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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 18:35

Dans un monde en proie aux religions marchandes où l’avoir et l’argent priment sur la dignité de la personne humaine, quiconque ne travaille pas est considéré comme un parasite, une sangsue qui aspire le fruit du travail d’autrui. De son temps vivant, Karl Marx (1818-1883) avait écrit que  « l’histoire de toute la société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes ». Il serait parfois bon de se souvenir de cette phrase simple qui explique beaucoup de choses. Nous parlerons ici des emplois saisonniers dans la restauration, à cheval entre l’exploitation dont parlait Marx, le servage et la lutte des classes que tout le monde a oublié avec l’Histoire.

 

-Quelques réflexions sur le travail.

 

Le travail salarié, relation marchande entre un patron et son subalterne, est recherché par celui qui a essentiellement besoin d’argent. En échange de son travail, c'est-à-dire d’un renoncement à son temps de loisir, le salarié attend une rémunération selon un certain taux de salaire qui va permettre une consommation. De sorte que plus le taux de salaire augmente, plus le salarié est enclin à sacrifier du loisir, donc à travailler pour espérer « gagner » plus d’argent. Il réalise ce que la microéconomie néoclassique appelle un « coût d’opportunité », substituant du loisir au travail. Le salarié est donc à très petite échelle, un capitaliste tout comme son patron. Dans les fables de la doctrine économique, l’homme est un agent rationnel qui élabore un arbitrage entre le travail et le loisir tout en considérant son budget. Pour honorer le loyer de son propriétaire, acheter à manger, se chauffer, acheter de l’essence, offrir une rose ou un bijou à sa femme ou bien trinquer sa paye au bistro du coin et noyer ses turpitudes, il faut gagner de l’argent et donc travailler. A défaut d’argent, quand on a bu tous nos sous, le tavernier flanque tout le monde à la porte. Le travail est donc bel et bien quelque chose dévolu à ceux qui cherchent à avoir de l’argent, c'est-à-dire les pauvres. Ceux qui ont de la monnaie de par leur naissance ou qui n’ont qu’à claquer du doigt sous les lampions dorés de leur milieu social pour en avoir, peuvent se permettre de développer une activité plutôt qu’occuper un travail. C'est-à-dire qu’ils jouissent d’une sorte d’oisiveté saine qui, à l’abri de toute indigence, leur permet de se cultiver, de créer des choses, de s’épanouir sans devoir inlassablement répondre aux injonctions d’une autorité en faisant du zèle pour faire plaisir au maître.

 

Voilà donc ce qu’est le travail : un outil de domination des pauvres permettant aux riches de faire du profit, ce qui les exonère eux-mêmes de vendre leur force de travail. C’est bien connu, pour être riche, il faut faire travailler les autres. Le travail salarié constitue le terreau à l’exploitation de l’individu, sa résultante en est l’aliénation. La doctrine économique bien pensante veut nous enseigner que sur le « marché du travail », se trouvent une offre et une demande de travail. L’offre de travail, émanant des salariés, se compose d’individus rationnels (le buvard ne refuse pas l’encre) qui vendent leur force de travail en échange d’un salaire qu’ils veulent, évidemment, toujours plus élevé. Plus ce salaire est élevé, plus ils sont à-même de vendre des quantités plus grandes de travail. La demande de travail, émanant des entreprises, se compose d’employeurs rationnels (en théorie) qui cherchent à produire, faire du profit en minimisant leurs coûts (salaires, amortissements, remboursements, etc.). Plus ce salaire est faible, moins il sera coûteux d’employer du personnel, donc plus les entreprises vont demander à acheter du travail. Chômeurs et salariés veulent des salaires à la hausse, propriétaires et employeurs rêvent de voir les salaires filer à la baisse. Le Capital a une sainte horreur que l’État n’intervienne dans ses petites arnaques affaires, mais il existe depuis J. M. Keynes (1883-1946) et bien avant que 1950 ne voie le salaire minimum légal (Smig puis Smic), ce que l’économie appelle la rigidité des salaires à la baisse, c'est-à-dire le refus par les salariés, les syndicats ou l’État de salaires trop bas qui ne permettent pas de vivre décemment. Le meilleur exemple de salaire qu’on ne peut baisser est l’existence d’un salaire plancher, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), fixé à un seuil légal en dessous duquel il est interdit d’embaucher quelqu’un. Ce salaire rigide à la baisse offre une sécurité au travailleur et semble aller de soi. A part quelques obscurantistes et une bande de tortionnaires du Medef, presque plus personne ne le remet en cause. Pourtant, il y a bien des entreprises qui s’en affranchissent. Cette lutte silencieuse entre deux classes (salariat et patronat) aux intérêts diamétralement opposés, aide à mieux comprendre ce qu’est réellement la science économique : le livre d’or des rapports de classes entre les individus.

 

Comme beaucoup, j’ai eu l’occasion d’être confronté à cette lutte des classes durant cet été 2014. Comme je suis de la classe moyenne qui nécessite de se salarier à un capitaliste pour payer le loyer à un propriétaire, mon énergie à une multinationale et ma nourriture à des barons de la grande distribution, et puisque le solde de mon compte bancaire est souvent affiché en rouge dès le début du mois, j’ai du chercher du travail. Et comme je suis à cheval entre la vie active où je ne peux vivre décemment de mon métier, et la vie étudiante qui est on ne peut plus précaire (c’est le moins qu’on puisse dire), je me suis mis à la recherche d’un job d’été dans le sud de la France. Qui dit job d’été, rime souvent avec jobs saisonniers dans la restauration. Voici, par deux mésaventures subies dans le Var à des endroits dont je cacherai le nom exact, une bonne illustration du travail vu comme un instrument de domination du riche sur le pauvre. Après tout, l’homme est un loup pour l’homme, disait T. Hobbes... L’individu reste contraint de travailler dans un monde qui pourrait se passer du travail. Car vu les incroyables avancées que pourrait permettre le progrès technique de notre époque, l’Humanité toute entière pourrait paisiblement évoluer vers la société du loisir, vers une oisiveté qui ne serait pas uniquement l’apanage des classes bourgeoises. Bref, travaillons au restaurant, nous disions…

 

-Quand les riches se restaurent, les pauvres servent et font la vaisselle.

 

Ils sont chômeurs allocataires, chômeurs non indemnisés, étudiants précaires ou travailleurs pauvres, ils trainent leur bosse dans tous les bureaux de l’assistance publique pour aller quémander de quoi survivre. Ils sont 10 à 15% de la population active française à connaître les joies de la galère et pour eux, la difficulté des fins de mois arrive dès le cinq du mois. Sur les listes de Pôle Emploi, ils sont des centaines à écumer des offres bidonnes pour décrocher un travail. Ou plutôt, pour trouver un salaire leur permettant enfin de payer le loyer, les factures, la nourriture, les transports, la santé, sans avoir recours à quelconque don monétaire de la famille, des amis ou de la collectivité territoriale. Alors l’été, ils glanent les offres en fonction de leur expérience. Ils deviennent serveurs/serveuses, cuisinier(e)s, commis(e), plongeurs, réceptionnistes, caissiers/caissières pour la saison. Je fais partie de cette immense foule anonyme de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 977€. C’est après plusieurs jours de recherche d’emploi et de candidatures correspondant à mes qualifications demeurées sans réponse, que je me suis mis à scruter les offres d’emploi dans la restauration. Quand un jour, alors que je fais défiler les offres de Pôle Emploi, geste devenu autant machinal et routinier que le tour de clé du plombier, un restaurant situé dans le département du Var répond à une de mes innombrables candidatures.

 

Alors que l’on cherche à créer de l’emploi à tout prix pour gagner des points de croissance, sans se préoccuper de la qualité des emplois ou des conditions de travail, il y a souvent un gouffre profond entre les descriptifs des offres et les compétences réellement requises par l’employeur. Autrement dit, Pôle Emploi indique « débutant accepté » lorsque le patron souhaite quelqu’un d’expérimenté. Cette asymétrie où l’information ne circule pas totalement entre les parties (on falsifie son CV pour avoir un poste, on n’informe pas sur le salaire réellement versé, etc.) s’invite subrepticement dans les paroles à chaque recrutement. Car se faire embaucher est avant tout une affaire de séduction dans un monde libéral. Le chômeur le sait, surtout lorsqu’il doit consentir à faire des courbettes et grossir son expérience en tant que livreur de pizzas, plongeur en restauration ou bien manutentionnaire dans l’arrière boutique des centres commerciaux au lieu de pouvoir intégrer son réel métier de formation. Mais comme le fond de la gamelle est vide et que le banquier lui rappelle le stress du découvert, il a le même réflexe que celui que j’ai eu : il saisit son téléphone et il se dit prêt à venir faire un essai dès que possible dans un restaurant, un hôtel ou un magasin pour la saison estivale.

 

Une fois le rendez-vous fixé, me voilà comme un escargot, sac sur le dos sur la commune du Lavandou dans le Var, pour rencontrer l’équipe du restaurant où je vais peut-être travailler pour deux mois. Comme aux premières heures de séduction entre deux personnes éprises dans un jeu malicieux, tout est bien, tout est beau, il y a du sourire dans l’air. L’équipe a l’air sympa, le patron semble hospitalier, débonnaire, et m’accueille à bras ouverts. L’on me m’installe à table. Oui, le poste est nourri et logé, en théorie. Le chef cuisinier vient à ma rencontre, il a grise mine, le teint rongé par la fatigue et deux crevasses violettes se creusent sous ses yeux. Il me concocte une assiette que je déguste sous le son des cigales sur une terrasse donnant sur l’anse, une des cinq plages du Lavandou où les vaguelettes d’une mer d’huile viennent délicatement mourir sur le sable fin de la plage de Pramousquier. On ne pourrait rêver mieux comme lieu de travail tant le cadre est magnifique. Nous sommes en juillet, la saison bat son plein, et des milliers de riches touristes viennent élaguer leur portefeuille pour se dorer les orteils et se remplir la panse au bord de la Côte d’Azur varoise. Le lendemain, je suis convoqué à 9h en tant que commis de cuisine débutant (accepté) pour montrer ce que je sais faire, c'est-à-dire pas grand-chose à ce poste. Après quelques heures de travail, le contact passe bien avec le chef de cette cuisine. C’est un saisonnier plutôt compétent, plutôt doué et sympathique mais il souhaite que ce soit quelqu’un d’expérimenté qui soit recruté, donc nous convenons de ne pas donner suite à l’essai et d’une délocalisation vers la plonge jusqu’à la fin de journée. La plonge, c’est mon métier de saisonnier et bien qu’il n’existe pas de sous-métiers, la plonge possède le mérite d’être planquée à l’abri des responsabilités. Mais elle n’est pas protégée des vociférations du chef-cuisinier et des émulsions d’agressivité par coups de stress aux jours d’affluence mal gérés.

 

En fait, ce restaurant de plage privée dont je ne citerai pas le nom, est un voyage au 18ème siècle au temps où il était coutumier de réduire certains humains à l’esclavage et à l’époque où le droit du travail existait autant que le bon sens existe aujourd’hui dans nos sociétés (c'est-à-dire pas du tout). Car sous la face visible de l'iceberg, fourmillent des employés exténués qui travaillent sans relâche et sans aucun jour de repos hebdomadaire, de 9h du matin jusqu'à tard le soir avec une courte pause d'une heure ou deux entre deux "services". S’il n’y avait que cela, nous savons que la saison dans la restauration impose un rythme difficile à tenir, ce ne serait pas grave. Mais les trois gérants qui semblent vivre au 18ème siècle, ont oublié qu’il existe de nos jours une législation sur le travail.

Ici, l’on ne voit pas l’ombre d’un contrat de travail et le Smic est le grand absent des jours de paie. En fin de mois, les serfs dociles reçoivent un chèque correspondant à 40 heures par semaine déclarées payées en bonne et due forme, et une enveloppe de 200€ ou 300€ en espèces pour les 40 heures hebdomadaires restantes. 1,25€ par heure supplémentaire effectuée, quelle générosité du maître! Les patrons s'exonèrent ainsi des cotisations sociales, pratiquent le travail dissimulé, rémunèrent à peine les heures supplémentaires lorsqu’elles sont payées, et octroient ainsi un salaire de misère de 5€ de l’heure partiellement au noir. Comme quoi le coût du travail en France, n’en déplaise aux évêques de l’économie néolibérale, n’est parfois pas si élevé que cela…Le lendemain, lorsque je m’en vais quérir ma paye pour mes 12h de plonge effectuées la veille, je reçois en premier lieu un billet de 50€. A peine plus de 4€ de l’heure, au noir. Alors que j’ai la sensation d’être très mal considéré par cet employeur malhonnête (et je pèse mes mots), je hausse un peu le ton de ma voix en expliquant que cet agissement n’est pas légal. En fait, je me mets littéralement à gueuler devant les clients. L’un des trois patrons me rétorque qu’ici, c’est une paye à la journée au fixe selon un forfait mensuel et que le nombre d’heures quotidiennes incombe peu. Il daigne ajouter que je n’ai pas été productif à mon essai et que je ne vaux donc pas plus que 50€ pour ma journée. Je lui rappelle qu’au 21ème siècle, toute heure doit être rémunérée non pas en fonction de l’efficience du travailleur, mais du salaire minimum,  et voilà que cet empaffé pioche dédaigneusement un billet de 20€ qu’il me lance sur le comptoir comme pour acheter mon silence en beuglant qu’il ne veut pas d’ennuis. Taux horaire, 5,83€/heure, au noir. Je fais bien de m’en aller de ce lieu qui appauvrit les pauvres pour nourrir les riches. C’est chouette la Provence, mais apparemment, cela se paye cher.

 

La deuxième et dernière mésaventure de l’été s’est aussi déroulée dans le Var, mais un siècle plus tard, au 19ème siècle. Entre-temps, l’esclavage a été aboli par la Révolution Française. Parti du Lavandou l’estomac saturé d’une aversion viscérale pour le salariat et le capitalisme, un nouveau restaurant m’attend cette fois-ci sur l’île de Port-Cros, au large de la ville d’Hyères. C’est un poste de plongeur nourri et logé qui s’ouvre sur l’île voisine de Porquerolles, peut-être un îlot de quiétude éloigné des vacarmes assourdissants du continent ? Car l’île de Port-Cros abrite un Parc National où les voitures sont absentes, on y vient par bateau et l’on y vagabonde à pied. C’est le paradis des plongeurs, l’un des lieux de plongée sous-marine les plus réputés du monde. Une fois encore, le cadre est splendide mais la réalité nous force vite à déchanter.

 

Le restaurant se présente comme un bistro de bord de mer qui soigne son client sans avoir la prétention de faire des fioritures. Au moins, c’est un bistro pas comme les autres gargotes qui offrent au client une médiocre pitance pour un prix astronomique, Côte d'Azur oblige. Ici, on est à la bonne franquette dans le respect du client. Une équipe de saisonniers sympathiques, motivée par le goût du service bien fait, travaille d'arrache-pied douze à quinze heures par jour afin de relever le défi d'afficher complet à chaque service. Le cadre est somptueux. Ombragé sous les palmiers, les assiettes sont finement décorées et servies avec soin, l’on peut y déguster en terrasse une cuisine méditerranéenne au son des cigales, avec une vue imprenable sur les bateaux amarrés au port. Mais comme souvent, les coulisses sont moins reluisantes que le décor.

Côté cuisine et salle, si les papilles des clients y sont bien soignées par des serveurs de qualité, un second compétent et son chef cuisinier, même les plongeurs ne voient pas toujours la face cachée de l'iceberg. Le chef de cuisine, très jeune au parcours impressionnant autant que fulgurant, déroule avec son second, un homme plutôt débonnaire, une cuisine de qualité, saine et savoureuse. Compétents, les deux acolytes de cuisine sont dévoués, sympathiques, respectueux. A deux, ils servent régulièrement plus de cent couverts à chaque service. Ils méritent tous les honneurs. Le chef soigne ses assiettes, il va souvent voir le client pour s’enquérir de sa satisfaction, il tient sa cuisine d'une main de fer tout en veillant à assurer une bonne ambiance de travail ce qui est très agréable.

 

Côté salaires, c’est comme souvent la grosse déconvenue. On vend sa force de travail au plus offrant. Pas un employé n’est payé pareil ici. Quoi de plus normal que de marchander son salaire, dans un monde où la violence patronale oblige à se vendre soi-même ? La logique voudrait qu’à qualifications égales, le salaire soit le même et non fonction de la « tête du client ». Dix à douze heures de travail par jour sans journée de repos hebdomadaire, qualifient le rythme des saisonniers mobilisés pour agrémenter les papilles des touristes. Nourris et logés certes, mais à quel prix! Le gestionnaire retranche une somme exorbitante (30€ par jour, 900€/mois) du salaire des employés pour payer le logement et la nourriture, Côte d'Azur oblige paraît-il. S’il est normal de déduire le logement et la nourriture en tant qu’avantage en nature sur le salaire net, il est illégal en revanche de faire payer au salarié un loyer sans qu’il n’ait signé de bail ou d’accord mentionnant une telle clause. Pire, je n’ai pas vu l’ombre d’un contrat de travail, et je n’ai de bulletin de salaire que pour 12% de mon temps de travail total. Par conséquent, le loyer retenu sur mon salaire (majoritairement au noir) est une ponction non déclarée de cet employeur, là où la loi prévoit de déduire à cet effet un forfait mensuel progressif selon le salaire mensuel brut, considéré comme supplément de salaire soumis à cotisations sociales.

Ici, les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées. Et puis quoi encore ! Déjà que les employés veulent dormir la nuit, avoir des congés payés, être payés au Smic, il faudrait en plus rémunérer les heures supplémentaires, non mais où va-t-on ! Comme souvent dans la restauration, le salaire est fixé selon un forfait au mois. Que l'on travaille 2h ou 15h dans la journée, la paye reste la même et c'est plutôt 12h, 7 jours sur 7 que l'on y courbe l'échine. Tout cela fait que si l'on ramène à un taux horaire, l'on y travaille 70h à 80h par semaine pour 4,50€ par heure. Le coût d’une heure de travail ne risque pas d’être supérieur à la productivité du travailleur, du bon pain pour un employeur tortionnaire (dans les fables économiques, l’employeur est incité à embaucher tant que ce qu’un salarié produit en une heure, rapporte plus que le salaire ou est égale au salaire.) ! L’objectif initial de transgresser la loi en rémunérant au noir est, me semble-t-il, de s’exonérer des cotisations salariales et patronales (réduire le coût du travail). Donc c’est un outil informel qui arrange les deux parties : le salaire réel du travailleur augmente et pour l’entreprise, le coût du travail diminue. Au lieu de cela, pour économiser un sou, l’employeur risque d’en payer mille à l’administration fiscale et à la justice si le salarié porte plainte à l’Inspection du Travail. Pas sûr que le calcul soit très rationnel…

 

En bref, lorsque les riches s’attablent au restaurant en écornant quelque peu leur budget, les pauvres servent ou bien font la vaisselle. Et ils restent pauvres. Et si l’on se sent éloigné du continent sur cette terrasse offrant vue sur les eaux vertes et turquoises du port de Port-Cros, nous sommes aussi loin de la législation française sur le travail. On n'entend pas les coups de fouets comme au « bon » vieux temps des négriers du 18ème siècle, mais le patron est un champion dans le jeu du lance-pierres et de l’exploitation de la main-d’œuvre saisonnière. Même en Thaïlande, les salaires y sont plus élevés. Quitte à travailler dur pour peu, autant le faire sous les tropiques. Ou bien tout considéré, si le labeur ne paie plus, si une grande quantité de travail ne permet pas d’atteindre le niveau de consommation dont nous parlions plus haut, mieux vaut reconsidérer l’arbitrage travail-loisir au bénéfice du loisir. La « science » économique ne dit finalement pas toujours que des inepties.

