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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 14:56

 

 

 

 

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Aristote, l’un des penseurs antiques le plus célèbre de la philosophie politique occidentale que l’Histoire ait retenu, aurait écrit que "l’Homme est un animal social ".

 

Vraisemblablement, cet homme écrivait à une époque où l’individualisme généré par la globalisation néolibérale et l’esclavage aliénant sans chaînes des temps modernes n’existaient pas encore. L’Homme d’aujourd’hui est certes un animal social par nature, puisqu’il a besoin d’échanger avec ses semblables pour se cultiver, se développer, survivre, et l’environnement devient hostile pour qui vagabonde en autarcie. Mais l’humain est surtout devenu un animal moderne drogué à la technologie, et à la multitude de petits gadgets électroniques (GPS et autres passes temps reliés aux satellites, aïe phone, aïe pad, aïe pod) dont on parvient à se convaincre qu’ils sont utiles à l’évolution humaine une fois qu’écoulés sur le marché des biens, que les nouveaux besoins créés par les entreprises ont été comblés.

 

C’est l’Histoire d’un animal aveuglé qui vit le fil à la patte, par procuration, connecté à la matrice du système dans un cyberespace numérisé où l’échange, en phase de désolidarisation chronique, s’organise désormais seul, les yeux rivés devant un écran à communiquer virtuellement sous surveillance pour satisfaire des besoins sociaux biaisés dans une spirale chronophage. Le lien social et les relations humaines qui l’accompagnent au 21ème siècle, articulés autour des échanges virtuels, relèvent plutôt de la pathologie collective et chronique d’une apocalypse sociale que d’une société en émancipation. Ce que l’on nomme progrès technique permettant de démocratiser l’accès des biens, (et pérenniser le pouvoir des entreprises et leur totalitarisme économique), et dont l’humain aurait pu s’en servir plus intelligemment, est le vestige d’une belle route délabrée parsemée de crevasses dans un paysage chaotique, et dilapide chaque jour un peu plus les sentiments collectifs d’appartenance à des classes sociales. Le système d’économies d’échelle (productivisme, abondance des produits sur un marché, forte offre stimulant la demande et baisse graduelle des prix de vente, consommation accrue, et  excédents nets d’une entreprise plus important permettant soit l’investissement, soit l’embauche) permettant l’accès aux biens de consommation secondaires à plus de population peut-être bénéfique, mais en étant en conséquence, nombreux à être reliés sous hypnose à la même machine, le virage vers l’autisme social est facile à prendre. Sans parler des dangers que provoquent le productivisme pour les écosystèmes qu’il ravage, cela éloigne des esprits des dominés leurs ennemis jurés de classe qui, toute lutte sociale considérée par leurs maîtres comme datant d’un autre siècle, obtiennent légitimité et impunité pour oppresser, exploiter, assassiner.

 

Dans l’hypnose collective, psychotique, autoalimentée par un système schizophrène vendant du rêve vicié en spots publicitaires, tel un psychiatre refourgue des neuroleptiques à ses malades, la mondialisation de la cécité impliquée par le système capitaliste néocolonialiste permet de faire croire à une antilope apeurée que la lionne qui lui court après ne lui veut que du bien. Et nous marchons, tête baissée, dans l’espoir de rejoindre la tête du cortège, pour parader et se pavaner avec ceux qui nous ont crevé les yeux.

 

Je sais que les lecteurs de ces paragraphes se diront qu’il s’agit encore d’un obscurantiste nihiliste refusant en bloc les progrès d’une société qui n’a jamais autant créé de richesses et proposé de confort et de bien-être sanitaire, social et matériel à sa population…du moins pour ceux qui comme nous, avons la chance d’être né sous ces latitudes. Autant répondre d’avance que ce n’est pas parce qu’on critique l’arrogance, le cynisme et le chantage de celui qui nous tend le pain que nous ne le mangeons pas. Et d’ajouter qu’il serait temps de savoir utiliser les moyens de production de notre temps d’une manière saine, équitable, écologique, et dans un sens de redistribution à tous des fruits de la richesse produite,  au lieu de laisser les renards décider de la vie ou de la mort des habitants de la bergerie.

 

Revenons à nos moutons, il est, de fait préférable que chaque cerveau soit le plus souvent branché sur ces appareils qui rythment nos vies, car chaque seconde, chaque minute qui s’écoule devant un gadget technologique est du temps de réflexion en moins pour penser à une autre société moins destructrice, moins déshumanisante. Donc du temps de gagné pour le système global capitaliste. Bien heureusement, cette addiction à la technologie n’a pas contaminé tout le monde. Mais cette pathologie cancéreuse de l’échange social touche de plus en plus de personnes. Encore faut-il savoir se servir à bon escient des fruits donnés par l’arbre malade qu’est le système productif. Même le temps passé prostré devant cet écran à rédiger ce modeste article est un frein à l’action collective, puisque son auteur demeure figé, statique comme une pierre, et ces quelques mots n’ont aucune influence pour construire un monde meilleur dans l’immédiat, si ce n’est que les mots qu’il contient peuvent juste espérer un jour servir à faire tomber quelques pierres de l’Empire Babylonien.

 

La société et ses milliers d’acolytes publicitaires en spots de chimères moisies à revendre, ses agents bancaires de la rareté, et ses chiens policiers sont plus forts que l’individu. Ils ont éloigné de son champ de vision ses propres formes élémentaires de la vie sur Terre. L’Homme ne devient qu’une machine à exécuter de l’ordre hiérarchique facilité par des siècles de peurs construites, entérinées par l’Histoire et concrétisées par les systèmes d’information en tous genre. L’individu moderne est libre, tant qu’il ne s’arroge pas le droit de déroger à des règlementations qu’il n’a lui-même pas choisi, il peut courir à loisir tout le long d’une corde dont la longueur a été préalablement déterminée, et ne doit pas en tomber, au risque de se transformer en vulgaire appât pour les fauves en bas, qui rodent au sol. Il est un animal qui vit par procuration dans une illusion de liberté, légitimant la suprématie de ceux qu’il ne peut récuser que silencieusement et en surface dans les sphères autorisées. Il paraît que cela se nomme la démocratie. Et la société est là pour lui rappeler qu’il est sanctionné parce qu’il faut veiller au respect de l’État, de la propriété privée, de la loi, ces choses présentées comme garantes de l’intérêt général là où ils œuvrent pour satisfaire l’intérêt privé d’une riche caste dominante et peu nombreuse dont nous devrions tous nous méfier au lieu de l’aduler. Cette société du rêve périmé réoriente constamment le bas de la pyramide dans des sentiers bien spécifiques pré tracés, pré mâchés, et chamboule les comportements politiques et sociaux en permanence. Mais pour autant, il est heureusement encore possible, d’utiliser cette société intelligemment en ne regardant pas forcément en l’air lorsque le sage pointe son doigt vers le ciel, autrement dit, pour qui refuse la voie dominante de la surconsommation et de la stérilisation lente et organisée des opinions, il est encore possible de se chercher des voies différentes pour dériver des schémas de vie conformes et conventionnels…tant que penser de manière dissidente et le montrer en public ne fait pas l’objet d’une comparution au tribunal, d’une éviction, ou d’une disparition.

 

A défaut de pouvoir faire sauter les donjons institutionnels de l’Empire du capitalisme sauvage, nous ne pouvons donc qu’apporter notre pierre à la renaissance d’une conscience collective non tronquée, en écrivant, en militant dans les associations, en développant des projets alternatifs, maigre contribution pour espérer en finir un jour avec le bruit des bottes que le peuple français est d’ailleurs en train de réentendre. L’Histoire institutionnelle, quelques franges de l’héritage idéologique apporté par les penseurs du passé, et plus particulièrement le manque de recul pris devant l’information et les images, soupe médiatique à objectifs de rentabilité servie brûlante quotidiennement, contribuent à la mortification de la conscience politique : de nombreuses personnes, quel que soit leur âge se désintéressent de ce qui les concerne, des questions économiques, politiques et sociales touchant au cœur même de leur vie quotidienne. Et l’on en vient à considérer comme normal que la politique soit un exercice professionnel surpayé, et non comme un acte citoyen de la vie quotidienne voué à être exercé par tout le monde. Ce fait même de laisser cette tâche aux spécialistes autorisés, socialement privilégiés et gavés en diplômes élitistes destinés aux plus hauts grades de l’État ou de l’administration, est en fait, un cruel détournement de la politique (dans le sens de la réflexion citoyenne et collective d’une même société). Ces lignes récolteront sans doute davantage de désaccords que d’opinions similaires, mais la hiérarchie institutionnelle telle que nous la subissons est l’héritage d’un passé qu’il est nécessaire pour le système de tronquer, falsifier à l’école, pour éviter que tous se posent véritablement la question de savoir dans quel monde on évolue.

 

Un animal social libre de penser ? Le conditionnement des individus par la société.

 

Afin de jouir d’une bonne intégration sociale et d’évoluer en phase avec sa société, l’individu doit interagir en permanence avec les autres pour ne pas être marginalisé. Tout Homme doté d’un langage, de capacités de réflexion servant à se bâtir des systèmes rationnels de libre pensée, engage alors une relation d’échange avec autrui dès lors qu’il communique. Dès lors, pour ce faire, nous dit-on, il doit avoir été suffisamment socialisé (il doit avoir appris les normes et valeurs de son environnement), et correctement éduqué. Littéralement préparé par les agents de socialisations dites primaire et secondaire, (famille, école, amis, cursus professionnel) à se conformer aux règles, normes et valeurs produites par la société dans laquelle il a émergé, le cerveau quasiment vierge de données va dès l’enfance devoir commencer à reproduire cette masse de codes transmis. Il va adopter inconsciemment des comportements conformes à l’abri de la contrainte sociale qu’on lui inflige par le rapport à l’autorité (du père, des pairs dominants, du professeur, du patron plus tard, etc.), et il va ainsi devenir ce que ses éducateurs ont voulu qu’il soit. L’enfant devient inconsciemment ce que l’on veut qu’il soit, intègre dans sa caste, non ce qu’il veut lui-même être dans la mesure où il n’est pas l’artisan de sa propre conscience, celle-ci lui est inoculée lentement par les personnes auxquelles l’on s’identifie. Notre pensée politique par exemple, s’articule autour de la pensée des parents, de la fratrie, ou des amis, de ceux qui ont le plus d’influence sur nous, les fondations de toute culture se forgent rarement par nous-mêmes.

Ce que nous faisons de par nous même, c’est se servir des outils transmis pour approfondir les bases de notre formation, et ce n’est pas une mince tâche, devant laquelle beaucoup lâchent prise. De cela, découle un phénomène d’imitation, une reproduction sociale plus ou moins forte selon le degré d’identification aux agents de socialisation. Un fils de professeur des universités ou un fils de cadre supérieur par exemple, ne devient rarement un ouvrier, puisque sociologiquement, (ou plutôt selon l’analyse sociologique que l’on préfère), ce fils de cadre aura reçu davantage de capital économique et social que le fils d’ouvrier (Bourdieu). Davantage d’accès à la culture, cela signifie beaucoup plus de chances d’accéder aux postes professionnels dominants. Par ailleurs, un enfant issu d’une famille politisée et appartenant à tel ou tel courant de pensée politique, aura plutôt tendance à cultiver plus ou moins la même politisation que ses ainés. Autrement dit, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

 

Chaque Homme, entité sociale unique et indivisible, consent à intégrer le rôle que société et institutions lui attribuent, et l’on s’engage à tenir ce rôle coûte que coûte auprès des autres, dans la crainte camouflée du contrôle social, qui exerce une coercition et une pression permanentes pour réguler les comportements dissidents non souhaités. La politique économique  de la mondialisation néolibérale œuvre à imposer à ses sujets subalternes un seul format de vie, les uniformisant dans un même pâturage pour tous (travail salarié, cadrage professionnel autour du monde de l’entreprise et des courbettes à la hiérarchie, course au profit vecteur de réussite sociale, etc.), et les citoyens dociles en retour fournissent à leurs maîtres bergers la légitimité du vote et leur consentement à survivre en bas de la pyramide. Et même si trois humains sur quatre consentent à obéir à ceux qui suppriment leurs droits fondamentaux pour protéger la propriété et la loi par la force militaire ou policière, dans l’oubli de l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 24 juin 1793 (1), il faut constater qu’il est beaucoup plus rassurant de subir l’autorité d’un chef ou d’une institution en transférant à autrui la gestion de sa vie, plutôt que d’assurer sa propre prise en charge. L’individu dominé se fixe lui-même cette autocontrainte par réaction à ces pressions sociales pour se bâtir un semblant de liberté et d’apaisement, lui donner l’impression d’être libre là où il est pied et poings prit dans un étau qui se resserre peu à peu. Et les maîtres capitalistes du monde ne savent que trop bien que pour empêcher la révolte mondiale, et que celle-ci prenne de l’ampleur au Nord économique industrialisé, il suffit juste de fournir un minimum de subsistances à la population. Tant que l’Homme a un minimum à manger, il se contente de ce qu’il a, s’interdisant de se plaindre lorsqu’il imagine le sort de millions de personnes en Afrique soumises dès la naissance à la famine organisée. En revanche, il devient violent lorsque l’on retire le pain de la bouche du pauvre.

 

L’Histoire et son enseignement républicain, une formidable boîte à pensée commune.

  

L’Histoire est une science humaine qui, de fait, traverse les âges, et transcende la vie humaine, puisqu’elle existe avant la naissance, pendant la vie et après la mort de l’individu. Elle permet de comprendre le monde dans lequel on vit, et il est tout aussi passionnant pour qui s’y intéresse, de comprendre que le présent, le régime politique et économique actuel, les idéologies courantes, sont l’héritage de l’Histoire, et nous ne pouvons donc les comprendre qu’à travers l’analyse du passé.

 

Pour autant, c’est un tort de considérer cette matière comme une science figée, et il y a bien des raisons de se méfier de la manière dont cette discipline nous est inculquée en France (ou ailleurs), d’une, car elle est écrite par des humains, et que les théories développées sont toujours soumises à moult interprétations de la part du conteur. Secondement, car les humains qui écrivent, sélectionnent, voire glorifient l’Histoire, sont ceux qui auraient le plus intérêt à la modifier à leur avantage. C’est une bonne arme de poing pour une administration ou un dictateur, tel Big Brother dans 1984 de George Orwell par exemple, d’orienter le passé en supprimant les éléments néfastes à son pouvoir, pour changer les consciences du présent.

