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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:57

 

 

 

Voilà maintenant trois mois que la presse à sensations fortes des États puissants a continuellement du grain à moudre dans les bureaux des grandes tours en verre où se produit l’information. Les tribunes s’enflamment sur les manœuvres militaires, les déclarations non sincères des responsables politiques, le nombre de morts en Libye, entre mille et six mille, (oui les journalistes français sont très précis entre eux), les malversations mises au grand jour de ministres accueillis comme des princes moyenâgeux depuis toujours par les dictateurs. Chaque polémique défraie la chronique, chaque ministre possède ses casseroles pays par pays, si bien qu’on en oublie même la manière dont l’antichambre élyséenne du néolibéralisme déstructure et démantèle l’État dans sa cuisine avariée du peuple. Passées sous silence la réforme des laboratoires d’analyses médicales, l’empêchement programmé (1er avril 2011) de commercialiser des produits de phytothérapie, les expulsions de « sans-papiers », la suppression de l’ISF, le gel des salaires de la fonction publique, la suppression des postes de fonctionnaires, la mise en concurrence des pôles de recherche scientifique, la privatisation des transports publics, etc etc…

 

Voilà qu’il se passe quelque chose en Afrique du Nord ? Au Moyen-Orient ? Ben ça alors ! Mais patron, je ne connais rien de la Libye et de ses voisins moi, quand j’étais à l’école de journalisme, et à science-po, j’étais rattaché au laboratoire de recherche sur l’Amérique Latine…Je peux vous parler des dictatures cubaine, bolivienne, et vénézuélienne (selon les médias de masse), mais pas des républiques modérées du Maghreb… Bon, il va tout-de-même falloir écrire un article pour le numéro quotidien de demain. Scribes de l’autocensure et de la désinformation impérialiste, à vos plumes. Il n’est pas dur d’écrire sur l’Afrique du Nord lorsque les régimes autoritaires répriment à balles réelles les manifestations. Il suffit d’écrire que le dictateur s’accroche au pouvoir, et que la crise actuelle risque de faire "contagion" de l’autre côté de la Méditerranée, et que l’Occident (OTAN, ONU, Union Européenne, États-Unis, OCDE, G20) doit aider les peuples à résoudre la crise politique, car elle constitue un risque majeur pour nos entreprises. A l’heure de la chasse aux sorcières, et d’une pseudo immigration choisie/maîtrisée, ne pas oublier de faire un petit paragraphe sur l’afflux massif de réfugiés (ils auraient écrits clandestins avant) en Italie, pour montrer que l’Europe soutient les "révolutions", mais n’évacue que ses ressortissants. Pas question que l’éviction soit disant populaire d’un dictateur qui tire sur la foule ne provoque un débarquement d’immigrés sur nos côtes, alors que nous (l’Occident) avons généré la dictature, la pauvreté, le pillage, la pollution, et l’envie de fuir de ces gens, dans ces pays. Autant dire de suite que dans l’art de s’apitoyer sur la conséquence d’un problème sans toucher au fondement même du problème (pillage et néocolonialisme de l’Afrique ici, mais c’est vrai pour le chômage, la crise de 2008 et la dette publique), les médias et pouvoirs occidentaux sont de vrais artistes de l’écran de fumée.

 

Où en étions-nous ? Ah oui, la révolution au Maghreb. Vu que la presse nous dit la vérité, et que l’information est produite par des professionnels, nous sommes heureux d’apprendre qu’il n’est plus nécessaire de voyager pour comprendre le monde. Le message de la presse est que les peuples en ont marre, veulent de la démocratie libérale, et la majestueuse révolte qui "grogne" depuis Noël leur apportera enfin la liberté, sauf que les autocraties despotiques ne l’entendent pas de cette oreille. Comprendre, « enfin, l’Afrique fait comme nous, mais il n’est pas souhaitable que la révolte éclate en Europe ». L’Afrique est-elle en train de rentrer dans l’Histoire alors (cf le discours odieux de N. Sarkozy à Dakar) ? Avez-vous vu le mépris avec lequel les organismes de presse, une fois de plus, traitent de la situation de ces populations ? De vils petits grogneurs qui risquent de contaminer l’Europe, c’est donc cela ? Ahhhh, mets ton masque, une attaque bactériologique arrive du Sud? Non, non, rassure toi douce France, c’est le Maghreb qui nous montre comment faire pour l’avenir…

 

Un despote dicte sa loi depuis trente ans, le peuple en a marre, et il n’en veut plus. Sans blague, c’est si simple que ça ? Le rôle d’un journaliste est-il réduit à ce discours si simplificateur, producteur de non-sens pour un lecteur non averti, qu’il amène à penser que tout d’un coup, une société civile peut pleinement décider de son sort ? Et nous alors ? Il y a fort à penser que la réalité est beaucoup plus complexe. Il y a une chose particulièrement déconcertante ces dernières semaines, c’est que la qualification de dictatures est remontée d’on ne sait où tout d’un coup pour évoquer les régimes du « Monde Arabe », comme une vieille recette faisant peau neuve, alors que les mêmes journaux parlaient de républiques modérées il y a peu. Pire, ils couvrent abondamment les mouvements sociaux sans réellement expliquer les tenants et les aboutissements de la colère, les causes historiques, économiques et sociales des disparités. Lorsque l’on se penche sur ces problématiques qui engagent l’action collective et la désignation de l’ennemi commun, on se rend compte que celles-ci sont quelque peu ressemblantes des nôtres : précarité, chômage, pauvreté, autoritarisme, manque de libertés, accaparement des richesses par un petit nombre…

 

-Quand la mafia du Capital élimine ses mauvais payeurs…

 

Si ces mouvements sociaux se passaient dans un pays dépourvu de ressources pétrolières, où il n’y a aucun intérêt économique à tirer, l’Occident n’interviendrait pas. On a vu en 1994 des diplomates et hauts-fonctionnaires français-belges et l’ONU fermer les yeux sur un génocide au Rwanda. On a vu aussi l’Occident laisser se mettre en place des dictatures dans les années 1960 (Bongo, Bokassa, Amin Dada, Mobutu…). Sous couvert d’une guerre civile ou aucun autre État n’a été agressé, les forces militaires de l’Empire se disent incompétentes pour intervenir auprès des peuples, car cela ferait une ingérence. Mais lorsqu’il y a des fruits à cueillir sur l’arbre (le pétrole en Afrique du Nord et Moyen-Orient), peut-être pouvons-nous s’octroyer une petite dérogation à la règle internationale et placer notre armada aux frontières pour jouer l’intimidation, et éventuellement passer à l’attaque…

 

La force éhontée d’action avec laquelle la propagande médiatique frappe sur les consciences est d’une virulence telle que nous en arrivons inconsciemment à déjouer nos consciences et à ne pas voir qu’un tournant dangereux est en train de se jouer dans la partie de Monopoly, sous nos yeux. Cet écran de fumée placé en permanence devant nos cerveaux endormis nous fait croire à la réussite du mouvement de révolte d’un peuple, là où il y a des chances que celle-ci soit arbitrée par la diplomatie américaine et la barbarie de sa politique étrangère (qui n’est pas meilleure en France, Allemagne, Espagne, Italie ou au Royaume-Uni). Comme pour l’Égypte, il peut paraître important pour le gouvernement étasunien de reprendre le contrôle de la rive sud de la Méditerranée, pour pouvoir avoir une main invisible sur l’extraction de pétrole, et éviter que l’État d’Israël ne soit entouré de démocraties libres, faisant pression pour l’obtention d’un État palestinien souverain, une bande de Gaza libérée, et la fin de la colonisation sioniste (cette idée n’est pas de moi, elle vient de N. Chomsky).

 

En fait, il faut faire confiance aux détenteurs du pouvoir économique et politique mondial pour trouver de nouveaux débouchés à ces régimes qui tombent en désuétude. On ne peut pas se permettre d’affirmer de source sure que l’Occident aide ces « révolutions ». Mais on peut le supposer. Si tel est le cas, les prochains gouvernements tunisiens, égyptiens, et libyens auront le couteau occidental sous la gorge : comme la diplomatie agressive réaliste (realpolitik) des États puissants les aura aidés à renverser les Ben Ali, Moubarak et Kadhafi, (et d’autres à venir), il faudra en retour leur rendre compte, et ne pas frustrer leurs intérêts dans cette région. D’ailleurs, dans la presse à faits divers (Le Monde d’hier, 1er mars 2011), on lit qu’une intervention militaire pourrait avoir lieu, et que les États-Unis ont placé deux navires de guerre près des côtes libyennes (1). L’objectif n’est-il pas d’envahir la Libye, de la mettre sous tutelle, de la même manière qu’on le fit en Irak contre Saddam Hussein ?

 

D’un œil extérieur, latent et passif, et naïvement humaniste, il n’est pas normal qu’un homme d’État soutienne une guerre civile menée par des mercenaires contre une population démunie et sans défense, juste pour rester au pouvoir. On se dit alors, lisant ces articles de presse, qu’il est normal que l’ONU (autant dire les États-Unis) engage un mandat international au Conseil de Sécurité pour intervenir dans une opération humanitaire. Pourtant, qui, de normalement constitué et réfléchissant un tant soit peu, peut penser que l’intervention éventuelle en Libye est une bonne chose pour la population civile ? Même en 1944, lorsque le débarquement en Normandie fut organisé, l’on peut se questionner sur les plans de Roosevelt et Eisenhower à l’époque : libérer l’Europe du nazisme, et repartir sans bénéficier de geste en retour ? Non, il fallait occuper la RFA après la Libération, et surtout imposer la doctrine Truman et le plan Marshall à toute l’Europe en « reconstruction économique ». C’est un peu comme un prêt au FMI : des fonds contre une politique néolibérale d’austérité.

 

Mouammar Kadhafi, « guide de la révolution » n’a jamais plu aux oligarchies du monde occidental. Non pas parce qu’il est un dictateur, mais parce qu’il fut toujours hostile à l’impérialisme capitaliste, au commerce international, et à l’Occident. Or ces évènements de contestation sont une aubaine pour étendre le contrôle des richesses, et faire du profit en faisant croire que ce sont les tensions qui font grimper les prix. Lorsque l’administration de Reagan traitait avec Saddam Hussein pour lutter contre la révolution islamique chiite d’Iran de 1980 à 1988, les États-Unis ont massivement approvisionné l’Irak en armes lourdes. A partir du moment où Saddam Hussein est devenu un mauvais client, les grandes puissances occidentales se sont retournées contre lui et l’ont exécuté pour des crimes commis vingt-ans plus tôt. Il n’était pas souhaitable de lui faire la guerre et l’assigner en justice tant que des contrats juteux étaient encore possibles (jusqu’en 2003.).

 

La logique est ressemblante, aujourd’hui, pour ce qui concerne les mouvements au Maghreb. Des dictateurs autrefois alliés des démocraties du Nord, ne sont tout d’un coup plus souhaitables, et sont sommés de quitter le pouvoir. Sans vouloir jouer la théorie du complot, car il y a sans doute une part de spontanéité extraordinaire aussi dans l’insurrection de ces peuples, qui observent une opportunité politique pour s’engager dans une mobilisation collective malgré la répression, mais cela ressemble à un tour de passe-passe savamment instrumentalisé.

 

Dans cet axe, nous sommes gouvernés par une mafia oligarchique qui concentre le Capital mondial, une force infiniment plus puissante qu’une classe politique gouvernementale. C’est celle qui peut couronner ou destituer un chef d’État et son gouvernement, elle contrôle les marchés financiers et les agences de notation, elle régule les prix, et marchandise avec tous les pays pour faire son marché. Et c’est celle qui place les institutions publiques dans la soumission que l’on connaît pour assurer son hégémonie à long terme (politique de rigueur, réduction des dépenses publiques, ajustements structurels, conservation d’un niveau optimum de chômage pour taper électoralement sur les démunis et créer des tensions sur le marché, baisse des salaires et hausse du temps de travail, pour la croissance). La mafia, cigares de la Havane aux lèvres, élimine ses mauvais payeurs (dirigeants politiques) car elle ne fait pas crédit, ou traite avec d’autres clients si d’autres affaires plus lucratives ont été repérées, s’il est possible de s’implanter dans un secteur voisin pour accroître contrôle et bénéfices. Prenez l’épicier du coin de la rue d’un village : pour assurer sa trésorerie, le gérant a besoin que ses clients le payent au moins sur le moment, sinon en fin de mois s’il fait crédit. Si un client fait défaut, cela met le gérant en porte-à-faux, et déséquilibre son bilan. Il va donc arrêter d’alimenter le mauvais payeur, voire le bannir de son magasin, et traiter avec d’autres clients.

 

A chaque fois qu’un mouvement social vient à bout d’un gouvernement ou d’un dirigeant politique, il est désormais un sens commun que d’appeler ce phénomène par « Révolution ». Une révolution démantèle le socle institutionnel en place pour en ériger un autre, elle n’évince pas uniquement le chef. Pire, elle est une sorte de coup d’État qui a pour finalité de remplacer une élite par une autre élite. Dans le « Monde Arabe et Musulman », la chute des régimes autoritaires verra accéder au pouvoir une autre élite politique, religieuse ou financière. Une autre catégorie d’Hommes de pouvoir qui appliqueront ce que leurs acolytes mafieux leurs auront dit de faire.

 

Putsch contre putsch, la résultante est que les peuples, eux, se font toujours enfler, couper sur le fil du rasoir. Peut-être auront-ils la liberté de consommer, de parler en public de faire des manifestations, sans doute auront-ils la liberté de voter pour des crapules, de travailler pour que vive l’économie de croissance. Liberté surveillée, comme en France, mais c’est démocratique, paraît-il. Mais ils n’auront pas la liberté démocratique de décider pour eux-mêmes de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas. La rue gagne, et c’est signe d’un énorme changement, mais elle est sans doute dupée par ceux qui tirent les ficelles. Les gens de gauche crient victoire de la démocratie, et croient à un premier coup d’arrêt du néolibéralisme. J’avoue que je suis perplexe, et je ne pense pas que cela se passera pas de cette manière. « Ce serait trop beau », comme on dit. En revanche, ce que l’oligarchie transnationale ne pourra jamais contenir et instrumentaliser, c’est la colère commune de tous les peuples qui est en train de se former : la mondialisation de la rage.

 

Samuel Moleaud.