 

            Plus que jamais, la lutte des classes continue de régner sur la société dans le capitalisme d’aujourd’hui. Loin de vouloir généraliser à partir de ces deux expériences (bien que d’autres salariés subissent l’exploitation de leur entreprise), l’employeur capitaliste me donne un salaire dont il a ponctionné quasiment la moitié pour sa propre rente, se rembourser d’autres frais annexes liés à mon embauche. Et il faudrait que je le remercie ? Celui qui a du pouvoir est toujours porté à en abuser et bien que l’esclavage ait été aboli, l’Humanité n’a finalement presque pas évolué. Comme disait Georges Brassens, « ça n’fait rien, nous vivons un temps bien singulier ».

 

Samuel Moleaud.

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 13:26

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1. Un sport archaïque.

-Le foot, antichambre du nationalisme.

 

Primo, la Coupe du Monde reflète tout ce qu’il y a de plus archaïque, bestial, détestable et stupide chez l’Être humain. Le foot, en flattant les bas instincts du peuple, réveille l’animalité  et le comportement moutonnier des masses populaires. Premièrement, ce sport est le reflet d’un chauvinisme absurde, des nationalismes et des appartenances dépassées aux drapeaux, aux hymnes nationaux sanguinaires ou belliqueux. Dans l’Histoire contemporaine, le foot a toujours été l’instrument des gouvernements pour imposer aux foules leur concept bourgeois de l’État-Nation, exalter le sentiment national et manger dans la main du diable nationaliste. En tant qu’ennemi le plus redoutable du peuple, l’État voile ses inégalités économiques en achetant la paix sociale par le foot et en lui attribuant un statut de sport humaniste et rassembleur là où il est dévastateur.

 

Outre le fait que la FIFA et le Comité International Olympique aient plusieurs fois choisi des régimes dictatoriaux pour terrain de jeu et s’essuyer les bottes (Coupe du Monde 1934 en Italie fasciste, Jeux de Berlin en 1938, Coupe du Monde 1978 en Argentine, future Coupe du Monde 2022 au Qatar), il faudrait aussi fermer les yeux sur la violence récurrente faite aux peuples (Jeux 1980 de Moscou, Jeux 2008 de Pékin, Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud et au Brésil en 2014, Jeux de Rio en 2016). Spoliés, expropriés, expulsés quand ils ne sont pas assassinés, les populations locales ne sont pas vraiment les bénéficiaires du renforcement de l’identité nationale par le foot. Mais le sang et les larmes sèchent vite lorsque résonnent les beuglements animaux des supporteurs et l’amnésie collective qui règne dans toutes les métropoles occidentales aux heures de matches.

 

Certains me rétorqueront que la joie procurée par la victoire d’une équipe renforce la cohésion sociale ou bien permet de lutter contre le racisme (par exemple la France black-blanc-beur en 1998). Que le sport est un miroir des perspectives de mobilité sociale ascendante pour des gens défavorisés. Qu’ils aillent au Brésil demander aux résidents expulsés des favelas de Rio si leur Mondial va générer de la mobilité sociale, de la prospérité, de la cohésion sociale et de l’emploi.

Ce n’est pas par émancipation culturelle, économique et sociale qu’un gouvernement fait de son équipe nationale une mascotte lorsqu’elle remporte ou organise un tournoi mais bien parce que la victoire est un symbole de puissance pour le pays adressé aux autres. La Coupe du Monde, son impact politique et médiatique, les sommes abyssales empochées par les multinationales et volées aux peuples, le comportement moutonnier des cuistres smicards se gavant de pizza les yeux rivés sur le match, tout cela n’est pas un évènement sportif. C’est le symptôme pathologique d’une société mondiale qui a régressé au temps des baronnies et des seigneurs féodaux.

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-La Coupe du Monde de foot, festival de la domination masculine.

 

Cet évènement célèbre aussi le caractère patriarcal et féodal des nations puisqu’il est essentiellement masculin. Les femmes sont les grandes absentes du terrain, comme dans bien des domaines de la vie économique, sociale et politique. Il n’y a pas de Coupe du Monde de football féminin, ou de tournois mixtes comme il peut y en avoir dans les autres sports. L’on ne s’en plaindra pas, au moins, la féminité reste à la marge des combats de coqs dont les buts marqués réveillent chez les hooligans et les militants d’extrême-droite repus de piètre bière, leur unique neurone de la violence gratuite. Maigre consolation pour la gente féminine. Loin d’y voir un répertoire d’action collective pour le féminisme, la coupe du monde reste un paroxysme de la domination masculine qui fait preuve d’une démonstration bestiale primitive, participant d’un incroyable concours d’absence d’intelligence collective et de bon sens sous le feu des projecteurs.

 

-La Coupe du Monde de foot, festival de la domination occidentale.

 

Ce tournoi est avant la Coupe du Monde des pays riches. Sur 32 équipes qui participent aux matches de poules, on compte 12 équipes qui proviennent de pays européens plus la Russie. L’Europe représente donc 40,6% des équipes présentes. Seuls cinq pays d’Afrique ont envoyé une équipe au Brésil, et seules trois équipes nationales d’Asie y participent. Afrique et Asie représentent 25% des équipes. Enfin, on dénombre 10 équipes des pays d’Amérique (31%). Entre l’Europe, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les États-Unis et les pays émergents d’Amérique Latine (Argentine, Brésil, Chili, Mexique), on a donc près de 70% des pays participant à la Coupe, une vingtaine, qui font partie des 49 PIB les plus élevés de la planète sur 192 États.

 

            -La Coupe du Monde, une barbarie qui ne dit pas son nom.

 

Tout ce qui est relatif à l’organisation de cette compétition porte des conséquences dramatiques qui font penser à une barbarie qui ne dit pas son nom. Outre les valeurs nationalistes transmises par le football ou bien faisant fi de la domination masculine de cette compétition moyenâgeuse, il y a surtout le caractère criminel du commerce footballistique et le mépris d’un gouvernement pour son propre peuple. Comme à l’habitude.

 

-Des investissements publics colossaux à usage temporaire.

 

Parlons donc du caractère criminel du commerce lié au foot. Si l’on considère un salaire annuel de 7 millions d’euros d’un joueur de l’équipe de France, sachant que certains empochent beaucoup plus, il faudrait 350 ans à un salarié dont le salaire annuel brut est de 20 000€/an (un Smic très amélioré) pour égaler son salaire. C’est de la folie pure et dure. L’injustice est d’autant plus marquée que la plupart des très hauts revenus ont moins d’impôts sur le revenu prélevé que les personnes modestes. On pourrait ajouter à la liste le fait qu’un nombre non négligeable de sportifs se domicilient dans les paradis fiscaux (Suisse, Belgique, Monaco, etc.). Voilà une bonne raison de ne plus allumer la télévision.

 

            Afin que les stars du foot parées d’une aura de majesté puissent se décrotter les crampons à loisir à deux pas des favelas et de la misère sociale, il faut construire des stades, des centres commerciaux, aménager les infrastructures, l’urbanisme et les voies d’accès au site du Mondial. Parlons de la manière dont le Brésil a procédé conjointement avec l’appétit vorace de la FIFA.

            Ce qui frappe beaucoup, c’est que des sommes colossales ont été englouties alors que les besoins primaires de la population ne sont pas toujours satisfaits. Depuis mars 2013, un mouvement social de protestation se dresse contre les dépenses engagées pour le tournoi. Celles-ci sont faramineuses : « Au Brésil, alors que le budget prévisionnel de fonctionnement programmait 800 millions d’euros de dépenses, essentiellement à la charge du privé selon le gouvernement, les frais dépassent déjà les 2,6 milliards, et l’ardoise sera principalement réglée par le contribuable, comme pour les investissements : « 78 % des dépenses d’infrastructures pour la Coupe du monde de 2014, estimées à 18 milliards de dollars [13 milliards d’euros], sont financées par le secteur public » (1). Plus de dix milliards d’euros ont déjà été dépensés. Que l’État procède à des investissements, même colossaux, et que le financement provienne de son budget, est une chose habituelle de la politique économique. C’est même un des piliers de la théorie keynésienne, qui préconise en matière de macroéconomie que l’État peut être amené à réaliser des investissements publics si l’investissement privé est insuffisant et si la demande des entreprises vient à manquer dans une situation où la conjoncture économique (crise, récession) n’est pas bonne. Les instruments de la politique économique étant la création monétaire, l’emprunt, le déficit budgétaire et l’impôt.

 

            Ce qui est grotesque, c’est que les bénéfices du tournoi et les profits du commerce adjacents seront empochés par la FIFA et les multinationales, l’État brésilien n’obtiendra aucun retour financier sur investissement. Les grandes entreprises qui s’implantent où bon leur semblent, pillent les populations locales et ravagent l’environnement, n’ont de cesse d’externaliser leurs coûts (faire supporter une partie de la production à des tiers, entreprises sous-traitantes ou États), et privatisent les profits tandis que les pertes sont socialisées. L’État gonfle sa dette publique, il alourdit son budget sans même subvenir aux besoins en matière d’éducation, de santé, de logement, de transports ou d’agriculture.

 

Plus de dix milliards d’euros, soit un billet représentant 1/6ème du budget français pour l’Éducation Nationale, ou bien un quart des dépenses pour la Défense française, ont déjà été engloutis pour construire des stades qui resteront en sous-emploi après la Coupe, ou bien qui seront très coûteux en entretien et en amortissement : « À Brasilia, le nouveau Stade national a coûté plus de 400 millions d'euros. Il peut accueillir 70 000 spectateurs alors que les équipes locales en attirent rarement plus de 10 000. » (2). Et en parallèle de ce gâchis matériel (la construction des stades, d’aéroports et d’aménagements urbains), il y a la face cachée de l’iceberg : un gâchis social, l’impact social sur la population.

 

            -Militarisation, balayage des pauvres, prostitution, jackpot des multinationales.

 

L’État brésilien généralise la militarisation du pays. Les « Unités de Police Pacificatrice » aux méthodes paramilitaires terrorisent la population des favelas. « Le gouvernement soutient une « loi anti-terrorisme » qui, aux yeux d’Amnesty International, « met à mal la liberté d’expression et le droit de réunion ». Il veut légaliser l’arrestation des syndicalistes et des animateurs-trices des mouvements sociaux qui résistent ; l’interdiction même des grèves est envisagée… » (3). La police est l’armée (170 000 agents, dont 57 000 militaires) occupent les favelas et plus de 170 000 familles ont été jetées à la rue, expulsées sans être relogées. Les analyses parlent d’elles-mêmes : « Toutes les méthodes ont été utilisées : créer un climat de peur dans les quartiers, exercer des chantages et pressions psychologiques sur les familles pour qu’elles cèdent leur maison à des prix dérisoires, accaparement de terres, expulsions sans relogement, violences policières sur ceux et celles qui résistent, déplacement des populations dans des zones urbaines dangereuses ou isolées ! Pendant l'événement, le « nettoyage » des villes est annoncé : celui de tous les hommes et femmes qui vivent sur les trottoirs en les renvoyant à des dizaines de kilomètres. Il faut rendre la pauvreté invisible ! » (4). Quiconque manifeste même pacifiquement contre le Mondial est alors considéré comme un terroriste à chasser, juste pour ne pas perturber le Jeu néocolonialiste de l’Occident.

 

En Afrique du Sud en 2010, la FIFA a fait directement pression sur l’État pour libéraliser la prostitution. Dans le cas brésilien, conjointement avec les réseaux mafieux, la FIFA a investi le terrain de la violence et de la traite des femmes en organisant la prostitution dans les villes où se déroulent les matches. Cette négation odieuse des droits humains, de la dignité humaine, des droits de la femme, des enfants et la violence que cela implique n’épargne pas non plus les enfants car la mafia a d’ores et déjà annoncé avoir organisé la prostitution infantile dans cette 7ème puissance économique mondiale où la violence sexuelle est le type d’agression le plus fréquent contre les enfants.

 

La Coupe du Monde participe aussi et surtout d’un jackpot sans précédent pour les entreprises multinationales occidentales : « la FIFA a [obtenu] l'instauration d'une "zone d'exclusion" de deux kilomètres autour des enceintes sportives pour éviter que les marchands locaux ne concurrencent les sponsors autorisés et les partenaires officiels ; [elle a fait] annuler une loi qui interdisait la vente d'alcool dans les stades : une aubaine pour la bière américaine Budweiser, l'un des principaux sponsors et seule autorisée à vendre des boissons alcoolisées. » (5).

Alors que les besoins en matière de santé publique, d’éducation, de réforme agraire sont énormes, les privatisations et la corruption (comme ailleurs) se poursuivent. C’est tout simplement une machine de guerre économique qui transfère de l’argent public vers les comptes privés (FIFA, mafias sprotives, CIO, riches actionnaires. L’État brésilien dépense pour les infrastructures et son gouvernement a simultanément décrété des mesures d’exonération fiscale concernant l’industrie automobile et la circulation des marchandises et des services afférents à la compétition : les manques à gagner représentent 200 millions d’euros pour l’acquisition de matières premières, et 9 milliards d’euros pour l’industrie automobile. Quand on sait que la fiscalité représente une recette majeure de l’État et que ces exonérations décidées juste pour se plier aux désidératas de la FIFA suffiraient à rembourser les dépenses publiques pour les stades, cela fait froid dans le dos !

Grâce à (ou à cause de) la zone d’exclusion qui empêche les commerçants locaux d’offrir des biens et services de consommation aux touristes de la Coupe dans un périmètre de 2 km des stades, des firmes multinationales partenaires de la FIFA ou sponsors de la Coupe comme Coca-cola, Adidas, Hyundai-Kia Motors, Sony, McDonalds ou Continental vont pouvoir réaliser leurs profits en toute impunité sans la moindre concurrence. Et après, la théorie microéconomique souhaite nous enseigner que les ententes et toute entrave à la concurrence sont néfastes. Fermer le marché aux producteurs locaux afin d’y faire entrer les compagnies étrangères privées signifie tout simplement mettre en place au profit des multinationales un oligopole : peu d’offreurs sur le marché vendent pour un grand nombre de demandeurs (consommateurs).

 

Des proches de ceux qui sont morts, des expropriés déracinés de leur terre, des pauvres ou bien des enragés verront leur Coupe du Monde comme un traumatisme indélébile. Des dépenses somptuaires sous les yeux des favelados miséreux, déplacement de près d’un million de personnes (170 000 familles) pour les travaux d’infrastructures, mesures spéciales « anti-terroristes », envol de la prostitution mafieuse pour satisfaire la demande touristique, creusement de la dette, répression d’un côté…Militarisation des rues, «pacification des favelas» (belle oxymore), balayage des pauvres, prostitution, jackpot odieux des multinationales de l’autre côté.

Il y a bien des raisons de penser que la coupe est pleine. Un sport fédérateur vous disiez ? Voilà pourquoi je préfère considérer cette compétition comme un crime organisé à boycotter au lieu de brailler niaisement des encouragements et des commentaires à un écran de télévision, avachi comme une carpette dans mon canapé, et m’assourdissant des benêts de supporteurs qui s’égosillent dans les gradins en arborant des drapeaux dont ils méconnaissent l’histoire. Mais la plèbe, toujours avide des plus futiles divertissements, n’entendra jamais les cris d’alerte au crime d’un grand nombre de militants de gauche qui s’élèvent pour arrêter ces inepties ou bien pour redonner au football son esprit d’origine, celui d’un sport et non d’un business transnational. Cela me fait penser à des gladiateurs que l’on acclamait aux temps de la Rome Antique. Sauf que 25 siècles plus tard, ceux qui crient « du pain et des Jeux ! » sont les esclaves dans les gradins. L’Empereur Marc Aurèle qui en son temps vivant, avait interdit les Jeux du Colisée, serait bien malade de voir ce que l’Humanité a retenu de l’Histoire.

 

Enfin précisons que la FIFA, qui se présente comme une association de fédérations nationales bienveillante, c’est 998 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, 52,2 millions de bénéfices, et 1 milliard de réserves financières. « Peu lui importe qu’en Afrique du Sud, hôte de l’édition 2010, la dette extérieure soit « passée de 70 milliards de dollars [50,3 milliards d’euros] (avant la Coupe du monde) à 135 milliards de dollars [97 milliards d’euros] aujourd’hui […] Les surcoûts liés à l’organisation de la compétition atteignent 1709 % ! Pretoria a réduit de façon drastique les programmes sociaux, alors que 52 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La FIFA, quant à elle, a engrangé 2,7 milliards d’euros pour cette édition. » (6).

Cette organisation n’est rien d’autre qu’un Empire multinational qui fait du profit sur la misère du peuple et qui se fait passer pour une organisation sportive bienfaisante. Dommage que la plupart des spectateurs de ce sport inepte n’aient même pas la conscience que les sportifs qu’ils acclament, serviteurs décervelés de la finance sauvage, sont les premiers acteurs de ce crime organisé. Une seule solution après ces kyrielles de critiques sportives : éteignez vos télés et faites grandir vos potagers !

 

1 et 6. http://www.monde-diplomatique.fr/2014/06/PIRONET/50511.

2 et 5. http://www.alternatives-internationales.fr/bresil--la-coupe-est-pleine_fr_art_1269_66691.html.

3. http://www.franceameriquelatine.org/spip.php?article1952.

4 et 7. http://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/mondial-2014-la-coupe-est-pleine.

 

Samuel Moleaud.

 

10 bonnes raisons listées par les collectifs de soutien au peuple brésilien pour boycotter cette coupe : « 1) 250 000 personnes ont été ou seront expulsées de leurs logements [...].

2) La Coupe laissera des “éléphants blancs” : des œuvres hors de prix, gigantesques, mais sous-utilisées. [...]

3) A l’inverse de ce qui a été promis, une grande partie des fonds utilisés pour la construction où la restauration des stades provient des coffres publics [...].

4) Pour pouvoir recevoir la Coupe du monde, le Brésil a dû signer une clause qui l’engage à changer toutes les lois nécessaires afin d’être en adéquation avec les exigences de la FIFA. Ainsi, le pays a abandonné sa souveraineté pour servir une entité privée.

5) De véritables zones d’exclusion seront créées pendant la Coupe du monde: la FIFA sera responsable d’une zone allant jusqu’à 2 km de diamètre autour des stades, où seuls les personnels autorisés pourront exercer des activités commerciales.

6) Malgré les promesses qui affirmaient que la Coupe offrirait des opportunités de travail aux Brésilien-ne-s, vendeur-euse-s, marchand-e-s ambulant-e-s, petit-e-s commerçant-e-s et artistes de rue sont interdits de travailler dans les zones de la FIFA. Tout sera entre les mains de la FIFA et de ses entreprises partenaires, comme Coca Cola.

7) La FIFA et ses entreprises partenaires auront une exemption fiscale totale de tous les impôts brésiliens, privant ainsi les coffres publics brésiliens d’un milliard de réals (plus de

300 millions d’euros).

8) Pour recevoir la Coupe du monde, les gouvernements et clubs de foot ont été obligés de construire et rénover les stades afin qu’ils obéissent aux normes de qualité de la FIFA. Au premier regard, il s’agit de nouvelles positives mais en apparence seulement. En fait, il y a un effet collatéral tragique : l’élitisation des Jeux, interdits aux classes populaires, qui ne peuvent payer les billets d’entrée, ni acheter dans les magasins installés dans les stades.