 

Imaginons un régime, même une idéologie, une oligarchie quasi dictatoriale au pouvoir depuis trois ans, qui méprise sa population, entame un programme sécuritaire d’expulsions sur "simple" bases ethniques, et qui, prostitué aux grandes banques de la mondialisation, saborde d’une manière autoritaire l’économie française autrefois basée sur un programme né après 1945 œuvrant pour la redistribution des revenus envers les plus nécessiteux. Il est bien évident, que dans notre ère où toute politique sociale sera renversée, si besoin par intervention secrète des agents de la CIA, l’accent ne sera pas mis dans les discours politiques sur les acquis sociaux obtenus dans les années du Front Populaire, et ceux institutionnalisés par le CNR. A la trappe, le rôle des tirailleurs sénégalais et autres soldats africains de l’Empire colonial morts pour des idées, toutes autant aberrantes les unes des autres, de patrie, de solidarité envers la nation, de puissance de la France.

Oubliée aussi, la gratification et la reconnaissance des étrangers du sud (d’Europe, d’Afrique) ayant répondu à l’appel de la France après 1945 pour reconstruire un pays dévasté par six années de guerre, ce pays qui se charge avec véhémence aujourd’hui d’insulter et expulser sans vergogne du territoire leurs petits-fils. Afin que la majorité de ceux qu’ils considèrent comme des cons de citoyens versatiles à opinions façonnables votent à nouveau pour les maintenir en haut de la pyramide politique dans deux ans, les experts en communication auprès du Présidictateur devront bien évidemment veiller à ce que les aspects historiques qui concernent une "réforme"/cassure soient passés sous silence, ou évoqués dans le flou. Par exemple, il suffit de simplifier le vocabulaire pour rendre le discours plus fluide, les cerveaux davantage perméables. Parler de plan social, de rachat ou de restructuration plutôt que de nettoyage, d’opération de licenciements. Faire passer le flicage et la surveillance systématique des individus pour de la sécurité. Pourquoi ne pas associer par exemple le programme des socialistes ou du Conseil National de la Résistance à de l’assistanat, terme à connotation péjorative et médiatiquement connue, pour que le lecteur non spécialiste d’Histoire sociale et politique de son pays approuve en bloc le non sens flagrant proféré (en toute conscience?) par le dirigeant politique ou le journaliste. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui régissent l’art de l’exercice de la politique en France.

 

Avoir le contrôle du passé, c’est posséder le contrôle du présent et du futur, écrivait George Orwell. Il ne croyait pas si bien dire. L’Histoire est indissociable de la propagande, en ce qu’elle est le moteur central de la propagation des idées et de leurs croyances fermes, de droite ou de gauche. Tout, et spécialement en politique, tout provient de l’Histoire. Les dogmes religieux, le droit, la justice, le vote, la démocratie, le système de représentation politique, les sondages, les idéologies politiques, les rapports de force inégaux existants entre travailleurs et dirigeants dans l’entreprise, l’actionnariat, la condition sociale des individus et leur place dans la hiérarchie sociale, etc., rassemblent d’innombrables paradigmes et valeurs communément partagés qu’il est souvent considéré comme dangereux et extrémiste de remettre en cause.  Nous sommes depuis la naissance habitués à exécuter et reproduire des règles de conduite, et notre conscience, notre culture s’est construite autour de la socialisation reçue différemment selon le milieu d’origine sociale. Nous aussi, sommes donc modelés, habitués à croire des notions prémâchées, précuites, prédites sans en vérifier sources et fondements, de telle sorte que ce que l’on tient pour étant la vérité, n’est en fait peut-être qu’une théorie publiée par un groupe d’individus puissants qui sauvegardent leurs intérêts de classe. Loin d’être une théorie du complot, deux individus qui racontent une histoire ne la relateront pas de la même manière...Il en est de même pour tel ou tel gouvernement, qui fomente les programmes scolaires selon telle ou telle vision de l’État, des institutions, de l’histoire économique et sociale du pays.

 

Sous nos latitudes, il est important de maintenir un maximum de personnes dans des mêmes formats, pour qu’ils puissent être réceptifs en masse aux dogmes et qu’ils croient aux clivages idéologiques sur l’échiquier politique. Alors que certains récits de flagrante désinformation devraient être remis en cause, ne serait-ce que par culture du doute rationnel, ils sont lus, crus, considérés comme étant des axiomes inaliénables, des explications du passé tellement martelées dans le même sens que l’on finit par les considérer comme des vérités collectives. Joseph Goebbels, ministre de la propagande et de l’éducation du peuple au Troisième Reich allemand, sans qui le régime nazi n’aurait jamais pu s’établir, disait (en se servant des écrits d’Edward Bernays, théoricien américain de la propagande en démocratie) qu’en martelant qu’un rond est un carré, les gens trouveront l’idée absurde au début, mais qu’à force, ils finiront par le croire, et se disputeront avec ceux qui affirme le contraire. Tout est dans le vocabulaire et la représentation que l’on en fait.

 

Quelques exemples d’interprétations de l’Histoire menant à des non-sens :

 

Il y a dans l’enseignement de l’Histoire des non sens que l’on tient aisément pour étant la vérité : pour ne citer que quelques exemples, (il faudrait une vie entière, des thèses et des bibliothèques complètes pour tout énumérer), il est d’usage de penser que le 14 Juillet 1789 fut une révolution abolissant la monarchie et les privilèges, un truc de gauche républicaine donnant le pouvoir et la démocratie au peuple. Qu’avec la révolution française, le Tiers-État allait enfin pouvoir s’affranchir de la division en trois ordres, et en tirer bon parti. Les constitutionnalistes de 1946 et 1958 ont été inspirés des écrits des philosophes des Lumières ayant préparé l’opinion publique à la révolution française. Même les prophètes du socialisme libéral, dont la verve bo-boïsante se répand dans les esprits depuis mai 1968, se réclament non du droit des travailleurs à jouir d’une vie égale pour tous et de la lutte des classes, mais de l’individualisme libéral prôné par les Lumières du 18ème siècle.

 

Lorsque l’on se penche sur les idées de Montesquieu, Rousseau, ou Locke, on s’aperçoit que la révolution qui s’en inspire vingt ou trente ans après leur mort, n’allait pas avoir pour objet de supprimer les privilèges, mais de faire en sorte que le pouvoir soit confié non pas à une dynastie, une famille royale, mais une catégorie d’élites bourgeoises légitimant leur pouvoir par l’argent et la possession. J. Locke, par exemple, prônait la liberté politique. Sa théorie peut être vue comme antimonarchiste, libérale et démocratique, sauf que l’axe majoritaire de sa philosophie politique voulut obtenir la liberté politique pour sauvegarder l’aristocratie et la propriété privée. Montesquieu pensait à un régime plutôt républicain, géré par les aristocrates, à l’abri des révoltes et de l’ignorance estimée du peuple, avec une séparation des pouvoirs attribuée à un corps politique de notables et de riches cultivés, préalablement sélectionnés. Pour J.J. Rousseau, il faut une société par laquelle chaque individu s’émancipe à travers un pacte commun tacite prit dans le respect de la loi, qui émane de la volonté générale : le contrat social protégeant tous les individus de l’arbitraire. Dans cette philosophie de la société, une grande majorité du peuple doit s’incliner devant la loi puisqu’elle est prise par la majorité des individus, ce qui en fait, ne supprime pas l’arbitraire de la loi, bien au contraire. (Si une loi émerge selon lui, elle est le fruit de la collectivité, si on s’y oppose, c’est que nous sommes dans l’erreur et nous devons nous plier à la loi de la communauté). Évidemment, l’oppresseur n’a de sentiment d’être arbitraire, et même le pire des dictateurs pourrait dire qu’il veille aux soins de sa population…tant qu’elle n’est pas dissidente. Hitler et Staline protégeaient la liberté d’expression…de ceux qui ne s’opposaient pas au régime. Bref, en transposant ces idées des Lumières à nos jours, l’on peut aisément se demander où est la volonté générale dans la loi, quand elle est décidée par un très maigre pourcentage de la population d’un pays. On se rend surtout compte que ces auteurs parlaient non de la liberté, mais de la leur, celle de l’aristocratie.

 

Ces auteurs que notre Histoire a tenus pour référence partaient de l’idée que la démocratie, gouvernement et souveraineté confiée au peuple, était dangereuse et démagogique, que la loi est la seule autorité souveraine, et que celle-ci devait être dévouée aux riches cultivés plutôt qu’aux masses stupides, ignares. L’objectif était, comme les Pères fondateurs aux États-Unis en 1776, d’éviter par tous les moyens que le putsch de 1789 ne se transforme en insurrection populaire où le pouvoir politique serait transféré au peuple majoritaire. Voici donc comment, dans la crainte des révoltes, et pour canaliser le peuple, ont été institutionnalisées la séparation des pouvoirs, le vote censitaire, la nomination ou l’élection d’hommes politiques dits représentants du peuple (ministres, députés, préfets, maires). Ce que nous appelons donc démocratie par vérité historique n’est pas la démocratie, et a été vidé de son véritable sens au moment où celle-ci commençait à gagner du terrain. La démocratie telle qu’elle est décrite aujourd’hui, c’est obtenir du peuple son consentement à vivre sur du temps emprunté, et considérer le passé comme étant une succession de régimes tests, et que, en France, le meilleur des mondes arriva enfin en 1871 avec la Troisième République. Lorsque l’on appose la marque du mot démocratie sur les pages des constitutions, c’est un peu comme tenir fermement un chat dans ses bras, l’empêcher de s’en aller et affirmer que celui-ci est entièrement libre de tout mouvement.

 

Un autre exemple frappant touchant au passé proche de notre continent, est celui de la manière dont est racontée la Guerre 1939-1945, notamment sur ce qui touche à la dictature totalitaire nazie. Bien entendu, il ne s’agit pas d’humaniser un monstre historique, ni de remettre en cause des faits que l’on a pas vécu…justification primordiale à une époque où l’on est vite accusé de tenir des propos révisionnistes, voire négationnistes ou antisémites.

Durant les années 1930 en France, les capitalistes et les fascistes luttaient contre le Front Populaire socialiste de Léon Blum, et ont tenté (avec succès) de le renverser, notamment par le biais de calomnies et de violence nationaliste antisémites dans la presse (L’action française de Charles Maurras), ou des ligues d’extrême-droite. Les livres d’histoire diabolisent la montée du fascisme en Allemagne, Espagne et Italie, mais omettent que la France, a aussi son lot de honte fasciste et de responsabilité dans le déclenchement de la guerre. Et ensuite, le régime de Vichy, la Gestapo ont sans doute travaillé bien au-delà des attentes d’Hitler à propos de la collaboration et ce qui en suivit de rafles, et de soumission à l’égard des allemands.

 

A propos de l’ascension des fascismes grâce à la récupération des idéologies socialistes dans toute l’Europe, les manuels d’Histoire traitent cette période comme des faits que les gouvernements successifs n’ont pu empêcher. En ce qui est de la France, il était beaucoup plus souhaitable pour les élites gouvernantes des années 1930 de laisser la guerre éclater que de tout faire pour conserver à tout prix la vie des sociétés civiles et la paix. Le fascisme et la guerre sont des bons moyens pour les entreprises de générer du bénéfice, et cela permettait de pallier à la crise de 1929, par la participation forcée de tous à l’industrie de l’armement et de la mort. On le conçoit, une entreprise ne fonctionne pas comme un État, elle doit faire du profit pour exister, et n’a que faire d’où provient l’argent, et un régime totalitaire qui supprime tous les droits sociaux est plus rentable qu’un autre qui les protège. Les entreprises publiques Renault, et la SNCF, qui transportaient, entre autres, armes, soldats, aidaient à la déportation en Pologne, et à l’envoi au Système de Travail Obligatoire pour le compte du Reich, ont du tirer des sommes faramineuses de cette logistique malsaine. Outre Atlantique, la société IBM, dont le siège social est pourtant établi dans un des pays dits démocratique, fournissait à l’Allemagne une aide considérable dans le repérage des juifs grâce au système de cartes perforées qui permettait plus facilement de recenser les populations juives d’Europe.

 

La question finale sans solution que l’on peut se demander, c’est que sans l’aide de ces entreprises des pays "alliés", ce génocide alimenté et soutenu de toutes parts, que l’on nous présente, en se lavant les mains, comme émanant uniquement d’une politique raciste et totalitaire, aurait-il pu être évité si les élites des pays dits démocratiques avaient réagi différemment ?

 

Ainsi donc, les élites françaises ont préféré adopter la politique de l’autruche, plus joliment dénommée politique d’apaisement, sous l’instigation du britannique Chamberlain dès 1938 aux accords de Munich, avec pour argument que leur engagement dans la lutte antifasciste aurait généré, de toute façon, une guerre contre les puissances de l’Axe. Cet argument est contestable, puisqu’une fois que les soldats d’Hitler aient envahis la Pologne, ce sont la France, le Royaume-Uni, l’Australie, et la Nouvelle-Zélande qui ont lancé l’ultimatum, puis déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Non l’inverse. Évidemment, Hitler, imbu de sa folie meurtrière et de sa volonté de conquérir l’Europe aryenne et germanique pour mille ans, aurait sans doute fini par déclencher lui-même la guerre. Mais fin stratège, ce monstre totalitaire attendit de se faire agresser pour obtenir auprès de son peuple la pleine légitimité et mener à bien son programme idéologique. En 1945, (ou bien avant pour bien des personnes), les allemands se sont rendus compte qu’ils avaient eu tort d’élire en 1933 un Adolf Hitler chancelier d’Allemagne, chef d’un parti national socialiste qui allait, dans les discours, démanteler l’économie capitaliste et ses échecs de 1929, supprimer la précarité et remettre l’Allemagne sur la voie de la prospérité économique. Pour autant, il est possible que nombre d’allemands, lavés par la désinformation du Reich, se sentaient pacifiques, puissants et libres, ne se rendant pas compte qu’ils vivaient dans un pays absolument haineux, meurtrier et totalitaire. Et dans la France de 2007 ? Nous n’en sommes pas encore là heureusement, mais en 2007, lorsque le mythe d’une présidence du pouvoir d’achat accru, du bonheur et pourquoi pas de la liberté sans exploitation tant qu’on y est (oui, au moins 45 millions de français croient encore que la liberté s’acquière par le vote), faisaient lorgner plus d’un électeur sur les urnes bleues, parler de dictature molle était encore considéré comme faire un raccourci abusé, trois ans plus tard, parler de dictature ethnique, policière et de république bananière corrompue est devenu un simple triste constat. La dictature, c’est toujours réservé aux autres pays, mais nous ne nous rendons pas compte qu’il en est de même au pas de notre porte.