 

 

(1)http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/01/libye-kadhafi-s-accroche-malgre-les-pressions-croissantes_1486998_3212.html#ens_id=1481986

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 14:18

 

 

 

democratie-pancho.gifEn cette époque formidable où les cerveaux semblent, en apparence, être en train de se libérer collectivement du joug de leurs oppresseurs, il y a comme une bourrasque d’espoir qui décoiffe un petit peu la longue et fine chevelure de l’oligarchie financière. Nombre de militants contestataires évoquent une pomme pourrie, ou une tumeur qui s’est généralisée pour traiter des effets de la globalisation marchande sur la planète. Les soulèvements populaires actuels provenant d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont-ils alors le début d’une lourde chimiothérapie contre l’impérialisme néolibéral ? Les peuples oppressés auraient, d’un coup, pris collectivement la décision de s’affranchir de leurs maîtres illégitimes ? En ébullition, en lutte collective contre leurs despotes soutenus par l’oligarchie néolibérale, ils feraient leur révolution démocratique ?

 

Oui et non, dira-t-on. Non, car comme quand passe un ouragan surpuissant, la tempête fait des dégâts, les arbres tombent mais les mêmes repoussent toujours à la même place. Oui, car les consciences sont lentement en train d’accumuler une hargne insurrectionnelle contre la tyrannie qui les assassine. En observant avec stupéfaction que contre toute attente, la rue peut vaincre face à la police du régime, et se forgeant l’idée commune qu’une même classe mondialement dominante empoche les profits sur le "dos" des classes dominées, aussi diverses soient-elles. C’est un phénomène nouveau, que ces soulèvements "réussis" fassent boule de neige en dépit d’une même problématique : la globalisation économique qui pendant des décennies, a placé ses rejetons néolibéraux à la tête des pays "pauvres" pour s’en servir de succursale, et les crises systémiques, qui mondialisent aussi les mêmes problématiques (pauvreté absolue et relative, chômage, précarité, inflation, répression, liberté d’expression désuète, profit colossaux des élites…on connaît aussi ces problèmes en Europe...).

 

Ce papier ne se perdra pas dans de longues descriptions de la manière dont tourne (mal) le système amené de par son engrenage meurtrier à ses crises cycliques pour se remodeler et se concentrer en permanence. Je vais faire court : nous lirons dans cette décennie la fin d’un chapitre dans le livre de la barbarie capitaliste. Est-ce à dire pour autant, que nous pouvons prédire sa mort ?

 

Il y a fort à penser que la saine révolte actuelle du « Monde Arabe », après les révolutions démocratiques de l’Amérique Latine, lance le message à tous les opprimés de la planète que la rue peut vaincre sur un gouvernement clanique, despotique, autoritaire et répressif. Mais est-ce que la chute des régimes tyranniques va emporter avec elle la fin de la dictature des marchés ?  Nous pouvons faire confiance aux oligarchies de l’Occident pour trouver un système d’autodéfense adaptatif au nouvel ordre social qui s’impose.

 

-Israël, entouré de pays démocratiques ?

 

Demandez à un chat domestique de laisser vivre une souris, car il a suffisamment à manger pour ne pas la tuer. Demandez aux États-Unis et Israël de laisser un régime démocratique, respectueux du peuple (pourquoi pas d’économie sociale, fondée sur le partage et la taxation des échanges commerciaux), s’installer dans une région où l’Occident implante ses consortiums d’entreprises pétrolières. Comment Israël pourrait-il garder sa politique ultranationaliste et concentrationnaire sur Gaza si tous ces pays se "démocratisent" (1) ? En clair, je suis persuadé que les cerveaux qui seront mis à la tête des pays suite à la transition démocratique feront moins le jeu du peuple que celui des banques et multinationales privées occidentales. Comment croire qu’en Égypte, la nomination au pouvoir intérimaire de Mr Souleiman, (qui est pro-sioniste, et favorable au mur qui enclave la bande de Gaza), changera la politique étrangère de ce pays, et respectera la "révolution" du peuple, annonçant des élections libres, mais n’ayant soit disant pas l’ambition de se porter candidat ? Comment croire que cette "révolution" médiatisée, soutenue par les seigneurs occidentaux amènera à la "démocratie" ? La retranscription d’une conférence tenue par Noam Chomsky explique à merveille la façon dont nous sommes dupés par la toile de fond de ces évènements récents. La trame, ce n’est pas le nom du chef de l’État, mais le contrôle des ressources.

 

Israël est un État agressif à la solde des États-Unis, qui n’a aucun intérêt à ce que ses voisins ne deviennent autre chose que des dictatures alliées. Selon N. Chomsky, dont je ne peux que partager l’analyse, accepter et laisser des gouvernements respectueux du peuple, donc anti-impérialistes et antisionistes, relève du suicide, et marquerait la perte de l’hégémonie israélienne dans la région. L’auteur pousse même jusqu’à affirmer que cet État ultranationaliste (dont la xénophobie obtient l’assentiment du peuple) irait même jusqu’à déclarer la guerre à tous ses voisins qui ne s’aligneraient pas : Hamas au Liban, Iran, Égypte, si la transition démocratique ne va pas dans le sens du gouvernement de Netanyahou. Son opinion est plus que pessimiste quant à l’avenir de cette région, puisque ce pays atomique pourrait aller jusqu’à s’autodétruire pour mourir collectivement en martyrs. Ce n’est qu’une opinion, une analyse. Mais si ce scénario est vrai, cela en dit gros sur la façade visible du prisme multiforme de ces "révolutions", que je qualifie d’instrumentalisées à la sauce impérialiste.

 

-Ne cédons pas à la propagande médiatique visant à faire croire à la Révolution démocratique.

 

Je l’ai déjà écrit, il y a quelques mois, ces régimes étaient vus par les valets de la presse comme des régimes modérés et fréquentables. Depuis mi-janvier, ce sont des dictatures autocratiques qui se démocratisent. Le vocabulaire médiatique a changé. La mafia du capital fait son business. Elle élimine les mauvais payeurs, se retourne contre les anciens amis vus désormais comme des traitres, les laisse pour morts, et elle s’organise avec d’autres cartels. Voilà à quoi ressemblent ces "révolutions" : un tour de passe-passe pour la sauvegarde de l’ineffable Nouvel Ordre Mondial et la croissance de l’économie de marché. Il serait difficile de renflouer nos PIB sans l’économie du pétrole, si ces États du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord étaient souverains sur leurs ressources, voir même s’ils nationalisaient leurs entreprises... Revenons à nos moutons, un mot sur la démocratie…

 

Quelle tristesse de constater que même les militants de gauche, ceux de la gauche de la gauche y compris (terme devenu à la mode pour éviter le dangereux médiatique "extrême-gauche", terme polysémique impossible à définir depuis que les organisations partisanes ont supprimé de leur organigramme la lutte des classes pour devenir rentables électoralement). Quelle désolation, dans le concert collectif de la propagande médiatique dépourvue d’analyses donnant sens aux choses, de voir ces gens qui réfléchissent à une société future qui serait meilleure, scander démocratie, sans même savoir ce que c’est. Non, pire, en cachant ce qu’elle est par manque de temps dans la maîtrise de l’agenda.

 

J’introduis mon propos en répétant que les journalistes qui publient, les conseillers politiques qui écrivent les discours (du Front de Gauche au FN) ont tous fait des études de science politique ou administrative. Ils savent pertinemment que le terme "démocratie" est un moule géant qui revêt plusieurs formes, plusieurs sens, et même plusieurs expériences par le passé…qu’il serait trop long hélas d’exposer ici dans le détail. A ma connaissance, nous vivons dans une démocratie (le papier ne refuse pas l’encre) représentative d’inspiration libérale. Mais il existe aussi la démocratie directe, participative. Le régime présidentiel, parlementaire. La démocratie fonctionnant sur le fédéralisme, l’État unitaire (dé)centralisé. Il y a aussi le suffrage censitaire, universel direct, le vote à main levée… Toutes ces composantes ne donnent évidemment pas le même aspect à la démocratie, et les composites de nos régimes tant souhaités et exportés comme religion (héritage aussi triste que fascinant de la théorie positiviste d’Auguste Comte, où le modèle de démocratie occidentale doit être exporté à tous les pays pauvres) ont été bien finement sélectionnés par les élites libérales du siècle des Lumières.

 

En réclamant la démocratie vue dans le sens commun, les gens de gauche acceptent la propagande médiatique actuelle qui voit la démocratie néolibérale des élites comme une religion, la première des vérités...Passons. Ils acceptent aussi la non-participation des citoyens aux affaires publiques, ainsi que le jeu républicain des élites socialement sélectionnées.

 

La démocratie telle qu’on la scande de nos jours, fut érigée définitivement en 1776 aux États-Unis contre le peuple, par notables, aristocrates et banquiers, pour contenir les révoltes de la foule, afin d’éviter que celle-ci ne prenne le pouvoir politique et économique. (Dixit Howard Zinn, et tant d’autres.) Si au départ, les entreprises étaient dévolues à fournir les infrastructures nécessaires à la population, dans le respect du bien commun, le quatorzième amendement de 1865 attribuait la personnalité juridique morale aux entreprises, et leur permettait de passer des contrats, intenter des procès, et faire du profit au même titre qu’une singulière personne physique (2). Cent cinquante ans après, c’est cette logique alliée à la nécessité de rentabilité et de compétitivité qui s’est imposée aux États, dans un contexte géopolitique belliqueux, où aucune régulation n’est possible sur les échanges multilatéraux. Des relations multilatérales en théorie, d’États égaux entre eux selon la mafia réaliste des relations internationales, qui sont unilatérales, entre les puissants. Une institution qui s’est retournée contre son créateur, un bolide sans pilote qui se dirige droit dans un mur. D’où cette myriade de contestations éparses depuis peu : les peuples commencent à prendre conscience de l’infâme pot-aux-roses qui se cache derrière leurs vies d’Hommes serviles.

 

La démocratie, la seule où le peuple dirige et prend des décisions publiques de manière collective, ce que les pseudos démocrates nomment la démagogie ou le populisme pour s’en laver les mains, est celle du « pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple »... Elle est directe et participative. Le vote s’effectue à main levée, dans un État fédéré aux communes semi-autonomes. Elle est souvent associée à de la démagogie, car populaire, donc socialisante, elle n’est pas souhaitable par les rédacteurs bourgeois de la théorie des régimes. Le gouvernement démocratique doit être composé des acteurs intéressés de la société civile, et non des membres de la classe dirigeante et possédante. C’est, à mon sens, ce type d’État social et civil qui permettrait d’instaurer une réelle démocratie. Mais l’ordre économique et géopolitique actuels ne risquent pas de permettre cela. Le régime actuel est vu comme "Représentatif", c'est-à-dire représentant les masses qui, dans l’impossibilité de gérer les tâches nationales, délèguent à leurs élus les pouvoirs locaux ou centraux, mais c’est Sieyès et ses amis de la bourgeoisie aristocratique (anti monarchiste, révolutionnaire de 1789) qui ont opté pour la représentation du peuple par une élite capable et éclairée, car il était dangereux que le peuple gouverne lui-même. La démocratie représentative libérale, est un moule juridique destiné à protéger la bourgeoisie, la loi, la propriété privée et les inégalités sociales. (Depuis les écrits de Montesquieu)

 

Les "révolutions" du "Monde Arabe", n’en sont donc pas. J’entends d’ici hurler que cet article est une insulte aux gens qui payent de leur vie sous les balles policières leur mobilisation, une insulte à l’éveil d’un peuple qui parvient à lutter pour sa liberté. Une révolution est la destruction collective du socle institutionnel précédant la révolte, avec non seulement le changement du corps gouvernemental, mais aussi celui de la Constitution. Ce n’est pas seulement une lutte pour un changement de président. Comment peut-on célébrer une révolution lorsque les élites et les chiens de garde du pouvoir impérial capitaliste du monde entier se félicitent et cautionnent ces chutes de têtes tombantes ? Les oligarques se féliciteraient tout d’un coup des aspirations de la société civile ? Comment caractériser une révolte autorisée par l’armée pour changer la tête du chef d’État ? C’est un tour de passe-passe mafieux.

 

Autrement dit mais vous m’aurez compris, quand les élites applaudissent une révolution, je pense qu’il faut se méfier et regarder ce qui se trame en coulisse. Car on n’entend que peu d’applaudissements, par exemple, à propos de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, encore moins de Cuba ou de l’Iran...Pire, les médias à grand public insistent sur les dysfonctionnements (inflation, partis d’opposition financés par les États-Unis, émigration vers des pays libéraux) au lieu de parler des progrès sociaux (économie sociale et solidaire, prohibition constitutionnelle d’un niveau trop élevé de profits, hausse du niveau d’éducation, amélioration des systèmes publics de santé, agriculture raisonnée, souveraineté alimentaire, gestion publique des transports, nationalisations permettant emplois, régulation des prix).

 

Revenons au "Monde Arabe et Musulman" (entre guillemets, car c’est une catégorie qui n’a aucun sens, parle-t-on d’un "Monde Catholique", d’un "Monde Juif" ?). Peut-être pourrions nous alors parler de soulèvements, luttes à la base immensément saines de peuples réveillés du Maroc au Bahreïn, mais insistant sur le fait que ces révoltes sont instrumentalisés pour trouver de nouveaux débouchés à l’ogre déifié du Capital ?

 

                Dans l’engouement que véhicule cette vague de contestation, l’on se prend à rêver à raison que celle-ci traverse la Méditerranée. Mais transposé à nos frontières, même si la longévité du mandat de nos gouvernants politiques est moindre, (tant les problèmes économiques et sociaux se ressemblent), je fais le pari que la colère collective s’accommoderait sans complexe de voir remplacer Nicolas Sarkozy par DSK, pensant avoir du changement : un mouvement social d’envergure nationale détourné au profit des classes sociales favorisées. Comme en 1789, 1830, 1848, 1870, 1968… J’ai peine à croire à la non-instrumentalisation d’une Révolution citoyenne, socialiste et démocratique. Néanmoins, un choc frontal violent est en train de se préparer entre les sociétés civiles et les détenteurs du pouvoir.

 

(1) http://www.legrandsoir.info/La-sauvagerie-de-l-imperialisme-etats-unien-3.html

(2) Documentaire sur l’histoire de l’entreprise et son rôle : The Corporation,

http://www.youtube.com/watch?v=0ZmQ-YL63fM

 

Samuel Moleaud.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:00

 

 

tunisie-egypte-iranI/ Réveil amer des élites : un vent de révolte populaire fait trembler les chaumières.

 

Le réveil sonne. Un peut trop tôt, mais c’est toujours trop tôt quand il faut ouvrir les yeux. Hier, on s’est bien gavés quand-même. Grosse soirée, j’me suis encore fait un max de flouze. Les kilos de coke importés d’Amérique Latine par mes esclaves ont bien galvanisé le sentiment de puissance à l’assemblée de la petite tablée luxueuse. On a bien ri, la fête semblait interminable, nous étions entre nous, comme on dit. J’ai rincé tout le monde à vue, mais bon, c’est de la bonne came, et je suis sur qu’ils reviendront demain.