9) Au nom de la Coupe du monde, l’état brésilien a étendu son appareil répressif : en plus d’avoir dilapidé des milliards de reals en armement et nouvelles unités policières, de nouvelles lois ont été promulguées pour réprimer les manifestant-es.

10) Le Ministère de la Défense a publié un document, intitulé «Garantie de la loi et de l’Ordre», dans lequel les mouvements sociaux et toute personne ou organisation qui entrave une voie d’accès (même pacifiquement) sont classifiées comme «forces d’opposition provoquant des actions violentes ». Ainsi, le gouvernement autorise les forces armées à agir contre eux. » (7).

 

 

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 06:36

http://vbo-feb.be/Global/Scaled/440x2000x2/Global-Actiedomeinen-Europa-Europa-Belgian%20Business%20for%20Europe%20%E2%80%93%20Mogelijk%20vrijhandelsakkoord%20tussen%20de%20EU-VS-WEB_VBO-verbaasd-over-eisen-non-profit.jpgLe Pouvoir exécutif français aime promettre aux caméras alarmantes qu'il a "l'inversion de la courbe du chômage" pour pierre angulaire de sa politique. Beaucoup de français absents des caméras, ont l'aversion d'un Pouvoir exécutif englué dans sa politique du pire qui engendre un chômage alarmant.
    Comme s'il se souciait du sort des gens du peuple, officiellement citoyens, il mène une politique générale qui les rend officieusement esclaves dociles. Inverser la courbe du chômage implique implicitement la volonté de revenir à une situation de plein emploi, conjoncture que l'économie française n'a pas connue depuis les chocs pétroliers et la fin des Trente Glorieuses (1973). C'est donc une promesse de taille, que d'annoncer la fin du chômage en France. Ce serment solennel électoraliste voudrait, selon toute logique que soient mises en place tout un ensemble des politiques qui pourraient éviter l'insupportable hausse du taux de chômage. Ces politiques doivent donc être dites sociales, c'est à dire que le gouvernement devrait créer un climat politique favorable à ce qu'une majorité de la population puisse vivre de manière décente.

    Mais ces derniers mois du printemps 2013, deux sortes de coups d'Etat ont été transposés en catimini, dans l'ombre des arcanes démocratiques de la représentation politique du peuple. Ces putschs sont le fruit des pressions libérales de la finance sur les acquis philosophiques, économiques, sociaux et politiques des Etats-Nations du "vieux continent". Le premier coup dur porté aux droits et libertés fondamentales de la présidence Hollande, fut le passage en force de l'exécutif sur l'Accord National Interprofessionnel dit ANI. Voté dans l'empressement par les "chambres" du Parlement français sans le moindre débat public et par un vote bloqué, l'accord prévoyait des injections de flexibilité du travail à l'intérieur même du contrat de travail régissant les droits et obligations mutuelles entre employeurs et employés. Du beau travail qui brise les conventions collectives traditionnelles et qui met l'employé à la merci de son patron, ce dernier ayant la possibilité de modifier les conditions de travail (volume horaire, rémunération, procédures et indemnités de licenciement, etc.). Un bijou pour le Medef, qui n'aurait jamais souhaité mieux du gouvernement de droite libérale précédent. La majorité PS de l'exécutif créa de toutes pièces un évènement de moindre importance en guise d'écran de fumée médiatique pour faire ombre à la cassure sociale que représente l'ANI, à savoir la réforme des mœurs sur le mariage homosexuel (Cf. mon article précédent à ce sujet http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/recession-chomage-droit-du-travail-136877). Le voilà le véritable "Mariage pour tous" : casse du droit social contre maigre progrès des mœurs, la rose flétrie et fanée du socialisme bourgeois se marie à la rosée fraîche des patrons et du Medef.
   
-"L'accord va donner le pouvoir aux multinationales".
   
    Cette phrase aurait été prononcée par le président des Etats-Unis, B. Obama lui-même. En juin 2013, à une échelle supranationale, la France se trouve impliquée dans l'un des plus massifs accords de libre échange entre les Etats-Unis et l'Union Européenne jamais signé. Le Parlement européen a attribué par vote un mandat à la Commission Européenne pour négocier un accord de libre-échange et de protection des investissements entre les Etats-Unis et l'Union Européenne. Un accord de libre-échange de l'OMC signifie par voie de conséquences que les signataires s'engagent à réduire les barrières douanières présentes à l'importation. C'est en fait bien plus que la simple libre circulation des marchandises et des capitaux. Elle incombe la suppression des taxes et l'ensemble des réglementations nationales qui pourraient restreindre l'importation de biens et de services. Or la souveraineté nationale et les volets publics gouvernementaux freinent le profit maximum des multinationales. Droit du travail, droit syndical, mécanismes de régulation et interdiction du dumping social empêchent les actionnaires et les investisseurs de s'épanouir pleinement. Imaginez ce qu'il pourrait se passer ici : un crocodile marin en captivité dans une cage vous scrute sur les marches paisibles du zoo. Une fois que vous êtes occupés à autre chose, à débattre par exemple sur le pour ou le contre du mariage pour tous, à grignoter un pique-nique, le gardien du zoo qui ne vous aime pas, ouvre la cage et les crocodiles extrêmement affamés foncent vers vous...

    Ce que cet accord transatlantique ajoute aux traditionnelles salves de la mondialisation, est qu'il aura sans doute pour conséquences de transférer davantage de pouvoir aux entreprises multinationales qui auront cartes et mains libres pour contourner les règles juridiques des Etats ainsi que leurs décisions politiques. Un Etat qui refuse la commercialisation d'un produit jugé néfaste, tels les OGM ou la viande aux hormones, pourrait être poursuivi en justice par les firmes boycottées. Par exemple, un Etat qui recule face à la pression de ses concitoyens, sur l'attribution de permis d'exploitation du gaz de schiste, pourra être condamné devant une Cour internationale par la firme désireuse de s'implanter.
L'accord bilatéral met en place un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats (1) : dans le mandat donné à la Commission, il est précisé que l'accord "comprendra un mécanisme de règlement des différends approprié" (2). Il s'agit d'instaurer un arbitrage privé pour régler les différends entre un Etat et les investisseurs. Outre une sorte de privatisation de la justice, une violation de la souveraineté, il s'agit aussi d'un risque de coût très élevé à supporter par les Etats, à l'heure où on nous matraque l'idée qu'il n'y a plus d'argent à cause d'une dette publique insoutenable. Ainsi, c'est un moyen efficace pour une multinationale d'empocher énormément d'argent : "En Uruguay comme en Australie, le géant du tabac Philip Morris, basé aux États-Unis, a mené des poursuites contre les avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes; la multinationale suédoise de l’énergie Vattenfall réclame 3,7 milliards d’Euros à l’Allemagne suite à la décision démocratique d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire; et la société états-unienne Lone Pine poursuit le Canada à hauteur de 250 millions de dollars concernant un moratoire sur l’extraction (fracturation) controversée du gaz de schiste au Québec", précisent le Corporate Europe Observatory et le Transnational Institute."(3). L'Etat doit donc désormais s'agenouiller devant une firme.

    Agriculture, santé, énergies, services publics sont alors menacés par l'appétit vorace des financiers de Goldman Sachs, de Bilderberg à l'OMC en passant par les puissantes multinationales européennes, américaines et chinoises. Là encore, c'est l'histoire d'une cupide clique de 28 ministres du Commerce fossoyeurs de la Démocratie qui se plient aux sommations capitalistes des lobbies et des entreprises. 
Des centaines de millions de travailleurs vont donc être davantage exposés au dumping social, aux délocalisations, à la précarité et au chantage ou au chômage, sans qu'aucun de tous ces citoyens ne puissent user de leur pouvoir électoral pour influer sur les choix politiques, économiques et sociaux. En d'autres termes, il s'agit d'un passage en force supplémentaire sur la démocratie, la représentation politique, les libertés individuelles, le droit européen et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Outre ces dégâts politiques, le projet risque aussi de diluer dans un espèce de formol financier les services publics, les compétences, les savoirs faires, les traditions populaires et l'héritage historique des luttes sociales qui firent autrefois de l'Etat un garant protecteur du citoyen face aux prédateurs financiers. C'est ça la nouvelle Europe voulue par Bruxelles et Washington : des millions de travailleurs pauvres s'empiffrant de Mc Do comme des porcs, se gavant d'OGMs, de poulet lavé à l'eau de javel, de viandes aux hormones, de bœuf nettoyé à l'acide lactique, boire du lait issu de vaches clonées. Finis les contrôles qualité sur les produits alimentaires, car cela coûte trop cher, d'autant plus que l'accord transatlantique proscrit ce genre de barrières non-tarifaires. C'est l'ensemble des normes sanitaires, des droits sociaux, des droits du travail, des règles environnementales et des dispositions fiscales nationales qui risquent d'être uniformisées, aplanies, "harmonisées". Petit-à-petit, les gouvernements, qui ne sont plus que des VRP au service des banques et des spéculateurs, ne pourront donc légiférer que sur les lois imposant les privatisations, les fusions-acquisitions, favorisant le dumping social, mettant en concurrence atroce des millions de travailleurs déjà appauvris par une crise économique chronique. "Ferme-la et obéis, ton Etat ne fait plus la loi, c'est l'OMC qui décide et si tu n'es pas content, va-t’en. Tu n'as pas d'argent ? Alors crève". La voilà donc leur Europe de la coopération-intégration économique, c'est celle où 820 millions d'individus servent de paillasson aux multinationales obéissant de force à des institutions dangereuses dont nul ne peut plus stopper l'inertie capitaliste.

    L'objectif des opérations de lobbying et de la Commission Européenne n'est pas de créer une zone prospère pour l'emploi. Car un plein emploi global génère la hausse du taux d'inflation. Et l'inflation est interdite au-delà d'un seuil de 3% par le traité de Maastricht. L'objectif est de constituer un Empire surpuissant contrôlé sans verrous par les entreprises multinationales, une étape supplémentaire de la libéralisation de la Planète, affranchie de la démocratie qui freine les profits maximums. En 1997, les gouvernements occidentaux et l'OMC s'apprêtaient à signer un accord de ce type, nommé l'AMI, Accord Multilatéral sur l'Investissement. Il s'agissait, en plus de supprimer les barrières douanières, de conférer à une entreprise la possibilité d'assigner un Etat en justice s'il contrevenait à la réalisation de ses intérêts. Sous la pression des contestations citoyennes, le gouvernement de Lionel Jospin avait reculé et l'accord n'a jamais vu le jour. Nostalgiques, les marchands reviennent au créneau quinze ans plus tard.

-L'exception culturelle française sauvée, les médias crient victoire.

    Face au mutisme affligeant du Premier Ministre et du Président de la République français, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti s'est démenée pour que la culture et l'audiovisuel ne soient pas inclus aux négociations du Grand Marché Transatlantique. De fait, la plupart des titres de presse ont réduit les dimensions de l'accord à la polémique sur inclure ou non les secteurs de la culture, de l'audiovisuel et de la création artistique. Comme d'habitude, Pouvoir et médias sont maîtres dans l'art de singulariser un sujet d'envergure gravissime et de l'étouffer en petite bataille de chiffonniers. C'est déjà ça, la culture ne sera pas soumise à la dictature de l'OMC. Autrement dit, nos artistes auront encore droits aux subventions publiques, qui autrement auraient été interdites par l'accord de libre-échange. Imaginons un avenir où la musique n'est plus qu'un enchevêtrement de sons électroniques sans goût et d'une pauvreté artistique extrême, juste par pure recherche de profitabilité d'écouler un produit commercial dilué sur le marché transatlantique ? C'est déjà le cas lorsque l'on écoute les sons modernes fades ne dépassant pas trois notes d'une même gamme, en provenance du monde anglo-saxon mais il restait au moins les subventions et (jusqu'à peu) les contrats aidés pour aider les artistes à vivre leur art à défaut d'en vivre.

    Les portes voix du gouvernement français se posent souvent en victimes face à un traité européen ou bien une surveillance financière d'agences de notations cyniques et belliqueuses. Nous entendons souvent dire que la France ne peut pas s'en sortir toute seule, qu'elle ne peut pas dire non à l'Allemagne ou qu'il est impossible de relancer l'économie car il n'y a plus d'argent. En clair, nul ne peut taper du poing sur la table alors que le pays s'assoit à la chaise de la 5ème puissance mondiale. Lorsque les Etats-Unis n'ont plus l'espoir de bon aloi des banques, ils mettent la planche à billets en route à la FED (Réserve Fédérale), ce qui équivaut à répudier la dette publique. La France vient de taper trois phalanges sur la table en affirmant qu'elle mettrait son veto si l'exception culturelle n'était pas respectée.

    Elle vient de montrer qu'elle est entendue, suivie et respectée si elle a une détermination politique forte. Qu'elle en fasse de même, si elle est "socialiste", pour sa dette publique, pour sa Relance économique par intervention massive de l'Etat, pour sa prise en charge publique du secteur bancaire et des transactions financières taxées. En d'autres termes, qu'elle se retire de l'OMC capitaliste, de ce nouvel Accord de libre-échange UE/USA en claquant la porte sans rougir et une foule de pays moins dominants (Pologne, Roumanie, Grèce, Espagne, Italie, etc.) la suivront. Avec la participation de la France dans le Grand Marché Transatlantique, le moins-disant social et le tout pouvoir donné aux multinationales qu'il implique, le gouvernement Ayrault vient de vendre la France aux firmes transnationales et à l'OMC comme un maquereau livrerait une pauvre catin en guenilles à des brigands gros et gras criblés de pustules venimeuses. Le gouvernement des riches par les riches et pour les riches, a peut-être plus inversé la courbe de la colère que celle du chômage.

(1), (2), (3). http://blogs.mediapart.fr/blog/sam-la-touch/170613/laccord-transatlantique-le-pouvoir-aux-multinationales

Samuel Moleaud, 18 juin 2013.

