'emplois. En instabilité permanente, (en itinérance, le voyageur peut s'accommoder d'une vision à la semaine), être payé à la semaine facilite le voyage, et nécessite peu d'engagement mais si c'est hyper précaire. Et il suffit parfois juste de marcher dans la rue pour postuler à une offre d'emploi, placardée à la devanture des commerces. Ainsi, il n'est pas rare de lire aux portes des magasins : "Workers wanted". Car il y a une demande globale énorme. On se lève en vacances, et puis on ignore que le soir même, on sera en train de travailler. C'est précaire, car on peut se faire jeter d'un moment à l'autre sans préavis, et on ne peut jamais sceller nos plans, mais les perspectives à long terme du backpacker sont précaires aussi, donc d'un côté, cela compense. C'est aussi une certaine forme de liberté : personne ne vient nous prendre par la main pour nous assumer. C'est à chacun de se prendre en charge, même s'il existe une entraide, une solidarité indéniable entre voyageurs, avec lesquels il n'est pas dur de tisser du lien social assez dense. C'est le deal : on a voulu un visa d'un an à l'autre bout du globe, alors c'est le moment de découvrir de nouvelles expériences, d'en apprendre énormément sur les gens de tous horizons, de transformer un anglais boiteux en langage à peu près correct au milieu d'allemands bilingues qui sont fiers de juger les frenchies sur leurs lacunes. Oui, les français sont vraiment nuls pour parler l'anglais mais ce n'est pas pire que les taïwanais ou les japonais. C'est comme un stage de la vie. Je crois que pour quiconque reste plus de 3 mois en Australie, ce voyage transforme radicalement chaque individu pour longtemps ou pour toujours malgré l'exploitation et les contraintes économiques.

 

3. Une main d'œuvre peu chère corvéable à merci.

                Le backpacker, travailleur en voyage, ouvrier "upper-class" en émigrance, est un soldat d'une main d'œuvre peu chère corvéable à merci. "Cheap labour", comme ils disent en anglais. Il scrute les annonces et fait du porte-à-porte à l'affût du moindre job. Il est même heureux de trouver un job de nettoyeur de toilettes. Car il économise de la monnaie pour son voyage. Ou il assure ses dépenses. Au mieux, il se refinance et réorganise ses projets. Le travail et son salaire, c'est toute une idéologie ici, ça hante pas mal de discussions dans les auberges, sujet évidemment sujet à la mise en compétition entre les sujets. Et c'est là que jouent les réseaux, les transferts d'information, de numéros de patrons qu'on se refile, les récits d'expériences, les bons plans et les moins bons. L'auberge de jeunesse (backpackers) a donc parfois des allures d'agence d'emploi, témoignages en prime. Mais il y a tellement dépenses et de voyageurs qu'il faut sauter sur le moindre boulot (ou presque), pour ne pas laisser filer sa chance. "Au plus fort la pouque", dit-on en Normandie. Une guerre économique adoucie car délocalisée aux tropiques.

 

                Ca y'est, j'ai écoulé mes 40 CV. Les restaurants du quartier sont au courant que je cherche des dollars. Que peut-on faire de plus ? Attendre, et puis sonner à nouveau aux mêmes portes pour relancer les patrons "timides" ou ceux qui oublié que j'ai besoin de 600 dollars par semaine. Certaines gargotes, certaines entreprises font pâlir d'envie bien plus d'un backpacker. Beaucoup de candidats, peu d'élus. On entend ci-et-là dire des énormités ahurissantes, comme quoi s'il est parfois difficile de trouver un travail bien rémunéré, c'est à cause des asiatiques, trop nombreux, qui tirent les salaires vers le bas. La logique inhérente à l'entreprise partout dans le monde qui pousse à sous-rémunérer le travail pour le capital, n'est évidemment pas remise en cause. On est à deux doigts, dans ce discours, du racisme à l'européenne : "les asiatiques nous volent notre travail". Version remasterisée du "dehors les arabes qui volent le pain des français". Peut-être une réminiscence de ce que papy disait devant TF1 de son temps vivant, électeur de Pierre Poujade et abonné en 1968 à Minute ou au Figaro, mais qui a été modernisée lors du visa en Australie. Sauf que les européens qui affirment sans complexes ces bêtises sont aussi émigrés au même titre que ceux qu'ils dénigrent... Effectivement, nombre d'asiatiques acceptent de travailler à $10/h en Australie, ils se font exploiter et ne bronchent pas. Les patrons, qui en plus payent ces $10/h au noir, car il est interdit de payer moins de $15/h, s'accommodent évidemment bien de cette main d'œuvre docile et muette. Mais en rien cela ne fait baisser les salaires. En tant qu'européen, je reste rémunéré entre $15 et $21/h selon les régions où je vais.