 

Mais comme disait J. Ferrat, « le sang sèche vite en entrant dans l’Histoire ». Il ne faut cependant pas oublier que ce genre de scénario macabre, à savoir la montée en puissance d’idéologies xénophobes menant à des purges ethniques, facilitées par les systèmes de manipulation et de propagande pour noyer les consciences, et travaillant de concert avec les grandes multinationales mondialisées, n’est pas un phénomène justement, enfoui dans les méandres des livres d’Histoire qui n’arrivera plus. Qui aurait dit, avant le sarkozysme, et le durcissement électoral d’extrême-droite nationaliste de la politique sécuritaire à l’été 2010, qu’en France, un triste parallèle aurait pu être établi entre les stigmatisations ethniques et religieuses du régime nazi, et la hargne que peut avoir un gouvernement autoritaire à expulser de France des populations sur simples critères ethniques ? (Et pour que même la commission européenne dénonce cette politique, c’est que le malaise est grand…)

Précisons ici tout de même, à l’instar de l’amalgame fait par tous les journalistes de grande audience, que les Roms ne sont pas des gens ayant émigré de la Roumanie vers d’autres frontières, mais des populations n’ayant jamais eu de pays particulier, ayant toujours vogué de contrées en contrées. Renvoyer des Roms en Roumanie et Bulgarie en 2010, c’est comme dire dans l’Allemagne de 1920 à 1945 que la Grande Allemagne n’est pas le pays des juifs. Cela n’a, pour résumer, aucun sens, et heureusement, la ficelle, si grosse soit elle, n’étrangle pas tout le monde.

 

Les patibulaires dignitaires réactionnaires du pouvoir politique actuel déterrent de l’Histoire des modes de gouvernance délétères et récupèrent des messages nauséabonds à caractères ultra-sécuritaires pour réhabiliter la peste brune, la rendre propre à la consommation, et enfouir ainsi toute lutte sociale au cimetière de la pensée critique. Quand la petite oligarchie française aguiche sans vergogne le client-électeur pour se maintenir au top du classement des corrupteurs, Mr Woerth et L. Bettencourt en grands champions, comme une femme de petite vertu ferait quotidiennement sur son lieu de travail… Lorsque l’aura d’un bon orateur aura fini par toucher toutes les foules qu’il harangue savamment faisant passer des insanités nationalistes pour des nécessités à négocier dans l’urgence, et quand le dessein de la politique ne se résumera qu’au cynique cirque du triptyque travail-sécurité-patrie… Alors il sera déjà trop tard ce jour là pour réveiller nos âmes serviles de moutons babyloniens et s’affranchir de nos traitres maîtres, car nous serons tous des esclaves aux chaînes invisibles, surveillés, numérotés et numérisés comme un code barre sur un emballage, face aux rois invincibles dont les génocides impassibles demeureront à jamais impunis. Espérons que la mayonnaise ne prendra pas. Mais comme se choisir des chefs est un acte paraît-il rassurant pour l’être humain depuis Aristote, ce n’est pas non plus demain que l’autorité du pouvoir s’agenouillera devant l’égalité pour qu’enfin la liberté soit la plus grande de toutes les valeurs socialement partagées.

 

L’autre monde possible tant prêché par les militants de gauche du monde entier, affranchi des grands consortiums d’empires économiques mondialisés qui réduisent à l’esclavage des milliards de salariés sous-payés, ne se construira pas en un battement de cils, par des mots et des débats militants de comités réduits... Nous sommes 80% de la population mondiale à vouloir faire tomber ce royaume des vandales, et pour autant, nous sommes tous seuls devant ce sentiment d’incapacité à faire bouger les lignes. Et cette solitude collective n’est pas prête de devenir une fédération unie de peuples ayant plus ou moins les mêmes desseins, ceux de faire tourner la roue dans l’autre sens. Qu’adviendra-t-il si un jour cette roue change de sens ? A chaque bouleversement transnational, les opprimés, vengeurs d’avoir souffert se retrouvent historiquement oppresseurs à leur tour, il paraît qu’il est dans la nature humaine que de prendre l’ascension sur des faibles que l’on se crée.

 

L’Histoire retrace les évènements économiques, politiques et sociaux qui régissent les Hommes à telle ou telle période, et l’on pense toujours qu’un jour, l’on parviendra à tirer des leçons des erreurs de nos ancêtres. A voir la manière dont celle-ci se répète indéfiniment, il y a bien des dimanches où l’on devrait penser aux leçons à tirer de l’Histoire plutôt que se déplacer à la mairie pour déposer un bulletin dans une urne…

 

 

 

1. Article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 24 juin 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus responsable des devoirs. »

 

Samuel Moleaud. 18 Septembre 2010.

 

http://sam-articles.over-blog.com.

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 12:39

 

 

 

 

Depuis bientôt deux ans, les États occidentaux tentent de faire payer leur crise économique aux sociétés civiles du monde entier, et colmatent les brèches de leurs canots de sauvetage, gangrénés par le flamboyant totalitarisme des marchés financiers et la connivence permanente entre monde abstrait de la spéculation financière et classe politique.

 

Cette classe versaillaise de hauts fonctionnaires d'État se targue d’être démocrate au chevet du peuple là où ces hommes ne sont qu'une bureaucratique oligarchie, fidèles serviteurs de l’Empire capitaliste, qui manifestent une folie obsessionnelle à imposer une mainmise permanente sur sa population : mise sous cadenas des cerveaux, contrôle de l’information en considérant les médias comme ambassadeurs de la vérité, révoltes et résistances ankylosées, télésurveillance, politique du tout sécuritaire, exaltation des peurs, division des foules... Nous vivons une époque formidable où Big Brother règne en maître sur les esclaves des temps modernes. Citoyens du nouvel ordre mondial, prenez gare au télécran, nous sommes la cible de leurs institutions du vol. L’équation est simple, celui qui a de l’argent vit, celui qui n’en a pas, galère ou crève. Face à l’engrenage de ce système qui écrase tout ce qui est plus faible sur son passage, l’individu en quête de liberté tombée en désuétude, doit lutter en permanence contre l’avarice des mercenaires du pouvoir et les bouches avides, gourmandes en dividendes et portefeuilles de titres. Mais n’ayons craintes, les gardes fous de la République irréprochable nous assurent quotidiennement paix, pain, bonheur et sécurité, malgré plus de 300 000 destructions d’emplois pour l’année 2009 en France, pendant que Veolia-environnement enregistre des profits records. Les indécrottables valets de la sarkozie (Lefèbvre, Hortefeux, Besson, Bertrand, Bettencourt, Dassault, etc.) et les journalistes de grande audience n’ont pas la gorge sèche lorsqu’il s’agit de cracher toutes ces balivernes médiatiques au micro, et ne manquent jamais de parts de marchés dans leur concupiscence pour les mascarades électoralistes fumeuses et clientélistes. Vêtus de leurs soutanes parlementaires ornées de fleurs de lys, artisans de la langue de bois, et rois de la manipulation, ces hommes de pouvoir avec démence et indécence, imposent leurs points de croissance en plus pour se remplir la panse pendant que la France panse ses plaies cérébrales entre stress, angoisse, dépression, drogue, addiction télévisuelle et bonheur vacancier d’une courte durée de cinq semaines annuelles. Ce bonheur prémâché en doses publicitaires patiemment attendu durant quarante sept semaines d’exploitation salariale consentie, qui se libère l’été sur les plages de la France, doigts de pied en éventail, permet de fermer les yeux une fois de plus sur l’amer goût de peste brune récupérée à la flamme par le pommier, séduisant les électeurs frontistes et rodant autour des couloirs de l’Élysée depuis l’automne 2009. Ce, tout en espérant observer de son vivant un changement qui ne viendra que lorsqu’il sera trop tard pour la planète, saturée par la destruction rentable des écosystèmes, la radioactivité due aux radiations calme et latentes d’un siècle d’extraction nucléaire, la pollution des sols, des eaux, des mers et de l’air.

 

Ce texte n’a pas vocation à faire la publicité malsaine d’un écologisme capitaliste digne des écolos-bobos tels Nicolas Hulot ou Yan Arthus Bertrand (qui se lamente de la pollution du haut de son hélicoptère, et qui finance un film grâce à de grands groupes industriels tel Pinault, PDG de Pinault-Printemps-Redoute), ceux-là mêmes qui n’auraient de honte à faire produire des bombes écologiques pour guerres propres, des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques à la chaîne par des mômes de dix ans, pourvu que l’on utilise les énergies renouvelables dans le processus de production. Ce texte voudrait plutôt être une voix qui hurlerait contre l’état chronique de misère ambiante de la pensée critique, généré par des dizaines d’années d’endoctrinement massif et de formatage idéologique au système consumériste, pour que même les gens de "gauche" s’adaptent aux nouveaux besoins créés par les entreprises et la doxa du marché.

 

 

Parmi tous ceux-ci qui font couler le Titanic chaque jour un peu plus, une ineptie loin d'être  raisonnable sort des micros des politiques dominants depuis 2008 : il faut refonder, moraliser, réguler le capitalisme. En proposant de rendre moral ou acceptable une entreprise de mise à mort lente et généralisée (par la précarité au Nord, la faim au Sud, ou les guerres "propres" néocolonialistes de l'Empire néolibéral) à l'échelle de toute la planète, même Hitler, Staline, ou Pinochet n'auraient pas faits de plus belles oxymores. Moraliser le capitalisme financier dans un monde globalisé, cela revient à dire qu'un renard qui ravage et assassine tous les moutons d'une bergerie, ou les lapins d'un clapier, pourrait être dompté pour qu’il les cajole.

 

           

Mondialisation et oligarchie des entreprises : deux phénomènes intimement liés

 

La fabrication à la chaîne des opinions façonnables et des êtres manipulables corvéables à merci dans un univers de surveillance numérique pour que règnent en maîtres les cartels d'entreprises multinationales, ne se font pas sans des États dont les gouvernements, de gauche libérale ou de droite libérale, légifèrent pour avaliser les agissements de ces prédateurs du Capital globalisé.

 

La mondialisation dans sa phase néolibérale force les économies nationales à fusionner sur un seul et unique marché capitaliste transcontinental. De telle manière que les États sont forcés de privatiser leurs entreprises et spécialiser leurs économies dans les secteurs où ils sont les plus compétitifs pour ne pas perdre la confiance des marchés financiers. L’individu, l’eau, la terre, le ciel, tout est potentiellement vendable sur le marché unique mondial, à un tel point que bientôt, un air pur sans hydrocarbures respiré en pleine campagne fera gonfler l’avis d’imposition annuel. Dans les chiffres, la mondialisation procure une abondance colossale de biens et de richesses, mais il est important que cette fausse abondance ne bénéficie qu’à un tiers de la population mondiale. Celles-ci depuis 1492 ne circulent que du Nord vers le Nord, ou du Sud vers le Nord.

 

« Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse du sous-développement sont la faim, la soif, les épidémies et la guerre. Ils détruisent chaque année plus d’hommes, de femmes et d’enfants que la boucherie de la Seconde Guerre Mondiale pendant six ans. » ¹

Ce processus mondialiste arbitré par les organisations internationales, l’UE, le G8, le FMI et l’OMC répond à une dualité causale permanente : le nombre d’individus sur Terre en état de misère absolue augmente chaque année, et les plus grandes fortunes du monde s’enrichissent encore, encore, encore et encore toujours plus. A titre d’exemple, quelques chiffres. En 2007, les 500 entreprises multinationales les plus puissantes ont contrôlé 54% du produit mondial brut. En 2009, le revenu des 500 individus les plus riches de la planète dépasse les revenus cumulés des 416 millions de personnes les plus pauvres. En 2005, quatre milliards d’individus vivaient encore avec moins de 2$ par jour. En 2007, les chiffres de l’ONU font état de 1125 milliardaires en dollars, ayant un patrimoine cumulé de 4400 milliards de dollars. Or selon les mêmes sources, il faudrait 80 milliards de dollars par an pour assurer à la totalité de la population mondiale les services sociaux essentiels (santé, éducation, eau, assainissement). Un impôt annuel de 2% sur ces fortunes suffirait à regrouper ces 80 milliards². Rappelons, selon Jean Ziegler, qu’un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les cinq secondes sur une planète qui peut nourrir douze milliards d’êtres humains. Sur une Terre où 18.6% de Blancs contrôlent plus de 80% des ressources naturelles mondiales, il y bien de quoi penser que ce ne serait qu’un devoir citoyen de changer radicalement nos habitudes de consommation en France, et dans tous les pays dits développés, en rétablissant les barrières douanières des pays les plus pauvres, ainsi qu’en réhabilitant une production optimale pour une consommation locale au lieu d’importer des produits sous-payés au Tiers-Monde. Or au lieu de cela, les élites des pays d’Europe multiplient à tour de bras les délocalisations dans des "zones spéciales de production" (régions à bas salaires), ainsi que les politiques sécuritaires et la lutte contre l’immigration pour protéger les frontières, jouant sur un faux semblant de sentiment d’insécurité pour rassurer les électorats. L’Occident finance, génère et alimente les conflits dans des pays dits du tiers-monde, il dévalise les pays d’Afrique pour son confort personnel, et ensuite s’horrifie que des étrangers non issus des classes dominantes viennent s’y installer. Tout en amalgamant volontairement délinquance et immigration, l’État français récupère les peurs sécuritaires qui étaient depuis la crise ensevelies sous les poussières de la propagande, insultant ainsi toutes les catégories de personnes qui, délaissées par le système mondial, souhaitent quitter la misère et la pauvreté de leur pays pour vivre travailler avec des souffrances moins douloureuses. Mais il est plus facile de préparer le terrain médiatique pour rendre ses entreprises productrices d’armes et de nucléaire compétitives par la guerre plutôt que d’assumer son passé colonial et jouer son rôle d’État. Les sommes colossales d’argent générées par les multinationales françaises un peu partout en Afrique du Niger à Madagascar en passant par l’Angola sont rapatriées dans des buildings en verre à Paris, le ministre des affaires étrangères ne sert plus qu’à préparer le terrain pour vendre le plus possible de centrales nucléaires ou d’avions de chasse à des États en guerre, la corruption des élus et des ministres est devenue main courante en France, mais même malgré ces trois insuffisants exemples, nul ne peut rediscuter la légitimité dont les pantins de la communication politique se réclament.

 

La guerre, une affaire rentable.