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 08:40
François Hollande n'est pas un homme comme les autres. Lorsqu'il fait le marché, il serre des pognes à tout va et rappelle au populo ses velléités de Président rassembleur, ouvert aux réformes des mœurs mais pusillanime sur les changements qui fâcheraient la finance. C'est que son panier n'est pas celui de la ménagère. Quelques armes chez Dassault, du nucléaire au stand énergétique, une poignée de traités scélérats made in Troïka-Merkel, et puis des kilos d'Austérité au rayon produits frais. Le maraîcher des fruits de la croissance a déserté le marché il y a quelques années. Le Pouvoir aime partager sa cuisine, même en frétillant avec quelques pontes du Front National. Mais ils mangent dans les paradis fiscaux. Les casseroles sont une affaire de puissants. Jérôme dit à François : "Et les restaurants aux Bermudes et en Suisse, tu as goûté ? Qu'est-ce qu'on savoure!" Moi, je suis un français modeste comme les autres. Lorsque je fais le marché, j'ai la mine blafarde et la faim au ventre. Je me serre la ceinture et j'erre dans les allées en comparant les prix avec l'intention de m'offrir un repas sain à pas cher. Comme la paye que mon employeur se croit "obligé" de m'octroyer n'est pas assez conséquente pour pouvoir m'offrir le luxe d'un fromage "bio" ou d'un festin équilibré, je tourne les talons au Carrefour du coin. C'est celui qui tire les prix du producteur à la baisse pour s'en mettre plein les fouilles, juste pour que mes emplettes de la semaine n'excèdent pas dix euros. 1. Bienvenue dans la grande désolation de nos temps modernes. La grande désolation de nos temps modernes est que l'Humain se croit être un animal social doué de raison alors qu'il use de son intelligence et de sa technique pour détruire la Planète et ses écosystèmes. Avancer est devenu synonyme de retour en arrière, on prend pour modèle la destruction des liens sociaux et l'isolement, construire pour le Progrès revient à détruire pour les profits bancaires. La bêtise prend le pas sur la démission des intelligences. L'Humain qui subit tout cela, se cherche des consolations pour oublier ses frustrations d'évoluer dans une société qui l'a rendu servile. Individualisation des Êtres, banalisation des comportements névrotiques, explosion de l'égoïsme collectif, addiction aux consommations futiles, lobotomisation générale, hypnose des gadgets technologiques, crise boulimique du fast-food, l'obsession de la possession et la privatisation des biens et services colonisent tous les espaces de la vie. La dictature du paraître réprime l'Être, la tyrannie des marques et l'Avoir nourrissent convoitise, jalousie et les besoins dont nous sommes esclaves. Les maîtres du monde ont conscience que leur force ne tient qu'à l'ignorance des dominés et leur mise en compétition. Alors l'immense masse des damnés, des perdants de la "Mondialisation heureuse", développe ses lots de cancers, stress, angoisse, dépression, solitude, léthargie des consciences, psychopathologies et malaises sociaux récurrents. Champions européens d'ingérence d'antidépresseurs, nombre de salariés français oublient l'oppression de leur entreprise mais se ravagent l'estomac au bonheur de Sanofi-Aventis et des industries pharmaceutiques. Dans la cinquième puissance mondiale, 3 millions d'individus sont encore analphabètes, plus de 10% de la population active est au chômage (calculs officiels minorés...), et 8,5 millions d'individus vivent sous le seuil de pauvreté (personnes seules disposant de moins de 803€/mois). Aristote, philosophe de la Grèce Antique, disait en son temps vivant que l'Homme est un animal social. Il s'est trompé. L'Homme est une charogne, un cannibale qui se nourrit du malheur des autres pour accroître son Pouvoir personnel. A l'heure où les moyens techniques et cognitifs existent pour vivre en harmonie et décemment sur cette Terre, l'Humanité entame un virage inverse. Elle se dirige vers une gigantesque insurrection, une guerre civile mondiale toutes classes confondues contre une oligarchie qui serait prête à anéantir toute la planète juste par cupidité. 68 ans après la Seconde Guerre, l'Europe est redevenue un champ de bataille. Chaque salve menée contre les peuples par l'intermédiaire des traités et des lois organisant le pillage à grande échelle des épargnes du peuple, chaque assaut de la finance, avec le soutien des gouvernements, est un bras de fer remporté sur la Démocratie et les gens. Je voudrais parler du dernier en date. Une attaque rondement menée sous le soleil méditerranéen. 2. Sous les palmiers, le pillage. Afin de panser les pertes du casino bancaire chypriote, une nouvelle parade a été trouvée par les capitalistes. Ponctionner directement les comptes bancaires des citoyens. Auparavant, il suffisait que l'Etat rachète les créances pourries d'une banque en faillite. Ainsi, l'Etat s'endettait pour sauver un système bancaire privé ulcéré par l'appétit de la rente et la boulimie spéculative. Une fois les marchés financiers "rassurés", comme s'il s'agissait d'une personne, les banques restructurées pouvaient à loisir refaire joujou sur les marchés avec l'argent fictif (80% de la masse monétaire étant une masse spéculative issue de la dette) qui ne leur appartenait pas et n'étaient contraintes à aucune contrepartie ni obligation de remboursement. Alors que l'Etat s'endettait, il se trouvait obligé de souscrire à des emprunts sur les mêmes marchés financiers puisque sa banque (BCE) et ses voisins de l'Union Européenne avaient interdiction formelle de lui venir directement en aide. C'est là que la baguette magique intervenait : les banques privées ayant auparavant été rachetées par l'Etat, prêtaient à l'Etat à des taux faramineux allant jusqu'à 30% d'intérêts selon leur solvabilité, lorsqu'un Etat, lui, avait prêté à 2% par le passé. Une dette privée se transformait en dette publique. Et hop, le mythe de la crise de la Dette Publique était né. Facile ! Les gouvernements fantoches néolibéraux de l'Union Européenne faisaient alors reposer le poids d'une crise qu'ils avaient soutenue sur le dos du peuple en lui faisant subir de drastiques plans de rigueur économique. L'Austérité était inscrite dans le marbre des constitutions (autrement dit, toute politique de dépense publique devenait illégale). Dans la première puissance économique mondiale (l'UE), même les pays comme la France ou l'Allemagne voyaient le taux de chômage monter en flèche. Les salaires étant indexés sur le taux de croissance récession et augmentant moins vite que l'inflation, ça en fait des miséreux dans les bureaux, les usines et le caniveau. Dans le même temps, les médias aux ordres de l'Empire, pour faire avaler la pilule, répandaient l'idée que chaque plan d'austérité servirait à résoudre la crise de la dette. Ramenons à un individu lambda comme moi : Admettons que je n'ai pas d'argent. On me propose un prêt sans intérêts remboursable dans quelques mois. J'emprunte 5000€ à un proche. Si je perds toute la somme en jourant au casino, il paraît absolument absurde de refaire un prêt pour payer la première dette. En plus de cela, la logique voudrait que je travaille, que je dépense de l'énergie pour avoir l'argent à rembourser. L'Etat, lui, emprunte et ré-emprunte de l'argent (qui est la dette d'un autre, de par la spéculation) pour payer ses dettes et démissionne de ses fonctions, faisant reposer le coût d'une dette qu'il n'a en partie pas à payer sur ses citoyens. Logique... Mais à chaque entreprise privatisée, au fur et à mesure que la croissance économique ralentissait pour entrer en récession structurelle, l'Etat se trouvait inévitablement en besoin de financement. Ou en danger de défaut de paiement de ses échéances. Toute la richesse créée dans cette situation, ne sert plus au pays, mais à la rente pour le service d'une dette odieuse, illégitime. Les médias matraquent à l'heure actuelle qu'il n'est plus possible pour la France de dépenser de l'argent public pour le redonner aux gens qui en ont besoin pour vivre, car la Dette atteindrait plus de 85% du PIB. Le Japon, qui multiplie les emprunts d'Etat, possède un taux d'endettement de 205% de son Produit Intérieur Brut en 2011. Singapour, est à 118% d'endettement, les Etats-Unis à 90%. Est-ce qu'on y applique des plans d'ajustement structurels? Des programmes d'austérité? La Grèce qui est le 2nd pays le plus endetté du monde (152% du PIB) selon le FMI, a subi une dizaine de plans d'austérité : baisse des salaires, gel de création d'emplois, liquidation ou privatisation des entreprises publiques, licenciements en masse, fermetures d'entreprises, etc. La situation de la Grèce est à présent pire qu'avant le premier plan de rigueur! La Grèce a servi de cobaye pour imposer en Europe la loi de l'Austérité et rapatrier des milliards de capitaux publics vers les comptes bancaires des rentiers, spéculateurs et banquiers d'affaires. Ce n'est ni plus ni moins que du vol et une violation de la souveraineté nationale des pays touchés. L'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Hongrie et la France (l'Allemagne nous rejoindra très bientôt) sont maintenant concernés, une poignée de banquiers leur infligent le même traitement qu'à la Grèce et aucun gouvernement ne tape du poing sur la table. Et il faudrait ensuite que des citoyens comme moi aillent voter aux élections pour élire des savants-fous qui prennent l'Europe pour un laboratoire! Après la Grèce, d'autres cabinets d'expérimentations de la finance sont en train d'ouvrir en Europe. Le dernier en date est on ne peut plus sauvage. 3. Chypre, nouveau laboratoire des capitalistes. Afin de sauver la banque nationale chypriote, en faillite à cause de délits d'initiés dabs ses filiales britanniques, la proposition a été faite de ponctionner directement sur le compte des particuliers, des épargnants. En contrepartie d'un "plan de sauvetage" (nouvelle novlangue pour évoquer un plan d'ajustement structurel du FMI), la Troïka (FMI, Commission Européenne et Banque Centrale Européenne) aurait voulu ponctionner les épargnants de plus de 100 000€ à hauteur de 60% ! Bien que cette mesure n'ait pas été appliquée, il fallait quand-même oser le publier comme faisant partie des solutions. On croit rêver. Sont-ils si avares qu'ils oublient la colère qui est en train de s'accumuler doucement dans les esprits? Sont-ils si cupides qu'ils en deviennent fous et stupides ? Je ne me vois pas demander à un pauvre si je peux lui boire les trois-quarts de sa soupe des "Restos du Cœur" pour soigner une petite fringale, ou bien voler la liquette d'un SDF parce que j'ai oublié de payer mes factures et que GDF-Suez m'a coupé mon chauffage en décembre. Imaginons un cinquantenaire qui a travaillé toute sa vie pour se payer une retraite, car son gouvernement grignote depuis quinze ans tous les morceaux d'une retraite publique par répartition. Ou bien quelqu'un qui dispose d'un capital de cent mille euros pour investir dans une maison, un terrain pour monter une nouvelle affaire (hôtel, camping, etc.). Après taxe de 60%, j'ai comme un doute qu'il soit réjoui de savoir qu'il ne lui resterait "que" 40 000€ de ses 30 ans d'épargne. A quoi le travail sert-il d'autre que d'enrichir les banques dans ce cas ? Nous voyons bien que le remède envisagé pour pallier les faillites bancaires n'est pas de faire participer les plus riches à l'effort d'une crise économique et bancaire de grande ampleur. Car lorsque les Fronts de Gauche des pays européens se proposent d'instaurer des barêmes d'impôts sur le revenu des plus hautes fortunes, ou de répudier une partie de la Dette, pour retrouver une manne financière et un système fiscal progressif, équitable, démocratique, on les écarte, on les taxe de populistes, de stalinistes, de démagogues. Une fois passées les élections, il devient normal de ponctionner les comptes bancaires des petits épargnants. Osons espérer que cela suffirait à la France ou à l'Espagne pour déclencher une insurrection, que nous ne nous laisserions pas faire. Car leur prochaines ponctions se feront dans les "vieux" pays de l'Union Européenne dont nous sommes censés être des citoyens souverains. Italie, Espagne, Portugal, puis France, Allemagne, etc. Il est probable que Chypre ne soit juste qu'un laboratoire et que nous soyons les cibles de demain si leur expérience a réussi. Lorsque nous n'aurons plus rien, plus le droit de trouver un travail, plus d'accès aux infrastructures, en voie de Tiers-mondisation (processus déjà entamé) et que l'Etat ne sera plus qu'une paille sucée par les banques pour nous absorber, il sera trop tard pour la Résistance. Cette fois-ci, contrairement à 1939-1945, on ne pourra pas reprocher aux endormis de n'avoir pas été prévenus. La France est un beau pays qui possède tout ce qu'il faut pour être un grand pays du monde : agriculture, industrie, tourisme. Les ressources sont abondantes, la démographie y est l'une des plus jeune et dynamique de la zone euro, le peuple est éduqué. J'ai grandi dans un pays qui savait affirmer sa position dans le monde et qui tapait du poing sur la table pour conserver sa souveraineté. Nous avons hérité d'une histoire forte, d'une culture de la contestation dont il faut savoir se servir, d'un goût pour le débat public et/ou politique. Il fut un temps où nombre de pays prenaient exemple sur la France, sa vision des Droits de l'Homme, ses idées et luttes révolutionnaires, sa culture sociale. Il fut un temps où les gouvernements servaient à consolider un Etat-Nation et faisaient de leur mieux pour régir démocratiquement une population veillant sur ses gardes contre l'autoritarisme et l'arbitraire. Depuis quarante ans de néolibéralisme effréné, la gouvernance signifie détruire systématiquement les héritages sociaux du passé, les savoir-faire et les liens sociaux. Les cerveaux sont atrophiés, la culture de la dénonciation a été remplacée par une docilité affligeante et l'ignorance a pris l'ascendant sur l'optimisme, la lutte et la réflexion. Abrutis par la télévision et la dictature du superficiel, les jeunes ne s'abreuvent plus que d'inculture, de soupes musicales commerciales érigées comme culture dominante, une décennie 2000 plate, terne, sans aucune créativité artistique. Ce "goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche" dont parlait Jean Ferrat possède un arrière goût de moisi aujourd'hui et la "Belle, la Rebelle" qui "répond toujours du nom de Robespierre" est amnésique. Alors que la France plonge avec le reste du monde dans une Grande Régression sociale à tous niveaux, elle applaudit devant les bourreaux qui la féodalisent. Il fut un temps, enfin, où mon pays cultivait les Idées politiques avec vigueur et pouvait parler ou gloser sur Socrate, Platon, Aristote, Machiavel, les Lumières, les penseurs révolutionnaires ou libéraux, de Marx à Tocqueville, de Comte et Proudhon à Zola, de Camus à Sartre. Elle cite aujourd'hui d'insupportables cuistres tels que BHL, Attali ou Fourest, elle s'abreuve de Loana, Jenifer, Johnny Halliday, D. Guetta ou de Gangnam Style. L'art n'a plus d'importance esthétique, seul son taux de rentabilité compte. La science, le savoir, la recherche n'ont plus à être réfutés, vérifiés, partagés, mais répondent à des obligations de rentabilité financière. En politique, la France mange en coulisse dans la main des dictateurs africains, des pontes de Goldman sachs comme les Monti, les Draghi et Papandréou, elle se prostitue aux chiens austéritaires qui voudraient faire de l'Europe un paillasson de la finance. Je ne suis pas trop patriote, mais il serait temps que les pays de l'Union Européenne qui sont attaqués aujourd'hui, s'unissent et retrouvent leur dignité, leur souveraineté, leur culture, leur conscience collective. Lorsque F. Hollande fait son marché, il choisit de nourrir la finance plutôt que les petits producteurs, ses citoyens, les classes populaires et moyennes. J'entends dire qu'il ne fait pas changer la France. Il n'est pas seul non plus et ne fait pas ce qu'il veut. Mais il est davantage du côté des intérêts de la finance que de ceux de la population. Ouvrons les yeux, nous sommes en guerre. En guerre contre nos propres gouvernements, contre les "17 Salopards de l'Europe", les institutions financières internationales, la Troïka et les dignitaires du régime néolibéral. Banquiers, hommes de pouvoir, lobbyistes, rentiers, députés corrompus ou sinistres "socialistes" pratiquants l'évasion fiscale, il ne faudra pas venir pleurer à la barre du tribunal révolutionnaire que le peuple en colère choisisse la corde et la dynamite à tous les chefs et les traîtres plutôt que l'indulgence le jour où la rage explosera. Samuel Moleaud, 7 avril 2013.
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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 13:01

Mercredi 6 mars 2013, le Venezuela, l'Amérique Latine et des milliers de sympathisants-militants de gauche sur cette Terre, se sont réveillés orphelins. Ce mot est un peu fort, certes, il est à l'image de l'Homme qu'ils venaient de perdre la veille : un Grand Homme de l'Histoire. Un Grand Homme qui a su redonner à son peuple une citoyenneté digne de ce nom malgré les ingérences de la CIA, du FMI et des capitalistes occidentaux pour qui démocratie rime avec hégémonie et oligarchie. Un qui a sur redonner une place géopolitique et stratégique forte au Venezuela. Je n'ai pas toujours été un fervent admirateur d'Hugo Chávez. Mais ce personnage fut l'une des icônes majeures de cette décennie dans la résistance à l'ordre néolibéral en Amérique Latine. Il aura réussi à montrer qu'une Révolution pacifique est possible en appliquant un "socialisme du 21ème siècle", posé en rupture avec les anciens modèles et en alternative citoyenne à la marchandisation du monde et de l'humain. Rien n'est moins sur que l'Histoire, qui se plait à ternir l'image des Hommes de Bien, attribue à cet homme l'aura d'un Simon Bolivar, d'un Emiliano Zapata, d'un Ernesto Che Guevara ou d'un Pancho Villa.

 

                Hugo Chávez a(vait) bien des défauts. Une sorte de Grand Homme de l'Histoire s'est éteint. Je vois les critiques de la presse française : 14 ans de règne démagogique et populiste (1), un culte de la personnalité (2), du clientélisme (3), du népotisme (4), de l'autoritarisme étatique sur fond d'inflation galopante (5). Un contrôle des médias (6), une économie soviétique, que sais-je d'autre, un dictateur anti-démocratique loin du respect des Droits de l'Homme (7). Les scribes de l'Empire célèbrent en fait la mort d’un ennemi idéologique et barbotent comme des canards gavés en faisant éclabousser leur encre dans le caviar à la table des pontes bedonnants de la mafia du Capital.

 

                1. En France, on ne dit pas 14 ans de règne démagogique, on dit "Deux courts septennats pour F. Mitterrand" ou "Deux mandats rapides de J. Chirac". Je lis dans l'Express, en date du 7 mars 2013, que le Venezuela a vécu "14 ans de démagogie". Les journalistes sont lauréats de science politique et pourtant, ils semblent avoir oublié le sens initial du concept de Démagogie en Théorie Politique. Rappel concis : la Démagogie, dans la Grèce Antique, signifie le pouvoir que les dirigeants obtiennent en flattant le peuple, en le séduisant sur ses peurs et ses frustrations. Hugo Chávez n'a pas exercé le pouvoir simplement en flattant le peuple, il l'a sorti de la dictature, de l'analphabétisme et de la pauvreté extrême. Quelle démagogie! Quant au populisme, il flatte le peuple en l’opposant aux élites, pointées du doigt comme ennemi. Cela fait bien de dire que les autres en font et pas nous. Lorsqu'un président de 2007 à 2012 drague les classes exploitées pauvres et précaires avec la peur de l'étranger, la presse, complaisante, nomme cela presque du réalisme. N'entendit-on pas du populisme en 2012 lorsque le président sortant, maître dans l'art de la manipulation, proposa plus de référendums populaires en critiquant la démocratie représentative, souffrant d'un malaise, gérée par trop de bureaucratie et de corporatisme élitistes ? Les journaux ne se sont pas inquiétés qu'en France, nous aussi avons nos populistes modernes.

 

                2. Le culte de la personnalité fait, de fait, renvoi à la vieille U.R.S.S, référence aux despotes staliniens et aux dictateurs Turkmènes ou Nord-Coréens ou autres. Ah, c'est pas bon ça! Mais lorsqu'un Général résistant de la 2nde Guerre Mondiale accède à la présidence et fonde une Constitution, ce qui est un putsch déguisé en réforme constitutionnelle, cela ne choque pas la France de voir son nom sur la pancarte de tous les grands boulevards des villes françaises, ou bien de voir plantée dans l'herbe la croix de son parti politique. Donc Mr. Charles De Gaulle a fondé une Cinquième République où la croix gaulliste comme symbole national devait être vue partout. Là, on dit que c'est un Grand Homme de l'Histoire. On dit en revanche que Mr. Hugo Chávez organisa un Coup d'Etat imposant, tel un dirigeant soviétique, un culte de la personnalité. Là, c'est un despote. Plus récemment, cela ne choque pas un seul journaliste de savoir que chaque mairie comporte une photo du Président de la République encadrée dans tous les bureaux administratifs "hauts de gamme".

 

                3. Ah oui, Chávez fit aussi du clientélisme. Quel dictateur atroce. Faut-il rappeler aux faiseurs d'opinion qu'à chaque élection qu'ils veulent démocratique, cantonale, municipale, régionale, législative, présidentielle et européenne, les élus usent du clientélisme auprès des "citoyens" pour les séduire et faire pleuvoir dans leurs urnes les bulletins comportant leur nom ? "Si vous votez pour moi, je vous sortirai de la précarité"...demandez à n'importe quel élu politique français ce qu'est le clientélisme, ils en sont experts. Mr François Hollande ne fait-il pas du clientélisme lorsqu'il se prend un bain de mains serrées sur un marché en Corrèze en disant que le changement c'est maintenant, qu'en votant pour lui, les méfaits de Sarkozy (il a le dos large) seront finis ? Le clientélisme en France, on dit que c'est une stratégie politique électorale. Lorsque le groupe industriel PPR, dont le PDG F. Pinault est un proche de N. Sarkozy, finance le film "Home" de Yann Arthus Bertrand en 2009, juste avant les élections européennes où l'UMP reprend à son compte les thèses écologistes, on parle de marketing politique. Mais un Chávez anti-impérialiste qui accorde des cachets (certes énormes) à des réalisateurs partisans-sympathisants de son régime pour faire des films, c'est du clientélisme honteux.

 

                4. Mr. Chávez était aussi népotique ? Dans notre si bon pays d'arrogance journalistique, on ne dit pas que l'ancien président avait mis en place une République bananière, avec son frère vice-président du Medef, et les deux conjointement gérant un cabinet privé de retraites par capitalisation. On ne parle pas du placement du fils Jean au Conseil Général des Hauts de Seine à 21 ou 22 ans il y a quelques années, alors que la loi fixe l'âge de 23 ans au minimum pour être légalement un élu politique. Chez nous, il s'agit de cooptation, tandis que le même comportement chez les sauvages et les barbares de l'outre-mer est népotique. Ah oui, c'est vrai, tout cela n'est qu'une broutille de quelques gauchistes perdus en furie. Quand-même ! C'était un président d'une république irréprochable. Ah bon ok.

 

                5. Et puis ce Hugo Chávez dont le linceul se fait lapider de pierres verbales était autoritaire aussi selon nos médias. La volonté de l'Etat n'appartient pas au peuple en France, mais lorsque celui-ci décide de faire ce que la finance lui impose, il n'est pas autoritaire de réprimer. D'envoyer des cordons blindés de CRS décervelés prêts à casser du manifestant sans distinction de taille (môme, jeune, homme, femme ou bien faible retraité) comme un bouledogue mordrait son maître. On peut citer aussi la répression brutale qui sévit contre les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes en Loire-Atlantique. Ce n'est pas de l'autoritarisme, c'est du maintien de l'ordre public. Dites-moi, journalistes, à quelles occasions Mr Chávez a fait déployer l'armée dans la rue pour étouffer une manifestation citoyenne pacifique ?

                Et puis il avait la mainmise sur les entreprises qu'il a nationalisées. Quel crime! Voler des dollars aux multinationales qui auparavant, exploitaient les ressources pétrolières et autres, en rapatriant les capitaux en Occident ! Mr Chávez enfin quel homme culotté. On n'exproprie pas les riches dans ce monde voyons! Nationaliser permet à l'Etat de se réattribuer la souveraineté de l'économie et de reprendre son rôle de garant de son peuple souverain. Notre "initiative privée" à nous, c'est tellement mieux, surtout lorsque l'Etat, par l'entremise de la Dette publique, appartient à des traders fous, ça rassure ! Accessoirement, l'accès aux infrastructures devient plus démocratique puisque les prix des services publics baissent (car pas de rente privée exorbitante à engraisser). Et puis dévaluer la monnaie ! Cela créé de l'inflation ! Ah diantre il avait tous les défauts cet homme là. Au Venezuela, le taux d'inflation oscille autour de 25%, 26,7% en 2012. Et bien dans le même temps, le taux de chômage est passé de 11,3 % en 1998 à 7,8 % en 2008. Près de 3 millions d'emplois ont été créés, et l'emploi dans l'économie informelle est tombé de 54,6 % à 48,2 %. La dette publique vénézuélienne a chuté de moitié, de 30% du PIB à 14% alors que l'Etat augmentait constamment les dépenses publiques (en dix ans, le nombre de bénéficiaires des allocations sociales a été multipliée par 4). Ceci pourrait être un bon pied-de-nez aux chantres de l’Austérité en Europe, qui souhaitent réduire la dépense publique (ralentir l’activité économique) pour s’absoudre de la Dette.