               

                C'est la logique totalitaire du capital qui fait baisser les salaires, pas le nombre de travailleurs. Elle instaure un climat économique ségrégationniste : les européens sont payés de $15/h à $18/h en net, tandis que les asiatiques, eux, ne peuvent prétendre qu'à $7/h ou $10/h.

 

4. Oui mais qui tire les salaires à la stagnation en France?

                Pour la France, c'est le fait qu'ils soient indexés sur la croissance du PIB, et non plus sur l'inflation (l'indexation des salaires sur l'inflation a été supprimée par le PS sous le gouvernement de Pierre Mauroy en 1982...belle œuvre de socialisme). Comme la croissance est "molle", voir négative (récession) et que l'inflation tourne autour de 2-3% de hausse générale de prix, les salaires stagnent, voir baissent comparé à l'élévation du coût de la vie. Soit dit en passant, petite note à l'attention des gloseurs de droite et de gauche se disant contre l'immigration : le lien entre travail et immigration est un concept fallacieux du FN rendu propre à la consommation par l'ancienne présidence. C'est un raisonnement d'arrière garde. Un pays peut limiter autant que possible son immigration, voire fermer ses frontières, les entreprises n'offriront pas plus pour autant de travail et les salaires n'augmenteront pas pour autant tant que le profit immédiat du capital est recherché avant l'investissement dans le facteur travail (emploi, ressource humaine). Cela est un non sens économique. Car celui qui vient s'installer dans un pays, si l'Etat lui laisse la chance de pouvoir travailler, reçoit un salaire (qui doit être légalement au même niveau que les locaux) qu'il consomme en partie et il contribue ainsi à l'économie nationale. En clair, il produit de la croissance économique. Celle-ci permet en retour de fournir à tout le monde, locaux et immigrés, un accroissement de la demande, de l'emploi, des salaires, etc. Vous pourrez toujours stopper les flux de migrations, les entreprises auront toujours tendance à tirer les salaires à la baisse, même avec une "France aux français". Car c'est le leitmotiv d'une entreprise capitaliste, immigration ou non, que de limiter son coût de production (coût du travail) tout en augmentant ses marges, son taux de profit immédiat (le facteur capital). Et étant calqués sur la croissance du PIB, en temps de récession volontairement organisée, (cf mes articles, entre autres, sur les lois d'austérité en Europe, la "crise" et le traité TSCG), les salaires ne risquent pas d'augmenter tant que l'Etat se privatise, même sans flux de migrations entrantes. Mon raisonnement est certes idéologique (Keynésien), mais au contraire, un afflux de travailleurs (si tous sont payés décemment) au lieu d'un afflux de capitaux sur le marché spéculatif, provoque une baisse du temps de travail par tête, un bond de la production, une hausse du couple offre/demande, de l'emploi et des salaires. Donc, une population certes plus nombreuse, mais qui vit mieux. La politique prônée par le FN, qui dit vouloir freiner l'immigration tout en acceptant l'austérité est une politique du désastre. Il est par ailleurs assez pitoyable d'entendre ce discours anti-immigrationniste de la bouche de gens qui viennent en Australie travailler et consommer pendant un an, parfois deux ans. Ces mêmes personnes rapatrient parfois des dollars en Europe via les virements bancaires. Ils font exactement la même chose que les expatriés africains qui travaillent en Europe. Mais nous, Blancs, on a le droit de faire la morale et de dire "faites ce que je dis, pas ce que je fais"...

 

5. A Sydney, il reste peu de salaire hebdomadaire pour économiser.

                Ah tiens! Tandis que je faisais mon débat de comptoir sur les salaires, je reçois une réponse à une offre que j'ai lue sur le site Gumtree. Gumtree ? C'est un site de petites annonces gratuites dans les pays du Commonwealth. Nombre de petits jobs y sont proposés. On me donne une période d'essai au sud de Sydney, près de Botany Bay. C'est tout ce que je sais : "viens demain midi si tu veux". C'est toujours comme ça en Australie pour le boulot, on ne sait jamais d'avance à quelle sauce on va être mangé. Et dès que la question du salaire entre en scène, les grincements de dents se font entendre. Le salaire minimum australien est de $15/h, en dessous, on travaille presque gratuitement vu le coût de la vie. A 40h travaillées par semaine, on fait donc en moyenne $600/semaine. Mais les postes à temps plein "offrant" 40h sont rares, bien souvent, c'est entre 25h et 30h ($380-$450 bruts). Or les besoins primaires (manger, dormir, se déplacer) coûtent allègrement $250 à $300 la semaine pour quelqu'un qui ne consomme pas beaucoup. Mon éducation m'a inculqué à veiller à ne pas me faire exploiter, à conserver une certaine estime de moi-même pour ne pas me vendre bassement au moindre quidam. Ensuite, ma famille m'a appris à toujours respecter mon prochain. J'aime donc que l'on me respecte pour ce que je sais faire ou ce que je suis. Personnellement, je commence donc à vendre ma sueur et ma force de travail à partir de $16-$17/h. Je dois sans doute être, moi aussi, un de ces gourmets au cul dodu, trempeur de moustaches dans des soupes de caviar, qui demandent du bon grain. Vous savez, cette frange insatiable de la classe des travailleurs bourgeois qui demande du $18-$20/h et qui génère de l'inflation, bête noire des néolibéraux...Ah! L'inflation augmente ! Vite ! Baissons les salaires ! Bref.