 

L’économie globalisée actuelle fonctionne comme un gigantesque Empire qui cherche coute que coute à se maintenir. L’on en retrouve toutes les caractéristiques : politique d’expansion, volonté de puissance, néo-colonisation suivie de l’uniformisation à toutes les régions annexées des économies, enrichissement des dominants et pillage des dominés, soumission obligatoire au courant dominant, système de propagande, et la guerre. La période dite d’Ancien Régime où les monarchies absolues régnaient sur l’Europe constitue la genèse de la consolidation de cet Empire. Le traité de Westphalie de 1648, qui redessinait les frontières des royautés européennes et tirait le profit des conquêtes militaires d’un Louis XIV absolutiste, fut l’un des premiers consensus européens autour de la volonté de puissance du continent sous couvert de paix associée. La mondialisation et les révolutions industrielles qui s’en sont accompagnées durant ces deux derniers siècles ont transférés les conflits des champs de batailles vers l’économie et le monde de l’entreprise. Bien que les deux guerres mondiales et les affrontements divers du 20ème siècle aient été très meurtriers, l’enjeu d’une guerre n’était dès lors pas simplement de remporter la bataille, mais il fallait aussi et surtout que les entreprises mères enregistrent des profits jamais observés. La guerre est une aubaine rentable pour la vente d’armes à tous les pays, qu’ils soient alliés ou ennemis, républicains ou fascistes. Pendant la guerre qui opposait l’Iran à l’Irak de 1980 à 1988, l’administration Reagan a inondé les deux pays en armes, alors que le conflit se déroulait aux portes de leur ennemi juré l’URSS…Les États-Unis ont armé le régime de Saddam Hussein pendant quinze ans, et l’ont assassiné vingt-cinq ans plus tard lorsque celui-ci ne servait plus que d’argument médiatique à la fausse guerre contre le terrorisme, de même en ce qui concerne les Talibans, armés par le même pays pour lutter contre l’URSS...

 

Les forces armées de l’empire capitaliste, c'est-à-dire les banques et multinationales privées, les institutions financières internationales (G8, OMC, FMI, Banque Mondiale) et les dirigeants d’États, peuvent à tout moment déstabiliser d’autres gouvernements, voire leur déclarer la guerre, s’ils ne servent pas leurs intérêts à court terme. Ce fut le cas on le sait, au Chili le 11 septembre 1973. Depuis 2006 en Bolivie, l’administration américaine et la CIA tentent régulièrement de financer les partis d’opposition au régime socialiste d’Evo Morales pour le remplacer éventuellement par des boliviens plus souhaitables aux élections (soit, des néolibéraux). La plupart des États occidentaux sont les plus gros producteurs et exportateurs d’armes dans le monde. La France est le quatrième producteur mondial d’armes après le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis, grâce au groupe Dassault, et alimente ainsi nombre de conflits en Afrique. Fort de leurs puissances, ces pays producteurs d’armes sont ceux dont les complexes militaro-industriels sont les plus développés, possèdent des bases aux quatre coins de la planète pour surveiller en permanence tout mouvement ennemi suscitant la menace étrangère, et ce sont aussi les pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Institution légalisée et créée sous la forme d’une organisation d’États s’associant pour la paix en 1949, celle-ci est davantage une arme de poing balayant tout sur son passage pour consolider l’Empire qu’une association pour stopper la guerre sur la planète. Dans l’arrogance du système, faire la guerre pour obtenir la paix et imposer notre modèle de développement est devenu un symbole, une devise. La démocratie libérale ou l’écrasement sous les bombes : choisis ton camp, camarade. Faire partie de l’OTAN, grand militant européen de la paix meurtrière et sanguinaire, donne le droit à la France de faire la morale à tous les autres pays n’en faisant pas partie (Chine, Iran, Pakistan etc.).

 

Notre époque est sans doute la plus meurtrière de tous les temps, un magnifique monde où des bidonvilles se construisent au pied des grands buildings en verre, entre ceux qui crèvent sur la dalle et les actionnaires-banquiers qui ont tellement de primes et de bonus qu’ils ne sauraient même pas comment faire pour tout dépenser en un mois.

 

Le règne des entreprises, une tyrannie de la finance pour une poignée d’hommes à l’aune de la mondialisation.

 

Cette hégémonie outrageuse des conglomérats d’entreprises privées, ne s’est pas installée au dernier orage… Le développement des entreprises multinationales et leurs agissements néocolonialistes est une résultante directe de la mondialisation des échanges, celle qui enrichissait déjà les Empires coloniaux d’Europe (Grande-Bretagne, France, Portugal, Espagne) grâce au commerce triangulaire établi d’une manière savamment pensée pour le prestige des monarchies européennes, il y a cinq cent ans de cela.

Ce sont les économistes mercantilistes au service du pouvoir royal des 16 et 17ème siècles qui, dans l’histoire de la pensée économique, furent les premiers à établir une doctrine prônant l’enrichissement des nations d’Europe par le développement des échanges au travers du commerce extérieur. C’est la première forme combinée de mondialisation et de libéralisme, où les comptoirs européens s’établirent sur les côtes d’Amérique, d’Afrique, d’Asie plus tard. En 1774, la Jamaïque comptait 200 000 esclaves sur 775 plantations. Les bénéfices nets reçus de ces plantations dans ce pays des Caraïbes par l’Angleterre pour cette même année représentaient 1 500 000 livres de l’époque³. On oublie souvent que dans ce contexte de globalisation, la précarité ou la pauvreté d’un petit paysan producteur de café au fin fond du Honduras ou de l’Éthiopie est générée par les cartels occidentaux de la grande distribution. Que notre mode de consommation a de grandes influences sur la vie des pauvres gens d’Afrique, même si nous nous n’en estimons pas responsables. Sans ces trois siècles d’accumulation de capital dans ses colonies et d’esclavage, l’Europe n’aurait pas pu réaliser la Révolution Industrielle de la fin du 19ème siècle et passer d’une économie agricole à une économie ouvrière, industrialisée, base de son développement économique. Et sans les progrès démocratiques et sociaux qu’elle a vécu au sortir de la Seconde Guerre Mondiale grâce aux diverses luttes sociales, (sécurité sociale, congés payés, réduction du temps de travail etc.), ce continent n’aurait pu bénéficier des services sociaux essentiels au développement social des populations (services publics, couverture sociale gratuite, services des eaux, éducation, santé publique). La mondialisation néolibérale depuis quarante ans tente à merveille, à l’usure, de faire table rase des acquis sociaux apportés par le Conseil National de la Résistance.

 

L’ère industrielle commence au début du 18ième  siècle en Angleterre. Les industriels développèrent les premières pompes à vapeur qui permettaient de pomper l’eau des mines à la place des mineurs afin d’extraire davantage de charbon, plus rapidement dans un souci de gain de productivité en réduisant les coûts de production. L’exploitation du charbon, a suivi celle du fer, puis du textile, puis celle de l’automobile, aujourd’hui le mot d’ordre est de produire davantage de cartes mémoires, de circuits imprimés ou de puces électroniques à l’heure. L’impératif économique voulant optimiser les calculs de coûts fixes et variables, et accroître les objectifs de rentabilité ont toujours été les mêmes, et ce depuis que l’on attribue la notion de valeur dans la transformation d’une matière première en produit fini. Si l’économie préindustrielle du 15ème au 18ème siècle s’articulait autour du commerce triangulaire, avec pour pierre angulaire le pillage des ressources d’Afrique et d’Amérique Latine par l’esclavage et le rapatriement des ressources en Europe, le cynisme de notre ère marchande est que l’on paye les esclaves. Dans le fond, rien n’a changé. Avec un (maigre) salaire, le salarié d’aujourd’hui se sent libre de consommer ce qui lui plait, partout où il veut, dans la mesure de l’entendement de son banquier. Mais à la différence des esclaves du Moyen-âge, l’esclave salarié du 21ème siècle doit payer sa cage, sa parcelle de terre soit à un propriétaire, soit au service des impôts, il doit payer pour l’assurance obligatoire de ses bien matériels à travers ce qu’on nomme hypocritement les cotisations. Non content de payer pour sa cage en ville ou pour sa voiture à crédit, il s’y barricade constamment pour éviter qu’un autre esclave du régime totalitaire des banques ne vienne lui chercher des noises. En fait, le pouvoir des entreprises n’a jamais été aussi conséquent sur l’individu, en ce qu’elles permettent de rétribuer aux esclaves modernes un sentiment de liberté pécuniaire, étouffant ainsi toute résistance à l’oppression ou à l’aliénation du travail.

L’institution du travail, via la hiérarchisation des tâches, le corporatisme, le management, l’objectif de rentabilité et de productivité en un temps toujours plus restreint dans les grosses entreprises, permettent d’infliger à l’Homme contemporain une spirale implacable de chantage, de pressions et de relations de contrôle/obéissance profondément antidémocratiques, voire totalitaire, le tout pour l’intérêt à court terme bien soigné de quelques poignées d’actionnaires, dont la collusion avec le pouvoir politique actuellement en place est tout autant consternante que flagrante et décomplexée. L’institution du travail substitue à toute individualité la culture d’une conscience personnelle libre et d’une connaissance de soi pour la transcender en une simple et vulgaire pièce de l’appareil productif servant à la vente. Une vulgaire marchandise.

 

Les livres scolaires veulent nous faire croire que la victoire de la démocratie sur la monarchie il y a deux siècles de cela fut une révolution des libertés, un changement planétaire radical. Mais ils occultent le fait que notre système économique actuel ait été érigé par les élites intellectuelles, mercantilistes, puis physiocrates de l’Ancien Régime qui à l’époque inventaient les stratagèmes et paradigmes économiques qui leur feraient gagner plus d’argent en un temps restreint.  Le putsch de 1789 changea les têtes dirigeantes, mais pas la logique économique. Les valeurs, les normes, et les méthodes de contrôle social imposées aux sociétés civiles, perdurent selon les mêmes paradigmes économiques : le temps de travail fixe la valeur des choses, et la rareté des biens détermine le niveau des prix, et produit un discours de légitimation de l’inégal accès aux ressources.

 

Au 19ième siècle, les dirigeants des entreprises existantes en Europe ou aux États-Unis devaient se plier aux normes instituées par les États : les règles de production, la durée du temps de travail, le montant des salaires, etc. Les entreprises avaient pour unique but de satisfaire au bien commun, à ce qu’on a défini comme étant l’intérêt général. La production issue du travail des ouvriers devait servir à l’amélioration des infrastructures nécessaires à la communication ou au développement des échanges. D’ailleurs, même Adam Smith, que l’on considère comme le pilier pionnier écossais de la non-intervention de l’État dans l’économie, écrivait que le développement des infrastructures et des voies de communication devait rester dévolu aux entreprises étatiques. L’acquisition d’une part de l’entreprise par un "investisseur" privé était encore interdit. Mais en 1868, fut signé aux États-Unis le 14ème amendement à la Constitution. Celui-ci aurait eu pour objectif de concéder aux populations noires la citoyenneté au même titre que les blancs. Les législateurs ont fait passer cette révision constitutionnelle pour un progrès au service de la lutte contre le racisme, mais en réalité, cette date marque le début du pouvoir hégémonique des grandes entreprises. Car cet amendement donnait la personnalité juridique aux entreprises, de telle manière qu’elles pouvaient alors passer des contrats, se défendre en justice au même titre que n’importe quel citoyen particulier. Comme toute entreprise pouvait passer des contrats, elles pouvaient aussi se racheter entre elles par le biais d’offres publiques d’achat, n’étaient plus soumis à la tutelle étatique, et pouvaient ainsi réaliser librement leurs bénéfices, en organisant leur propre organisation de travail. Pire, elles pouvaient exproprier des terres en les rachetant aux gens pour y installer leurs bâtiments. Il a donc fallu consolider un environnement de travail, un vocabulaire, des techniques de marketing et générer de la productivité en temps restreint par tête, ce pour conserver la compétitivité dans un univers de concurrence féroce devenue peu à peu oligopole commercial. Et comme tout ordre donné, tout objectif de production, toute commande se réalise à la va-vite pour satisfaire le client le plus rapidement, "pour hier", les dirigeants se sont inspirés des économistes à succès de l’époque (Schumpeter, Taylor, Ford etc…) pour faciliter une division des tâches, remodeler l’emploi du temps de l’ouvrier, acheter sa condition d’esclave sans chaînes, et étendre les sphères de puissance de l’État.

Avec la révolution industrielle toute naissante de la fin du 19ème siècle, une catégorie de personnes estimait que les profits n’étaient pas suffisamment conséquents, alors que la condition économique et sociale de classe ouvrière productrice s’aggravait, et s’est rendue compte qu’elle pouvait réaliser des bénéfices inouïs sans faire partie du processus de production de l’entreprise : les banques ont commencé lentement à acheter des parts dans le capital des entreprises, et à en recevoir des dividendes importants sur le dos du travail d’autrui. Le 20ième siècle est celui du développement de l’économie de crédit, de l’actionnariat et du système de prêts consentis autant aux particuliers qu’aux États. Ce qui devait officiellement servir les intérêts des gens à l’origine n’était qu’une perspective de vol organisé à grande échelle des individus.

 

Pourtant, avec toute l’évolution du travail apportée par les révolutions industrielles successives, le progrès technique aurait pu permettre de simplifier le travail, de produire mieux en générant moins d’efforts. Simplifier le travail pour vivre mieux et plus longtemps, en somme. Or même avec la mécanisation du travail, dans un pays où la démographie se porte plutôt bien (la situation démographique de la société française serait parmi l’une des meilleures d’Europe), l’homme continue de se tuer à l’usine, au chantier, au bureau, tout doucement, à petit feu en attendant une retraite qu’il n’aura, peu ou prou, presque pas. Un travailleur à quarante heures hebdomadaires sera peut-être moins productif et motivé que deux ou plus qui travaillent en association à vingt heures par semaine, mais cela coûte cher aux entreprises en termes de salaires et cotisations sociales à verser. Résultat, à même volume horaire, combiné avec des niveaux de salaires réels augmentant moins vite que les taux d’inflation, cela légitime le maintien d’un certain nombre d’actifs au chômage, et c’est profitable aux "gérants" d’une société comme la notre : un fort taux de chômage, et le mythe d’un trou de la sécurité sociale sont de bons instruments médiatiques de chantage, et aucun salarié n’a le pouvoir de négociation sur ses conditions de travail, au risque que l’entreprise en embauche un autre. Ce n’est hélas pas demain que les salariés du secteur privé s’uniront pour changer de condition sociale attachée à une tutelle patronale ou hiérarchique aliénante, racheter leurs univers de travail et le réorganiser en association selon les besoins de chacun, non d’autrui ne faisant pas partie de la production, afin que la propriété des moyens de productions devienne collective, équitable et démocratique.