 

Je peine à ouvrir les yeux pour lutter contre la sonnette d’alarme dont le vacarme strident me perce les tympans, et l’angoisse de la redescente se fait sentir, ainsi qu’une sèche gueule de bois qui m’obligera à m’adapter à ce jour nouveau qui s’annonce.

 

Hier, c’était comme dans un rêve. Nous étions libres, et surpuissants contre quiconque viendrait gâcher la soirée. D’autres, trop pauvres pour se payer l’entrée au club privé n’appréciaient pas la fête, restés dans le froid, sur le perron de la porte blindée. Ils crevaient de faim ou de soif et, bien qu’ils nous aient fournis nos doses de coke pour mille ans, nous ne pouvions que passer outre leur révolte, et savourer le moment présent. De toute façon, nous avions cerclé le quartier de nos chers collaborateurs Médias, Police, Armée et Justice.

 

Une fois le poker lancé, voilà que Mrs Néolibéralisme et Oligarques faisaient leurs premières mains. Quinte flush royale, carré, full, et couleur successifs terrassaient pour de bon Mr Environnement, Mmes Démocratie et Liberté, qui étaient alors obligés de mettre au milieu de la table tout leur tapis. Voilà comment se déroulait le jeu pendant des décennies : Néolibéralisme et Oligarques faisaient le jeu, pendant qu’Environnement, Liberté et Démocratie étaient les perdants réguliers, soupçonnant les premiers d’avoir présélectionné les cartes du flop. Quel culot de porter de telles allégations ! Quelle calomnie !

 

Quand soudain, et l’on ne sait pourquoi, sans doute une excessive envie de rentrer au club privé, Société civile, Solidarité et Socialisme, restés dehors, commencèrent, à l’abri des chiens de garde médiatiques et policiers, à tailler une brèche dans la porte blindée. Je vous jure, ils étaient vraiment nombreux, et survoltés.  

 

-Néolibéralisme : « Diantre ! Une révolution ? Dis-moi, parrain du FMI, vont-ils nous piquer tous nos jetons s’ils parviennent à rentrer ?

 

-Club des oligarques : « S’ils avaient pu faire une révolution, ils auraient fait exploser le bâtiment, on aurait cramé avec. Ils vont juste troubler un peu la fête. Lâche du lest, camarade. S’ils jouent bien, le risque zéro n’existe pas. Mais je doute de leurs capacités à jouer bien. La question à se poser, c’est surtout vont-ils déceler nos méthodes de manipulation du jeu ? Mais laisse les rentrer quand-même, plus il y a de jetons, plus les joueurs ont l’illusion de jouer un rôle dans la partie, et plus nous sommes riches et puissants ! Et puis, n’oublie pas que nous socialisons les pertes, c’est déjà ça ! (rires) ».

 

-Néolibéralisme : « Ouais mais ils vont payer leurs dettes ? Et nos avoirs, dans les paradis fiscaux seront en danger s’ils renversent le déroulement du jeu… »

 

-Club des oligarques : « N’aie craintes, les Médias et la Police politique font bien leur travail. Il faudra les remercier, d’ailleurs. »

 

            Une paire d’heures plus tard, à peine, et sans que les parties aient pu négocier des arrangements, voilà que les troubles fêtes ont mis le feu à la salle de jeu ! Avec soit disant comme motif, qu’ils ne mangeaient pas, qu’ils voulaient décider pour eux-mêmes ce qui est bon ou pas, et s’exprimer librement. Enfin, n’importe quoi, en somme. Pourquoi faire cela quand on leur jette les miettes des restes du gâteau à chaque soir. Ces mécréants ont vraiment l’art de critiquer la main qui les nourrit, c’est vexant.

 

Alors bon, sans trop détailler, nous avons opté pour la « négociation interposée » : avons fait mine de s’incliner, en délocalisant l’espace de jeu dans le quartier voisin, plus calme. Plus docile. Dans le quartier voisin, ils travaillent pour nous et ne demandent pas plus de bakchich. En espérant que ce ne fut qu’un malheureux incident. Les médias et la police sont actuellement sur le pied de guerre pour faire croire que le jeu reste transparent, et « démocratique », comme ils aiment à le matraquer, et si tout se passe bien, on remet ça ce soir. Non mais quelle insolence ! Et maintenant, ils voudraient que je quitte la ville ! Moi, je mourrai ici. Mais avec une telle gueule de bois, j’aurai du mal à rentabiliser mes actions pétrolières en Afrique du Nord, moi. Celles sur le canal de Suez se sont effondrées ce matin, à cause de ces gens qui s’entretuent pour avoir le droit de voter pour nous. Ce n’est pas gagné.

 

Ces espèces de bêtes décharnées par leur servilité, dont la colère collective à l’emporte pièce fait qu’ils se mettent en pièce pour une misère de pièces, me laissent de marbre. Heureusement que Barack, Hillary, Silvio, DSK et Nicolas me soutiennent en privé (leurs annonces publiques ne sont pas sincères), j’avais vraiment l’impression d’être une crevure de première à écouter ces incapables populistes.

 

Au téléphone, ils m’ont conseillé d’annoncer des réformettes sociales et politiques en me disant que j’avais jusqu’à septembre pour redorer mon blason. Pourquoi pas. Et puis ensuite, je mettrai des potes à la place. Dommage que Michèle Alliot Marie n’ait plus le droit de proposer ses doux et chaleureux services à la française depuis le scandale de son discours répressif relatif à notre pote Ben Ali. Car je n’aurais pas été contre. Ils sont quand-même stupides, ces manifestants, à croire que changer la tête d’un régime sans changer les institutions va leur apporter la liberté. C’est comme remuer une épée dans l’eau. Ca fait des vaguelettes, mais ça se calme ensuite. Ah tiens, le téléphone sonne…

 

-Hosni : « Allô ? Ah, Dominique ? Dis-moi, je sais qu’on s’est vus hier, mais je m’inquiète un peu. Toi qu’on appelle le socialiste économiste hors pair du FMI, on en est où sur la facture de la révolte de mon entrepr…pays ? »

 

-DSK le socialisto-criminalo-capitalien : « Ben déjà, toi, tu coupes Internet dès la première semaine. Grossière erreur qui t’as coûté 90 millions de dollars (1). Je sais bien que c’est le peuple qui paye, mais bon…Et puis selon les bourses arabes, il y a eu 49 milliards de dollars de pertes entre le 25 janvier et le 31 ! Eh Hosni, c’est bon pour nous ça ! Tu vas pouvoir imposer un programme d’austérité quand tu seras sorti de ta petite crise passagère, pour rembourser le prêt que je vais te faire, et les ajustements structurels sur le peuple vont payer la facture aux marchés. »

 

-Hosni : « Ah ouais quand-même. Pour une fois, ils se montrent dangereux. S’ils espèrent que je ferai comme Ben Ali, ils peuvent toujours courir.»

 

-DSK : « Ben je peux te dire qu’ici, à New-York, on commence à bien flipper. Surtout qu’à Sanaa, au Yémen, ils commencent à chahuter leur trône. Heureusement, les médias américains et européens n’en parlent pas trop, mais l’Algérie vacille aussi. Si tu tombes sans héritier, tu le sais bien, ce sera dur pour nous de garder le contrôle dans la région. Et puis il y a Israël… Car c’est tous les arabes qui vont se révolter. Imagine un avenir où le peuple décide, où la Palestine est un État souverain, et où les États-Unis n’ont plus de paillasson pétrolier dans cette région riche en Or Noir ? Impensable ! Heureusement que les manifs sont sans danger pour le pouvoir des hommes politiques.

 

Tu dois annoncer la transition, pour faire croire aux gens que tu les écoute, et continuer à rendre compétitives Exxon Mobil, GDF Suez, Unilever, et BMW qui sont présentes dans ton pays (2). Ici, les médias ont ordre d’annoncer que ta chute provoquerait une recrudescence de l’islamisme radical pour camoufler notre besoin d’hégémonie. La religion comme camouflet de l’économie, ça fait bonne recette. Mais à cause de ton peuple, les gauchistes du monde entier prennent les populations du Maghreb comme un exemple, et pensent à en faire de même…ce n’est pas bon du tout ça.»  

 

-Hosni : « Si je quitte le pouvoir, ils seront contents, et on pourra assurer une relève souhaitable… »

 

-DSK : « Je ne t’apprendrai pas l’adage "Le roi est mort, vive le roi". Le libéralisme, c’est l’avenir. Les peuples ne s’en rendent pas compte. Je te rappelle en fin de semaine, mais j’ai des amis de la CIA et des banquiers qui sont prêts à gérer ton dossier. Les gens n’y verront que du feu. »

 

II/ Que se trame-t-il derrière ces révoltes acceptées par les puissances impérialistes ?

 

Il est vrai qu’un vent d’espoir souffle depuis mi-janvier aux portes de l’Europe capitaliste : l’Afrique du Nord montre à tous les peuples opprimés dans le joug néolibéral comment faire pour virer un dictateur. Même les médias impérialistes (Le figaro, Le Monde, Libération, L’Express etc, etc) se sont maintenant accordés pour scander haut et fort une halte contre les dictatures maghrébines, quand celles-ci étaient des régimes «modérés », du temps où ces « dictateurs » servaient les intérêts des élites occidentales. Un vent d’espoir pour nous autres. Mais qu’y aura-t-il après le Grand Soir du « monde arabe » ?

 

Une question : qui, quel organisme, quelles institutions ont intérêts à laisser l’armée fraterniser avec le peuple pour virer ces despotes, désormais jugés infréquentables ? Cela ressemble à un effet Saddam Hussein. L’Occident traite et signe des accords juteux avec les dictateurs pendant des décennies, et tout d’un coup, il les lâche, lorsque le citron est bien pressé. Lorsqu’il n’y a plus de business à faire. Ou lorsqu’ils servent d’appât médiatique à un autre business. Les révolutions tunisienne et égyptienne portent un immense espoir à nombre de militants sous nos latitudes, celui que la rue peut gagner contre un pouvoir autoritaire, malgré un lourd prix à payer de centaines de morts. Une leçon que nous ferions bien d’apprendre pour l’appliquer. Mais les élites oligarchiques ont du tirer leur épingle du jeu depuis, en s’assurant que le chaos à venir, ou la fausse stabilité politique apportée par la future équipe politique leur perpétuera des profits colossaux.

 

Dans nombre de pays, (Venezuela, Bolivie, Viêt-Nam des années 1960, Cuba, l’Iran plus récemment, et bien d’autres), les révolutions anticapitalistes ayant réussi entraînent l’intervention militaire des États-Unis, ou bien leurs incursions diplomatiques agressives (financement des partis d’opposition, armement des groupes paramilitaires «d’autodéfense» d’extrême-droite, espionnage militaire, déstabilisation volontaire, voir invasions, guerres, et bombardements). Pourquoi les révolutions nord-africaines sont-elles, ce coup-ci, soutenues ? Du moins, pourquoi laisse-t-on faire la rue ? Les pouvoirs économiques et politiques ont-ils une jouissance maladive du chaos, laissant sombrer leur barque par cupidité et par folie financière, voyant que la vente d’armes explose dans un pays instable politiquement ? Dans un sens, croire que l’idéologie néolibérale est en train de vaciller est probable, mais dire qu’elle est morte serait une erreur : elle triomphera encore plus de ce brasier qui se déroule à deux-mille kilomètres de chez nous. Cet art de cacher les ambitions derrière une illusion de changement démocratique, proféré à merveille par la verve intarissable des diplomates experts en théorie réaliste des relations internationales, est plus fort que les révolutions populaires, c’est le pilier central de l’Empire : on appelle ça la propagande.

 

J’ai le sentiment que cette Révolution n’en n’est pas une, et que l’on nous cache quelque chose. Comme d’habitude. Car il y a fort à penser que les élites capitalistes de la planète salivent abondamment de la démocratie libérale qui va succéder aux « anciens » régimes.

 

 

 

(1) http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-une-coupure-d-internet-estimee-a-65-millions-d-euros-pour-l-egypte-32812.html

(2) http://fr.transnationale.org/pays/egyp.php

 

 

Samuel Moleaud.

 

 

Lundi 7 Février 2011.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 20:13

 

 

 

Journ_e_sans_achat-crise.jpg« C’est de l’ignorance de nos droits, que l’arbitraire tire sa plus grande force. » Cette phrase de Denis Langlois, écrivain français pacifiste et observateur judiciaire de plusieurs procès politiques en Grèce, Espagne, Algérie, Koweït, Mali, résume à elle-même ce qui nous attend à l’avenir : si la population continue à fermer les yeux, dans un sommeil hypnotique sur la manière dont elle se fait piétiner ses droits par les sbires qu’elle croit avoir élus, nous n’auront en retour que le bruit des bottes, le vacarme policier des coups de matraques distribués gratuitement sans distinction, et la mise sous verrou de toute contestation. Et la terreur généralisée, conscientisée, intégrée par tous et perçue comme normale. Il sera bientôt trop tard pour faire marche arrière, lorsque nous penserons, exaspérés, à ce que fut le temps où nos existences pouvaient encore se laisser aller à des actes non conformes et des pensées subversives.

 

            Il y a une atmosphère si nauséabonde au bal des clowns médiatiques dirigeants nos temps contemporains, théâtralisant la politique en toc, où chaque fait divers est le prétexte à un durcissement des mesures répressives, que pour la première fois de son Histoire, c’est l’Humanité toute entière qui se trouve enrôlée de force dans une guerre sociale mondiale, attaquée de toutes parts, comme un virus colonisant les cellules viables du système immunitaire. Et cette Humanité déshumanisée a moult raisons d’être inquiète. Et gravement en colère. Seulement le problème, c’est que comme dans tout conflit perdu d’avance, elle n’a pas encore conscience d’être en guerre, et pense être en paix relative depuis 1945 (sauf les peuples d’Amérique Latine, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie du sud-est…). Pire, les Êtres les plus manipulables, et les classes anciennement dominées et conscientes de l’être, en arrivent à fournir leur consentement à un rouage néolibéral finalement perçu comme acceptable (puisqu’il ne les oppresse plus). Les fils d’agriculteurs, d’ouvriers, de petits commerçants qui parviennent à gravir les hauts échelons grâce au système universitaire, grossissent les rangs de la petite bourgeoisie, et deviennent ainsi acteurs de la « violence symbolique ».