Le Venezuela devenait (selon l'indice Gini) le pays d'Amérique du Sud le moins inégalitaire. Dans le même temps, les écarts sociaux se creusent en Europe. Faut-il rappeler aux journalistes que c'est en partie à cause de l'inflation maintenue à 2-3% par l'Union Européenne, que le chômage augmente en Europe de façon insupportable, et que l'inflation permet la hausse de l'indice des salaires, et in fine celle du niveau de la consommation, du niveau de vie ?

 

                6. Je me rappelle par contre de ce moment où la France faisait reculer l'âge légal du départ à la retraite de 60 ans à 62 ans, réduisant les chances pour un ouvrier de profiter de sa retraite (l'espérance de vie d'un ouvrier à 40 ans ne dépassant pas 25 ans) et que de ce fait, de plus en plus de gens perdent leurs droits à la retraite s'ils se font licencier avant l'âge légal.

Et bien au même moment, en octobre 2012, le gouvernement "autoritaire" de Mr. Hugo Chávez votait l'avancée de l'âge légal de départ à la retraite de 60 ans à 57,5 ans. Les médias ont bien pris soin d'occulter cette réforme simultanée au moment où les semelles battaient le pavé dans les rues de France. C'est sans doute parce que nous jouissons d'un système médiatique absolument libre et impartial, contrairement à ces pays soviétiques ou l'Etat contrôle les médias et les journalistes, condamnés à l'autocensure. Nos journalistes à nous, sont libres aussi. Je suis sûr que Denis Robert, lorsqu'il investiguait sur le rôle de Clearstream dans le système bancaire et qu'il dût abandonner tellement les pressions et les menaces étaient lourdes, je suis certain qu'il versait dans la calomnie et le scoop. Les journalistes français sont tellement libres que lorsqu'on leur demande s'ils se sentent libres dans leur profession, ils fuient ou se taisent. Il est vrai que la totalité des organismes de presse dans les mains des cinq plus gros industriels français (Dassault, Lagardère, Bolloré, Pinault, Arnault), de connivence avec le Pouvoir Politique, c’est un gage d’indépendance d’un journalisme hors-pair.

 

                7. Vient en dernier point, l'argument suprême. L'hérésie majeure de nos temps féodaux qui suffirait à elle seule pour engager les troupes dans une nouvelle croisade : la notion de respect de la Démocratie et des Droits de l'Homme.

Selon les tribuns de la presse à sensation occidentale, le régime d'Hugo Chávez ne respectait pas la démocratie. Car sous nos latitudes, respecter la démocratie signifie ne pas écouter son peuple qui crie dans la rue, et passer en force des traités européens votés à huis-clos qui ont été refusés par les citoyens quelques années auparavant. Respecter les Droits de l'Homme est compatible en Europe avec les licenciements boursiers massifs, les sans-logis sur le trottoir entre deux cartons, le taux de chômage volontairement maintenu, les milliers d'emplois à temps partiels qui précarisent la vie des gens de classe moyenne, ainsi que la délocalisation de nos entreprises dans des pays d'exploitation à bas salaires ou encore le bombardement d'innocents en Libye, contre l'avis de la population.

                Les pays membres de l'Union Européenne qui se font les apôtres de la démocratie sont bien mal placés pour donner des leçons de démocratie au Venezuela. En arrivant au pouvoir, Hugo Chávez facilita l'accès et la lecture de la nouvelle Constitution afin qu'un grand nombre soient intéressés de savoir ce qu'elle contient. Il mena une politique d’éducation visant à lutter contre l’analphabétisme. Dans la cinquième puissance mondiale, il reste 3 millions d’illettrés. Il inclut dans la nouvelle Constitution la possibilité de révoquer à mi-mandat le Président et n'importe quel haut fonctionnaire sur référendum populaire et à condition de réunir suffisamment de signatures. Ainsi, le 15 Août 2004, un référendum révocatoire a lieu, organisé par l'opposition contre Chávez. 58% des votes exprimés sont contre la destitution de celui-ci. En 2006-2007, Chávez annonce une réforme constitutionnelle pour 2010 afin d'inscrire le socialisme dans la Constitution, ce qui en France a été critiqué par les relations publiques comme étant une atteinte au pluralisme démocratique. Il est étonnant de constater que ces mêmes relations publiques n'aient pas crié gare au déni de démocratie que représente la retranscription de la règle d'Or (Politique de rigueur comme seule et unique politique économique de l'Etat) dans chaque constitution des Etats membres de l'UE. Et nous ne sommes pas prêts là encore de voir un référendum révocatoire des hauts-fonctionnaires à mi-mandat en France.

On reproche au "Commandante" d'avoir usé une fois des pleins pouvoirs le 18 Janvier 2007. Charles De Gaulle ne l'a-t-il pas usé une fois ? N'existe-t-il pas un article 49-3 dans la Constitution Française qui a été utilisé par D. De Villepin en mars 2006 pour passer en force le Contrat Première Embauche (déclaré plus tard illégal par le Bureau International du Travail) ?

 

                La propagande antisocialiste qui déferle sur les esprits occidentaux n’en finit plus de trahir l’Histoire et d’insulter les peuples dont les vénézuéliens aujourd’hui en deuil. Si la presse veut critiquer le régime d’Hugo Chávez en l’accusant d’avoir fait du discours démagogique, du népotisme, du clientélisme ou de l’autoritarisme, qu’elle ait au moins la décence de respecter le décès d’un tel personnage et de reconnaître que les gouvernements libéraux usent encore beaucoup plus de ces mécanismes. C’est autant paradoxal qu’inédit et très surprenant, je n’ai lu qu’un article qui rendait hommage au Président défunt sans ternir son image, il s’agit, soulignons-le, d’un bel article du Figaro (1).

 

Je n'aime pas les Chefs ni leurs gouvernements. Mais Hugo Chávez fait partie d'un des rares Hommes d'Etat respectables. Et cette semaine, j’aurais aimé être un citoyen vénézuélien pour être fier d’avoir eu un jour un tel Président, autrement plus Humaniste que nos hommes d’affaires affublés en dirigeants démocrates. Il incarnait un modèle de résistance nouveau, une Résistance pour l'Amérique Latine contre son piétineur impérialiste nordique. Une révolte citoyenne impulsée dans le bon sens et l'intelligence collective, dont l'Europe devrait s'inspirer. Une sorte de Grand Homme de l'Histoire s'est éteint. Mais l'idéal et l'esprit, eux, ne meurent pas.

 

(1).http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/07/01003-20130307ARTFIG00689-caracas-dit-adieu-a-chavez-avec-devotion.php

 

Samuel Moleaud.

7 mars 2013.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:18


    27 morts dont vingt gosses, six adultes et l'assassin lui-même le 14 décembre près de New-York. Un taré a tiré sur 26 personnes dans une même classe d'école. Stupeur et énième épidémie de peur à Babylone, première puissance mondiale, pays du crime gratuit et de l'horreur. Pour ces vingt mômes, la fin du monde se déclencha avant le 21 décembre 2012...

    Cinq ans après le massacre de l'université de Virginia Tech, qui avait été relaté comme le pire massacre de l'histoire des Etats-Unis par la presse, voici qu'un autre pire massacre arrive au bout de la plume des journalistes. Après les tueries de Columbine (Colorado, 1999), celle de Virginia Tech (Blacksburg, 2007), Newtown est une autre école à agrafer avec les chefs-lieux d'accusation de crime contre l'Humanité au procès que les familles des victimes pourraient intenter à la NRA (National Rifle Association). Comment peut-on abattre de sang froid des marmots qui ne demandaient sans doute rien d'autre que de vivre ? Pourquoi, dans un pays où les armes se vendent aussi facilement qu'un paquet de pain de mie, ce ne sont jamais des banquiers de Wall Street, des dirigeants de lobbies ou de multinationales qui se trouvent par hasard devant les meurtriers de fusillades gratuites ? Loin de souhaiter la mort des gens, il y a des injustices partout, même dans l'assassinat.

-Papa, pourquoi mes camarades sont morts ?

    J'imagine un enfant "rescapé" de la classe adjacente demander à son père pourquoi ses amis si jeunes ont été abattus. Il faudrait répondre à ce bambin que la mort survient du jour au lendemain parcequ'il vit dans un Etat capitaliste qui assassine son propre peuple ainsi que des milliers de femmes, hommes et aussi leurs enfants dans le monde, particulièrement en Palestine via Israël et au Moyen-Orient. Que depuis la création de son pays (au gamin) en 1781, son gouvernement est un Empire criminel qui a toujours eu besoin d'être en guerre pour conserver son pouvoir. Evidemment, le président B. Obama pourrait proposer de pénaliser le port d'armes à feu aux Etats-Unis. Mais cela lui coûterait son poste, vu le pouvoir du lobby NRA. Ce lobby est l'un des plus influents au sein des institutions politiques américaines, et défend le Second amendement de la Constitution étasunienne, c'est à dire le port d'armes en toute impunité aux Etats-Unis.

-Second amendement ?

    Il est établi le 15 décembre 1791. Deuxième chapitre de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique, il fut instauré par les rédacteurs de la Déclaration des Droits (Bill of Rights) en réaction à la peur que le gouvernement fédéral ne puisse désarmer le peuple pour lui imposer une milice, et réprimer ainsi toute dissidence politique. Avant cette loi, il était possible pour certains dirigeants fédéraux de se servir de l'illégalité du port d'armes pour opprimer le peuple : désarmer les gens, à l'époque, signifiait empêcher la révolte. Encore une histoire de rapports de forces entre une classe possédante minoritaire qui a peur d'une classe dominée, exploitée et majoritaire, susceptible de se révolter contre ceux qui l'oppriment. Du coup, lors de l'indépendance américaine, les rédacteurs libéraux de la Constitution déclarent libre et  légal le port d'armes, sans doute par souci de libéralisme politique...Aujourd'hui, des citoyens américains peuvent donc acheter une arme à feu facilement parce que son port est régi selon des lois archaïques.
   
    Le concept idéologique du port d'arme individuel pour se défendre en cas d'urgence avant l'intervention de la force publique, remonte à une autorisation du Roi d'Angleterre Henry II, au XIIème siècle. A l'époque, le roi ordonne aux hommes libres de s'armer autrement qu'avec des couteaux, car l'armée est aussi stable que peu fiable, pas réellement constituée. L'Amérique donne l'autorisation d'armer son peuple comme si elle était en situation de guerre civile permanente. Je ne suis évidemment pas le seul à dire qu'il serait temps d'interdire tout ça et de révoquer le Second Amendement mais peut-être que si Mr. Obama et ses ministres lobbyistes le faisaient, ils n'auraient plus le soutien de la NRA aux élections, et eux-mêmes seraient révoqués, forcés de démissionner ou bien même assassinés.

    Comment aurait réagi David Keene, actuel président de la NRA si son fils avait été inscrit dans cette classe meurtrie ce vendredi 14 décembre ? Aurait-il déclaré qu'il faut des armes dans la poche des écoliers pour prévenir du danger provenant des débiles ? Le summum de la bêtise.

    Je laisse le soin aux journalistes de pleurer le sort de ces pauvres gosses, comme ils savent à merveille verser dans l'émotionnel et le sensibilisme. Les médias vont ainsi se régaler avec ce fait divers pendant quelques jours. C'est le pire massacre jamais perpétré après le pire massacre de 2007. Chaque tuerie est évidemment la pire de l'Histoire, le choix des mots est vendeur car il crée du choc émotionnel direct auprès de millions d'auditeurs et lecteurs. Mais il y eût bien pire, comme "pire tuerie de l'Histoire". Comme le glisse Noam Chomsky dans une interview par D. Mermet (voir le film "Chomsky et Compagnie"), à propos du massacre de Blacksburg (Virginia Tech), le 21 décembre 1907, l'armée chilienne mitrailla entre cinq et six mille ouvriers de la mine de Santa Maria de Iquique, au Chili.

-Quel rapport ?

    Vers 1880, des capitalistes anglais prennent le contrôle du marché des ressources naturelles au nord du Chili. Ainsi, les britanniques détiennent de nombreuses usines chiliennes et exportent en Europe ces ressources (nitrate, salpêtre). Les ouvriers travaillaient 12h à 14h par jour et étaient payés en jetons, monnaie fictive créée par le patronat. Une fois par semaine, ces jetons étaient convertibles en monnaie réelle, mais à des taux de change très flottants, très défavorables (ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Les "jeux" de Wall Street?). Alors, afin de couvrir leurs dépenses, les ouvriers devaient s'endetter auprès de leurs patrons, ce qui aggravait leur soumission. Puis, ils pouvaient aller à la "Pulperia", un magasin où ce dont le mineur avait besoin était horriblement cher. (J'ai déjà vu ça quelque part entre les banquiers, la BCE, les traités de l'UE, les Etats capitalistes et les peuples pris en étau...). Alors, des centaines de mineurs se réunirent en syndicats anarchistes, s'organisèrent en grève générale pour obtenir la fin du système des jetons, quelques centimes de plus de salaire, l'arrêt des licenciement de grévistes, et la fin du monopole des Pulperias. La grève générale prit de l'ampleur et grandit, de centaines en milliers d'acteurs en colère occupèrent le port d'Iquique pour bloquer l'économie locale. Le patronat leur imposa de se regrouper dans une école d'une commune nommée "Santa Maria". 8000 personnes enfermées et 1500 personnes dormant sous tente, furent encerclées. Le 21 décembre 1907, alors que la bourgeoisie préparait ses petits cadeaux à Londres, l'armée mitrailla alors ces gens, hommes, femmes et enfants entassés dans l'école. Ce massacre pour casser une grève fit officiellement entre 3000 et 4000 morts (1). Joyeux Noël...

    En traitant les pires tueries de l'Histoire dans les écoles américaines, la presse oublie trop souvent aussi ce genre de tragédie, elle se sert du malheur de ces familles comme instrument de propagande. Car nous savons hélas tous que derrière les pleurs et les messages de compassion des dirigeants de l'administration Obama, se cachent les profits incommensurables du marché des armes. Nous savons aussi que derrière ces déclarations de compassion, le gouvernement américain donnera toujours raison à la NRA, aussi longuement que tous deux travailleront ensemble, de concert avec le complexe militaro-industriel. J'aimerais aussi que la presse pleure avec ces pauvres écoliers américains, les pauvres petits gazaouites qui meurent bombardés par des bombes à l'uranium, assassinés par une armée de Tsahal israélienne financée par les Etats-Unis et les sionistes du monde entier pour coloniser la Palestine. J'aimerais aussi que la presse rende hommage aux milliers de petits afghans, aux femmes, hommes et enfants irakiens morts pendant la guerre des Etats-Unis pour le pétrole. Aux trépassés du Chili, du Salvador, etc., morts sous les dictatures soutenues par les Etats-Unis pendant que ces mêmes médias dénigraient les tyrannies soviétiques.

    Si c'était le pire des massacres, l'Humanité serait davantage pacifique, or ce n'est pas le cas : que penser du rôle des US dans le soutien donné aux paramilitaires d'extrême-droite, qui assassinent les dissidents et maintiennent les populations dans la peur du Salvador à la Colombie ? Hélas, le gouvernement des Etats-Unis a fermé les yeux plus d'une fois sur des exécutions sommaires commises en groupe...

    Si un débile tue une trentaine d'américains, le drame fait le tour des journaux du monde entier. Mais le criminel est armé par la loi des Etats-Unis. Si un Etat impérial avide de domination, colonise et assassine des milliers de citoyens innocents au Moyen Orient, ghettoïse des suspects innocents au camp de concentration de Guantanamo, et tyrannise des milliers d'individus aux quatre coins de la planète avec la CIA, on dit que cela s'appelle la liberté ou bien la lutte contre le terrorisme. Le crime est un prisme à plusieurs dimensions. Comme la justice, il possède plusieurs facettes : du côté des puissants, un massacre est libre et légal et ne représente l'horreur que seulement de l'autre côté du Pouvoir.


1. http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2055&id=43


Samuel Moleaud.
15 Décembre 2012.
http://sam-articles.over-blog.com

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 03:31

  Australie.jpg                Ohh facile ! Du travail ! Il y en a en bas de la porte, dans la rue, il n'a qu'à se baisser! Et oui, je crèche à Kings Cross, dans le quartier des putes et de la drogue. Je plaisante. En Australie et à Sydney où je me trouve, le plus facile pour trouver un job est de travailler dans l'hôtellerie ou la restauration. J'y travaille comme aide-cuisinier et cet article voudrait rendre compte de ma modeste expérience.

 

1. Travailler en Australie : le Working Holiday Visa d'un an. 

 

                Dans mon auberge, il y a des asiatiques payés $10/h. Il y a des européens qui astiquent les assiettes comme plongeurs pour $14 ou $15 de l'heure. Il y en a d'autres qui font la fine gueule (pour de la restauration, c'est plutôt mélioratif une fine bouche) et qui veulent du $18 ou du $19. Ohhh les gourmets...Du coup, ils restent deux à trois semaines à attendre de trouver le bon employeur qui leur "offrira" un salaire décent. Et puis vient le moment où le compte en banque vire au rouge (salops de communistes) et deviennent obligés de se vêtir d'une cape d'esclave en allant vendre leur carcasse à un salaire de misère.

 

                A Sydney, il y a du job. Surtout vers novembre, quand s'en vient l'été. En restauration principalement. Mais aussi dans l'hôtellerie, ils vont refaire les lits et nettoyer les douches des poils de c*** des touristes. Ceux qui ont la langue bien pendue jonglant avec une bonne gamme de vocabulaire anglais, vont pouvoir aller vendre. Vendre quoi? Des pots de yaourt, des assurances-vie, des droits de succession, des porte-clés? Qu'importe, vendre pour rapporter des dollars aux entreprises. Mais au moins, ça rapporte dans les grandes villes. Ils embobineront le client en l'achalandant avec des promesses de produits révolutionnaires qui le ruineront, mais ils seront récompensés par leur direction d'avoir fait du bon business. Petit juste-au-corps, chemise saillante, petit jean moulant et chaussures pointues, l'avenir appartient aux prédateurs et un jour, Dieu (l'argent) reconnaîtra les requins. Il n'y a que ça qui compte partout dans ce monde riche de nos jours, la vente en porte-à-porte ou sur les plateaux de télévente. Des boulots inutiles pour la société et qui ne servent à personne, en somme. Ou bien des petits jobs de sous-main, sous-main du capital, des bourgeois et du patronat. Malheur au romantique du travail, à la fleur bleue des utopies qui souhaite vivre de ce qu'il aime faire. L'argent passe avant les compétences et la connaissance, il faut beaucoup d'argent. Il faut surtout en faire beaucoup et toujours plus, mais pas pour soi, c'est l'idéologie du siècle : la vie de chaque Être, de chaque backpacker en Australie est rythmée par l'argent, par le comptage des p'tits sous qu'on dépense trop vite. L'humain d'abord ? C'est quoi ? Bien sûr, si vous êtes plombier, électricien, coiffeur ou boulanger, si vous avez des compétences manuelles et de l'or dans les mains, vous n'aurez pas de problèmes pour travailler ici. Il faut arriver en Australie avec un vrai métier pour être bien.