 

Dans la criminalité proactive chronique et récurrente de ce système incompatible avec ce à quoi aspire 85% de la population de ce globe, espérons qu’un énorme procès de Nuremberg bis sera déféré d’urgence pour juger ces prédateurs génocidaires de la mondialisation financière lorsque l’empire du capitalisme sauvage aura sombré et que la majorité des peuples de cette planète pillée, spoliée, polluée, dévastée, chantera au pied des échafauds. Mais ne rêvons pas, ce jour ne sera pas meilleur pour autant. L’humain révolté, enragé, oublie son humanité et ne se rend même pas compte que sa vengeance est bien plus criminelle que celle de ses prédécesseurs, car elle soulage hélas bien des turpitudes.

 

 

 

 

¹ ZIEGLER, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leurs résistent, Ed Fayard, 2002.

² http://www.cadtm.org/IMG/pdf/TAP_les_chiffres_de_la_dette-2.pdf

³ ZIEGLER, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leurs résistent, Ed Fayard, 2002, p30.

 

 

Samuel Moleaud.

 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 17:53

 

delacroix.jpg« Le boulot des intellectuels du courant dominant, c'est de servir en quelque sorte de "clergé laïque", de s'assurer du maintien de la foi doctrinale. Si vous remontez à une époque où l'Église dominait, c'est ce que faisait le clergé : c'étaient eux qui guettaient et traquaient l'hérésie. Et lorsque les sociétés sont devenues plus laïques [...], les mêmes contrôles sont restés nécessaires : les institutions devaient continuer à se défendre, après tout, et si elles ne le pouvaient pas le faire en brûlant les gens sur le bûcher [...], il leur fallait trouver d'autres moyens. Petit à petit, cette responsabilité a été transférée vers la classe intellectuelle - être les gardiens de la vérité politique sacrée, des hommes de main en quelque sorte. »

 

Cette phrase de Noam Chomsky, celui que l’on appelle le plus grand intellectuel de tous les temps avant de le taxer à tort d’anarcho-marxiste antisémite résume parfaitement le rôle et l’influence des intellectuels médiatiquement tolérés dans le processus d’orientation ciblée des opinions : reproduire l’ordre établi, lui offrir une légitimation, et déterminer ce qui est politiquement correct de ce qui ne l’est pas. Faire perdurer dans les esprits l’idée qu’il n’y a pas d’autres organisations possible de la société que la fausse démocratie, et que l’Occident reste LE modèle de base de civilisation à sauver coute que coute.

 

Le pouvoir politique n’est pas à conquérir, il est à détruire.

 

Depuis bon nombre de siècles en France, du moins depuis qu’il existe un État unifié cloisonné par des frontières inviolables, que le gouvernement des sujets subalternes soit d’essence politique ou économique, un groupe d’individus portés au pouvoir œuvre toujours dans la même finalité : conquérir le pouvoir et le conserver à tout prix. Tout faire pour ne pas que le trône vacille. D’ailleurs, que l’on soit en monarchie absolue ou parlementaire, en oligarchie capitaliste, en démocratie ploutocratique (gouvernée par l’argent, les marchés financiers) ou en régime impérial, les gouvernants et la bourgeoisie cultivent toujours la même crainte que la masse se soulève en insurrection populaire. D’où l’aspect autoritaire et l’intransigeance des politiques publiques, dont les actions confinent la liberté et l’égalité du peuple dans des cercles sans cesse plus restreints pour empêcher que toute lutte sociale ne parvienne à ses fins. Car partout où il s’exerce, dans toutes ses sphères d’influence, le pouvoir ne travaille pas pour prendre soin de la population, mais pour faire en sorte que celle-ci soit maintenue à un niveau de subsistances et de croyances collectives suffisamment stables pour ne pas générer de révoltes contre la classe dominante, possédante, minoritaire et gouvernante.

 

Au cœur même du concept de pouvoir, il y a la capacité d’un individu à obtenir d’un autre ce qu’il n’aurait pas fait instinctivement sans l’intervention du premier. Ainsi, s’introduit des relations dominant/dominé, des sphères d’influence et de soumission à l’autorité, des rapports de force exécutoires et de forces exécutives. La philosophie de Michel Foucault démontrait que ce pouvoir n’est pas l’apanage du politique, mais que les interactions sociales entre les individus font constamment l’objet de relations de commandement/obéissance, chaque organisation ayant du pouvoir sur des individus à un moment donné, dès que s’installe un échange. De la même manière que le parent a du pouvoir sur son enfant, le conseil d’administration d’une entreprise peut dicter au PDG de nouveaux objectifs de rentabilité, sous la menace d’une éviction. De même, l’administration fiscale a le pouvoir de faire payer des impôts.

 

Le pouvoir politique, quant à lui, n’est pas directement perceptible vu qu’il est loin de l’individu en tant que tel. C’est ce qui fait sa durée de vie. Plus il est distancé de la société civile, plus celle-ci va consentir à l’action des pouvoirs publics, même l’action publique la plus indigeste qui soit : si A impose directement à B de verser des millions d’euros à C, il y a peu de chance pour que la transaction soit effectuée, car B se sentira volé. Si en revanche, l’État (A) impose à sa population active (B) de s’adapter à la casse du système de retraites, au déchirement de la couverture sociale en général, au démantèlement des services publics et à l’introduction d’une vague néolibérale sans précédent dans l’économie française, pour que les marchés financiers (C) puissent à loisir faire tapis sur l’Europe au poker et aspirer le capital du secteur public vers les comptes privés, alors là, la majorité de la population pourtant profondément blousée, va quand-même devoir continuer de vendre sa force de travail sur un marché complètement dépourvu d’avenir. Les relations de pouvoir qui s’exercent des gouvernants politiques et économiques envers les acteurs sociaux, la population, génère ensuite de la manipulation, et celle-ci peut radicalement changer le comportement politique des gens, ce grâce aux médias dominants et leur mécanisme de propagande.

 

Se pencher sur le pouvoir politique et s’en méfier, c’est aussi s’éloigner des partis politiques, de l’enfermement idéologique que l’affiliation partisane incombe, et refuser CE système de vote partisan. Dans un pays comme le notre, lorsqu’un parti politique prend forme en vue d’une échéance électorale, tous les moyens mis en œuvre pour remporter la bataille idéologique sont envisageables. Corruption, clientélisme, communication de masse, mensonges, promesses insoutenables, séduction populiste, sourire bloqué en forme d’enthousiasme à dose pharmaceutique pour l’image des caméras, bonne humeur affichée aux micros des soldats de la propagande journalistique, diffamation et dénonciation déguisées en forme de programmes politiques différents. Bref, tout y est au carnaval de l’hypocrisie, mais pas un seul n’est sincère.

Me direz-vous, peut-être existe-t-il encore en France un homme politique qui serait respectable, dont le programme idéologique humaniste, socialiste, serait porteur d’espoir pour bon nombre de citoyens, et qui mériterait d’être élu pour rebâtir un vrai socialisme, et rendre plus positive l’image internationale de notre pays que celle imposée par l’actuel présidictateur faisant office de vacataire de l’Élysée... Mais il serait forcé d’utiliser des règles du jeu viciées des urnes, là où le vainqueur de l’élection est celui qui a injecté le plus d’argent dans la campagne, et cet homme respectable ne sera jamais élu président de la république. Dans tous les cas, toute promesse faite à des électeurs n’est qu’électoraliste, opportuniste. Se reposer sur des chefs de partis politiques proférant leur stratégie électorale, et leur attribuer un suffrage, c’est croire qu’il existe en politique des philanthropes dont le rôle est d’améliorer nos vies, alors qu’ils ont écrasé tant de têtes avant de pouvoir gravir les échelons et se faire élire à la tête des partis.

 

            Il est d’usage de croire que le Président de la République française et son gouvernement sont ceux qui dirigent le pays. Comme s’ils étaient ceux qui ordonnaient aux esclaves (la population) de ramer pour faire avancer la galère. Mais trop occuper à ramer, les soixante-cinq millions d’hommes de main ne voient pas vers quoi le navire de guerre se dirige…

Certes, l’organe exécutif possède des pouvoirs, inutile ici de les énumérer longuement, au niveau de l’armée, de la sécurité, des entreprises publiques, il a l’initiative des lois etc. Et nous voyons depuis l’été 2007 à quel point la volonté d’un prince président plus que douteux peut être néfaste et saigner à blanc de manière irréversible les acquis sociaux d’un peuple tout entier en faisant table rase des luttes sociales du passé… Néanmoins, lorsque le mandat présidentiel touche (enfin) à sa fin, et qu’une bataille électorale se joue dans l’arène, il est important de faire croire que c’est le citoyen qui choisit et que le pouvoir change de main. Le vainqueur d’une élection de ce type est celui qui a injecté le plus d’argent dans sa campagne, c’est aussi celui ou celle dont l’action politique accordera le plus de crédit aux agents du grand Capital, aux entreprises privées, aux lobbies, aux banquiers et qui fera le jeu des marchés financiers. Comment imaginer, dans une économie globalisée qui se prostitue en permanence aux ordres des requins de la finance internationale, qu’un homme politique mène en France une politique sociale égalitaire de premier plan ? L’État et sa gouvernance se vendent sur un gigantesque marché où il faut être compétitif, quitte à vendre tous ses brevets aux pays "émergeants" comme la Chine ou l’Inde, quitte à vendre ses entreprises publiques aux copains pour en devenir actionnaires. Voila pourquoi nous n’avons qu’un choix restreint entre deux, trois partis de masse tout au plus, dits "partis attrape-tout", où au final, les candidats s’accordent sur le fond : avoir le pouvoir, et satisfaire les objectifs de l’économie de marché. A l’issue de la courte équation à une seule inconnue, nous voila donc avec une mascarade démocratique dite représentative à parti unique, où l’issue du scrutin bénéficie à l’UMPS, pour un gouvernement moribond n’écoutant pas le peuple, tant l’écart est grand entre ce qui a été dit pendant la phase de séduction électorale et ce qui est fait concrètement...pour les méchants loups banquiers et actionnaires du Capital. (La cassure-réforme des retraites, la mobilisation et protestation sociale qu’elle engendre ainsi que le mutisme du pouvoir que cela suscite est très révélateur d’une spirale infernale implacable et soumise à la dictature des marchés financiers.)

 

De ce point de vue, le pouvoir politique est donc quelque chose qui dépossède l’humain de sa propre liberté d’action, dont il faut chercher à se méfier le plus possible si l’on ne veut pas subir l’action du groupe sur nous-mêmes. Le pouvoir politique n’est pas à conquérir, il est à détruire, pour que tous ceux qui composent la société civile, [salariés du privé, fonctionnaires, étudiants, chômeurs, retraités, artisans et travailleurs indépendants, agriculteurs, etc.] fassent eux-mêmes partie du gouvernement, s’affranchissent de toute autorité les gouvernant. Et que celui-ci ne soit pas une fonction de métier, mais une activité réservée à qui s’intéresse à la gestion des affaires publiques dans le respect de tous, pour le bien commun de tous. Évidemment, ce projet social serait jugé bien trop utopique pour être réalisé, il ne peut exister que dans la philosophie politique du socialisme libertaire. La société mercantile et l’ère marchande ont trop vite fait oublier à l’être humain qu’il pouvait commercer avec autrui tout en respectant la valeur du travail produit par chacun, selon ses besoins et ses capacités. D’où la nécessité de conserver le socle étatique et sa base juridique, c’est un mal nécessaire.

En effet, dans ce monde globalisé dirigé par les petits clubs privés de l’élite banquière et politique, qui correspond de moins en moins aux attentes et espoirs des individus, l’État est devenu plus que jamais nécessaire. Ne serait-ce qu’en guise de rempart, pour se protéger des attaques perpétrées par la mondialisation libérale (comme l’explique N. Chomsky encore, avec sa théorie de l’État/cage qui protège de la loi de la jungle des multinationales privées), si celui-ci jouait son rôle social, pour garantir les services publics et la redistribution réelle de la richesse produite au niveau local de façon équitable.

 

Le pouvoir politique n’a donc que pour objectifs ceux de : contenir les révoltes du peuple, ne lui accorder qu’une expression de protestation sociale sporadique occasionnelle en manifestant docilement dans des rues cerclées de CRS, accorder une pleine liberté d’expression tant qu’elle reste dans le cadre de la loi, (si une loi interdit les actes de dissidence, nous avons la pleine liberté d’expression pour publier les éloges envers le pouvoir, rappelons nous les dictatures européennes des années 1930…). Donner au populo l’impression d’être libre là où, chaînes aux pieds, il est contrôlé, filmé, intoxiqué, surveillé, fliqué, fiché, mais "libre" (d’appliquer la loi…). Enfin, prévenir des infractions pénales et civiles, garantir une espèce de semblant d’État de Droit, une justice à deux ou trois vitesses là où les dominés sont toujours moins bien protégés que les puissants qui eux, peuvent se permettre quelques petits tours de passe-passe, de pots de vin et de transactions douteuses de temps en temps. Vivement pour eux que la suppression du juge d’instruction soit effective.

Enfin, pour couronner le tout, endoctriner les masses, et placer dans les cerveaux, dès l’école et l’enfance, d’innombrables faits historiques vidés de leur réelle cause qui encensent le cours de nos pensées futures comme par exemple le mythe que la défaite de 1940 était inévitable (pour le pouvoir économique, l’occupation et le fascisme étaient plus rentables que la résistance), ou l’idée que la révolution de 1789 avait aboli la monarchie, que la propagande est toujours le fait des dictatures nazies, soviétiques ou cubaines…

 

Pour ce faire, les détenteurs du pouvoir politique et économique, tous deux intimement liés, doivent faire en sorte que les dominés expriment en permanence leur consentement et leur conformisme à l’ordre dominant. Pour maîtriser l’ensemble du corps social, tout ou partie repose sur les dogmes reconnus et tenus pour légitimes par tous au moyen de mécanismes d’autocontrainte et d’auto-soumission à l’autorité. L’avantage dont bénéficient les pourfendeurs politiques du capital est que l’institution transcende la vie humaine : son espérance de vie peut être supérieure à celle de l’Homme. L’humain n’étant que de passage sur cette Terre, chaque nouveau né doit adopter les codes qui existaient avant lui s’il veut être intégré à son époque, à sa société. L’enfant scolarisé socialisé suit une formation d’adaptation au monde dans lequel il pourra évoluer sainement et accumuler du lien social, s’il a la chance d’avoir été sélectionné. Pour cela, il doit apprendre à être dynamique, compétitif comme si sa vie était une entreprise. Il doit gagner sa vie au détriment de son temps libre, et ce n’est qu’après avoir grimpé les marches de la hiérarchie sociale, écrasant sans le voir bon nombre de ses confrères, que l’esclave moderne sera gratifié pour le mérite qu’il a eu toutes ces années durant.