 

Dans la violence structurelle tout autant cachée que dangereuse de la clase possédante mondiale, qui consolide ses pouvoirs et ses incursions économiques néocolonialistes contre 5.5 milliards d’êtres humains, la vie humaine et ses frontières sociales ne comptent guère. D’ailleurs, quelle vie ? La plupart des gens sont déjà morts de faim ou esclaves de la tyrannie des banques au moment où ils voient le jour. La naissance libre et égale en droit, est une honteuse chimère philosophique, qui a du, somme toute, être rédigée par un notable, aristocrate, banquier ou riche propriétaire du 18ème siècle. Non, désormais, seuls comptent les agrégats monétaires, il faut de la croissance à tout prix, des chiffres en hausse sur les tableaux des places boursières, et le dogme vénéré de la performance en pilotage d’entreprise, de l’intelligence économique et des guerres propres à frappes chirurgicales. Finies, et ce n’est pas né de la dernière pluie acide, les valeurs de partage et de respect humain respectées autrefois par les États (et qui pourtant étaient portées par la Religion). L’oligarchie ambiante, qui est même prête à ruiner jusqu’à l’extrême pauvreté ses confrères capitalistes si les profits sont juteux, n’a aucun principes moraux, dévaste tout sur son passage, et est en passe (si ses agissements continuent encore longtemps, ce que je doute) d’anéantir toute vie sur Terre. Si dix mille euros sont sur la table de poker, c’est tout-de-même préférable que ce soit un ou deux qui se partagent le butin, plutôt que les dix joueurs qui sont attablés. Jean Ziegler rappelle que les 500 entreprises les plus puissantes ont contrôlé 52 % du produit mondial brut (en 2004).

 

I/ De la décroissance à la simplicité volontaire, un altermondialisme raisonné.

 

decroissance.jpgNous vivons, nous le savons, au temps où l’entreprise doit prospérer. En tant que personnalité morale, elle a plus de valeur qu’un simple humain, doit tirer profit de son activité florissante, et doit être compétitive pour étendre ses conquêtes. Une entreprise (de grande envergure) fonctionne comme un Empire : elle s’implante, s’impose, met en place une politique d’expansion et de conquête d’un marché concurrentiel, s’adapte à son environnement pour mieux l’asservir, organise son plan de propagande commerciale, elle place devant notre œil des panneaux publicitaires tels des soldats brandissent un drapeau après chaque conquête militaire, elle enrôle des salariés pantins qui salueront sa gloire au prix des gouttes de sueur dégoulinantes de force de travail surexploitée, et enfin, elle colonise petit à petit les espaces de production qui autrefois appartenaient à d’autres, en bâtissant filiales et synergies. D’ailleurs, ne dit-on pas « servir les intérêts d’une entreprise », et « Empire économique » ?  La seule chose qui importe, est que tous les individus consomment sans conteste les produits mis abondamment sur le marché par ces entreprises, ce à des coûts de production optimisés, qui soient les plus faibles que possible. Tiens d’ailleurs, si cette optimisation sous contraintes pouvait se faire grâce à du travail non rémunéré, ce serait pas mal (les capitalistes et le Medef aussi, sont utopiques…). Si la consommation stagne avant de stopper, c’est qu’il y a des prémices à la chute de l’Empire.

 

Cependant, l’empreinte de l’entreprise est invisible, calfeutrée derrière le circuit économique et ses aléas monétaires. Dans ce paysage déstructuré, chaotique où la patrie, l’enrichissement matériel personnel, et le lucre prédominent sur l’amour pour l’humain et son prochain, la stratégie de lutte à adopter n’est donc pas la résistance par la prise des armes (puisque ce n’est plus l’Homme qui tue, mais les institutions qu’il a mises en place), mais la résistance par la non-consommation de ces choses que le sens commun appelle désormais « biens matériels et immatériels ». Non-consommation, vous dites ? Encore un extrémiste bobo de la décroissance altermondialiste qui pollue la Toile de ses palabres paradoxalement tenues, internet à l’appui, et ordinateur destiné à polluer les rivières chinoises lorsqu’il sera désuet !

 

Non, faire l’apologie de la décroissance pure et parfaite, où l’individu militant des temps modernes se refuse à utiliser voiture, et nouvelles technologies sous prétexte qu’elles sont polluantes, dans sa perspective de lutte contre l’ordre établi, me paraît être une bourrasque contreproductive contre un moulin à vent. Parce qu’un boycott personnel n’empêchera pas les grands cartels de la consommation outrancière de remplir leurs étalages, on ne doit pas avoir à culpabiliser de consommer des produits issus des grandes multinationales, se lamentant d’avoir rempli les statistiques de la demande globale des entreprises ! Évidemment, ce n’est pas en stoppant personnellement la consommation de Mc Donald’s ou de Coca-Cola que l’Empire marchand tombera. Cet acte individuel, au mieux, et c’est déjà ça, ne pourrira pas plus l’organisme de produits sucrés et cancérigènes. Évidemment, les vêtements que l’on porte, achetés à bas prix, importés des antipodes de nos frontières, ont été fabriqués par femmes et enfants rémunérés si faiblement qu’ils n’ont qu’un dollar par jour pour vivre. Et nous ne voyons pas les liens existants entre la marge commerciale sur le paquet de café pris chez Carrefour, et le faible niveau de vie des producteurs d’Afrique subsaharienne.

 

Je pense qu’une bonne alternative à tous ces rouages consiste à réfléchir chacun de notre côté à ce qui est bon pour nous. Schématiquement, nous sommes tous capables de le faire, et n’importe quel être normalement socialisé n’ira pas se saborder en affirmant qu’il n’est pas capable de réfléchir par lui-même. Et pourtant, le système dont on se plaint reste autoalimenté de toutes parts par ce manque collectif de réflexion et de pensée critique; il se renforce, se nourrit d’un consentement inconscient rétribué par l’acteur-électeur, comme si, conscient de son aliénation, l’opprimé demandait à ce que son maître lui double son temps de travail enchaîné.

 

-Une consommation primaire, résistance pour la simplicité volontaire.

 

Dans ce royaume de la fausse abondance, où la culture du rêve à bon prix nous plonge dans un océan de frustrations ou de convoitises les plus malsaines, les écarts entre l’accumulation et la rareté se creusent. Sans tomber dans la prose de l’ascétisme, où vouloir que tous aient une vie dénuée de tout superflu, visant le bien-être et le bonheur par la détermination de ce qui est essentiel, ne peut qu’amener à une catégorisation arbitraire de ce qui est superflu, essentiel et de ce qui ne l’est pas, nous pourrions au moins repenser nos modes de consommation. En Occident, la surconsommation, en plus de pérenniser la puissance des grandes entreprises et des banques, contribue à la destruction des écosystèmes et au saccage de la planète. L’offre a depuis longtemps surpassé la demande, et bien que les déchets soient recyclés, les emballages plastiques et le conditionnement des produits est démesuré.

 

Dans tous les pays où sont implantées les grandes entreprises françaises, (Total, Areva, Veolia etc…), les fleuves et les eaux sont pollués, les sols sont infestés de polluants chimiques, et l’air devient irrespirable par les fuites de gaz générées pour l’extraction des matières premières. Le taux de cancers chez les animaux du à la pollution des grandes industries a explosé ces vingt dernières années, à un tel point que certaines espèces sont menacées de disparition. L’espérance de vie en bonne santé de l’humain est en passe de se trouver pour la première fois depuis soixante ans en diminution à cause de la consommation répétée des produits issus de l’industrie agroalimentaire. L’ingérence de médicaments chimiques n’a pas encore montré tous ses effets destructeurs sur l’organisme, mais le lobbying de l’industrie pharmaceutique est pourtant en train, grâce à l’Union Européenne, de remporter un coup de force monumental sur la commercialisation des produits de phytothérapie (1). Une directive européenne qui imposera dès le 1er avril 2011 (non, ce n’est pas un poisson d’avril) aux producteurs de médicaments issus des plantes naturelles d’être soumis aux mêmes contrôles que les entreprises productrices de médicaments chimiques, ce qui risque d’avoir pour conséquence dangereuse la suppression des médicaments naturels, vu que les laboratoires de médecine naturelle ont infiniment moins de fonds que les multinationales de la pharmaceutique pour payer la facture des instituts de contrôle.

 

Bref, quand les lois protègent la grande industrie, l’on a du mal à concevoir à quoi sert un sommet international sur le changement climatique à Copenhague ou je ne sais où, où d’ailleurs, est oubliée l’imminence de la crise écologique. Dans le même temps, les médias nous occupent l’esprit avec des futilités telles que les chutes de neige qui sèment la pagaille en Ile de France, nouveaux prétexte au déploiement de l’armée dans les rues, ou en se demandant qui de Martine Aubry et DSK passera le cap des primaires socialistes. En réalité, si l’écologie était le souci majeur des gouvernants politiques, c’est toute la chaîne de production et de consommation qui serait radicalement transformée, bien plus qu’un simple accord multilatéral sur l’émission de gaz à effets de serre. Mais cela fâcherait les dirigeants et actionnaires des cartels industriels, bien que la décision politique serait possible (la Bolivie et Cuba l’ont fait), cela incomberait le changement des élites pour le gouvernement du peuple, mon dieu qu’il serait dommage d’appliquer la démocratie. Alors, face à ce désarroi social, celui où le citoyen n’a qu’un pouvoir d’action réduit, la nécessité pour chaque acteur social, de vivre dans ce qu’on appelle la simplicité volontaire aurait infiniment plus d’influence qu’un bulletin déposé dans l’urne tous les quatre ou cinq ans, se dépossédant ainsi crédulement de son pouvoir sur l’Humanité auprès de malhonnêtes assermentés pour manipuler. Agir, donc, au lieu d’élire, pour une vie simple, sans consommation ostentatoire, basée sur la satisfaction des besoins primaires, et recentrée sur les valeurs humaines et sociales, apparaît comme un défi majeur de ce siècle. Tout comme il y eut les luttes ouvrières du début du 20ème siècle, les acquis du Front Populaire, du Conseil National de la Résistance, nous devrions relever le défi de la simplicité volontaire et de la décroissance pour éviter le chaos écologique au 21ème siècle.  

 

Évidemment, maintenant que nous avons tous été habitués ici à considérer comme normal le fait d’aller chercher au centre commercial des produits manufacturés, sans se demander d’où proviennent les articles que l’on achète, un tel discours sur la réduction de la consommation peut être considéré comme un appel à la privation.

 

Et c’est légitime, mais de tout temps, la possession démultipliée est la condition de notre propre déshumanisation : à force de vouloir acquérir toujours plus de biens, nous en oublions nos propres éléments, ceux d’évoluer en phase avec la nature et de s’y épanouir. L’Homme n’est plus un Homme, il est un robot articulé qui attend son heure en évoluant dans un univers de béton, d’acier, et respirant de l’air toxique. Le système actuel pousse l’individu à acquérir plus de choses qu’il n’a besoin. A manger plus que l’apport journalier demandé par son organisme. Or, comme rien n’est gratuit, cela passe par davantage de travail, pour avoir l’argent nécessaire à la satisfaction des nouvelles pulsions consuméristes. De la poudre aux yeux. Ainsi, même avec un salaire plus que décent, le consommateur insatiable qui flambe son salaire pour se sentir exister, se retrouve en situation de précarité à la fin du mois, il engrange du stress, et s’enferme dans la spirale marchande, quête illusoire vers plus d’argent. Pourtant, chaque objet acheté, ordinateur, voiture, téléphone, etc, n’est pas nécessairement voué à être renouvelé l’année suivante, et en vivant à hauteur de ses moyens, un smic amélioré peut même parfois suffire à « joindre les deux bouts ». Du travail pour avoir de l’argent et manger, plus de travail pour pouvoir avoir plus d’argent. Cela ne vous rappelle pas un slogan de 2007 ? Cet article ne lance pas la pierre à ceux qui trouvent leur bonheur à gagner de l’argent pour se faire plaisir en achetant, tant que cet argent n’est pas la part appartenant à autrui, pas plus qu’il ne prône un retour pour tous aux champs.

 

Mais acheter, renouveler régulièrement son matériel par du neuf, et du plus performant, relève-t-il, pour notre consommateur, d’une quête de bonheur, ou d’une pulsion pathologique que ce système économique nous inocule pour maintenir ses chefs de guerre dans leurs rangs ?

 

Plus qu’une morale à donner au lecteur, je n’en ai ni la prétention ni la compétence, ce papier voudrait ouvrir à réflexion pour jouir sans entraves d’une consommation raisonnée, dans une simplicité volontaire combattant un monde en guerre qui voudrait nous décharner de notre humanité. Une mondialisation des échanges qui soit purement fondée sur l’égale répartition des richesses, la justice sociale, et l’équité, pour que nous puissions tous nous réattribuer nos conditions d’Hommes libres. Enfin libres…dans la stricte mesure où nous ne cherchons pas à divaguer en dehors du cadre dans lequel nous sommes autorisés à évoluer ! Notre liberté s’étiole à mesure que nous prenons conscience de ce qu’elle est : un idéal à approcher que nous ne toucherons jamais du doigt.

 

II/ Pour un altermondialisme décroissant, une agriculture saine et raisonnée

 

            Quoi de plus normal que de grandes entreprises multinationales de l’agroalimentaire s’accaparent le marché des semences, commercialisent des céréales génétiquement modifiées, et exproprient les terres des petits exploitants pour en faire de grosses coopératives se gavant de subventions de la politique agricole commune (ou d’autres organisations de libre échange)? Quoi de plus logique que l’OMC ait imposé que les prix à l’importation soient lavés de toute barrière tarifaire, et que le prix des céréales soit régulés par la spéculation sur les matières premières des grandes agro-industries ? L’avenir de l’agriculture appartient davantage à la culture intensive et à l’économie d’échelle réalisée sur l’élevage industriel du bétail, qu’à l’agriculture vivrière peu nourricière, et à la mise en jachère des sols peu fertiles. Critiquer ce fait serait vouloir faire un énorme retour en arrière.

 

Ce n’est pas une citation, heureusement, mais certains hommes d’affaires doivent le penser. Et en matière d’agriculture, peut-être qu’un retour en arrière serait justement nécessaire, dans le sens d’un retour aux sources. Nous nous sommes tellement éloignés de la nature, qu’en habitat urbanisé, on en vient vite à ignorer le cycle de la nature, mangeant des tomates en janvier, des clémentines en juillet, et l’Homme citadin (en exagérant un petit peu), peut devenir incapable de faire pousser la moindre plante : quel intérêt, il ne la fait pas pousser, il l’achète à taille adulte.