 

2. Travailler en ville?

                Bon je redeviens sérieux. A propos du travail de backpacker en Australie, il y a des mythes à déconstruire. On dit que pour un backpacker (voyageur) en Working Holiday Visa, il est aisé de faire fortune en Australie. Il est vrai qu'on est presque quatre fois plus qu'en France. Que l'on "empoche" presque un Smic par semaine. Mais le coût de la vie est aussi plus élevé et ce pays est un (faux) paradis du consumérisme outrancier. Pour avoir un bon taux horaire, ne pas chercher à Melbourne ou Sydney. Aller plutôt dans le Nord du pays-continent, dans le Territoire du Nord ou dans l'Etat du Queensland, où les salaires sont plus élevés.

 

                Mais j'ai déjà passé trop de temps dans le nord, je me trouve à Sydney. Alors après avoir chopé un plan de la ville le premier jour, on part imprimer 10, 20, 50 CV (resumes). On arpente le trottoir dans les coins les plus fréquentés. C'est en quelque sorte faire le tapin car on demande des postes sous-qualifiés. Qualification officielle pour signifier esclaves d'entreprises. Aide de cuisine, plongeur, servant de maison ou d'hôtel, baby-sitter, ramasseur de fruits...C'est facile de trouver du boulot à Sydney si l'on parvient à émarger de sa tête l'intéressement au salaire ainsi que l'environnement de travail. A consentir à son aliénation. Je n'ai plus aucun CV dans ma besace. Et, avec sagacité pour ne pas vexer par une réponse négative trop brutale, l'on me rétorque : "We give you a call if we are in need". "On vous appelle si on a besoin". Ok, donc vous ne m'appellerez pas. Ici, s'il y a besoin, le boss propose d'emblée de venir faire un essai de quelques heures le jour même. Souvent, il s'agit de deux ou trois heures, gracieusement données par l'esclave, non payées. Le backpacker est une sorte d'esclave en servitude volontaire : il est sous-rémunéré, il le sait parfois, mais il est quand-même content de cette situation avilissante et il en redemande car ce sont toujours des dollars de pris.

               

                Tout n'est pas que noir, heureusement il y a du bon : le côté ultra-flexible de ce système libéral apporte une facilité au voyageur en recherche d'emplois. En instabilité permanente, (en itinérance, le voyageur peut s'accommoder d'une vision à la semaine), être payé à la semaine facilite le voyage, et nécessite peu d'engagement mais si c'est hyper précaire. Et il suffit parfois juste de marcher dans la rue pour postuler à une offre d'emploi, placardée à la devanture des commerces. Ainsi, il n'est pas rare de lire aux portes des magasins : "Workers wanted". Car il y a une demande globale énorme. On se lève en vacances, et puis on ignore que le soir même, on sera en train de travailler. C'est précaire, car on peut se faire jeter d'un moment à l'autre sans préavis, et on ne peut jamais sceller nos plans, mais les perspectives à long terme du backpacker sont précaires aussi, donc d'un côté, cela compense. C'est aussi une certaine forme de liberté : personne ne vient nous prendre par la main pour nous assumer. C'est à chacun de se prendre en charge, même s'il existe une entraide, une solidarité indéniable entre voyageurs, avec lesquels il n'est pas dur de tisser du lien social assez dense. C'est le deal : on a voulu un visa d'un an à l'autre bout du globe, alors c'est le moment de découvrir de nouvelles expériences, d'en apprendre énormément sur les gens de tous horizons, de transformer un anglais boiteux en langage à peu près correct au milieu d'allemands bilingues qui sont fiers de juger les frenchies sur leurs lacunes. Oui, les français sont vraiment nuls pour parler l'anglais mais ce n'est pas pire que les taïwanais ou les japonais. C'est comme un stage de la vie. Je crois que pour quiconque reste plus de 3 mois en Australie, ce voyage transforme radicalement chaque individu pour longtemps ou pour toujours malgré l'exploitation et les contraintes économiques.

 

3. Une main d'œuvre peu chère corvéable à merci.

                Le backpacker, travailleur en voyage, ouvrier "upper-class" en émigrance, est un soldat d'une main d'œuvre peu chère corvéable à merci. "Cheap labour", comme ils disent en anglais. Il scrute les annonces et fait du porte-à-porte à l'affût du moindre job. Il est même heureux de trouver un job de nettoyeur de toilettes. Car il économise de la monnaie pour son voyage. Ou il assure ses dépenses. Au mieux, il se refinance et réorganise ses projets. Le travail et son salaire, c'est toute une idéologie ici, ça hante pas mal de discussions dans les auberges, sujet évidemment sujet à la mise en compétition entre les sujets. Et c'est là que jouent les réseaux, les transferts d'information, de numéros de patrons qu'on se refile, les récits d'expériences, les bons plans et les moins bons. L'auberge de jeunesse (backpackers) a donc parfois des allures d'agence d'emploi, témoignages en prime. Mais il y a tellement dépenses et de voyageurs qu'il faut sauter sur le moindre boulot (ou presque), pour ne pas laisser filer sa chance. "Au plus fort la pouque", dit-on en Normandie. Une guerre économique adoucie car délocalisée aux tropiques.

 

                Ca y'est, j'ai écoulé mes 40 CV. Les restaurants du quartier sont au courant que je cherche des dollars. Que peut-on faire de plus ? Attendre, et puis sonner à nouveau aux mêmes portes pour relancer les patrons "timides" ou ceux qui oublié que j'ai besoin de 600 dollars par semaine. Certaines gargotes, certaines entreprises font pâlir d'envie bien plus d'un backpacker. Beaucoup de candidats, peu d'élus. On entend ci-et-là dire des énormités ahurissantes, comme quoi s'il est parfois difficile de trouver un travail bien rémunéré, c'est à cause des asiatiques, trop nombreux, qui tirent les salaires vers le bas. La logique inhérente à l'entreprise partout dans le monde qui pousse à sous-rémunérer le travail pour le capital, n'est évidemment pas remise en cause. On est à deux doigts, dans ce discours, du racisme à l'européenne : "les asiatiques nous volent notre travail". Version remasterisée du "dehors les arabes qui volent le pain des français". Peut-être une réminiscence de ce que papy disait devant TF1 de son temps vivant, électeur de Pierre Poujade et abonné en 1968 à Minute ou au Figaro, mais qui a été modernisée lors du visa en Australie. Sauf que les européens qui affirment sans complexes ces bêtises sont aussi émigrés au même titre que ceux qu'ils dénigrent... Effectivement, nombre d'asiatiques acceptent de travailler à $10/h en Australie, ils se font exploiter et ne bronchent pas. Les patrons, qui en plus payent ces $10/h au noir, car il est interdit de payer moins de $15/h, s'accommodent évidemment bien de cette main d'œuvre docile et muette. Mais en rien cela ne fait baisser les salaires. En tant qu'européen, je reste rémunéré entre $15 et $21/h selon les régions où je vais.

               

                C'est la logique totalitaire du capital qui fait baisser les salaires, pas le nombre de travailleurs. Elle instaure un climat économique ségrégationniste : les européens sont payés de $15/h à $18/h en net, tandis que les asiatiques, eux, ne peuvent prétendre qu'à $7/h ou $10/h.

 

4. Oui mais qui tire les salaires à la stagnation en France?

                Pour la France, c'est le fait qu'ils soient indexés sur la croissance du PIB, et non plus sur l'inflation (l'indexation des salaires sur l'inflation a été supprimée par le PS sous le gouvernement de Pierre Mauroy en 1982...belle œuvre de socialisme). Comme la croissance est "molle", voir négative (récession) et que l'inflation tourne autour de 2-3% de hausse générale de prix, les salaires stagnent, voir baissent comparé à l'élévation du coût de la vie. Soit dit en passant, petite note à l'attention des gloseurs de droite et de gauche se disant contre l'immigration : le lien entre travail et immigration est un concept fallacieux du FN rendu propre à la consommation par l'ancienne présidence. C'est un raisonnement d'arrière garde. Un pays peut limiter autant que possible son immigration, voire fermer ses frontières, les entreprises n'offriront pas plus pour autant de travail et les salaires n'augmenteront pas pour autant tant que le profit immédiat du capital est recherché avant l'investissement dans le facteur travail (emploi, ressource humaine). Cela est un non sens économique. Car celui qui vient s'installer dans un pays, si l'Etat lui laisse la chance de pouvoir travailler, reçoit un salaire (qui doit être légalement au même niveau que les locaux) qu'il consomme en partie et il contribue ainsi à l'économie nationale. En clair, il produit de la croissance économique. Celle-ci permet en retour de fournir à tout le monde, locaux et immigrés, un accroissement de la demande, de l'emploi, des salaires, etc. Vous pourrez toujours stopper les flux de migrations, les entreprises auront toujours tendance à tirer les salaires à la baisse, même avec une "France aux français". Car c'est le leitmotiv d'une entreprise capitaliste, immigration ou non, que de limiter son coût de production (coût du travail) tout en augmentant ses marges, son taux de profit immédiat (le facteur capital). Et étant calqués sur la croissance du PIB, en temps de récession volontairement organisée, (cf mes articles, entre autres, sur les lois d'austérité en Europe, la "crise" et le traité TSCG), les salaires ne risquent pas d'augmenter tant que l'Etat se privatise, même sans flux de migrations entrantes. Mon raisonnement est certes idéologique (Keynésien), mais au contraire, un afflux de travailleurs (si tous sont payés décemment) au lieu d'un afflux de capitaux sur le marché spéculatif, provoque une baisse du temps de travail par tête, un bond de la production, une hausse du couple offre/demande, de l'emploi et des salaires. Donc, une population certes plus nombreuse, mais qui vit mieux. La politique prônée par le FN, qui dit vouloir freiner l'immigration tout en acceptant l'austérité est une politique du désastre. Il est par ailleurs assez pitoyable d'entendre ce discours anti-immigrationniste de la bouche de gens qui viennent en Australie travailler et consommer pendant un an, parfois deux ans. Ces mêmes personnes rapatrient parfois des dollars en Europe via les virements bancaires. Ils font exactement la même chose que les expatriés africains qui travaillent en Europe. Mais nous, Blancs, on a le droit de faire la morale et de dire "faites ce que je dis, pas ce que je fais"...

 

5. A Sydney, il reste peu de salaire hebdomadaire pour économiser.

                Ah tiens! Tandis que je faisais mon débat de comptoir sur les salaires, je reçois une réponse à une offre que j'ai lue sur le site Gumtree. Gumtree ? C'est un site de petites annonces gratuites dans les pays du Commonwealth. Nombre de petits jobs y sont proposés. On me donne une période d'essai au sud de Sydney, près de Botany Bay. C'est tout ce que je sais : "viens demain midi si tu veux". C'est toujours comme ça en Australie pour le boulot, on ne sait jamais d'avance à quelle sauce on va être mangé. Et dès que la question du salaire entre en scène, les grincements de dents se font entendre. Le salaire minimum australien est de $15/h, en dessous, on travaille presque gratuitement vu le coût de la vie. A 40h travaillées par semaine, on fait donc en moyenne $600/semaine. Mais les postes à temps plein "offrant" 40h sont rares, bien souvent, c'est entre 25h et 30h ($380-$450 bruts). Or les besoins primaires (manger, dormir, se déplacer) coûtent allègrement $250 à $300 la semaine pour quelqu'un qui ne consomme pas beaucoup. Mon éducation m'a inculqué à veiller à ne pas me faire exploiter, à conserver une certaine estime de moi-même pour ne pas me vendre bassement au moindre quidam. Ensuite, ma famille m'a appris à toujours respecter mon prochain. J'aime donc que l'on me respecte pour ce que je sais faire ou ce que je suis. Personnellement, je commence donc à vendre ma sueur et ma force de travail à partir de $16-$17/h. Je dois sans doute être, moi aussi, un de ces gourmets au cul dodu, trempeur de moustaches dans des soupes de caviar, qui demandent du bon grain. Vous savez, cette frange insatiable de la classe des travailleurs bourgeois qui demande du $18-$20/h et qui génère de l'inflation, bête noire des néolibéraux...Ah! L'inflation augmente ! Vite ! Baissons les salaires ! Bref.

 

                Les employeurs néolibéraux (pardon du pléonasme) sont d'idéalistes utopiques : plus ils sont grands, moins ils ont de frontières! L'internationale socialiste appliquée au Nouvel Ordre Mondial. Génial! Et les petits font fructifier leurs petites entreprises sans se soucier du salaire des gens. C'est vrai quoi! Dans ce monde capitaliste où le billet vert est Dieu, pourquoi toujours ramener les choses à l'argent ? On a pas besoin de ce putain de pognon. La monnaie est un instrument d'échange. Comme un musicien ou un saltimbanque, le capitaliste échange du bonheur. Puisque l'argent ne fait pas le bonheur ici-bas, un sourire suffit. Et bien les employeurs libertaires de Sydney échangent du sourire en échange d'un travail, sympas les mecs ! Et comme nous vivons un monde où l'argent n'est pas nécessaire, ils vont à coups sûrs rencontrer des backpackers beatniks ou hippies qui partageront leur vision socialiste de bisounours utopiques. Hum...Pas moi. Dans ce pays où chaque mouvement coûte un bras, j'ai besoin d'argent, quand bien-même soit-il destiné à revenir aux banques dans le circuit économique. Je suis un capitaliste qui réclame des p'tits sous en échange du lavage d'assiettes. Et les patrons sont socialistes. Euh...permettez à ma plume qui glisse sur ce clavier d'avoir des doutes.

 

                C'est beau une année de Working Visa (j'oublierais presque le Holiday) : on part des rêves plein la tête, des images de désert rouge et de plages au sable fin qui se glissent subrepticement au milieu des excitations du voyage, la liberté à bout de 22h d'avion. Photographier des kangourous, des dingos, des koalas, des émus. Faire du 4x4 dans la jungle, traverser les déserts rouges du "Western Australia", descendre la Grande Barrière de Corail, casser la bouteille le long de la Fraser Coast, apprendre le surf sur la Sunshine Coast, gratter de l'objectif les gratte-ciels de Perth, Melbourne ou piétiner les parcs de Sydney et mitrailler son opéra, ou bien se prélasser sur une plage tropicale avant d'arpenter les Blue Mountains, l'Uluru et repartir pour la Great Ocean Road ou la Tasmanie. Le rêve ! Quel voyage palpitant ! Oui mais voilà, une fois sur place, on se rend compte que chaque excursion coûtera $400 voire plus, ou bien ces immenses distances nécessiteront une voiture, c'est à dire des galères, des réparations à faire, du pétrole...beaucoup de pétrole...donc beaucoup d'argent. Quoiqu'en terme de parité de pouvoir d'achat, le pétrole ($1,5/L) revient à bien moins cher en Australie qu'en France. On commence à faire l'impasse sur des sites touristiques, on se convainc que l'Australie est trop grande. "No worries mate, you gonna enjoy it anyway!" (Pas de soucis camarade, tu apprécieras quoi qu'il arrive!)

 

                Ouais, mais au final, le visa qu'on nous vend est une duperie sur la marchandise. Sur un an, on passe plus de temps à travailler qu'à voyager. Et on se doit d'accepter des jobs merdiques, parfois sous-payés. Je dis bien parfois, car personnellement, j'ai été bien loti dans le Territoire du Nord. A la limite, pourquoi pas. Passer un an à travailler en Australie, même sous-payé à $15/h bruts est toujours plus sympa que de vivre au RSA dans un pays où même en envoyant 300 candidatures, on pointe encore et toujours à Pôle Emploi. Mais que l'on ne vende pas ce visa à $270 comme étant une opportunité de prendre des vacances de rêve. A moins d'avoir une bonne réserve de 10-15000 € chez papa ou maman, avec des prêts à taux 0% et sans remboursements.

 

                Oups il est déjà 9h du matin, je suis dans le pays de la liberté, il faut donc aller la chercher. J'ai encore quelques CV à donner dans des ruelles où je ne suis pas allé. Histoire de garder une poire pour la soif, au cas où mon interview de demain ne marche pas. Et même un job de plongeur, ça ne vend plus de rêve après 8 mois passés en Australie, j'en ai plein l'assiette, ma coupe est pleine et mes sourires donnés aux patrons sont moins sincères, moins naturels ! Sinon, j'attends toujours les appels de la semaine passée du quartier adjacent. Je pourrais encore attendre ceux de Broome, de Darwin, de Cairns et de Brisbane. Et je ne parle pas des centaines de candidatures avec mon CV que j'ai adressées partout en Australie sur internet. Il ne doit y avoir que 1% ou 2% de réponse, mais il est vrai que parfois, juste une réponse peut suffire.

 

                Moralité, même si nous sommes la main d'œuvre servile du patronat australien, je préfère tout-de-même être esclave payé $15/h en Australie pour quelques mois plutôt qu'être esclave payé 6€/h nets en France pour toute une vie. C'est une sacrée expérience (renouvelable d'un an pour ceux qui travaillent en wwoofing, en fermes et dans le bâtiment) et j'invite tous les jeunes de 18 à 30 ans (le visa serait bientôt étendu à 35 ans, il paraît) qui le peuvent à le faire. Mais c'est au prix de plusieurs mois passés à faire des jobs peu reluisants. Ce n'est pas une aubaine, pour contredire mon titre, mais c'est une chance qu'il faut savoir saisir si elle se présente.

                En tout cas, ce n'est définitivement pas un pays pour faire du tourisme. Trop cher (chômage faible et forts salaires va souvent de pair avec des prix élevés). Bien souvent, les conditions de travail ne sont pas violentes. Même si on travaille plus, (40h, 45h, n'est pas rare), le mot d'ordre est juste "fais ce que tu peux". Et même si nous sommes les larbins des chefs, c'est le paradis de la glande par rapport à ce qu'on demande de faire à un esclave en France. Les australiens sont beaucoup moins exigeants et ont un rapport au travail, à mon sens, réellement plus sain. Il y a du pognon à n'en plus quoi savoir en faire (il y en a aussi à prendre aux riches) et pourtant, les chefs (ceux que j'ai eus) ont moins l'impératif de productivité qu'il y a en France. Il y a des trous à rats et des rafiots pourris, évidemment. Il y a aussi des bonnes planques. En clair, ils sont moins tarés au travail et n'infligent pas la déshumanisation de l'employé par la hiérarchie. Par contre, la soumission obligatoire à l'autorité reste tout autant dégradante. Les ordres sont divisés jusqu'au moindre mouvement de bras, le sens de l'action n'est jamais expliqué par le détenteur du pouvoir. Le patron, le manager ou le sous-chef me dit "prends la poignée de la porte en la serrant avec ta paume, actionne-la vers le bas. Tire la clenche vers toi, lâche-la d'un coup et franchis le seuil de la porte avec tes jambes", il n'explique pas que le but est tout simplement de sortir de la pièce. La division des tâches par l'autorité est un puzzle que l'exécutant doit reconstituer mentalement s'il veut comprendre ce qu'il fait et savoir pourquoi il le fait. Le supérieur fait parfois tout pour respecter ses collègues, il ne veut pas forcément prendre ses subalternes pour des esclaves robotisés. Mais la conséquence induite de ce rapport hiérarchique est que cela obstrue la réflexion du dominé, du moins cela transforme l'exécutant en une sorte de robot, cerveau mis en veille.