 

En échange de la course au mérite que nous propose la démocratie libérale, le chantage institutionnel dominant permet aux conseils d’administration de placer leurs dirigeants ou de se décharger de leurs fonctions en laissant à penser que quiconque refuse de faire fructifier ce désordre global s’est naturellement mis à l’écart de sa communauté. Car pour obtenir de tous la soumission au pouvoir, la croyance aux dogmes divers et variés dont nous parlerons plus bas, que ce soit par l’argent ou la coercition du droit, il est nécessaire que les cerveaux aient été préalablement adaptés dès l’enfance, à l’école. Cet art de l’empire capitaliste et son ingéniosité à se renforcer, malgré la prise de conscience mondiale qui tente de percer dans l’ombre, passe par l’éducation scolaire, la reproduction des élites, la falsification de l’Histoire, et la propagande médiatique.

 

Transformer les cerveaux en éponges gorgées de normes, de dogmes idéologiques, et d’imaginaires collectifs.

 

L’État français s’est constitué lentement au fil du temps, et correspond à un long héritage social, philosophique, économique et politique reçu de nos ancêtres. Toutes nos institutions publiques ou privées n’ont pas été érigées au hasard, et ce, encore moins du jour au lendemain. Elles sont le résultat d’une mise en pratique des écrits d’intellectuels que les puissants ont choisi d’écouter, de doctrines émanant d’écrivains servant de garde-fous idéologiques du pouvoir, de luttes sociales ayant contraint les gouvernants à plier sous la fermeté des grèves et des mouvements sociaux.

 

Ce ne sont pas les gens du peuple qui ont mis en place les instances gouvernementales. L’actionnariat et la finance ont été installés par les banquiers il y deux siècles car ils avaient compris que posséder des parts dans les entreprises privées leur apporterait moult bénéfices sans avoir à faire partie du processus de production.

Les institutions démocratiques de ce pays ont été bâties par des professionnels de la politique issus de la classe dominante, notables bourgeois et aristocrates. Par exemple, la constitution de la Troisième République fut rédigée par les monarchistes après la défaite face aux prussiens, avant de perdre les élections face aux républicains. Cela montre qu’en France, l’objectif initial n’était pas d’instaurer un régime démocratique en confiant l’initiative des lois au peuple, mais à l’aristocratie, à l’image des théories de Montesquieu, Rousseau, et des Pères fondateurs de la constitution américaine.

 

De l’Empire Carolingien qui commence en 800, avec le sacre de Charlemagne, et marque le début de la consolidation des frontières du royaume de France, à la cinquième république de 1958, le droit de parole a toujours été confié aux intellectuels dominants, qui certes étaient dissidents à leur époque, mais étaient tolérés par le pouvoir. Saint Thomas d’Aquin (1224-1274) prônait une monarchie élective et une séparation des pouvoirs pour réguler l’action du prince, faisant renaître les idées d’Aristote en France. Cet intellectuel et théologien du XIIIème siècle ne faisait que servir le Clergé et le pouvoir royal. Thomas More (1478-1535), qui développa l’un des premiers ouvrages communistes de la pensée politique moderne, avec « Utopia » considérait que l’égalité devait prédominer sur la société d’ordre et de classes. Nommé à la couronne anglaise, il n’a été exécuté que parce qu’il s’est opposé à reconnaître la seconde épouse du roi Henri VIII comme reine d’Angleterre, se ralliant au Vatican plutôt qu’à l’Église anglicane nouvellement créée. Ces hommes reproduisaient les croyances collectives religieuses gouvernées par le Clergé depuis des siècles, il fallait croire à l’imaginaire collectif divin pour avoir le droit de parole, et en diffuser les préceptes. Si l’on se penche sur les théories développées pendant Le siècle des Lumières, Hobbes, Montesquieu, Locke, Rousseau, Voltaire, Constant, il est souvent lu dans les manuels scolaires qu’ils ont préparé la révolution de 1789, ainsi que l’avènement de l’esprit rationnel affranchi de la doctrine divine chrétienne. Ces écrits faisant passer 1789 pour une révolution d’initiative populaire lancée par le Tiers-État n’étaient autres que des codes pour consolider le pouvoir de l’aristocratie plutôt que de le donner au peuple, considéré jusqu’alors comme trop incompétent, pas assez cultivé pour s’occuper de la chose publique. La révolution française, il semble nécessaire de le rappeler, n’était qu’un putsch de l’aristocratie sur la bourgeoisie monarchiste, et avait pour but de changer les têtes dirigeantes, non améliorer les conditions de vie de la population.

 

Les idées politiques évoluent, c’est un progrès intellectuel énorme au fil des siècles pour l’Humanité toute entière, mais l’enfermement dogmatique des esprits perdure : la volonté divine toute puissante est remplacée au 18ème siècle par l’esprit rationnel, la souveraineté du peuple et la légitimité constitutionnelle alors que cela n’a jamais réellement existé. Combien d’Hommes écrivant des théories non souhaitables par les gouvernants n’ont pas été retenu par l’Histoire, oubliés dans les méandres du temps qui passe ? De Platon à nos pseudos philosophes médiatiques d’aujourd’hui comme BHL, Finkielkraut, Attali etc., les philosophes que l’Histoire choisit de retenir, d’écouter, sont ceux que les puissants jugent utiles à leur service et à la survie de leur pouvoir, ce n’est nullement pour cultiver les masses populaires et nourrir le débat démocratique en proposant un projet social nouveau. A nous, contemporains du 21ème siècle de le faire, il y a du travail.

 

La Troisième République et ses lois de 1881 rendent l’instruction scolaire obligatoire pour tous les enfants. De fait, l’uniformisation de l’éducation, similaire pour tous, fait que la propagande institutionnelle devenait un immense progrès social. L’éducation nationale sélectionne les élites, reproduit les inégalités sociales (un fils de cadre a plus de chance de sortir diplômé qu’un fils d’artisan ou d’ouvrier), nous empêche parfois d’être libres de penser par nous-mêmes, elle installe la compétition entre les individus par l’évaluation trimestrielle, impose de courber l’échine face à l’autorité du maître ou professeur, elle éradique les possibilités de luttes sociales en se réclamant hypocritement de rassembler des élèves issus de milieux sociaux différents dans une seule et même classe. L’école est une institution de formatage idéologique, elle forme des générations de petits moutons suivant les sentiers bien tracés par le système babylonien, dont le processus se poursuit à l’université : l’objectif est de réfléchir, de se poser des questions, mais tout en ayant un format de pensée allant dans le sens voulu. L’autre aspect négatif à retenir qui nécessiterait une profonde réforme du système éducatif, c’est que par l’argument de l’ascenseur social et de la mobilité sociale (un fils d’ouvrier peut devenir cadre par les diplômes universitaire), l’éducation nationale achète la paix sociale, en laissant l’impression que le système offre une chance à chacun d’entre nous, condamnant ainsi tout espoir de résistance collective à l’ordre établi même si on le critique personnellement. Enfin, elle ne donne pas le goût d’apprendre aux élèves, par son aspect de boîte à former de l’adulte à échelle industrielle en forme de ciment du projet professionnel, et aller à l’école pour bon nombre de français est synonyme de temps perdu, d’angoisse, de malheur, de souffrance interne, de souvenirs traumatisant.

 

Pourtant, ce serait un tort de ne pas soulever des avantages non négligeables, en ce qu’elle donne la chance à tout le monde d’être cultivé et instruit, de savoir lire et écrire. En France, en 2007, le taux d’alphabétisation est de 100%.

Nous bénéficions jusqu’ici d’un des meilleurs systèmes d’éducation publique en France, et pourtant, on nous encense depuis l’enfance de tout plein de non sens remplis d’indécence, en faisant croire aux mômes que nous vivons en démocratie dans un système de libertés, égalitaire, fraternel, et qu’il faut voter pour choisir les gouvernants là où aucun citoyen ne choisit qui va le diriger. De ce côté, l’école est maître dans l’art de reproduire les croyances collectives en lesquelles chaque individu scolarisé a sa chance d’accès à une situation professionnelle et donc financière confortable, là où seuls 15% des fils d’ouvriers n’obtiennent le bac général.

 

 

La mesure du temps, instrument  universel de gouvernement des comportements humains.

 

            Tout au long du processus d’apprentissage des normes et des valeurs de la société, une chose primordiale instituée comme naturelle qui gouverne l’humain est la mesure du temps.

 

            Dans nos sociétés occidentales, sans la maîtrise du temps, le système capitaliste n’aurait pas pu se développer et s’étendre à l’échelle de la planète. Les articles, les textes, et les ouvrages traitant de l’histoire du capitalisme analysent l’essor du colonialisme, mine d’or de l’économie européenne dès 1492, des Révolutions Industrielles du 19ième siècle et de l’industrialisation qui a suivi l’avènement des théories de l’organisation du travail. Le Fordisme et le Taylorisme théorisent le travail à la chaîne en usine, et les paradigmes de macroéconomie étudient le marché du travail, l’économie d’échelle qui permet d’augmenter la production, la logique économique de créer des besoins, et de tendre vers le plein emploi, ou de limiter le taux d’inflation suivant l’angle d’approche idéologique préférée.

 

            Mais la maîtrise du travail, la gestion et la division des tâches à effectuer ne peuvent se faire s’il n’y a pas de contrôle de l’individu sur une échelle numérique fixée rationnellement pour le faire obéir à des ordres.  Ce concept créé de toute pièce par l’être humain pour gérer l’évolution de la vie sociale sur le Globe, est peut-être la chose la moins remise en cause dans l’analyse des conséquences néfastes du capitalisme, et c’est pourtant celle qui permet d’enfermer la totalité de la population mondiale sous les mêmes critères.

La division du temps que nous connaissons, en douze mois de trente jours est celle qui a été pour la première fois instituée par le royaume de Babylone au douzième siècle avant notre ère. L’objectif de l’article n’est pas de critiquer tel ou tel mode de calendrier, romain, julien, grégorien ou autre, mais de proposer l’idée que l’uniformisation du temps fut un outil fourni par les scientifiques au profit de la classe dirigeante, qui l’a utilisé pour contrôler les foules. Pour déterminer la valeur d’un article produit de la main de l’Homme, il fallait posséder la notion du temps pour en déterminer le prix de l’article, la concurrence, l’inégale répartition de l’argent, etc. Le contrôle du travail passe par le temps : dans une entreprise ou une usine, un superviseur, contremaître ou manager est chargé de vérifier le travail de ses subordonnés, et de leur demander d’aller plus vite, pour être plus rentables à l’entreprise. Cela permet de fixer un cadre d’obligations auxquelles le travailleur doit se soumettre sous peine de sanctions ou de licenciement économique. Le temps fixe le travail, les salaires, la valeur des choses, il est au cœur même de la logique d’entreprise : pour faire du profit, il faut maîtriser la course après le temps qui passe, pour davantage de productivité horaire par tête.

Même dans les formes les plus élémentaires de la vie sociale, nous sommes conditionnés par le découpage du temps. Il fixe un cadre qui formate et uniformise tous nos actes, pour lesquels il est difficile de se réapproprier une liberté face à la pression de la société régie sur ce découpage horaire, journalier et mensuel du temps. Le fait que tout le monde possède une horloge, une montre, ou tout appareil indiquant l’heure à n’importe quel coin de la planète, et que nos actes en répondent permet d’arriver à une conclusion : hormis le cours naturel des planètes, tout découpage du temps reste établi selon la volonté humaine, et peut varier selon la conception des humains de leur monde. Le temps est une bonne arme de poing de la classe dirigeante pour exploiter les dominés de la planète sans qu’ils ne remettent en cause ce découpage, mais nous en sommes tous les esclaves aliénés, la pleine et réelle liberté ne s’acquière donc qu’au moment venu du trépas. Que l’on se dise altermondialiste, anarchiste antisystème, ou que l’on critique sans étiquette la logique économique qui régit les activités humaines de nos jours, voila quelque chose qui ne pourra jamais être changé, car c’est le repère majeur de l’Humanité. Pourtant, ce contrôle du temps est pour grande partie responsable de l’exploitation de l’Homme par l’Homme des temps modernes.

 

           

                Il faudra donc beaucoup de temps pour s’approprier le temps de reprendre le pouvoir sur le temps. L’Occident capitaliste, son pouvoir économique et politique, ses institutions, son idéologie, sa propagande, ses croyances collectives et sa maîtrise du temps ne sont pas prêts de stopper leurs ravages sur la Terre entière. Ne l’attendons pas pour vivre de meilleurs lendemains et construisons les à notre échelle locale.

 

Samuel Moleaud.

 

http://sam-articles.over-blog.com

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 18:57

 

 

 

arton10853-ea301.jpgÇa y’est nous y sommes. Quatre ans que le monde retient son souffle. Aujourd’hui, c’est le Grand Soir tant attendu par la majorité de la population de ce globe. Vendredi 11 juin 2010, enfin s’ouvre en Afrique du Sud la plus grosse compétition de football de la planète, où les humains de toutes les nations, du peuple aux élites politiques et économiques, vont pendant un mois de matraquage médiatique aveuglant, pouvoir à cœur joie s’adonner à la satisfaction universelle de leurs pulsions serviles, cyniques et mercantiles. Ah ! Enfin, va-t-on pouvoir oublier les maux de ce monde en emplissant nos cœurs d’un petit fond de bonheur, de solidarité, d’humanisme inter-frontaliers, ou autres qualificatifs tous autant dénué de sens les uns des autres lorsque les adeptes de ce "sport" trouvent à justifier leur lobotomisation télévisuelle malsaine sporadique ou quotidienne. Cette force des institutions à placer devant les yeux du petit peuple d’esclaves modernes, des myriades d’écrans de fumée, de rêve d’argent et de sensationnalisme sportif, que le petit microcosme journalistique spécialisé exacerbe dans la plus profonde illusion pathétique mange avec toujours plus d’appétit dans la gamelle capitaliste, néocolonialiste, dogmatique, arrogante et asservissante.