La mondialisation, et l’importation de produits agricoles de hors saisons nous montre des immenses montagnes de fruits et légumes colorés, sans aucune tâche de pourriture ou de terre, ayant des formes bien sphériques. Sur les étalages des grands centres commerciaux, des beaux fruits et légumes, mais peu de goût. De plus, quel cynisme d’acheter des tomates du Maroc ou d’Espagne dans un cartel de la grande distribution, lorsque chacun peut en faire pousser sainement chez soi, ou lorsque moult producteurs locaux la cultivent. Non seulement les producteurs marocains (ou d’ailleurs) touchent un bénéfice à l’exportation bien moindre que ceux réalisés par la grande surface commerciale, mais en plus, le consommateur ne fait pas vivre les petits agriculteurs locaux, ses propres voisins, qui augmentent leurs prix en raison du manque d’affluence. C’est comme si j’étais viticulteur, et que je me rendais à l’épicerie de proximité acheter du vin californien, ou des raisins labellisés « Commerce équitable » ou « bio » de Chine (biologique, mais importé par avion brulant des tonnes de litres de kérosène) alors que j’en produis moi-même.

 

La plupart des trusts agroalimentaires ayant bonne presse justifient les inégalités mondiales d’accès à la nourriture par le fait qu’il n’y a pas assez de matières premières produites pour nourrir toute la population du globe. Alors, pour pallier à la crise alimentaire, ceux-ci étendent leur commercialisation de produits transgéniques dans les pays du Sud, soit disant pour supprimer les famines. Ceci est un immonde non sens, car l’agriculture familiale et durable pourrait nourrir le double de la population mondiale, c'est-à-dire douze milliards d’êtres-humains, si les États retrouvaient leur souveraineté alimentaire. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est ce que disent tous les militants paysans (Via Campesina à l’appui), et la FAO de l’ONU. Dans les pays riches en ressources où sont implantés les agroindustriels, outre le fait que les entreprises multinationales délocalisent une fois que les sols sont dévastés et fertilisés, l’agriculture industrielle œuvre à la production d’agro-carburants pour alimenter nos voitures là où il serait nécessaire de nourrir 925 millions de personnes souffrant de la faim. Et le pire, c’est que ces millions de personnes dont les pauvres existences sont rythmées par la misère, la disette et la salubrité, pourraient aisément être nourries. Pourtant, les grands médias tentent de faire considérer ces maîtres de l’agrobusiness pour des entreprises écologiques qui n’utilisent désormais plus le pétrole pour faire tourner les moteurs…l’écologisme capitaliste par la mort lente et douloureuse des pauvres, Darwin n’aurait pas mieux théorisé.

 

Selon Via Campesina, (mouvement militant pour la souveraineté alimentaire de tous les pays), il y a 1.5 milliard de paysans et de paysannes sur 380 millions d’exploitations, 800 millions font de l’agriculture périurbaine, 410 millions récoltent les produits issus de nos forêts et savanes, 190 millions sont bergers, et plus de 100 millions sont pécheurs. Au moins 370 millions de ces paysans sont également des populations indigènes. Ensemble, ils représentent presque la moitié de la population mondiale, et produisent au moins 70% de l’alimentation mondiale. (2)

La culture intensive, l’utilisation de produits chimiques et l’argument macro-économique de la spécialisation des cultures (un pays se spécialise dans la culture où il sera le plus compétitif, hérité du théorème de D. Ricardo sur les avantages comparatifs) contribue à détruire la biodiversité, à éroder et fertiliser les sols, et engrange aussi des rendements décroissants, aussi paradoxalement que cela puisse paraître : le sol ne se repose plus, il est cultivé en permanence à flux tendus. En culture paysanne traditionnelle, la culture suit le rythme de la nature, dans le respect de la biodiversité, et les rendements augmentent puisque le sol n’est pas érodé par la mécanisation lourde et les adjuvants chimiques.

 

L’agroécologie, agriculture saine et raisonnée pratiquée dans le respect des écosystèmes apparaît donc comme la solution alternative, et le remède urgent pour assurer à tous une alimentation saine et viable. Ainsi, on voit bien que la promotion politique de l’écologie vise, une fois de plus, à protéger la grande industrie. Si le prix de l’alimentation au fond du caddie du consommateur grimpe, ce n’est donc pas à cause d’une crise de la production, de la rareté, mais bel et bien de la spéculation provenant de cette la dérèglementation financière sur les productions agricoles. Car avec une agriculture vivrière (d’autosubsistance), paysanne et souveraine, les « gains » sont doubles : la population se nourrit mieux, et les prix deviennent plus abordables, car le processus de production n’implique plus des dépenses faramineuses en engrais chimiques, en innovation et en investissement des machines mécaniques.

Quel comble, d’ailleurs, que notre ère dite technique, scientifique, moderne et développée, soit celle où les hommes meurent de trop manger, de cancers liés à l’alimentation, de maladies qui n’existaient pas il y a deux siècles.

 

L’agriculture est la première des nécessités humaines, car elle permet à l’Homme de manger et boire, donc de vivre. Celle-ci est pourtant en passe d’être éradiquée pour le profit à court terme de quelques milliers. Sommes-nous comme dans les dessins animés, assis sur une branche d’arbre que nous avons scié du mauvais côté, en chute libre, terrifiés par le choc imminent qui s’impose à nous ?

 

(1) Directive du Parlement Européen et du Conseil, qui entrera en application le 1er avril 2011 :

http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2004:136:0085:0090:fr:PDf

 

(2) Via Campesina, « L’agriculture familiale, paysanne et durable peut nourrir le monde. », Djakarta, septembre 2010.

 

Samuel Moleaud.

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 16:49

 

 

democratie.jpg

rms_titanic_400px.jpgLe titre, certes, est un peu bancal, mais il est à l’image de la société, où nous sommes tous embarqués de force sur un Titanic, sachant qu’il n’y a plus de canots de sauvetage et que l’iceberg n’est pas loin. Le capitaine du navire, seul dans sa tour d’ivoire, est aveugle. Les bourgeois de la première classe (classe dirigeante) sont occupés à table à soigner leurs économies, fumant, buvant et jouant au poker. Les pantins de la seconde classe (classe supérieure ne travaillant peu ou pas du tout et retraités), commencent à voir de loin un iceberg qu’ils disent joli au début, puis s’inquiètent de voir, sans contrôler, le paquebot se diriger contre cet immense mur de glace, avant de s’apeurer devant l’inévitable mort qui les attend. Les esclaves de la troisième classe (salariés, travailleurs indépendants, travailleurs précaires, chômeurs etc), eux, ne voient rien. Ils sont enfermés dans les sous terrains à alimenter le navire en charbon, et seront les plus durement touchés par le choc latéral entre l’iceberg et le paquebot. Inutile d’expliquer ce que représente l’iceberg…

Finalement, le Titanic fut un navire où la démocratie régnait : transposé à la société française, voila que certains font la loi, pilotent le navire à vue d’œil, d’autres se reposent sur leur épargne, et le reste travaille, espérant toucher une maigre pension de retraite, pour engraisser les actionnaires propriétaires de la concession du bateau. Et l’on veut nous faire croire que le 4 Août 1789 a supprimé les privilèges et la féodalité.

 

-/ L’avènement de la Loppsi 2 : la délinquance potentielle de chaque individu.

 

Alors que l’armée des plumes journalistiques s’amuse à repêcher chez l’AFP les titres vendeurs en formes de faux chocs émotionnels à revendre, en nous informant du malaise de François Bayrou, des déclarations de Martine Aubry, ou sur les déclarations du siècle publiées par Wikileaks (nous apprenant que par exemple, Nicolas Sarkozy serait autoritaire, la France ne le savait pas encore…). Alors que tout ce petit monde élitiste tout droit sorti des Instituts d’Études Politique et autres grandes écoles où futurs politiques, chefs d’entreprises, barons de la finance et journalistes copinent dès la sortie du bac, pas étonnant que l’esprit critique pour la grande majorité, soit noyé dans le curare…

 

            Il est vrai qu’entre le milieu universitaire, la presse, la communication politique, et la donne économique, il y aurait de quoi écrire plusieurs thèses de recherche à propos de la propagande et de la fabrique des opinions. Mais en ce jour, et pour faire court, il faudrait revenir sur l’aboutissement d’un projet phare du gouvernement (il ne reste que ce mot qui ait du sens) français actuel : la mise sous contrôle total des gens et la judiciarisation des comportements dissidents. Nous sommes mi-décembre, et voilà que le second volet de la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi II) arrive sur les sièges de l’Assemblée Nationale.

 

            La politique sécuritaire de l’été 2010 et le scandale relatif à la stigmatisation des Roms, de l’identité nationale, de la déchéance de la nationalité, j’en passe, commence à trouver sa justification : là où beaucoup y voyaient un état xénophobe fasciste, ce n’était qu’écran de fumée pour criminaliser la société. La répression du mouvement social contre la réforme du système des retraites, son déploiement massif de policiers et de militaires dans les rues face à des pacifistes, n’était pas qu’un épisode isolé : tout ceci préparait l’intégration dans la loi de dispositifs légalisant la mise en place d’un État policier.

 

La Loppsi 2, très longue et très opaque, est présentée comme une mesure visant à réprimer la pédophilie sur Internet (je doute qu’il reste sur internet des photos ou vidéos sur des sites de pédophilie). Comme toute loi, elle masque bien des dangerosités. Elle prévoit une augmentation des prérogatives du préfet en matière de prévention de la délinquance. Pour ce faire, les pouvoirs de la police nationale seront renforcés, « doublés en cas de crise grave ». Mais dites moi, qu’est ce que la délinquance ? Arroser de bouclier fiscal les copains financiers qui mettent à ma disposition un magnifique yacht en Méditerranée pour y passer mes weekends ? C’est financer ma campagne électorale grâce à la corruption avec la fortune de la dame la plus riche de France, ayant fait ses galons d’affaires chez L’Oréal ? C’est fumer des joints de haschisch ? Critique une loi et un gouvernement dans un article d’opinion ? Traverser la route quand le feu pour le piéton est rouge ? Manger au volant ?

Qu’est ce qu’une « crise grave » ? Qu’arrivera-t-il si le gouvernement décrète l’état d’urgence, l’état de « crise grave » lors du prochain mouvement social contre une « réforme » ?

 

L’on comprend mieux les innovations policières durant la répression du dernier mouvement social (à Lyon, hélicoptères survolant la foule de manifestants, membres du GIGN armés de fusils à pompe, parcage et encerclement de la foule sur une place cloisonnée pendant des heures, contrôles au faciès, etc…), qui n’étaient que des tests préalables, à généraliser en vue de futurs mouvements.

 

Outre ce renforcement des pouvoirs policiers, qui se suffisent à eux-mêmes pour s’inquiéter d’une dérive dictatoriale dans ce pays, ladite loi prévoit aussi un assouplissement de la création de fichiers de police, délibérément pour surveiller les comportements non-souhaités. Cela va sans dire, qu’il y en aura des gens en garde à vue, des perquisitions, et des écoutes téléphoniques…Quel article dans la loi, prévoit la construction massive de maisons d’arrêt ?

 

Aussi, le nombre des caméras de vidéosurveillance sera multiplié par trois. Ainsi, la rue ressemblera à un feuilleton télé, où chaque individu sera filmé comme à Loft-Story. Une véritable télé-réalité à ciel ouvert, sans passer de casting ! Et tout le monde est sélectionné ! Formidable ! Et qu’est ce qu’on gagne à la fin, un millions d’euros ou un séjour en prison ? Ah non, fichtre ! Selon le principal instigateur de cette loi, si l’on n’a rien à se reprocher, alors on peut être filmé, et nous ne sommes pas dans une société dictatoriale. Dans le dispositif policier et d’extrapolation judiciaire, la loi prévoit aussi l’autorisation d’une forme de double peine en sécurité routière, jusqu’alors interdite par l’article 8 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme : la loi Loppsi 2 introduit pour tout auteur d’un trafic de points de permis, une peine principale de prison ainsi qu’une forte amende, mais aussi des peines complémentaires prévues dans l’article 29, du genre travaux d’intérêt général, interdiction de rouler tout engin motorisé pour cinq ans.

 

En plus d’aggraver la politique d’immigration dont on se doute qu’elle n’allait pas être plus tolérante, et d’insulter ainsi des milliers de personnes en créant un climat de doute et de peurs xénophobes, terreau fertile à la montée de l’extrême-droite par les urnes, le législateur affiche sa volonté que les « reconduites massives aux frontières » soient dévolues à la sphère privée, marquant un pas supplémentaire dans le processus de privatisation de l’État. Cela permettra de confier cette tâche à une multinationale, et d’être ainsi pour les politiques, actionnaires de la politique d’expulsions. Décidément, la chasse aux sorcières, c’est un business rentable, légalisé de plein droit par l’article 34 : L’article 34 pérennise le dispositif expérimental qui a été mis en œuvre pour le transport des personnes en rétention administrative dans les aéroports de Roissy et pour le centre de rétention de Palaiseau. Le transport des personnes retenues, assuré directement par l’État, occasionne de nombreuses charges (achat et maintenance de véhicules, recrutement de personnels de conduite et leur préparation au permis D, perte de capacité opérationnelle de policiers, sous-emploi de policiers dans les périodes de faible exercice). Ces charges seraient moins élevées si elles étaient assumées par des prestataires privés. L’expérimentation a montré que le recours à des prestataires privés permettait une réelle économie pour le budget de l’État sans nuire à la sécurité, à l’intégrité ou à la dignité des personnes transportées, ni à celle des agents publics et privés concernés. »

 

Il y a quelques temps, je tombais sur un message précisant qu’avec la loi Loppsi 2, le gouvernement pourrait expulser en 48h les habitants de logements dits « hors normes », y compris en période hivernale, et détruire leur habitation. Il s’agit de l’article 32 ter A, qui prévoit « l’évacuation forcée des campements illicites lorsque leur installation présente de graves risques pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ». On imagine l’interprétation que les préfets feront de cette disposition à propos des Roms et des « gens du voyage »…. Cette évacuation tient sa force exécutoire dans un délai de 24h minimum, et la décision est confiée au préfet, là où la décision d’évacuation de logements précaires demandait l’intervention du juge, protégeant ainsi de l’expulsion en hiver, du 1er novembre au 15 mars. Le racisme d’État, c’est toujours pour la sécurité et la liberté qu’il est mis en place, l’Histoire récente a déjà vu ça…

 

Par un simple comptage des termes, à travers tout le texte de loi, l’on peut relever 183 mots faisant référence à la police ou aux policiers. Et le mot « gendarme » revient à 130 reprises dans le texte. Le mot « sécurité » revient à 134 fois. Je suis rassuré, les militants de gauche disent que cette loi est dangereuse, en fait, il ne faut pas se laisser aller à l’infâme propagande socialiste, des gens qui ne savent rien faire d’autre que de critiquer sans se rendre compte que l’État œuvre pour notre sécurité. Qu’il est gentil ! Pour ma sécurité, il m’enferme. Il me surveille, m’épie, me regarde en permanence, me fiche dans ses répertoires, il a le droit de consulter mes données personnelles, de les enregistrer, puis les vendre aux organismes privés. Pour mon bien être, il m’empêchera de courir dans la rue pour m’opposer à une réforme (me protéger des méchants manifestants, je suppose.), et il me fera passer pour un terroriste dangereux, nuisible à l’ordre public. Toujours pour ma sécurité… Pour que je puisse vivre bien, il va aussi nettoyer du territoire les sorcières impies qui n’ont rien demandé à personne, ne causent que le tort de vouloir vivre tranquillement dans leurs yourtes et roulottes, loin des sirènes et des buildings en verres remplis d’actionnaires et loin de la violence économique des zones urbanisées.