 

                Les employeurs néolibéraux (pardon du pléonasme) sont d'idéalistes utopiques : plus ils sont grands, moins ils ont de frontières! L'internationale socialiste appliquée au Nouvel Ordre Mondial. Génial! Et les petits font fructifier leurs petites entreprises sans se soucier du salaire des gens. C'est vrai quoi! Dans ce monde capitaliste où le billet vert est Dieu, pourquoi toujours ramener les choses à l'argent ? On a pas besoin de ce putain de pognon. La monnaie est un instrument d'échange. Comme un musicien ou un saltimbanque, le capitaliste échange du bonheur. Puisque l'argent ne fait pas le bonheur ici-bas, un sourire suffit. Et bien les employeurs libertaires de Sydney échangent du sourire en échange d'un travail, sympas les mecs ! Et comme nous vivons un monde où l'argent n'est pas nécessaire, ils vont à coups sûrs rencontrer des backpackers beatniks ou hippies qui partageront leur vision socialiste de bisounours utopiques. Hum...Pas moi. Dans ce pays où chaque mouvement coûte un bras, j'ai besoin d'argent, quand bien-même soit-il destiné à revenir aux banques dans le circuit économique. Je suis un capitaliste qui réclame des p'tits sous en échange du lavage d'assiettes. Et les patrons sont socialistes. Euh...permettez à ma plume qui glisse sur ce clavier d'avoir des doutes.

 

                C'est beau une année de Working Visa (j'oublierais presque le Holiday) : on part des rêves plein la tête, des images de désert rouge et de plages au sable fin qui se glissent subrepticement au milieu des excitations du voyage, la liberté à bout de 22h d'avion. Photographier des kangourous, des dingos, des koalas, des émus. Faire du 4x4 dans la jungle, traverser les déserts rouges du "Western Australia", descendre la Grande Barrière de Corail, casser la bouteille le long de la Fraser Coast, apprendre le surf sur la Sunshine Coast, gratter de l'objectif les gratte-ciels de Perth, Melbourne ou piétiner les parcs de Sydney et mitrailler son opéra, ou bien se prélasser sur une plage tropicale avant d'arpenter les Blue Mountains, l'Uluru et repartir pour la Great Ocean Road ou la Tasmanie. Le rêve ! Quel voyage palpitant ! Oui mais voilà, une fois sur place, on se rend compte que chaque excursion coûtera $400 voire plus, ou bien ces immenses distances nécessiteront une voiture, c'est à dire des galères, des réparations à faire, du pétrole...beaucoup de pétrole...donc beaucoup d'argent. Quoiqu'en terme de parité de pouvoir d'achat, le pétrole ($1,5/L) revient à bien moins cher en Australie qu'en France. On commence à faire l'impasse sur des sites touristiques, on se convainc que l'Australie est trop grande. "No worries mate, you gonna enjoy it anyway!" (Pas de soucis camarade, tu apprécieras quoi qu'il arrive!)

 

                Ouais, mais au final, le visa qu'on nous vend est une duperie sur la marchandise. Sur un an, on passe plus de temps à travailler qu'à voyager. Et on se doit d'accepter des jobs merdiques, parfois sous-payés. Je dis bien parfois, car personnellement, j'ai été bien loti dans le Territoire du Nord. A la limite, pourquoi pas. Passer un an à travailler en Australie, même sous-payé à $15/h bruts est toujours plus sympa que de vivre au RSA dans un pays où même en envoyant 300 candidatures, on pointe encore et toujours à Pôle Emploi. Mais que l'on ne vende pas ce visa à $270 comme étant une opportunité de prendre des vacances de rêve. A moins d'avoir une bonne réserve de 10-15000 € chez papa ou maman, avec des prêts à taux 0% et sans remboursements.