 

Mais ainsi va la vie, et tourne le monde. Le monde est injuste, inégal, mais nous légitimons nos actions en justifiant qu’il en va ainsi, que nous n’avons aucun pouvoir sur les choses. Et l’institution du football fait croire à ses admirateurs qu’elle leur donne des gages de bonheur en substitut des substrats de frustrations et de déceptions, confortant la petite société dans l’hypnose collective pour la rendre malléable corvéable à merci. Et d’ailleurs, les gens trouvent normal qu’autant d’argent spéculatif soit en jeu, ils vont même jusqu’à remercier collectivement l’équipe qui gagne pour son honneur, sa bravoure et son courage d’avoir arraché la victoire, alors qu’elle vole et exproprie indirectement l’argent du peuple par l’entremise des fonds spéculatifs.

 

Bref, ainsi, va-t-on une fois de plus pouvoir laver nos cerveaux d’hommes rationnels en oubliant enfin la crise économique, les profits actionnariaux, le chômage volontairement entretenu, la précarité, la faim du Tiers-Monde, l’exploitation des dominés, les expropriations de terres par les trusts agroalimentaires, la crise écologique, le scandale de la marée noire en Nouvelle-Orléans, la guerre au Moyen-Orient pour le pétrole … la paix, la colonisation génocidaire de la Palestine par le tandem États-Unis/Israël, le camps de concentration de Gaza, les crimes contre l’Humanité de l’armée de Tsahal, les politiques européennes d’expulsion des immigrés issus des pays que l’Occident assassine, affame, exploite et asservit. J’oubliais presque la dictature des marchés financiers, les banques, la crise grecque, l’ouverture de l’Europe aux ajustements structurels et aux plans d’austérité du FMI et l’imposture des caisses de l’État vidées, dans l’impossibilité d’assurer une couverture sociale décente (maladie, retraite, vieillesse) à tout le monde. C’est dingue ce que le football, via les médias, va pouvoir nous remplir le cœur de bonheur…

 

La Coupe du Monde de la honte du Football, un bataillon du néocolonialisme sportif au service de l’Empire.

 

            Connaissez-vous la Coupe du Monde de Football ? Quelle question ! Trente deux équipes, dont une vingtaine issues de pays occidentaux, vont pouvoir fouler les pelouses de leurs crampons, et servir les bas instincts pulsatifs de milliers d’hommes et de femmes peuplant les stades en jouant aux gladiateurs des temps modernes. Sauf que ces gladiateurs sont devenus des hommes d’affaires intouchables, dont le salaire mensuel (disons honoraires ou dividendes) correspond, dans un pays comme le notre, à plusieurs années de travail d’un salarié français moyen. Juste pour pousser une balle avec ses potes jusqu’à 30 ans, pendant que de plus en plus de français (artisans indépendants, travailleurs précaires, services à la personne, travailleurs du social etc.) vont être obligés de travailler jusqu’à 65-70 ans, car n’ayant presque pas droit aux pensions de retraite (décote trop importante, manque d’annuités, retraites au rabais etc.), pomper pour le restant de leur vie sur leurs économies (s’il en reste) de toute une vie de travail pour subvenir aux besoins primaires. Pire, il paraît même qu’une prime de 390 000 euros, soit près de 25 années de SMIC brut, sera attribuée à chaque joueur de l’équipe de France en cas de victoire finale au tournoi. Près de neuf millions d’euros pour vingt-deux joueurs. Quelle sportivité ! A ce tarif, mieux vaut qu’ils perdent au premier tour.

 

Une question vient à l’esprit : si le football était vraiment un sport, ne pourrait-on pas payer ces gens raisonnablement, à hauteur du salaire minimum, et reverser ces sommes colossales vers les caisses des États pour garantir les services publics ? Ne pourraient-ils pas reverser ce capital vers ceux qui en ont besoin, aux pauvres oubliés par l’Occident, aux peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, au lieu de prendre l’Afrique pour une cour de récréation ?

 

C’est toute une société du rêve qui s’exprime, donnant l’impression que ce type d’évènement renforce la cohésion sociale internationale, alors qu’elle n’est qu’un abyssal coup de force économique organisé au bénéfice des plus grands fauves prédateurs de ce globe. Bref, le fait de voir défiler sur un terrain des dizaines et des dizaines de panneaux publicitaires faisant le crédit des plus grosses multinationales mondiales affameurs d’êtres-humains, de type Nike, Samsung, Mc Donald’s, Adidas, Coca-Cola, Goodyear etc., devrait à mon goût, en énerver plus d’un. Entre chaînes de télévisions ayant acheté les droits de diffusion, membres des équipes techniques, footballers, agents, directeurs, personnels de la FIFA, j’en passe, tout ce petit monde ne cherche qu’une chose : que l’équipe nationale gagne à tout prix pour accroître les parts de marchés et les profits. C’est très résumé, mais voila l’art et le résultat d’un siècle de vomissures de propagande médiatique que l’on n’efface pas d’un coup de gomme, faire croire aux masses que ce qui débute aujourd’hui est un évènement sportif en leur vendant depuis l’enfance l’illusion que le sport rapproche les peuples.

 

Quand l’Occident fait de l’Afrique un terrain de jeu…

 

Me direz-vous, les milliers de personnes du monde entier qui vont se rendre en Afrique du Sud pour voir les matches vont faire vivre l’économie locale en consommant sur place, en créant l’échange avec la population locale…Et bien non. Combien de sud-africains ayant participé à la mise en place des infrastructures pour créer l’évènement vont faire partie de ceux qui vont réellement bénéficier de la consommation des occidentaux sur place ?

 

Pendant la coupe du monde, seuls les personnels salariés de la Fifa sont habilités à installer des points de vente sur le site, or les habitants locaux ont eu interdiction de le faire, alors que ce sont eux qui ont payé et vendu leur force de travail pour construire les infrastructures (stades, hôtels, commerces…). Les habitants auront l’interdiction de pénétrer dans les sites où se déroulent les matches, pour que les touristes occidentaux, casquettes sur le crâne et bananes remplies d’appareils photos à la taille, n’aient pas à côtoyer ni observer la pauvreté de la population du pays dans lequel ils viennent d’atterrir. Et les médias français qui aujourd’hui aimeraient crier "cocorico" critiquaient il y a deux ans les conditions dans lesquelles s’organisaient les jeux olympiques de Pékin… Il est plus facile de crier honte à la dictature populaire chinoise que de montrer comment notre propre pays et ses voisins font la même chose dans un continent où tous les État européens ont du sang sur les mains depuis deux cent ans. Et cela continue : la somme des bénéfices générés par un mois de compétition ira dans les comptes bancaires des capitalistes européens…

 

Ce n’est pas une sinécure, mais il est temps de se rendre compte que chaque œil rivé sur le tube cathodique pour admirer ces milliardaires pousser une balle constitue un consentement à la criminalité ambiante du système économique régissant nos frontières. Aux quatre coins du monde, surtout dans les pays plus pauvres, c’est partout la même logique du capitalisme : l’appareil économique occidental s’implante, génère des marges commerciales et des bénéfices. Il fait de l’argent sur place en exploitant la main d’œuvre locale, et rapatrie ses capitaux dans les grandes banques européennes. La coupe du monde de football, ou plutôt la poursuite de la partie de poker, faisant tapis sur la vie des Hommes pour le pillage néocolonialiste des pays d’Afrique par les puissances européennes. L’espoir des sud-africains de voir cet évènement se réaliser pour la première fois en Afrique, et dans leur pays, injectant des deniers et du souffle dans l’économie, risque bien vite de s’étioler, de s’étouffer et de se remplacer par de la hargne. De la hargne, de la haine et de la rancœur vis-à-vis des puissantes entreprises multinationales et du petit monde sportif qui fait tourner la machine sans complexes, dans un pays où la fin de l’Apartheid n’a jamais apporté la fin du racisme ou des inégalités de salaires fondées sur la couleur de peau.

 

Mais hélas, la coupe du monde n’est pas la seule à faire de l’Afrique un paillasson, il fut un temps où le Paris-Dakar fonçait à grande vitesse sur des kilomètres de sable en traversant des villages à toute allure sans aucun soucis pour la population et les cultures locales, laissant sur son passage fumée, poussière, vapeurs d’échappement, carcasses de voitures voir même des corps sans vie…encore une fois pour des poignées de dollars.

 

En écrivant tout ceci, j’entends déjà les blâmes les palabres et les foudres des admirateurs sportifs me dire que le football est un moyen d’accession pour de nombreuses population au bien-être matériel et social, à la cohésion sociale, à l’ascension sociale, que beaucoup de sportifs sont issus des classes populaires, et parviennent à la richesse par leur talent. Certes, c’est indéniable, ce sport n’a jamais trop été l’instrument des classes dominantes, il servait même de vecteur de l’exaltation du sentiment national dans les États fascistes du XXème siècle. Autrefois instrument du nationalisme, désormais au service du grand capital…le fusil change d’épaule, mais il continue de tuer.

 

Certes, ce sport constitue un espoir pour beaucoup de gens au Brésil, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, etc. Mais pour combien qui attendent en vain de pouvoir se frayer un chemin décent sans être laissé pour compte, abandonné par leur système en admirant avec fierté et envie ce qu’ils ne pourront jamais faire ?

 

Vivement le 12 juillet 2010, lendemain de la finale, que tout ce marasme soit terminé. Pour autant, aucune chance que les gens du monde entier qui subissent la spirale ne s’attaquent ce jour là à l’ennemi commun pour imaginer une société plus juste, humaniste, égalitaire, solidaire et sociale.

 

Samuel Moleaud..

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 16:06

Depuis que la société est organisée de façon à ce qu’un maigre panel de gouvernant(e)s gère les affaires publiques de la nation, c'est-à-dire depuis que le pouvoir politique a consolidé la centralisation des pôles de décisions, l’individu lambda ne bénéficie pas du poids considérable qu’il pourrait avoir en tant qu’entité physique libre et autonome.

 

Pouvoir-domination-autorité et conformisme annihilent la liberté

 

Si l’Histoire de l’être humain s’étale sur 3,5 millions d’années, son aliénation voulue par ceux qu’on nomme aujourd’hui la classe dominante des scélérats capitalistes est une affaire récente. Une broutille sur l’échelle du temps. Des historiens, sociologues et les politologues font remonter l’apparition des relations de pouvoir, de prestige social, d’autorité et de commandement à l’époque où les populations se sont sédentarisées¹. Et surtout, lorsque certains ont commencé à s’élever au dessus des masses pour dominer ceux qui n’ont pas pu/su s’adapter, ou tout simplement ceux qui se sont laissés assujettir. En fait, l’organisation oligarchique des sociétés avec un petit nombre de politiques qui gouvernent pour le grand capital marchand, divinisé, pendant que le reste de sa population n’a qu’à appliquer leur codes (sinon c’est la prison ou l’amende) et ramasser les miettes, tout ceci est un phénomène récent sur l’échelle du temps. Dix, quinze, vingt, trente siècles ne sont qu’une seconde ou deux dans vingt quatre heures par rapport à l’histoire de l’Humanité (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait !). Je ne veux pas dans cet article rentrer dans le débat à quand fixer la date de naissance du pouvoir politique, car il relève d’une étude historique et sociologique que je ne peux réaliser, et ce serait comme descendre une falaise en rappel sans avoir noué ses cordes, que de se lancer dans cette réflexion. Mais il me semble que l’on ne peut pas dans un article parler du conformisme ni de la très nécessaire désobéissance à certains codes institutionnels sans parler des relations de pouvoir, celles-là même qui justement poussent l’individu à marcher droit devant, à se courber devant l’autorité par peur de la sanction. Or qu’est ce qu’une relation de pouvoir justement ? Pour le sociologue Jean William Lapierre, le pouvoir politique, c’est  « la combinaison variable de relations de commandement-obéissance (autorité) et de domination-soumission (puissance) par lesquelles s'effectue cette régulation. Les relations d'autorité impliquent un accord entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, donc une exécution consentie des décisions. Les relations de domination impliquent un recours à la coercition, donc une exécution forcée des décisions. » Il y a donc relation de pouvoir entre A et B, si A obtient de B ce que B n’aurait pas fait sans l’intervention de A. Cette notion de pouvoir est partout entre les individus, elle n’est pas l’apanage de la classe dirigeante, mais peut s’exerce entre deux individus lambda. Les rapports de domination sont donc partout, et il est même difficile de ne pas tirer de la satisfaction d’être en position supérieure à notre interlocuteur. La satisfaction d’avoir obtenu ce que l’on souhaite.

De nos jours, l’on n’a de cesse de nous vendre la démocratie comme le meilleur des produits politiques, alors que de tous les systèmes qui ont été imposés à l’humain, jamais la soumission, la domination et l’inégalité n’ont été abolies. Et pour cause, pour régner, qu’il soit démocratique ou dictatorial, le pouvoir doit mentir, diviser, exploiter, (démocraties) piller, coloniser, voire assassiner (dictatures). Pire, le libéralisme bourgeois débordant d’arrogance vante la liberté de l’homme riche au mépris du pauvre, et accroit donc les inégalités comme jamais, ce en imposant une société de l’individualisme, du fidèle respect des règles hiérarchiques. C’est donc encore plus sournois, puisque l’aspect autoritaire du système est plus ou moins caché derrière l’impression de liberté politique démocratique. On nous dit que si l’État légifère, c’est pour la sauvegarde des libertés individuelles. Ah, sacrée liberté ! Même N. Sarkozy vante les mérites de la liberté. Enfin, de la sienne surtout. S’il y a une chose en démocratie qui est aux antipodes de la liberté, c’est bien la contrainte de la norme qui induit un comportement conforme à la règle fixée par l’autorité, n’en déplaise à Montesquieu qui affirme qu’être libre, c’est faire tout ce que permet la loi. En effet, la liberté nous dit-on, le détestable Xavier Bertrand nous le rappelais gentiment il y a peu, s’arrête là où commence celle des autres. C’est tout ce qu’on peut faire d’un bout à l’autre de la corde. Sauf que le consentement nécessaire au dominant pour faire appliquer la règle, et la réaction de conformisme du dominé qui suit de la contrainte, peuvent contribuer à réduire la longueur de cette corde. Qui plus est, c’est la même autorité qui en détermine la longueur...Dire que la démocratie représentative amène la liberté est donc un peu comme affirmer qu’un lion dans sa cage est libre…ou que l’OTAN est une force garante de la paix.

 

La loi, expression de la volonté générale ?