 

Cet article tombera peut-être un jour sous le coup de la criminalité organisée sur internet, et j’aurais la visite à 6h du matin (ils auront aboli d’ici là la règlementation concernant les perquisitions interdites de 22h à 6h), de quelques fonctionnaires assermentés (ils auront aussi, d’ici là, « réformé » le statut des fonctionnaires de police, qui seront embauchés sur contrats d’ordre privé) pour un mandat d’arrêt ou une mise en garde à vue. Pour ma sécurité.

 

            Cette même semaine, nous avons pu voir dans la presse le fait divers opposant sept fonctionnaires de police à un automobiliste qu’ils poursuivaient. Un policier en percute un autre, et le délit est attribué à tort par solidarité à l’automobiliste, encourant alors ainsi une lourde de peine de prison. L’atteinte à un fonctionnaire de police devient presque un crime de lèse majesté là où le crime d’un policier reste impuni et banalisé. Le tribunal de Bobigny condamne les sept policiers pour avoir menti : s’en suit une manifestation des policiers en tenue (dans ce sens là, évidemment, l’on ne voit pas comment la manifestation illégale aurait pu être réprimée) alors qu’il est interdit de manifester pendant les heures de service pour les forces de l’ordre. Le plus grave, c’est que le ministre de l’Intérieur se permet de contester la décision du tribunal correctionnel. Un fait d’hiver divers qui en dit long sur l’aura dont bénéficient les exactions policières aujourd’hui. Une putride odeur de vichysme réactionnaire flotte de plus en plus sous le nez des coqs tricolores…

 

Vois-tu, peuple français, poindre en tout point le bruit des bottes de Big Brother, expliquant la vérité et la liberté du haut de son télécran ? Il y a tellement de coups portés à nos libertés qu’on en arrive à oublier qu’il faudrait se battre pour résister face à l’arbitraire du pouvoir, pour que la « société civile » joue le rôle de contre-pouvoir, et montrer aux gouvernants qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent…Chaque émiettement de nos droits étant vus comme la suite des précédents…mais il faut du temps, après des décennies de propagande néolibérale et de rhétorique sécuritaire, pour que les cerveaux s’inscrivent à nouveau dans des actions de résistance communes.

Le problème en France, c’est que nous devons en permanence nous battre pour être traités avec équité, et se méfier des transactions passées avec autrui, là où la tierce personne se vantera de nous avoir subtilisé quelques euros, ou de nous avoir berné dans le flou juridique. Les gens sont contents lorsqu’ils peuvent abuser d’autrui. A l’échelle individuelle, nous devons donc en  permanence cultiver une méfiance dans les relations contractuelles. Un individu A passe un contrat avec B, ce dernier accepte de verser la transaction, pour une somme infiniment plus élevée que ce qu’elle vaut. Et A va se vanter d’avoir tiré profit et abusé de la crédulité de B, qui lui faisait pourtant confiance. C’est d’autant plus vrai à l’échelle nationale où le pouvoir politique, au départ, articule un programme politique dans un certain souci de la démocratie. Puis, à coup de réformes liberticides, il observe qu’avec quelques renforts policiers, la contestation s’étiole. Comme il constate que plus c’est gros, plus ça passe, il abuse de son pouvoir sur sa population qui pourtant lui a fait confiance et lui a conféré une légitimité par les urnes. Et puisque la population ne se bat pas beaucoup pour ses droits, la spirale d’abus de pouvoir continue. Beaucoup d’inquiétudes, donc sur l’avenir, en se demandant jusqu’où iront-ils, pour peu d’espoir de changement.

 

De deux choses l’une : soit le pouvoir a peur des prochains éventuels mouvements populaires, et cherche à se procurer des gages de protection pour maintenir son rang, en intégrant par voie légale des formes autoritaires de répression des mouvements sociaux. Ce qui dénote un caractère profondément malsain de la manière dont des « représentants » mènent les institutions publiques en France, méprisant leur peuple.

Soit, cette vague de législation liberticide sans précédent donnant le pouvoir aux organes de police est une résultante historiquement vérifiée des crises financières. Après une crise économique, les régimes se radicalisent, soit vers le fascisme, soit vers le socialisme. S’il est totalement odieux de faire payer à la population la facture de la crise plutôt que d’opter pour la judiciarisation des spéculateurs (on a vu des procès se tenir pour crimes contre l’Humanité contre les présidents ayant financé les groupes de paramilitaires en Amériques Centrale et Latine pour moins que cela) et la nationalisation sans conteste des banques, récupérant la souveraineté économique, il est absolument dangereux qu’une telle loi scélérate sécuritaire et policière puisse être votée sans aucune mobilisation citoyenne. Par souci de soumission aux marchés financiers, l’État délègue ses compétences au privé, et la volonté politique de démanteler les institutions publiques permet de devenir actionnaires, augmentant le pouvoir de l’oligarchie. Dans cet état, l’État devient policier, autoritaire, préférant le fascisme pour sauvegarder les profits plutôt que de les répartir équitablement en instrumentalisant des politiques sociales de répartition.

 

Une chose est sûre : les deux scénarios sont liés. Et cette loi passe dans le silence le plus total, profitant des périodes de Noël où les gens sont plus occupés à faire leurs petites emplettes plutôt qu’à décrypter les travers de cette fourberie législative, alors qu’elle est infiniment plus inquiétante que la dernière grande réforme du gouvernement sur le système des retraites. Nous n’avons pas fini de morfler…

 

Samuel Moleaud.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:41

 

 

 

liberte-4-148dcLe libéralisme économique voudrait, dans son utopie idéologique, que chaque humain sur la Terre soit son propre entrepreneur, qu’il s’autogère. L’individu, est le seul à savoir ce qui est bon pour lui. Il doit donner de sa personne en permanence, savoir se vendre pour dynamiser la société, et avoir des chances que celle-ci lui rétribue les bienfaits de la « communauté » s’il y a contribué. Le bonheur par le travail, ou plutôt, la mise en liberté conditionnelle de l’individu dans ses sphères sociales. La participation de tous par le travail à la production de richesses et de savoirs permet ainsi un rapport agrégeant la fixation d’un prix d’équilibre, situé entre l’ajustement de l’offre et de la demande et selon la valeur (temps de travail fourni) d’un bien. L’hommo-oeconomicus, rationnel et utilitariste, cherche ainsi à minimiser son coût pour tirer un maximum d’avantages à ce qu’on lui offre.

Mais le prix d’équilibre n’a jamais existé, et la chimiothérapie du travail n’a jamais permit à tout le monde de jouir de conditions de vie décentes. A un point tel que même un ouvrier qui passe 40h à l’usine, un indépendant qui passe 50h hebdomadaires au chantier, ou un employé de bureau qui se démène 39h par semaines pour faire vivre son entreprise, subit toujours les pressions extérieures d’une hiérarchie tyrannique, d’une direction sous-traitante qui s’engraisse illégalement, ou d’un État qui ne joue pas son rôle social.

Voila, en quelques lignes, pourquoi nous (l’Occident) sommes loin d’être les bénéficiaires d’un système néolibéral, et pourquoi il est un tort pour la critique socialiste de parler de régime «libéral». Car la philosophie politique et économique des néoclassiques libéraux du 19ème siècle ne pouvait prendre en compte le pouvoir des banques et des multinationales privées. Et car dans l’idée libérale, le travail offert à tous permet de supprimer les inégalités, le chômage, la précarité, et d’arriver à la liberté. Or on voit bien que travailler plus ne permet pas de vivre mieux, et d’aider les plus démunis laissés sur le pavé, ou ignorés des listes de Pôle Emploi. Au contraire, se tuer au travail à petit feu permet d’aspirer le capital vers les poches des actionnaires qui n’ont même pas à se baisser pour ramasser les dividendes, puisqu’ils sont engloutis dans les bourses par les salariés eux-mêmes. L’argument de la liberté par le travail, ne tient donc pas, et cet argument scandé par les fractions dites de droite libérale (PS inclus) est une belle duperie idéologique.

 

L’on ne peut, prostré devant son ordinateur, affirmer que l’individualisme libéral est à abattre, puisque rédiger un article, même de critique sociale, est un acte individualiste que le système libéral permet par la publication sur internet à un « média citoyen ». Preuve, donc, que l’on s’accommode tous de ce régime économique, dans la mesure où les capitalistes seraient prêts à me vendre la corde que je leur mettrai au coup si celle-ci leur rapporte de l’argent (cette phrase n’est pas de moi). Pour le communard convaincu que je suis, écrire cela est paradoxal, et je sens déjà les lecteurs de « gauche » me taper sur les doigts.

 

 

La gratuité du néo-journalisme, comme aseptisation de l’information.

 

Ceci étant dit, ce que l’on surnomme « journalisme-citoyen » n’est-il pas un phénomène ambivalent, perdu entre la participation citoyenne à un renouveau du débat public démocratique, et l’utilitarisme capitaliste qui vise à se servir gratuitement chez l’épicier au rayon communication et information pour nourrir son cerveau? D’un côté, une révolution où chaque individu a accès à tout le savoir de la planète et peut y contribuer en débattant sur internet, en dévoilant à la face du monde sa pensée, qu’un support papier produit par le journalisme professionnel ne permet pas. Et de l’autre, l’accoutumance de chacun d’entre nous à ce que l’information devienne gratuite, où le lecteur puise les ressources d’internet comme on presse un citron, à jeter une fois qu’il n’y a plus de jus.

 

Mais ce web-rédacteur est un journaliste bénévole, et ne peut donc vivre de son activité. Comme énoncé en paragraphes introductifs de cet article, le nouveau journaliste offre sur internet le fruit de son travail, et le lecteur considère que la gratuité de son information est un droit. Qu’il n’a pas à payer pour y avoir accès. Tel un internaute qui télécharge ses albums alors qu’il a les moyens de s’acheter les disques d’artistes peu reconnus, ce citoyen-lecteur est aussi un profiteur du système, ce que Mancur Olson (sociologue américain des mobilisations collectives) nomme le freerider, ou passager clandestin : l’individu ne se mobilise pas, mais profite tout de même des avantages obtenus par les grévistes (hausse de salaire, baisse du temps de travail, prolongements des vacances, etc). De même donc, notre internaute se cultive, il emmagasine de l’information, le tout sans faire vivre celui qui a été la chercher et l’a analysée. La révolution industrielle qui débuta vers 1750 en Angleterre, et qui arriva en France un siècle plus tard dynamita le modèle de travail basé sur l’artisanat des « petites » gens, et l’agriculture autosuffisante des petits propriétaires.

De nos jours, la révolution numérique et ce web-journalisme non marchand contribue à annihiler le métier de journaliste, où le lecteur, partant de l’idée qu’il trouvera son information gratuitement sur internet, ne voit plus l’intérêt de s’abonner aux journaux payants. D’où la comparaison en introduction avec le paradoxe d’un système libéral qui, au final, n’en est pas un. Car si tel était le cas, les web rédacteurs pourraient tirer « bénéfices » de leur activité. Mais il y a encore plus grave, à mon sens, que le bénévolat journalistique.

 

La plupart des grands journaux marchands ne font plus un travail de vérification des sources, et désertent l’enquête de terrain en réutilisant les sources de l’AFP. Je ne suis pas le seul à le dénoncer, la presse marchande à grand public, dirigée par les cartels transnationaux, fleurons de l’économie française (Dassault, Lagardère, Pinault, Bolloré), se transforme en recueils de nouvelles riches en émotions de faits divers vendeurs et de spots publicitaires. Il n’y a qu’à ouvrir un numéro de presse régionale pour s’en apercevoir. En dépit de la nécessité de rentabilité inhérente à toute entreprise productrice, les articles ne sont pas fouillés, et les journalistes s’exposent à une autocensure permanente afin de correspondre à la ligne éditoriale.

 

Là où le bat blesse, c’est que l’on retrouve sur les médias gratuits et indépendants (tels les blogs de particuliers, les sites comme Agoravox ou Le Post), des analyses personnelles traitant des faits politiques et sociaux médiatisés par la presse marchande, qui elle-même a repris à la source les tribunes de l’AFP…

 

Déjà que les sujets sont déjà détournés et vidés de leurs substances par la force de propagande autoalimentée des grands médias (Le Figaro, Libération, Le Monde, L’Express, Le Point), si en plus de cela, les internautes montent au créneau à leur tour pour analyser un sujet vide de sens (le chat qui se mord la queue.), alors la pelote de laine qui nouait l’information est complètement défaite, effilochée… Par exemple, l’AFP ou Reuters lance une déclaration de Nicolas Sarkozy à propos des échéances pestilentielles présidentielles de 2012, et dans la nuit qui suit, tous les journalistes professionnels se bataillent le scoop pour savoir qui vendra le meilleur article, bombardant la une des journaux avec des titres du style « Sarkozy et ses ambitions », « Sarkozy, jusqu’en 2017 », « Sarkozy, n’est là que pour deux mandats ». Le même jour, sur les blogs, les forums, les médias web indépendants, les particuliers s’enflamment sur le possible vainqueur de 2012, entre Ségolène Royal, Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn ou Nicolas Sarkozy. Et oui, le citoyen rédacteur, (que je suis aussi, d’ailleurs), ne peut pas non plus se lancer dans une enquête, une investigation armée d’entretiens et d’observations participantes (techniques d’enquêtes sociologiques) pour rendre compte par exemple des dégâts moraux et sociaux provoqués par l’organisation du travail chez France-Télécom, Danone, Nestlé ou Mc Donald’s. Alors pendant qu’il s’évertue à crier qui de Martine Aubry ou Nicolas Sarkozy, quel ténor de la politique spectacle il préférerait voir gagner dans un an et demi, il est dans l’incapacité de se pencher sur les vrais problèmes méritant d’être relevés par les journalistes militants. Ah oui c’est vrai, j’oubliais que désormais, il est difficile d’être un journaliste d’investigation, vu que des petits malicieux cambriolent les ordinateurs des journalistes ayant enquêté sur les « mauvais » sujets…

 

L’on en vient donc à écrire, nous aussi, sur des faits lus dans la presse, sans aucune vérification de preuve, et cela contribue à aseptiser le journalisme, à faire baisser la qualité de l’information. C’est le risque à prendre lorsque chacun peut exprimer son opinion librement. Évidemment, c’est un des derniers bastions de la liberté d’expression citoyenne qui nous reste, ce que le pouvoir souhaiterait d’ailleurs morceler, notamment via la législation récente (Hadopi, Loppsi), et ce journalisme citoyen est malgré tout, un énorme progrès. Mais à nous, rédacteurs et lecteurs, de faire la part des choses.