 

                Tiens, je viens de recevoir une réponse par mail d'une candidature que j'ai faite pour être rédacteur il y a un an, fin 2011 à Marseille...rapide, le processus de recrutement en France parfois. Super...ai-je tellement d'expérience et d'importance, et mes compétences ont-elles tant de valeur ajoutée qu'ils ont mis 1 an à se demander s'ils me répondaient ou non ? Ouahou! Je suis flatté ! Ou alors, la secrétaire ou l'assistante de direction s'emmerdait entre deux cafés, et fouillait la boîte mail de la boîte entre deux parties de solitaires...ou par un excès de zèle, a décidé de mettre de l'ordre dans les archives...et par un revers de main, est tombée sur mon CV dans le classeur "candidatures 2011 non-acceptées", d'où par élan de bonté, elle a décidé de m'adresser cet e-mail de refus. Je ne saurai pas!

 

Patience donc, j'aurai peut-être un bon job en Australie d'ici l'été austral 2013 !

 

Samuel Moleaud.

17 Novembre 2012.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 12:40

Pouvoir et médias sont au casino. Pendant ce temps-là, en France...

-De tempêtes en tempêtes, de progression à la régression sociale.
    Une atmosphère apocalyptique régne ici, des pluies diluviennes radioactives ne cessent de gonfler les torrents. Toute la ville ressemble à une Venise désertée de ses amoureux. Une Sydney ôtée de son opéra immergé sous les eaux. Un silence de mort s'impose à mes oreilles entre deux rafales assourdissantes. Les tornades ravagent tout sur leur passage, rien ni personne ne semble pouvoir affronter la force de la nature. Les vagues boueuses pleines de sang et de débris viennent s'abattre violemment sur les façades des buildings bancaires, comme par punition des éléments que les Hommes aient passé leur existence à ravager la Nature pour le profit immédiat. Il ne reste presque plus de vivres pour subsister ici, je suis peut-être le dernier survivant de cette catastrophe. Bientôt, je serai obligé comme les vers, de manger les cadavres en putréfaction. Pour retarder l'échéance du trépas. Ce qui était une capitale dynamique il y a peu, n'est plus qu'un gigantesque amât de béton, de fer et de verre immergé sous les eaux. Les sinistrés survivants dans les buildings, quand il y en a, meurent de maladies infectieuses expéditives, de douleurs atroces. Les pandémies et les épidémie de bêtise dont souffrait l'Homme ont eu raison de lui. La vie animale, en voie d'extinction, fut la première affectée par ce cataclysme. Même les rats ressurgis des égoûts meurent les uns après les autres. L'effondrement des centrales nucléaires a rendu cancérigène chaque molécule d'air inspirée.

    C'est la Tempête du Siècle, l'apocalypse, disaient les médias quand il y avait encore de l'électricité pour faire parler les téléviseurs de la ville. Et preuve que l'intelligence accumulée au fil des siècles d'Histoire sociale était futile et illusoire : lorsque les cyclones ont commencé et que les vivres se sont faites rares, les sinistrés ont commencé à s'entretuer au lieu de collectiviser les ressources. A se décimer jusqu'au dernier au lieu de s'entraider. Même s'il y avait la possibilité de punir intelligemment les voleurs de ressources, chacun rentrait dans le jeu du vol collectif, juste pour avoir une once, un brin de pouvoir en plus. L'Humanité qu'on nous vendait pour la plus intelligente des espèces vivantes fut la plus stupide, elle ne fut même pas capable de s'unir et de se solidariser pour survivre. J'ai trente ans aujourd'hui. Trois décennies, c'est ce qu'il a fallut à l'Humanité pour détruire trente siècles de Progrès. Fi des Révolutions, des luttes sociales, des conquêtes syndicales, des progrès de la raison d'autrefois. Je suis donc né au moment même où cette inhumanité commençait de se suicider. Nous nous sommes faits prisonniers de nos propres sciences, de nos faux besoins, nos religions et de nos institutions. Par soucis de liberté, disaient les puissants endoctrinés. Je suis né sans la peur du lendemain, je meurs dans la peur du présent. Mais le présent n'est que le passé du futur et j'espère que la Nature qui a souffert de ses prédateurs, saura renaître de ses cendres.
   
    Aujourd'hui je me tourne vers mon adolescence, ces temps où l'on pouvait se targuer d'avoir de la chance d'être né dans une contrée sans peur du lendemain. Mais je me rappelle avoir eu peur du surlendemain. Celui de l'avenir proche, lorsque les pompiers du royaume éteignaient le feu avec du pétrole et se lançaient dans un comte à rebours prêt à faire plonger l'existence dans une apocalypse économique, sociale et écologique. Je regardais les micros de Babylone dilapider les ressources de la Terre pour les profits bancaires. La République parlementaire se transformait peu à peu en dictature capitaliste totalitaire. Avec l'armée, l'Etat réprimait son peuple pour qu'il consente à travailler plus au bénéfice des banques. Il votait par passages en force dans les Parlements, tel un coup d'Etat bancaire, les lois qui le privatisaient chaque jour un peu plus. C'était vraiment un temps où la bêtise atteignait son paroxysme : se disant malade d'une migraine économique, la société s'auto-guillotinait. Mais il y a meilleure médecine que de couper la tête du peuple pour soigner la migraine des chefs. Par exemple, les Etats s'étaient réunis dans une "Union" nommée Communauté Européenne en 1958, soit disant pour éviter les guerres atroces du passé, pour enfin connaître la paix et la liberté. C'était vrai sur le papier. Mais en réalité, ce n'était que propagande, car l'Union s'efforçait de verrouiller l'action des Etats au bénéfice d'un Empire financier siégeant à Bruxelles. La politique néolibérale des gouvernements faisait le jeu du libre marché affranchi de ses régulations publiques, et mettait les peuples et leur pays en compétition permanente, laissant les plus faibles sur la paille. Tandis que l'on demandait au peuple surtaxé et spolié de payer la facture d'une crise qu'il n'avait pas engendré, la société pathologique entendait guérir les maux en traitant les symptômes au lieu des causes de la maladie. Et lorsque tous les maillons du lien social entre les individus furent anéantis, alors les chefs impériaux et leurs officiers purent mener à bien leur "projet" : contrôler toutes les richesses du globe en perdition.

-Un casino sans règles.
    Le pire commença dans la décennie 2000. Le système financier dérègulé permettait aux parieurs spéculateurs de miser sur les dettes pour en faire plus d'argent, aussi insolvable soit le joueur. Qu'aillaient-ils faire de cet argent électronique, virtuel ? Ils le réinjectaient au casino, par addiction au jeu. A force de trop jouer au casino avec des dettes insolvables, les financiers furent au bord de la faillite. L'Etat croupier dut racheter toutes les mauvaises créances et fit payer aux peuples la facture de la dette. Pire, son gouverneur, tel un boutiquier déraisonné, votait les lois qui interdisaient la croissance des gains : lois de défiscalisations des revenus et de transferts "sociaux", elles autorisaient les riches à ne plus payer l'impôt qui aurait généré des recettes nettes à l'Etat, tandis que les pauvres croulaient sous l'impôt direct à la consommation (TVA, TIPP, alcool, tabac, etc). Lois d'austérité, elles empêchaient l'Etat de se financer à la Banque Commune (nommée BCE) à taux faible, il empruntait alors aux directeurs du casino à prix forts en échange du rapatriement de tous les capitaux dans les poches de la mafia du même casino. L'Etat transférait les fonds publics (issu du travail des gens, des impôts, du commerce extérieur) vers le privé (banques, lobbyistes, actionnaires), il blanchissait gratuitement l'argent pourri des banques perdantes et se plaignait d'avoir une dette publique excessive. En clair, pour sortir d'une crise économique sans précédent, les gouvernements reproduisaient les politiques ayant conduits à la crise économique. Pire, ils inscrivaient cette politique dans la Constitution de l'établissement comme la seule autorisée. Mais je me rappelle surtout de l'attitude des porteurs de plume de l'Empire.
    Vers octobre 2012, il y eût un accord européen passé en force nommé TSCG. Un traité intergouvernemental de 17 pays de la zone euro qui imposait aux peuples la rigueur économique. Celui-ci avait pour but officiel de réduire les dépenses publiques au moment même où il avait le plus besoin de les augmenter (aides sociales, familiales, allocations de chômage, santé et vieillesse). Ceci alors que dans les années qui suivirent, le manque de ressources issu du transfert de fonds publics vers le privé obligeait l'Etat à multiplier les prêts bancaires au casino. Socialiser les pertes, privatiser les bénéfices : une logique infaillible, que de donner tout son argent à des mafieux perdant au poker, puis de consentir des prêts aux mêmes mafieux pour payer une dette illégitime ! Des mafieux débiteurs privés qui se disent créditeurs publics négocient alors avec des directeurs fantoches méprisant les populations.

    Nous sommes toujours en train d'acclamer des chefs d'Etat aux élections, de gober les couleuvres des leaders d'opinion ou bien de suivre bottes serrées le cours des choses que l'on tient pour vérité. Il faut obéir aux lois. Il faut payer la dette. Il faut faire la guerre pour la paix en Orient. Il faut travailler plus pour pouvoir vivre. L'Etat n'a plus d'argent, il faut accepter la misère, ça ira mieux plus tard. Il faut courrir vite, être rentables et ne pas regarder derrière pour faire de la croissance. Ou alors, on entend ci-et là des sottises comme quoi il y a trop d'immigration. Mais peu sont ceux qui prennent le contre-pied de ces pseudo vérités : pourquoi et pour qui travaille-t-on ? Comment un Etat peut-il être en défaut de paiement s'il est souverain ? Comment cette dette excessive a-t-elle été constituée ? Pourquoi les "dettes souveraines" ne sont-elles pas répudiées ? Pour quelles raisons laisse-t-on le taux de chômage grimper en flèche ? Où va l'argent alloué aux Etats par le FMI et les banques privées? Est-ce l'immigré ou bien le banquier qui cause problème dans un pays où le travail est sous-rémunéré par rapport au capital ? Quel est le rôle réel d'une entreprise : faire vivre des gens ensemble ou bien les utiliser et les jeter pour pas cher ? Bref, à qui profite les crises et que rapporte aux multinationales et aux actionnaires toutes ces politiques d'austérité ? La réponse est pourtant très simple, c'est une guerre économico-sociale, peuples contre institutions capitalistes, que les gouvernements pourraient stopper facilement comme ils l'ont fait au Venezuela ou en Bolivie. Mais nos élus capitalistes s'accomodent à merveille de cette guerre menée par l'Empire néolibéral. Le contre-pied à prendre est de foutre un coup de pied dans nos téléviseurs, et de se mettre à lire. Le savoir, la lecture sont des armes insurrectionnelles bien plus virulentes qu'un pavé ou qu'un bulletin inutile dans les urnes huilées du rouage oligarchique.
   
-Et pendant ce temps, les médias...
    Je m'emballe, je m'égare. Je me rappelle de l'attitude de ces porteurs de plumes aux gesticulations de complaisance envers le Pouvoir, des journalistes tribuns de téléviseurs au chevet des gentils ministres-lobbyistes. Et oui, pour légitimer une loi antisociale et pour que le peuple l'acclame, le Pouvoir devait se faire passer pour bon, pour victime d'une situation incontrôlable. Toujours. Pour éviter que les populations ne prennent l'idée d'une insurrection, la presse dénaturait le sens des mots, falsifiait outrageusement l'Histoire et tronquait les actualités.
    Par exemple, en novembre, voici ce que j'ai pu relever dans les anales de la désinformation. Au lieu de parler du déni de démocratie honteux impliqué par le vote-décret du TSCG (le 9 octobre, même année), les journalistes s'affairaient sur le moindre fait divers à choc émotionnel puissant et direct. Un cyclone frappant New-York faisant au moins un mort. Une tempête politique au sein d'un parti conservateur réactionnaire qui retrace jour après jour la bataille de succession entre un François Fillon et un Jean-François Copé, telle les aventures de Martine en bande dessinée, suspense en plus. Une jeune personne décédée avant d'arriver à l'hôpital parce que l'Etat depuis quelques années supprime les postes de fonctionnaires et fait fermer les hôpitaux de proximité. Ce à quoi le président s'offusque que le peuple ait plus de difficultés d'accès aux soins, rétorquant que désormais plus aucun français n'habitera loin d'un établissement de soins. (Dans la conception française en matière de santé publique, l'égal accès aux soins de tous est primordial pour une Démocratie. Bon baromètre pour se considérer loin de ce régime donc?) C'était mentir, car il savait pertinemment que ce même nouveau traité TSCG interdisant toute politique de relance économique allait faire fermer des établissements publics (hôpitaux, écoles, universités, etc.) l'année suivante. Certes tous n'ont pas été fermés, mais ils furent rachetés par des grandes entreprises privées, ce qui entraîna une hausse des honoraires, la fin du remboursement des soins, et une explosion des droits de scolarité. De telle sorte que de plus en plus de gens de la classe moyenne ne purent plus jamais se payer de telles infrastructures. Et puis il y a les hospitalisations d'hommes politiques. La presse en raffole. Jacque Chirac au Val-de-Grâce. C. Pasqua connaît cet endroit. François Fillon y serait passé dernièrement (8 novembre). C'est comme Régis au parc dans les Nuls. Mais en plus dramatique, car eux, ont un bon accès aux soins contrairement à certaines personnes qui parfois meurent à cause d'une misère qui s'aggrave dans le silence des médias. Comme l'agriculteur lambda des campagnes ou bien cette jeune femme battue par son mari complètement timbré, mais elle ne peut se rendre à l'hôpital ou chez la police car étant réduite au chômage, elle doit commettre des actes illicites (vente de drogue, raccolage, vol à l'étalage) pour s'en sortir dans la vie.

    La liste de faits divers est longue, tant l'information se doit d'aller à une vitesse quasiment instantanée d'un bout à l'autre de la planète. Le journaliste de grande audience n'est plus l'enquêteur mais le simple commutateur de l'opinion : il renverse la circulation des données, matraque l'opinion de futilités et ce qui est vraiment important se trouve dévié. Il est le porte-parole bête et méchant de sa source, aussi peu fiable puisse-t-elle être; il en est l'esclave à l'affût de la moindre banalité croustillante enveloppée dans de belles phrases, pour "produire" un article creux qui fera naître les applaudissements ineptes du rédacteur en chef. Jolie parade du clown au cirque journalistique.

    Pendant que l'on pouvait suivre l'épisode des chamailleries politiques ou bien les mensonges éhontés des élites, l'Etat déployait des moyens de répression sans précédent en envoyant ses hommes de main procéder à des expropriations en Loire-Atlantique : en France? Mais diable, comment est-ce possible qu'un Pouvoir exproprie son propre peuple ? A Notre-Dame-des-Landes, un aéroport du Grand-Ouest est prévu dès 1963. Le début des travaux était prévu pour 2013. Un aéroport, ça coûte ça non ? Bien entendu, les routes d'acheminement vont être payées par les collectivités, donc les impôts, c'est à dire nous. Logique imparable pour une économie soit disant en "crise" alors qu'on nous rabbache qu'il n'y a pas de fonds publics pour s'occuper des gens. Outre le fait que cet énorme aéroport constitue un désastre écologique pour l'écosystème environnant, des nuisances sonores et olfactives, le gouvernement réprime brutalement toute opposition au "projet". Des gens pacifiques ont été brutalisés et blessés par ce qu'on peut considérer comme étant une attaque à la grenade policière. Des occupations pacifiques ont été organisées pour protester contre l'annonce du début des travaux. Mais derrière le pacifisme des opposants, s'oppose la tyrannie des multinationales : Vinci, dans le partenariat public-privé, promet 12% de rentabilité à ses actionnaires sur l'exploitation de cette giga-infrastructure pendant que l'Etat ferme des hôpitaux publics. L'autorité publique une fois de plus est au service des intérêts privés. Nous vivons dans un asile géré par les fous. Ce "projet" signifie la destruction d'une biodiversité riche en ressources, le déracinement et l'expropriation des habitants qui vivent là depuis des dizaines d'années. Et ceux qui pourront rester dans leur humble demeure, leur maison qu'ils auront mis une vie à payer sera du jour au lendemain invendable, sans aucune valeur à cause des nuisances de cet aéroport. Une répression démesurée par les CRS bourrus jusqu'à la moëlle osseuse est déployée pour étouffer la résistance et la lutte des militants, des opposants ou simples citoyens. Répression pour régression, élites et journalistes dégainent leur novlangue de bois pour en parler comme un progrès. Ah! Diantre! Le Progrès!    
   
    Dans le bassins des Cévennes, il ne faut pas non plus compter sur les valeureux enquêteurs du Monde ou de Libération pour nous informer que malgré l'annonce du renoncement du dernier gouvernement Fillon aux "projets" d'extraction du gaz de schiste fin 2011, les explorations en sous-sol ont tout-de-même eu lieu. Ce qui est illégal, et c'est une catastrophe écologique incommensurable dans ce Parc National protégé. Mais dès qu'un "projet" est articulé par des multinationales, c'est un Progrès.

-C'est quoi un "projet" ?
    A chaque fois qu'un ouvrage est annoncé par "projet", cela signifie profits juteux des capitalistes au détriment de la condition des gens. Le projet de rénovation urbaine de Paris à la fin des années 1880, opéré par le baron Haussmann avait des allures de salubrité publique : élargir les rues pour l'hygiène, faciliter l'évacuation des déchets, éviter les incendies ou la propagation des maladies, officiellement. Ils ont surtout détruit des centaines de logements en expropriant les gens, pauvres à l'époque, pour rendre difficile toute nouvelle barricade du peuple parisien. Pour renforcer le pouvoir bourgeois contre la vindicte populaire. De 1989 à 2012, un "projet" de rénovation urbaine secoue les quartiers populaires de la ville de Marseille. La Belle de Mai, Saint-Charles, Joliette et la rue de la République sont des vieux quartiers où les gens ne sont pas les plus aisés. Pour une poignée de quelques fonds de pensions américains, ces vieilles ruelles sont transformées en centre d'affaires gavés de banques et de complexes commerciaux. Des centaines de marseillais ont été expropriés sans être relogés, devant le mutisme du maire, laissant désormais les spéculateurs acheter carrément des quartiers entiers d'une ville.
    Alors, face à tous ces projets de régression féodale, les militants, opposants et simples citoyens commencent à s'armer dans leur tête. Ils se regroupent, ils parlent, ils pensent déjà le changement. Oui, le changement c'est maintenant. Non c'était déjà hier. C'est peut-être même depuis avant-hier que le peuple a des "projets" d'insurrection, mais il n'en est pas encore réellement conscient.

    Notre pays est à vendre par son gouvernement de truands qui marchandent du citoyen comme du bétail sur le marché du village. "Pas cher, pas cher ! Je te le fais à 65 millions de pièces. Quelques services publics, quelques établissements publics. Le transport, les ressources naturelles, la santé, l'éducation, l'énergie, la terre, l'air et les eaux, l'industrie, la défense, l'armement...Je peux même ajouter quelques savoirs-faires et les titres de la dette publique au packaging "Deluxe 2012". Tu en auras pour ton argent, mes esclaves sont serviles une fois dociles". Et bien, français de tous bois et bonnes personnes, achetons-le tous ensemble, ce foutu Etat que les élites sont en train de voler au lieu de nous-mêmes continuer à se faire braquer et brader par des négociants d'un vulgaire souk !

Samuel Moleaud.

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 10:08

                 1774994_3_361c_le-prix-nobel-de-la-paix-attribue-a-l-union_.jpgEn 1949, George Orwell avait écrit dans 1984, que "la guerre c'est la paix", "la liberté c'est l'esclavage", et "l'ignorance c'est la force". S'il en est un qui aurait pu recevoir le prix Nobel de la Paix, c'est bien George Orwell, écrivain "engagé" contre l'impérialisme occidental.