 

                Oups il est déjà 9h du matin, je suis dans le pays de la liberté, il faut donc aller la chercher. J'ai encore quelques CV à donner dans des ruelles où je ne suis pas allé. Histoire de garder une poire pour la soif, au cas où mon interview de demain ne marche pas. Et même un job de plongeur, ça ne vend plus de rêve après 8 mois passés en Australie, j'en ai plein l'assiette, ma coupe est pleine et mes sourires donnés aux patrons sont moins sincères, moins naturels ! Sinon, j'attends toujours les appels de la semaine passée du quartier adjacent. Je pourrais encore attendre ceux de Broome, de Darwin, de Cairns et de Brisbane. Et je ne parle pas des centaines de candidatures avec mon CV que j'ai adressées partout en Australie sur internet. Il ne doit y avoir que 1% ou 2% de réponse, mais il est vrai que parfois, juste une réponse peut suffire.

 

                Moralité, même si nous sommes la main d'œuvre servile du patronat australien, je préfère tout-de-même être esclave payé $15/h en Australie pour quelques mois plutôt qu'être esclave payé 6€/h nets en France pour toute une vie. C'est une sacrée expérience (renouvelable d'un an pour ceux qui travaillent en wwoofing, en fermes et dans le bâtiment) et j'invite tous les jeunes de 18 à 30 ans (le visa serait bientôt étendu à 35 ans, il paraît) qui le peuvent à le faire. Mais c'est au prix de plusieurs mois passés à faire des jobs peu reluisants. Ce n'est pas une aubaine, pour contredire mon titre, mais c'est une chance qu'il faut savoir saisir si elle se présente.

                En tout cas, ce n'est définitivement pas un pays pour faire du tourisme. Trop cher (chômage faible et forts salaires va souvent de pair avec des prix élevés). Bien souvent, les conditions de travail ne sont pas violentes. Même si on travaille plus, (40h, 45h, n'est pas rare), le mot d'ordre est juste "fais ce que tu peux". Et même si nous sommes les larbins des chefs, c'est le paradis de la glande par rapport à ce qu'on demande de faire à un esclave en France. Les australiens sont beaucoup moins exigeants et ont un rapport au travail, à mon sens, réellement plus sain. Il y a du pognon à n'en plus quoi savoir en faire (il y en a aussi à prendre aux riches) et pourtant, les chefs (ceux que j'ai eus) ont moins l'impératif de productivité qu'il y a en France. Il y a des trous à rats et des rafiots pourris, évidemment. Il y a aussi des bonnes planques. En clair, ils sont moins tarés au travail et n'infligent pas la déshumanisation de l'employé par la hiérarchie. Par contre, la soumission obligatoire à l'autorité reste tout autant dégradante. Les ordres sont divisés jusqu'au moindre mouvement de bras, le sens de l'action n'est jamais expliqué par le détenteur du pouvoir. Le patron, le manager ou le sous-chef me dit "prends la poignée de la porte en la serrant avec ta paume, actionne-la vers le bas. Tire la clenche vers toi, lâche-la d'un coup et franchis le seuil de la porte avec tes jambes", il n'explique pas que le but est tout simplement de sortir de la pièce. La division des tâches par l'autorité est un puzzle que l'exécutant doit reconstituer mentalement s'il veut comprendre ce qu'il fait et savoir pourquoi il le fait. Le supérieur fait parfois tout pour respecter ses collègues, il ne veut pas forcément prendre ses subalternes pour des esclaves robotisés. Mais la conséquence induite de ce rapport hiérarchique est que cela obstrue la réflexion du dominé, du moins cela transforme l'exécutant en une sorte de robot, cerveau mis en veille.

 

                Tiens, je viens de recevoir une réponse par mail d'une candidature que j'ai faite pour être rédacteur il y a un an, fin 2011 à Marseille...rapide, le processus de recrutement en France parfois. Super...ai-je tellement d'expérience et d'importance, et mes compétences ont-elles tant de valeur ajoutée qu'ils ont mis 1 an à se demander s'ils me répondaient ou non ? Ouahou! Je suis flatté ! Ou alors, la secrétaire ou l'assistante de direction s'emmerdait entre deux cafés, et fouillait la boîte mail de la boîte entre deux parties de solitaires...ou par un excès de zèle, a décidé de mettre de l'ordre dans les archives...et par un revers de main, est tombée sur mon CV dans le classeur "candidatures 2011 non-acceptées", d'où par élan de bonté, elle a décidé de m'adresser cet e-mail de refus. Je ne saurai pas!

 

Patience donc, j'aurai peut-être un bon job en Australie d'ici l'été austral 2013 !

 

Samuel Moleaud.

17 Novembre 2012.

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