 

Toujours est-il que de plus en plus, la gratuité de l’information mène à la consommation de l’information, sans retour, comme quelque chose qui nous est du par nature. Le journalisme participatif a été créé afin que tous puissent donner leurs avis sur les sujets de société, et l’on se comporte comme des bêtes hébétées qui s’abreuvent abondamment dans des auges pleines de purin. Une proposition qui pourrait être faite pour ces médias gratuits, c’est de permettre la rémunération des auteurs en fonction du nombre de clics, encore que ce serait très difficile à mettre en place…

 

Les médias citoyens et leurs internautes : révolution des consciences ?

 

Le « journalisme citoyen » désigne le fait que chaque particulier sur le globe peut se servir des moyens de communication librement et de manière non marchande, et peut ainsi participer au débat ouvert par chaque information publiée. Journalisme-citoyen, journalisme participatif, blogs, forums, web-journalisme… Tant de mots qui visent le fait que le citoyen passe du statut de lecteur d’une presse à celui de journaliste lui-même. C’est une révolution pour l’accès universel à la culture, là où les journalistes professionnels des grands médias oublient que leur activité consiste plus en un devoir d’informer qu’en une liberté d’informer.

 

Jamais, dans un monde où la majorité des médias sont concentrés dans les mains d’un petit nombre de grandes multinationales proches des pouvoirs politiques, et donc soumis à la nécessité de la rentabilité économique, réduisant l’information à du fait divers vendeur et dépourvue d’analyse, jamais les revendications de la « société civile » n’ont pu être à ce point véhiculées. C’est, pour les militants et activistes du monde entier, un moyen inouï de faire entendre leur voix, et de fédérer les opinions en vue d’actions collectives communes, où chaque militant armé de sa plume peut apporter sa pierre à la reconstruction d’une conscience collective. L’on a vu par le passé, des révolutions se former avec moins de moyens que cela, et d’ailleurs, cette médiatisation citoyenne pourrait faciliter la prise de conscience débouchant sur l’émancipation de la société civile.

 

De twitter à facebook, en passant par les sites alternatifs, libres, indépendants et militants, des forums aux blogs, la mise en réseau de toute opinion pourrait donc, grâce à ces médias citoyens, produire l’effet tâche d’huile d’une révolte mondiale contre l’Empire néolibéral, et donc, avoir infiniment plus d’influence qu’un discours énoncé sur l’estrade par des syndicalistes au sein d’une assemblée générale de grévistes. Il est possible donc, au demeurant, que si la roue change de sens dans les années à venir, ce renouveau du débat public et démocratique y soit pour quelque chose. Il est possible, aussi, que ce journalisme citoyen ait plus d’influence (même si nous ne la voyons pas encore) qu’une mobilisation sociale éparse le mardi ou le jeudi. Car il n’y a que dans les articles d’opinion lus sur les supports non marchands que l’on peut réellement comprendre le fonctionnement du système qui nous régit. L’on peut y comprendre par exemple, ce qu’est une politique économique d’austérité, un plan de relance keynésien, la politique étrangère des États-Unis de 1776 à 2010, l’organisation et la division du travail à notre époque, ou encore l’évolution des idées politiques et sociologiques allant de Platon à Lévi-Strauss, Bourdieu ou Chomsky en passant par les fourbes libéraux du siècle des Lumières et Finkielkr… (pardon, j’ai failli considérer ce dernier comme un philosophe…). Ce que, encore une fois, les grands médias ne permettent pas d’entrevoir.

 

Il y a donc une dualité dangereuse qui flotte autour du journalisme citoyen, en ce qu’il est un instrument d’échange et de militantisme quasiment jamais inégalé. Mais par ailleurs, si rien n’est fait pour lui donner plus de valeur et pour que ses acteurs puissent s’en servir comme passerelle rémunérée vers la profession, sa gratuité risque de le faire disparaître.

Reconstruire l’école de la pensée critique pour que tous soient capables de penser par eux-mêmes, tel serait le rôle que devraient jouer les médias citoyens, au lieu de s’en servir pour reproduire la désinformation, la propagande des journaux classiques et faire de l’analyse de surface. Il y a du pain sur la planche…

 

Samuel Moleaud.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:52

 

    

 

 

Le stade ultime du capitalisme est l'impérialisme, selon les adeptes de l’idéologie marxiste. Il correspond, globalement à l’état où le chef d’État dicte sans merci la politique à ses subalternes, avec l’appui inconditionné des forces de propagande pour faire accepter aux foules l’idéologie dominante du travail, de l’exaltation du sentiment national, et d’une société purifiée, libérée des parasites étrangers, proies faciles sur lesquelles on tape pour aseptiser les consciences populaires et les faire converger vers de faux ennemis communs. Les masses dominées ayant plus ou moins conscience d’être exploitées n’ont d’autres choix que d’obéir à l’ordre établi, de servir les classes dirigeantes et leur pouvoir, sous peine de choir dans le caniveau sous les balles policières protectrices de l’Empire, du moins pour le moment, de subir la violence gratuite et décomplexée des forces de l’ordre établi si l’on s’égare à participer à quelconque manifestation d’opposition.

 

sarko-esclavage-web.jpg 


Après la république parlementaire, le sarkozysme autoritaire. Merci la crise.

 

Cet état de dictature masquée sous ses beaux draps démocratiques où un homme dicte la politique à suivre en confondant tous les pouvoirs et toutes les institutions dont l’autonomie vis-à-vis du président est censée être garanti par la constitution, nous y sommes. Là où un cortège d’assoiffés insatiables se querellent médiatiquement pour devenir califes à la place du calife, cette phase où le pouvoir des uns se renforce contre la servilité des autres, nous y sommes bel et bien entrés. Certes, cet article n’est qu’un de plus dans la bibliothèque virtuelle de la critique du capitalisme sauvage, ce que d’aucuns diront qu’il est sans intérêt en raison de son contenu déjà connu. Certains résignés abdiquent et montent dans le train, d’autres militent en patinant parfois dans la semoule, d’autres ne font que ruminer et ressasser. D’autres, pensent intégrer les bataillons des hautes sphères dirigeantes en espérant gangréner le système pour le changer de l’intérieur, et se font corrompre par l’ambition. Moi, de tout cela, je préfère ruminer ou militer.

 

Alors il paraît que le fascisme devance le capitalisme lorsque celui-ci est usé ? Certes, Karl Marx et ses successeurs admirateurs l’écrivent mieux que cela. Les contradictions inhérentes au système capitaliste amènent, dans la conquête effrénée vers plus de profitabilité, vers des crises récurrentes où les dérives totalitaires ne cessent de gagner du terrain.

C’est l’état où l’État devient complètement démantelé au profit d’une classe possédante qui impose sa doxa économique, son totalitarisme financier contre la majorité, avec le soutien inconditionné de toutes les classes dominantes ayant tiré leur épingle du jeu. C’est l’état où le PDG de Total, de Veolia, où le Medef possèdent davantage de pouvoir encore que les membres du corps politique. Bon, ce n’est pas nouveau, et l’on est accoutumé désormais à ce que la bling-bling république serre le garrot sur son peuple lorsqu’il entre en dissidence publique. Habitués nous sommes aussi, à ce que les lois couvrent de doux billets les plus grandes fortunes dans une guerre des classes de plus en plus impitoyable. Et gare à toi, peuple, si tu oses le dénoncer, où même inscrire « Casse toi pauvre c** » sur tes pancartes de manif. Car la police règne en maître pour écraser tout début de soulèvement populaire des populations opprimées. Quitte à tuer, l’ordre doit être coûte que coûte maintenu, les mécontents doivent comprendre que s’ils critiquent le pouvoir, ils le feront au péril de leur vie. Le monde journalistique, et les milieux d’intellectuels « autorisés » martèlent en permanence à l’opinion, sondages à l’appui, ce qu’il faut penser. Quoi de plus normal là où le journalisme se trouve sous la tutelle des seigneurs de la guerre, marchands et trafiquants d’armes inondant les pays du Tiers-Monde en armes pour alimenter les guerres civiles. Vu que la France fait partie des agresseurs mondiaux de l’OTAN les plus influents, et qu’elle est le quatrième exportateur mondial sur le marché des armes, il est évidemment primordial de faire croire par la presse que l’insécurité, le narcotrafic, la guérilla ou le terrorisme sont les fléaux majeurs de nos temps. L’écran de fumée empêche d’apercevoir les bons ennemis. Encore une guerre mondiale des classes perdue.

 

Marx prônait une dictature du prolétariat comme phase anticipatrice de la suppression de l’État lorsque le peuple pourra enfin s’autogérer. L’inverse s’est produit, c’est la bourgeoisie qui supprime l’État. C’est au final, dans tous les pays, un anarchisme de droite qui tente de s’imposer : le dépassement des autres et l’autogestion de l’individu par le culte sacré de l’entreprise, avec la suppression de tout État, toute frontière, toute autorité publique entravant l’autorité des puissants, tout ce qui freine le profit et la liberté des riches contre l’esclavage des dominés.

 

Cet espèce d’anarcho-libéralisme réadapté constitue une nouvelle phase du capitalisme qui s’observe désormais sous nos frontières : il y a dans l’air de l’ère actuelle comme un flair néo-dictatorial qui semble aller de pair avec la nécessité obsessionnelle obscène des capitalistes à vouloir à tout prix colmater les brèches de leur radeau de fortune, face à la colère grandissante des peuples exploités, spoliés des pays du monde entier, ceux qui commencent à refuser l’unique sens de rotation des roues du bolide capitaliste. La crise économique a fait ressentir la situation de précarité à des milliers de personnes qui ne savaient pas ce que c’était que l’amertume de la galère, le garrot bancaire du découvert, accélérateur de frais débiteurs, la faim et la malnutrition. Entre les CDD à répétition, les boulots à temps partiel, les missions temporaires d’intérim, les stages d’insertion, les postes dégradants pour esclaves faiblement qualifiés, les rendez-vous à Pôle Emploi, les heures supplémentaires non rémunérées, les 60h de travail hebdomadaire d’un petit indépendant, juste pour avoir un smic si toutes ses recettes sont déclarées, voila de quoi régaler les "syndicats" du patronat en allant au plus rentable. Ces personnes victimisées par le chantage odieux du système qui n’ont pour menu quotidien que des pâtes à la sauce tomate "premier prix", (à l’instar de ce DSK démagogique qui se dit de gauche, et amateur de pâtes à la sauce tomate comme s’il était au même niveau de salaire que le travailleur français moyen) ont su ce qu’était le stress du lendemain, de l’avenir, lorsque leur usine a fermé par calcul de rentabilité économique. Cette crise a fait prendre conscience à des tonnes de personnes que le capitalisme financier n’était qu’une effroyable mascarade vendue à outrance depuis les jours les plus beaux de nos enfances naïves. Elle a montré que l’idéologie de la réussite économique et sociale donnée à qui voulait bien mettre la main à la pâte, n’avait pas de critères universalistes. Car pour cela, il faut naître de bonne famille, dans un milieu aisé où tout va bien dans le meilleur des mondes. Et être un petit peu opportuniste sans avoir de complexes. Ce qui n’est pas donné à tout le monde.

 

Alors que les marchés financiers s’effondraient subitement dans la « crise de confiance » et la rumeur de ne plus pouvoir acheter des titres sans trouver acquéreurs, les banques en besoin de recapitalisation, de fait, étaient en passe de s’écrouler à leur tour. La conjoncture n’étant pas très optimiste, les entreprises ont donc du continuer leurs activités avec peu de coûts de production, (car faible demande, baisse de la production, licenciements massifs, peu de bénéfices nets) et faisaient le choix de substituer le travail au capital, faisant gonfler schématiquement les chiffres du chômage. Ce n’est pas l’article d’un expert en macroéconomie, l’on ne dressera donc pas ici l’ensemble de causes/conséquences de la crise. Mais on peut juste dire que celle-ci à bon dos pour expliquer la croissance des écarts de salaires.

 

Elle est une aubaine pour les gouvernants néolibéraux et les valets du Capital gérant le monde comme un épicier dresse son bilan déficitaire en fin d’année. Au lieu d’inventer un autre mode de gouvernance publique et de reprendre sur les capitalistes le pouvoir et la souveraineté qu’ils avaient perdu dans le monopoly de la globalisation néolibérale des échanges dérégulés, les gouvernants ont préféré racheter les créances insolvables, et faire des plans gigantesques de sauvetage des banques, avec des fonds publics (donc à payer par le contribuable). Sans nationaliser ces banques. Ils ont préféré aussi prêter des sommes colossales à taux imbattables aux banques pour sauver le navire percé (3%). Il fallait bien se douter qu’en retour, les banques commerciales, après avoir remboursé les États prêteurs, n’allaient pas autoriser aux États "non solvables" des prêts de refinancement à des taux si faibles de 3% mais plutôt 9-10% (cas de la Grèce). Bref, elle permit de faire croire qu’en vertu de la violence de la crise, les peuples devaient se serrer la ceinture, alors que les gouvernements leurs faisaient payer directement le prix fort des plans de sauvetage des banques. Une bien belle manière d’affirmer que les impôts n’augmenteront pas (pour critiquer primairement la gauche en disant « voyez, nous à droite, on n’augmente pas les impôts !») tout en faisant raquer le populo. En toute légalité. Au lieu de réorienter l’État autour de l’interventionnisme public. Je tue un chat d’un violent coup de pied, et je porte plainte contre le fabricant de chaussures…

 

Un rouage cyclique post-crise alimentant fascisme et autoritarisme.