                Nous savions déjà que les institutions de ce monde pouvaient commettre les crimes les plus immondes en toute impunité, en toute légalité. Désormais, le crime est subventionné, récompensé par des titres honorifiques. Et oui vous lisez bien, le Comité Nobel suèdois vient de nommer l'Union Européenne prix Nobel de la Paix. De la paix ! Paix, démocratie, droits de l'Homme, l'Union Européenne serait l'entité qui depuis plus de cinq ou six décennies, oeuvre à la fin des guerres et aux droits humains.

 

                Ceci est révélateur de la torpeur dans laquelle se trouve la réflexion : il faut être sacrément fou, ou bien pathologiquement obscurantiste pour dire qu'un criminel oeuvre pour les droits de l'homme. A moins que celui qui donne le prix soit lui aussi au service des criminels ? Après tout, la portée des mots dépend de celui qui les définit...

 

-La Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne, le FMI, la Banque Mondiale, l'ensemble des grandes banques privées d'investissement et les gouvernements des pays membres forment une terrible machine de guerre qui a pris le contrôle total sur le destin des gens. Le rôle de l'UE est d'appauvrir les gens, de les dépouiller jusqu'aux os pour enrichir des banquiers odieux. Elle opère le plus grand hold-up légal jamais observé en Europe, aspire tout ce qu'il y a à prendre sur son passage sous l'oeil hagard des journalistes, plume surveillée et bâillon à la bouche. Depuis l'éclatement de la "crise" de 2008, des centaines d'individus désoeuvrés, désemparés se sont suicidés ou bien plongent dans la dépression en Grèce, en Italie, en Espagne, en France et bien ailleurs. Dans les pays d'Europe, le lien social est en train de se désagréger petit à petit, tel un chien rongeant son os,  en raison des délocalisations de multinationales européennes et des dispositions communautaires qui dégradent à grande vitesse les conditions de vie des gens. Et le Comité Nobel félicite le "vieux continent" pour avoir laissé les peuples croupir dans leur misère, pour les avoir jetés à la poubelle sociale.

 

-Lorsqu'une directive de Bruxelles est transcrite en loi, règlement ou circulaire dans le droit interne, et qu'elle porte un coup sévère aux libertés individuelles ou aux droits fondamentaux (comme la liberté d'expression, le droit du travail, les droits sociaux), les gouvernements de l'UE l’intègrent à leur Constitution sans aucune consultation populaire, fi le référendum citoyen. MAIS chaque déni de démocratie est un pas vers la Démocratie. Les gouvernements envoient leurs chiens de garde par milliers pour réprimer brutalement les protestations. Des dizaines de cars de forces de police anti-émeute, polices nationales, garde républicaine, CRS, mais aussi certains corps de l'armée comme la gendarmerie mobile armée jusqu'aux dents (pour refuser l'entrée de la Turquie à l'UE, on lui reprocha de porter atteinte aux droits de l'Homme pour avoir "dégainé" l'armée dans les rues à l'issue d'une manifestation mais l'UE fait pareil chez elle). Certains n'hésitent pas à dégainer à bout-portant. Bref, l'Empire se fait brutal et meurtrier pour conserver sa domination et consolider son pouvoir par la peur.

MAIS, c'est une action en faveur du rapprochement des peuples, des droits de l'Homme et de la démocratie.

 

-En janvier 2011, lorsque les tunisiens risquaient leur vie pour éjecter Ben Ali du pouvoir, le gouvernement français (avec pour porte-parole Michèle Alliot Marie) était prêt à envoyer sa police pour matraquer le peuple. Deux mois plus tard, lorsque les Libyens enjoignaient le pavé pour en finir avec leur dictateur Kadhafi, les gouvernements, spécialement la France, n'ont pas hésité à envoyer leur chair à canon dans le désert pour aller tuer des civils, des femmes, des enfants innocents, dévaster tout un pays. De même en 2001, des pays de l'UE intervenaient en Afghanistan, puis en Irak en 2003 en déversant des milliers de tonnes de bombes sur Kandahar, Kaboul ou bien Bagdad. La même Europe de la paix apporte aussi son soutien inconditionnel au gouvernement belliciste, nationaliste et fasciste de Benyamin Netanyahou en Israël. Pourquoi ne pas donner un Prix Nobel posthume de la Paix au Troisième Reich ?

Ou bien choisir Christine Lagarde en 2013 pour ses services humanitaires en Grèce au sein du FMI ? On pourrait aussi attribuer un prix Nobel de la Paix à BHL pour avoir invité la présidence Sarkozy à "libérer" la Libye du joug de son dictateur...

 

                La nomination de l'UE fait échos et cumul avec la ratification cette semaine du traité budgétaire TSCG imposant indirectement la politique d'austérité partout en Europe, avec ses mécanismes de contrôle et ses punitions à qui ne le respecterait pas. C'est comme si pour soigner une angine, le docteur "Troïka" amputait une jambe sans anesthésie avec une égoïne non aseptisée, ou bien pratiquait la saignée à blanc du «patient».

                La vérité est que dans un an, l'Europe sera tiermondisée. Des centaines d'entreprises vont fermer, des milliers de gens supplémentaires se retrouveront sur la paille, sans rien au chômage de longue durée et les gouvernements privatiseront alors tous leurs services publics (éducation, transport, santé, défense, etc.) au profit des multinationales et des banques. Comme les pays seront tous en récession et qu'ils sont clients entre eux, plus aucune recette ne rentrera et d'autres "cures" d'austérité seront injectées par la super-machine de guerre bancaire. Ou comment faire de la première organisation du monde (l'UE, en termes de PIB) une région du Tiers-Monde. Les peuples européens seront affamés, mais rassurés car ils sont régis par le Nobel de la Paix...

 

                Bientôt, on pourra penser aux années 2000 en pleurant qu'il fut un temps, nous vivions en paix dans des conditions à peu près décentes et sans réelle peur du lendemain. Alors, las d'avoir versé trop de larmes sans prendre les armes de la Résistance, viendra le temps de la famine, des suicides, des guerres civiles, des crimes fratricides. Le 12 octobre 2012 est à marquer dans les annales de l'obscurantisme européen. Merci le Comité Nobel pour votre ironie.

 

Samuel Moleaud

13 octobre 2012, larmes à l'œil et glaires au gosier par trop d'écœurement.

 

http://sam-articles.over-blog.com.

 

 

 

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 10:48

    Il paraît que la gauche gouverne ? C'est quand le changement en France ? Socialistes, vous-disiez ?

-Socialisme, socialismes ?

    Commençons par le slogan de campagne présidentielle de François Hollande : "Le changement, c'est maintenant". Quand un politique annonce le changement, c'est à peu près aussi fiable qu'un ivrogne saoûl annonçant qu'il arrête de boire demain. Tout le monde y a cru ? Je ne peux le croire. Bref.
    De 1492 jusqu'au 18ème siècle, le capitalisme naissant était confiné dans un mouchoir de poche : de comptoirs en comptoirs, l'esclavage enrichissait les notables et les commerçants mais ils ne faisaient de profits que si le Roi le permettait. Le commerce international à ses balbutiements commençait son essor et enrichissait les royaumes d'Europe. Mais le Capital était brimé par le Clergé et la doxa chrétienne, qui limitaient l'usure et le lucre. La Révolution Française a provoqué un bouleversement économique et social : l'abolition de la féodalité (mais l'exploitation a perduré) a fait tomber le pouvoir de la religion pour celui de l'argent. Les bourgeois, voleurs/vainqueurs de la Révolution eurent les mains libres pour imposer un nouveau stade de capitalisme aux peuples d'Europe en leur faisant croire à la liberté. Quelques petites révolutions dérobées plus tard (1830, 1848), les mouvements socialistes sont apparus. Le capitalisme entrait là dans une nouvelle phase encore plus agressive, accroissant les inégalités entre différentes nouvelles classes sociales opposées. La Révolution Industrielle permettait à la bourgeoisie d'être infiniment plus riche qu'avant, tandis que les prolétaires se tuaient à la tâche, exploités jusqu'à la moelle dans les mines et dans les champs. C'est aussi le début des grands progrès techniques et sociaux (médecine, technologie, transports, etc) qui firent de l'Europe un continent où l'on n'avait jamais mieux vécu qu'auparavant. D'infinis progrès techniques et sociaux ont été faits comme jamais il n'y en avait eus entre le milieu du 19ème siècle jusqu'à la fin du 20ème siècle. Ensuite, tout s'est écroulé comme un château de cartes en une trentaine d'années de guerre économique, à commencer par la Raison.
   
    C'est de la prise de conscience de l'excès d'inégalités sociales créées par le capitalisme, que le socialisme est né. Et aussi parce que les penseurs dissidents se rendirent compte que l'idée selon laquelle l'idéologie libérale apporterait du pain pour tous, ne fut que poudre aux yeux, mensonge des puissants pour duper les dominés. En même temps que les entreprises et les lobbies devenaient plus puissants que l'Homme lui-même, les mouvements de protestation émergeaient, éclataient. Socialistes "utopiques" (Babeuf, Cabet, Fourier), socialistes libertaires (Proudhon) et marxistes révolutionnaires (Marx, Lénine) théorisaient leur contre-doctrine. La classe ouvrière avait "enfin" une voix, la voie du rouge et du noir qui en supportait la condition. Il y a, à la base du socialisme, le refus de toute injustice, de toute inégalité sociale quelle qu'elle soit. En découle naturellement la critique du capitalisme dont le fondement repose sur la loi de la jungle. Ces philosophies politiques marquaient l'Europe, du moins la France au fer rouge puisque le 20ème siècle est celui des grèves générales (1907), des luttes sociales et syndicales (1936), des conquêtes que les travailleurs ont su prendre au Capital. 
    Les deux Guerres Mondiales, la crise de 1929 et l'impérialisme occidental (soutiens des dictatures en Afrique, Guerres du Viêt-Nam, Malouines, Irak, Afghanistan, Libye, etc.) ont profités aux entreprises et les multinationales sont devenues presque plus puissantes que l'Etat-Nation. Le Capital a toléré les luttes et conquêtes sociales de l'après-guerre (CNR, nationalisations, etc.), parcequ'il en trouvait des compromis avec les gouvernements fantoches de social-démocratie ou de démocratie chrétienne. Puis la chute du mur de Berlin et du bloc soviétique sonnaient l'heure pour les capitalistes de donner l'assaut à leur contre-révolution néolibérale. La guerre économique menée contre les peuples européens sur le terrain de l'austérité, de la dette, dette privée des banques devenue publique, annonce l'avènement d'un Empire beaucoup plus dévastateur qu'auparavant : l'asphyxie des peuples d'Europe laissés à la merci des multinationales bancaires par des gouvernements composés d'actionnaires et de lobbyistes. Les idéologues du marché et ses possédants ont mis trente ans à ravager ce que l'Homme européen avait mis des siècles à bâtir. On est donc passé de bras et poings levés et serrés à bouches cousues et culottes baissées.

-Crise de la dette, crise de bon sens ou Crime par la dette ?

    Impasse faite sur les causes de la misère actuelle volontairement créée par les institutions néolibérales, nous avons aujourd'hui un gouvernement français qui se prétend de "gauche" et qui prétend agir pour sortir de la "crise". Cette fameuse "crise de la dette", dont le "s" est à remplacer par "m", est un instrument de propagande économique terriblement efficace, tant les consommateurs de médias/électeurs y croient. Car il n'y a jamais eu de crise. Une crise est quelque chose que l'on ne contrôle pas. Une crise de foie après une bonne cuite, n'est jamais prévue, ni même une crise d'épilepsie. Le tourment économique qui dure depuis 2008 est un crime prémédité, une arme de destruction massive pour qu'une poignée de banques achètent l'Europe une fois saignée à blanc, asséchée, tiermondisée. La seule crise qui soit sur ce ballon percé où l'Homme court après l'argent et les futilités, est une crise aigüe de bon sens. Il faut arrêter de gober l'idée que la France n'a pas d'argent. La France n'est pas le Zimbabwe ou le Mozambique. C'est la 5ème plus grande puissance mondiale, un pays où il y a tout pour subvenir aux besoins d'un grand pays(agriculture, industrie, tourisme, culture, art, savoir-faire). Plus, elle peut jouer de son influence mondiale et taper du poing sur la table et dire que ce qu'on lui impose est injuste, insupportable, imposer son style, en somme. En quel honneur une bande de banquiers se donnent le droit de punir l'Allemagne (1ère puissance de l'UE), la France (2nde puissance de l'UE), la Grèce, l'Espagne ou l'Italie ? Le Japon, les Etats-Unis, la Russie ou la Chine diraient aux spéculateurs de retourner surfer sur leurs roses...

    Si le gouvernement français avait pour soucis de résorber la crise de la dette, il commencerait par interdire ou limiter l'évasion fiscale, rétablir un système fiscal générateur de recettes, c'est à dire progressif, où plus les revenus sont élevés, plus ils sont soumis à l'impôt. Il pourrait tout aussi bien décider quel pourcentage de la dette est illégitime lors d'un audit citoyen. Or il ne le fait pas. Il dit qu'il n'a pas le choix, pas de marges de manoeuvres vis-à-vis de la BCE, de la Commission Européenne ou vis-à-vis du FMI. Mais il a les mains libres pour signer les traités iniques qui vont aggraver la misère des peuples...

-Un petit mot sur le TSCG...

     Mais en revanche, et sans consultation électorale, Matignon peut engager la France dans un nouveau traité budgétaire européen (TSCG) d'obédience sarkozyste. Voté en coup de force le 9 octobre 2012 par un PS qui fait le commerce de l'UMP, ce fameux TSCG inscrit dans la loi que l'Etat doit respecter la "règle d'or", c'est à dire la politique de rigueur (austérité). Toute autre politique économique, comme la relance, sera donc interdite par la constitution, illégale ! Pire, ce traité change les fameux critères de convergences : il impose à un Etat membre un déficit public ne dépassant pas 0,5% du PIB, au lieu de 3% auparavant. Or en 2010, le déficit de la France représentait 5% du PIB, aucun pays ne respecte ce critère. Faire des économies sur le budget à 0,5% du PIB veut donc dire assécher les portefeuilles des services publics (éducation, transports, santé, défense, etc.). Les idéologues européistes de l'austérité martèlent sans cesse qu'il n'y a pas d'argent à dépenser à cause d'une dette trop excessive. Si le critère de 0,5% du PIB n'est pas respecté, c'est à dire si l'Etat ne fait pas assez d'économies (sous-entendu s'il ne privatise pas assez vite), l'UE use de la punition et donne une amende au gouvernement. Joli paradoxe, non ? Si on restreint le budget parcequ'il n'y a pas d'argent, alors on ne peut pas payer d'amende! Mais on trouve toujours de l'argent pour enrichir les banques : dans les cotisations sociales et les impôts du peuple. C'est ça l'Europe, dépenser moins d'argent pour la population et taxer toujours plus. Jusqu'à ce que la corde casse mais d'ici là, les rentiers seront tous déjà pleins aux as...La nouvelle présidence propose de taxer à 75% les revenus dépassant un millions d'euros par an. Oyé-oyé, braves gens de la roture, Robespierre est de retour !

    Je ne sais pas si les solutions préconisées par le Front de Gauche aurait fonctionné (créer 9 nouvelles tranches d'impôt sur le revenu pour que celui-ci soit progressif, comme il l'était dans les années 1990, et taxer à 100% tout revenu déclaré supérieur à 300 000€/an). Mais on peut dire que le projet de la gouvernance PS est plus que farfelu. Car insuffisant. Si je déclare 999 999€ à la fin de l'année fiscale, je ne serai taxé "qu'à" 45%. Si je déclare 2€ de plus, l'administration fiscale me demande 75%. Même pour les riches, la réforme "socialiste" est injuste. Qui plus est, je doute que les millionnaires soient majoritaires dans ce pays. Comment peut-on annoncer vouloir réduire le déficit public sans prendre des recettes ? Où est-ce que l'Etat va-t-il chercher l'argent pour payer une dette (qu'il n'a pas à payer) ?

    Pour financer l'économie, la comptabilité nationale n'utilise que trois principaux instruments macroéconomiques : la hausse des cotisations et des impôts, l'emprunt et la dévaluation monétaire. Cette dernière est impossible du fait que l'Etat n'est plus souverain sur sa monnaie, le droit de battre monnaie a été transféré à la Banque Centrale Européenne (BCE). Une hausse des cotisations et des impôts est souvent très impopulaire, surtout dans un pays où le patronat cherche en permanence à sous-rémunérer le salariat. Augmenter les cotisations sociales fait reculer l'âge légal de départ à la retraite ou bien réduit le salaire net mensuel, donc les gens n'aiment évidemment pas ça, surtout lorsque cela sert à rémunérer les actionnaires et les banques. Augmenter les impôts est une mesure hypocrite, car dans la majorité des cas, le gouvernement augmente les impôts indirects (TVA, taxes sur l'alcool et le tabac, TIPP) au lieu des impôts directs (impôt qui connaît le nom de celui qui paye, comme celui sur le bénéfice des sociétés, impôt sur le revenu), soit ceux que les pauvres ont le plus de mal à payer. Par exemple, le nouveau gouvernement envisage d'augmenter les taxes sur l'alcool. Comme si faire payer l'alcool plus cher au peuple aller égaler les centaines de milliards d'euros que l'Etat n'a jamais perçus auprès des riches qui défiscalisent en Suisse. Pour ne pas fâcher les rentiers, on taxe les classes exploitées...

    L'emprunt est efficace, mais il augmente la dette publique. Il injecte directement des fonds extérieurs disponibles à l'investissement, aux dépenses publiques, aux importations, en clair il est bénéfique à la reprise de la croissance économique. Mais l'emprunt à la BCE, rappelons-le, est interdit par les traités communautaires. C'est là le nerf de la guerre : si la BCE pouvait prêter directement aux Etats membres au même taux qu'elle ne prête aux banques commerciales privées, le garrot de la dette publique n'existerait quasiment plus. Mais il n'en est rien, c'est interdit par Bruxelles. Du coup, l'Etat se trouve obligé d'emprunter aux marchés financiers, aux banques privées à des taux d'intérêt bien plus élevés et s'endette plus qu'il ne devrait. Mais le plus grave n'est pas l'endettement ou le remboursement, mais les contreparties imposées. En échange des prêts, les institutions néolibérales imposent les fameux plans de rigueur dont vous parlent les journaux. Or freiner l'activité économique, limiter les dépenses publiques, mène à une chute de la demande et à des licenciements boursiers massifs (accompagnés de délocalisations d'entreprises éxcédentaires). Chaque "austérité" mène donc à la récession...et à de nouveaux prêts pour trouver des recettes...et nouveau plan d'austérité, etc. C'est absurde de faire des prets pour rembourser ses prêts, surtout quand ce n'est pas l'emprunteur qui paye la note, mais la population !

    Avec ce nouveau traité budgétaire imposant l'austérité comme seule et unique politique économique en Europe, les gouvernements viennent de signer la tiermondisation du continent. Les criminels de la Troïka (Commission Européenne, FMI, BCE) sont en train de faire à l'Europe ce qu'ils ont infligé à l'Afrique et ses peuple : la misère, la pauvreté et la famine par le biais du garrot de la dette. En Europe, ils nous ont déclaré la guerre pour détruire des siècles d'histoire, aseptiser les cultures, piller les savoir-faire et les ressources. Bientôt, les temps deviendront très rudes. Ne nous laissons pas faire. Nous ne sommes pas des moutons en transhumance. Résistance !

Samuel Moleaud, européen en exil aux antipodes de la Terre.
10 Octobre 2012.

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