 

La vision marxiste du droit précise que ce droit n’est qu’une superstructure au service des dominants contre les dominés pour représenter les intérêts de la classe dirigeante capitaliste. Outre le fait que le droit soit fait pour être détourné, et que la judiciarisation de notre société nous impose la surveillance et un contrôle sur l’individu toujours plus grand. Outre le fait qu’un pauvre sera toujours moins bien défendu qu’un riche, et qu’un justiciable haut placé ou qui connaît le juge s’en sortira mieux qu’un autre, nous sommes en théorie tous contraints d’agir conformément à la loi. Devoir d’obéir bêtement et sans réfléchir, sinon c’est la tape sur les doigts et au portefeuille. En fait, la philosophie marxiste du droit n’a hélas toujours pas pris la poussière du temps qui passe, et est donc plus que jamais d’actualité. En effet, personne ici n’échappe aux juridictions et à la norme juridique, tous doivent se conformer aux règles coercitives, générales et impersonnelles. Ce n’est pas un mal, me direz-vous, car cela nous permet de vivre en sécurité, d’être protégés contre d’éventuelles agressions en tous genres qui pourraient survenir. Le danger du conformisme survient lorsqu’il n’est plus possible de prendre du recul par rapport à la norme, et que l’on devient obligé d’appliquer les codes que nous n’avons pas décidé ou voté. Par exemple, on peut consentir à payer des impôts à l’administration, s’ils sont réellement destinés à assurer une répartition des richesses aux plus démunis, mais ces impôts deviennent illégitimes lorsqu’ils sont destinés à financer les guerres décidées pour satisfaire aux intérêts de la classe gouvernante, ou s’ils sont destinés à accélérer le processus de fuite des capitaux publics vers les marchés financiers. Beaucoup de travailleurs passent trente ans dans la même entreprise, à critiquer le patron, se prostituent aux objectifs de la direction, mais continuent pourtant d’obéir aux ordres, par peur de l’avenir.

 

L’être humain est-il réellement gouvernable? Lorsque certains prennent le pouvoir pour dominer les autres, c’est peut-être parce que l’humain veut commander, et non obéir. De la même manière, le dominé se plaint de sa situation d’infériorité, bien souvent peut-être parce qu’il aimerait être à la place de celui qui a autorité sur lui. Ou bien est-ce par habitude d’être soumis à l’autorité en permanence qu’il se résout à appliquer les ordres de l’État, de la bureaucratie, de la hiérarchie, enfin, de ces lois générales, censées s’appliquer à tous? Ainsi, dans une société où la loi n’est plus la résultante de l’intérêt général (l’a-t-elle déjà été ?), mais celui d’une classe de la population qui exerce son autorité par son statut, comment s’affranchir de certaines normes juridiques et sociales pour être libre ? La société civile doit-elle accomplir des actes de désobéissance pour s’émanciper et jouer pleinement son rôle sociétal? Au contraire, devons nous appliquer à la lettre les lois, même celles qui aliènent notre vie individuelle ? C’est une réflexion qui ne trouvera pas réponse dans un article de quelques paragraphes, il faudrait donc la longueur d’un essai ou d’un livre pour développer pleinement cette question. Toujours est-il que ces premières interrogations mènent à une question : la désobéissance devient-elle un devoir quand une classe politique impose une société de la surveillance et du contrôle, et quand cette société bascule de plus en plus vers un régime de démocratie autoritaire ? Premier élément de réponse dont vous avez sans doute deviné mon point de vue, toutes les dictatures se sont installées parce que cette société civile avait laissé faire, s’était laissée berner par l’endoctrinement des relations publiques. Si personne ne s’insurge contre la propagande en fédérant les actions, tout est possible, et un seul berger mène le troupeau de moutons. Je vais loin, mais la frontière entre notre démocratie bourgeoise et la dictature autoritaire est floue : dans les deux, il y a trop de réglementation juridique, de normes, de tabous, et peu de place faite à la révolte ou aux actions collectives face à l’arbitraire des ces règles.

 

Norme juridique, norme sociale

 

Afin d’éviter toute confusion du lecteur autour du concept du respect de la norme, du conformisme, il faut préciser de quel type de norme je parle. Toute norme désigne des règles que l’on doit adopter, mais celles-ci ne sont pas uniquement politiques. Dans l’imbuvable jargon des juristes, la norme désigne la loi, la règle par excellence que tout justiciable est censé respecter, sous peine de poursuites. Ce sont les normes formelles, dont l’administration veille au respect. La sociologie a élargi la notion de norme à toute la sphère sociale, ainsi, elle livre une analyse plus complète. Je préfère donc traiter du conformisme par rapport aux normes sociales, plus larges que la simple norme juridique. En parallèle aux lois, existent des normes sociales, tacites auxquelles l’individu doit se conformer s’il veut être intégré dans un groupe social donné. Ces normes sociales sont dites informelles, car elles traduisent les valeurs, les mœurs, la morale sociale, et non pas les lois du gouvernement. Mais la frontière est alambiquée, car le social est intimement lié au politique. Si aujourd’hui, une norme est transgressée, comme aller nu dans le rue, fumer dans une église, télécharger de la musique, ou porter le voile à l’école pour une fille, etc, l’individu sera aussi sec stigmatisé voir puni par le groupe social environnant, ou l’autorité policière, et qui appliqueront sur lui un contrôle social. Ce contrôle social est la majeure partie du temps exercé par l’autorité étatique pour replacer le comportement déviant dans la norme : il est absolument sûr que si je me promène nu dans la rue en pleine journée, d’une, tout le monde me regardera par étonnement ou par effroi de ce tableau peu commun, et de deux, je risque de subir une interpellation par la police pour trouble à l’ordre public (notion qui a le dos large). De la même manière, je risque une amende si on me surprend à fumer dans n’importe quel lieu public, parc, bar ou gare SNCF, alors que cela était encore autorisé il y a deux ans. Voyez d’ailleurs la stupidité des lois : dans un parc, fumer est un acte dérangeant pour autrui, donc pénalisant, mais cela ne l’est pas à dix centimètres de l’autre côté de la barrière…Bref, une déviance (non respect de la norme) aujourd’hui peut-être une norme demain et inversement, tout dépend de l’évolution de la société. Fumer du cannabis, ou le mariage homosexuel, sont d’autant des actes illégaux aujourd’hui, qui ne font de mal à personne, et qui seront peut-être légalisés à l’avenir (ce n’est pas demain la vieille !) Mon but n’est pas de faire un exposé théorique sur le concept de norme, je n’ai pas cette prétention sociologique. En revanche, il est possible de montrer, dans cette société sclérosée par sa règlementation bureaucratique et son individualisme presque pathologique, qu’il est nécessaire d’accomplir des actes de désobéissance, civile ou individuelle.

 

La désobéissance civile non violente : un devoir citoyen du XXIème siècle?

 

Dans cette Europe de l’individualisme poussé à son paroxysme par la logique capitaliste, où chacun a peur de l’autre, du moins ne s’en soucie guère et fonce tête baissée droit devant ; et dans une époque où la démocratie française plonge lentement dans l’autoritarisme, voici un exemple de politique qui mériterait une désobéissance organisée.

Là où un gouvernement se permet de durcir l’immigration, d’expulser de son territoire les enfants de ceux qui sont venus reconstruire l’économie d’après guerre, au mépris de toute considération humaniste, il devient nécessaire de désobéir. Pour ne pas cautionner un retour du pétainisme, dont on sait les dangerosités. Depuis deux ans, sous le prétexte qu’on ne peut « accueillir toute la misère du monde », et qu’il faut limiter l’immigration, celle que les pouvoirs publics ont eux-mêmes générée en continuant de piller l’Afrique postcoloniale, la politique des quotas fait rage. Ces milliers d’étrangers dits sans papiers, qui se font entasser dans les centres de rétention, attendant leur « procès » et leur reconduite aux frontières, n’ont commis de «crime» que celui d’avoir fui la misère ou la guerre, espérant à tort vivre de meilleurs jours ici. Quel crime impardonnable, vraiment !…Tout cela s’opère en toute impunité, sous les yeux de tous, indignés, dépités mais incapables que nous sommes de peser du poids pour empêcher ce processus qui flirte avec le programme du FN, caché derrière un gerbant faux débat sur l’identité nationale. Je me souviens, suite à une émission sur France Inter de Daniel Mermet, avoir même entendu que pour accélérer le processus des reconduites à la frontière en 2007, les forces de l’ordre se posaient devant les écoles pour y choper les parents d’élèves. Que l’on pouvait «trouver» des enfants dans les centres de rétention administratifs…alors que c’est illégal, à ma connaissance d’emprisonner des mineurs. Que l’on parle de juifs traqués en 1940, ou d’immigrés sans papiers aujourd’hui revêt la même stigmatisation : rendus médiatiquement à l’état de simple parasite, bestiole à écraser. Aujourd’hui lundi 2 novembre 2009, j’apprends en survolant «google actu», que ce processus va devenir une priorité européenne. Le PDG de l’entreprise «République Française», suite à une campagne de lobbying, se félicite de la prochaine alliance avec le Royaume-Uni et Berlusconi pour affréter des charters communs et faire ainsi la chasse à l’immigré sur toute l’Europe. On dirait que ceux qui croient encore à l’Union Européenne comme institution des droits de l’homme, de la liberté et de la prospérité économique, vont vite déchanter ou plutôt, je l’espère grandement. Toutes les conventions juridiques interdisent la reconduite à la frontière pour des ressortissants dont le pays est en guerre. Que fait la France ? Faisant fi du droit d’asile (protégé pourtant dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont la France est signataire), elle expulse des immigrés afghans dans un pays en guerre où elle envoie ses soldats combattre un terrorisme que les puissances occidentales ont-elles-mêmes exacerbé. C’est en cela qu’héberger, cacher une personne en situation irrégulière et qui est traquée par la police et victime de la politique ahurissante des quotas annuels, constitue un acte de désobéissance civile osé et risqué, mais nécessaire. Beaucoup le font, mais si j’héberge cette personne pour lui éviter ce genre de procédure administrative, je risque une sanction pour ma solidarité.

 

Déjà avant 1789, les penseurs politiques des Lumières et ceux qui les ont précédés réfléchissaient sur les meilleurs régimes pour que le peuple puisse vivre librement. Certains d’entre eux ont émis l’hypothèse que dans une démocratie, vu que la souveraineté appartient au peuple, il serait normal que celui-ci puisse demander au gouvernement de lui rendre des comptes lorsqu’une loi est contraire à l’intérêt général. Pour Voltaire, le citoyen vertueux était celui qui s’insurge quand le pouvoir devient arbitraire. Montesquieu, disait que le peuple n’est pas assez instruit pour participer à la vie politique. C’est uniquement donc pour cela, qu’il se choisit des représentants, mais que les lois doivent être fidèles aux intérêts populaires. Ainsi en suivant ce raisonnement, et appliqué à notre époque, cela voudrait dire que nos représentants actuels doivent être soucieux de nos intérêts...au lieu des leurs. Plus, maintenant que le taux d’alphabétisation avoisine les 100%, qu’on ne peut pas dire du peuple qu’il n’est pas instruit assez pour s’occuper des affaires publiques, cette démocratie représentative n’aurait donc plus lieu d’exister ? Qu’il faudrait troquer cette démocratie représentative contre un système plus participatif, ou la voix de la société civile compte directement dans les décisions et où elle choisit ses propres lois? Je le pense. Quoi qu’il en soit, la désobéissance civile, ou désobéissance individuelle, devraient être replacées dans un contexte de résistance face à l’arbitraire si elle est exercée pacifiquement. Au lieu de cela, le microcosme politico-médiatique la confond (volontairement ?) depuis bien longtemps en faisant passer les désobéissants pour des anarchistes qui refusent purement et simplement la loi et l’autorité…Si contester et/ou désobéir à des lois autoritaires (pardon du pléonasme) qui oppriment ceux qui m’entourent (famille, groupe social, communauté, société, monde) c’est être anarchiste, alors je veux bien l’être.

 

 

1-J-C RUANO BORBALAN, Le pouvoir, Des rapports individuels aux relations internationales, 2002.

Samuel Moleaud.

 

http://www.legrandsoir.info/Controle-social-et-conformisme-en-Democratie-la-desobeissance-civile-deviendrait-un-devoir.html

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http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/controle-social-et-conformisme-en-64877

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 12:00

Troisième article à la une du Grand Soir le 27 Août 2009.

L'individu, autonome, autant qu'enchaîné aux formes sociales de la société vit, évolue et meurt dans les corporations, qu'elles soit locales ou globales, privées ou publiques. Difficile donc, d'être libre dans un moule aux contours bien délimités où il est malgré tout possible de tendre un maximum que possible vers l'autonomie, l'autogestion... du moins à l'échelle individuelle.
Face aux propagandes politiques et économiques autour du marché du travail, engendrant cette société de domination du vol et de l'esclavage au profit de l'entreprise, une alternative : la grève générale. Parler d'activité plutôt que de "travail" à proprement parler pour s'affranchir de toute tutelle patronale, toute servitude étant à la base de la lutte des classes, me paraît plus judicieux. Moulin à vent, combat/espoir vain, me direz-vous pour changer le mode d'organisation sociale. C'est une refléxion personnelle, pas un combat, encore moins un tract de manifs. Bonne lecture si tu passes par là.

Samuel Moleaud.

http://www.legrandsoir.info/Abstention-et-Greve-generale-comme-solution-alternative-au.html

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Published by Samuel Métairie - dans Articles d'opinion
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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 15:45

Voici le second article publié de l'été 2009. Cette fois-ci il s'agit d'un article un tant soit peu pamphlétaire de notre """fidèle et bien aimée""" Union Européenne, en proie au pire prédateur de l'Homme jamais connu jusqu'ici : l'ordre économique mondial capitaliste.

Samuel Moleaud.



http://www.legrandsoir.info/La-lente-colonisation-de-l-Europe-par-le-liberalisme-economique.htm
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Published by Samuel Métairie - dans Articles d'opinion
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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 12:00

Pour ceux que cela intéresse, voici mon premier article publié, le 14 juillet 2009 à la une du journal le Grand Soir.

Petite mise en bouche des "sujets" traités :
1. La démocratie libérale, où plutôt l’art d’abolir l’esclavage de l’être humain tout en le pratiquant.
2. Le mythe d’un monde journalistique libre, indépendant et objectif.
3. Le fabuleux mythe de l’État de droit, garantissant droits et libertés fondamentales.
4. Des solutions alternatives ?

Samuel Moleaud.


http://www.legrandsoir.info/La-France-l-Europe-l-Occident-un-bolide-foncant-droit-dans-le.html
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