 

Les crises ont toujours constitué un terreau fertile aux installations de régimes totalitaires militaires fascistes, car les totalitarismes étaient ceux qui profitaient le plus aux entreprises puissantes et sociétés financières (pas de syndicats, pas de droit du travail, pas de contestation sociale autorisée, pas de négociation des salaires ni du temps de travail). Dans une Europe d’États-Nations cerclées de frontières post napoléoniennes (le Congrès de Vienne de 1815 reconfigure les États-Nations et leur souveraineté, de manière à éviter les invasions de type napoléoniennes, début de la coopération politique européenne), les gouvernances étant encore dévolues au territoire national. Et l’État-Nation en consolidation permettait d’assurer de plus en plus des conditions de vie décentes à sa population, grâce notamment aux progrès dans les services sociaux, aux taxes douanières, barrages filtrants de l’importation empêchant la concurrence sauvage entre les produits. L’État-Nation, seul souverain sur lui-même permettait d’instaurer l’État-Providence, une certaine répartition des richesses, la gestion des services publics, une philosophie universaliste des droits de l’Homme (riche et blanc). Bref, une certaine protection des individus administrés sous l’égide de l’État.

 

Depuis la fin du XIXème siècle, afin de récupérer la cause ouvrière à leur profit, (non par humanisme), dans l’obligation de plier face aux luttes sociales et grèves générales, et aussi par électoralisme obstiné, les hommes politiques ont établi les politiques sociales qui jusque là donnaient à l’État français son aspect social, et servait de modèle à l’étranger (droit du travail, sécurité sociale, droit d’accès à la justice, égalité en droit et devant l’impôt, liberté de circulation etc…le papier ne refuse pas l’encre!). Depuis trois décennies d’un monde en guerre calfeutrée où toutes les économies sont fusionnées, le totalitarisme glisse du politique vers l’économique, et s’applique au monde de l’entreprise. L’on nous vend la démocratie comme écran de fumée, mais 98 % de la population est obligé de vivre sous l’influence du monde marchand, dans le chantage permanent de bien faire pour l’entreprise, au risque d’être remplacé par une demande saturée sur le marché du travail; nous subissons ainsi tous un système totalitaire ou un autre. L’individu, décharné de tout épanouissement ne travaille pas pour entretenir une activité enrichissante, (du moins peu arrivent à vivre de leur passion) il travaille pour un maigre salaire au compte de l’entreprise. Il intègre son vocabulaire, obéit par crainte au chef managérial sans oser prendre du recul sur le raisonnement discursif de son autorité aliénante. Comme l’idéologie néolibérale du travail sert de cache-misère à la volonté de servage de l’être humain dominé, le salarié se sent obligé d’obéir pour pouvoir manger dans une société où cette situation de tensions permanentes entre offre et demande saturée reste capitale pour conserver le pouvoir : une population vivant dans la peur de l’avenir est une population malléable dont on fait ce qu’on veut.

 

En définitive, pourquoi continue-t-on de crier démocratie et république en France là où des gens en costume-cravate conduisant des Porsche passent devant des vieillards rabougris au visage tuméfié par le froid et l’alcool, vivant dans la rue par carences de l’État et exclusion sociale ?

 

L’État-Gendarme, la sécurité, la violence politique, et la colère.

 

L’État-Providence s’est transformé en État-Gendarme, n’ayant d’attributions reconnues que celles d’œuvrer à protéger les intérêts des financiers grâce au triptyque police-armée-justice. Les derniers exemples en date sont la fraîche réforme des retraites, et le remaniement gouvernemental. La réforme du système des retraites est passée en force, dans le mépris du peuple. Soit, nous le savons tous. Cette réforme n’est pas faite par soucis de la démographie, mais dans l’étouffement du système par répartition, au bénéfice du groupe Malakoff-Médéric, (dirigé par un ex-dirigeant du Medef nommé Guillaume Sarkozy) qui entend bien rafler la mise en s’accaparant l’oligopole sur les fonds de pensions de retraites privées. Un marché potentiel de 40 à 110 milliards d’euros en 2020 pour « pallier la baisse du taux de remplacement »…(1) Quant au théâtre du remaniement gouvernemental annoncé depuis juin, (il fallait passer les retraites avant) il a pour but de faire encore croire à une démocratie représentative en France. Mais pas seulement. Il centralise un peu plus les organes publics en fusionnant les pôles clés de l’économie. Le troisième volet du duo Fillon-Sarkozy alimente la précarisation de l’État, en marche vers sa privatisation. C’est un fourre-tout de multiples domaines confiés à une poignée restreinte d’hommes politiques affairistes, le tout sous couvert de réduction des ministères par économie. La santé par exemple, qui nécessiterait à elle-même un ministère entier est fusionnée avec le ministère du travail et de l’emploi, confié au petit bourgeois faux gentilhomme X. Bertrand. Le pôle Éducation Nationale, très lourd dans l’administration française, se voit allié à la jeunesse et la vie associative, géré par Luc Chat el. Avec la fusion de l’Intérieur avec le ministère de l’Immigration, les fonctionnaires de police, toutes brigades confondues vont maintenant pouvoir directement s’occuper de la chasse aux sorcières. Un pas vers la Police politique a été franchi, dans le souvenir de la Gestapo. Mais la colère monte, et se fera entendre un jour.

 

Oui, les graines de la colère semblent avoir germés, et de plus en plus de personnes, se rendent compte du pot-aux-roses : les réformes d’austérité européennes (réforme du travail au Royaume-Uni, des retraites et/ou de la santé en France, Grèce, Allemagne, Espagne) sont la cerise sur un gâteau indigeste. Preuve en est, les termes de répartition des richesses, capitalisme, et classe sociale commencent à avoir de nouveau le vent en poupe dans les esprits et les discours, ce qui n’était avant que des thèmes préconçus de l’extrême-gauche vieillissante et nostalgique des années soviétiques de la Guerre Froide.

 

Une violence politique exacerbée par l’État-gendarme.

 

A cette conscience collective en formation d’une guerre des classes dirigeantes contre le peuple, s’ajoute la perception interindividuelle de la violence politique jamais connue à ce point sous nos frontières.

Brigades de gendarmeries mobiles qui tirent des lacrymogènes et des grenades explosives sur la foule, qui jouent au flash-ball à bout portant sur des lycéens, hélicoptères en basse altitude qui survolent le parcage public des manifestants, services d’ordre qui filment les scènes de violences policières, agents de la BAC qui font du contrôle au faciès et repèrent le profil du "mauvais" manifestant (basané, jeune ou groupes de plus de six personnes)… CRS prêts à casser du jeune et du rebeu qui se défoulent à coups de matraques sur les manifestants pacifiques, membres du GIPN armés de fusils à pompe et de canons à eau, policiers qui lancent des cailloux dans les rangs de la foule pour que les CRS chargent, fonctionnaires de police qui cassent des vitrines pour décrédibiliser la grève. A Pujadas en retour de relater la violence des groupuscules, souvent en provenance des cités, qui sèment la pagaille dans les manifestations lyonnaises...

 

La répression, pourtant habituelle en France, a franchi un pallier le mois dernier. Nombre de syndicalistes sont comme d’habitude, interpellés, mis en garde-à-vue, des étudiants, mais aussi des travailleurs, des femmes, des jeunes et des plus vieux sont blessés sans raison, manifester devient un acte dangereux. Ce phénomène de violence est habituel dans les autres pays (Espagne, Grèce, Argentine, Colombie), mais cette armada de fonctionnaires armés jusqu’aux dents prêts à tirer sans distinctions sur la foule est constitutive d’un pouvoir qui dans tous les pays craint sa population, face à une colère qui monte. Si l’État possède le droit de déployer des services d’ordre pour prévenir des éventuels troubles, il est évident que le curseur de l’utilisation de la violence sur une échelle allant de la protection civile au crime d’État banalisé se déplace rapidement vers le crime banalisé. Jusqu’où iront-ils, lorsque les masses seront déterminées à en finir avec leur oppression, une fois qu’elles auront ensemble déterminé leur ennemi commun ?

 

La colère internationale des sociétés civiles monte, et se fait de plus en plus entendre, et se trouve au pied du mur face aux bergers allemands policiers du régime mondial qui, si l’on en croit les récents "comptes rendus" médiatiques du dernier mouvement social, semblent avoir gagné une fois de plus le bras de fer populaire. Jusqu’à quand ? L’on se méprendra aisément à l’idée qu’une révolution pacifique électorale est à présent possible, prenant exemple sur le Venezuela et la Bolivie, or pourtant, nous sommes dans l’impasse face à un pouvoir qui balaye tout sur son passage. Et en attendant, les politiques de rigueur font rage en Europe, et voila qu’en Grande Bretagne, pionnière du libéralisme, l’on envisage de contraindre les chômeurs à travailler pendant un mois à plein temps gratuitement, sous peine de suspension de l’allocation chômage pendant trois mois. Parler de servage n’est plus exagéré. Le choix de l’esclavage, «pour résorber le chômage». Même les monétaristes utilitaristes (tel Milton Friedman, qui mit sur pied la théorie des anticipations relatives du peuple face à l’inflation, soit le pouvoir de les asservir par la baisse invisible du salaire réel) du siècle dernier n’auraient pas inventé mieux…

 

Pendant que tout ce petit monde psychotique s’efforce, dans l’hypnose collective, de s’autodétruire avec le masochisme jubilatoire d’un névrosé qui demanderait lui-même à ses bourreaux qu’ils accélèrent la roue tirant les cordes pour l’écarteler, les guérilléros de la finance internationale continuent à outrance de jeter leurs esclaves dans des charniers qu’ils ont eux-mêmes creusé au profit des mêmes maîtres. Dans le même temps, afin que les esclaves aient l’impression de creuser une future piscine pour y passer leurs vacances grâce à leur maigre salaire plutôt qu’un charnier pour y reposer, en travaillant jusqu’à ce que mort s’en suive, les journaleux ambassadeurs de la soupe à grand public perdurent à revomir toujours les mêmes rêves viciés et nauséabonds du consumérisme utilitariste. Cette philosophie de l’écrasement de ses voisins pour que vive la compétition leur est nécessaire afin d’ôter de l’idée de l’esclave toute velléité de révolte envers son ennemi de classe. Mieux, les forces médiatiques et politiques qu’il juge légitime, vont lui apprendre à se retourner contre son semblable social plutôt que s’organiser avec lui pour s’affranchir de ses réels maîtres. Il est effectivement plus facile pour un dominé de brûler ou braquer une voiture sans quoi le propriétaire ne pourrait pas travailler et manger, plutôt que de se préparer tous ensemble à la guerre imminente contre le royaume des banques. Plus schématiquement, un pauvre vole toujours un pauvre par peur de s’attaquer à un riche. Les différences sont plus perceptibles à l’intérieur d’une même classe que d’un milieu à l’autre.

 

Vers des résistances faisant tâche d’huile, une mondialisation de la colère ?

 

Pourtant, le mouvement social français du mois d’Octobre 2010, s’il est à présent en mode veille, ne constitue pas moins une référence en Europe pour des milliers de personnes esseulées, délaissées, dupées par les cassures libérales de leur gouvernement dans des pays où la résistance à l’arbitraire est moindre. Car la crainte des classes dirigeantes est belle et bien là : que la contestation sociale fasse tâche d’huile, comme en 1830, 1848, 1870, 1968. Ce n’est qu’une première étape du prochain soulèvement populaire mondial, qui a débuté en Grèce l’an passé, et le spectre (bien qu’utilisé à tort) de Juillet 1789 ressurgit dans ce pays où la tradition révolutionnaire est la plus marquée d’Europe.

 

La décennie 2000 a été celle où les mouvements sociaux de résistance contre l’ordre établi en Europe ont été les plus nombreux et les plus virulents depuis la Seconde Guerre Mondiale. Et ceux-ci se multiplient face à l’appétit toujours plus grand des élites capitalistes qui ne manquent pas d’imagination pour opprimer leurs populations. Il y a fort à parier que les prochains soulèvements se durciront, or le pouvoir politique et économique le sait, et déploie donc d’une répression toujours plus féroce pour faire jouer son atout d’intimidation. Si la lutte contre la réforme des retraites en France semble éteinte, comme les médias veulent nous le faire croire, il y a dans les consciences des gens la mémoire de ce mouvement, la possibilité de faire reculer le Medef, la finance et le pouvoir politique par l’unification du peuple. Celui-ci semblait d’ailleurs, à voir les slogans dans la rue et le déroulement de sa grève générale, avoir utilisé à bon escient le slogan de campagne de Mr Sarkozy « Ensemble, tout devient possible » (Sans Sarkozy, sans le gouvernement, sans les ministres, sans la cinquième république, sans le FMI, sans l’OMC, sans l’actionnariat, la société du crédit et la propriété privée des moyens de productions.).

Espérons sans trop d’espoir que l’avenir donnera raison à ces mots ! Des dons aux grévistes aux blocages de raffineries, des mobilisations lycéennes et étudiantes soutenues par leurs professeurs au débrayage des salariés du privé dans leur entreprise… De toutes ces actions collectives, un réel engagement populaire, citoyen et militant est, selon J-L Mélenchon, (dont l’appétit électoral dépasse hélas ses convictions fort bien construites de socialisme démocratique du XXIème siècle), est en train de se constituer chez chacun de nous, une révolte autonomisée des syndicats, et surtout, une lutte sociale démocratique pacifique et réfléchie que le pouvoir ne pourra bientôt plus contenir s’il continue à agir de la sorte. (2)

 

Tout laisse à penser que, dans ce déclin des institutions publiques, deux camps antagonistes se sont formés et radicalisés, chacun ayant la conscience d’appartenir à tel ou tel groupe. D’un côté, le peuple. Celui qui prend doucement conscience de son exploitation, qui observe des sommes colossales aspirées vers les poches des financiers, et qui ne croit plus en son président, son gouvernement, sa constitution, et est profondément écœuré par la manière dont les élites le méprisent. De l’autre côté, une élite puissante et minoritaire. Une classe possédante et dirigeante qui concentre tous les pouvoirs, et qui passe en force des lois protégeant ses intérêts, mais n’ayant plus aucune légitimité, plus aucun soutien du côté de la population civile.

 

Cette dislocation du consensus républicain qui liait (sur le papier, en théorie) le peuple à ses élus et ses institutions, et la séparation en cours de ces deux sphères ne pourra que mener à l’éclatement social. C’est une insurrection qui s’annonce et qui risque d’être très violente, le peuple français étant très virulent lorsqu’il est piqué, qu’il s’unit avec tous les autres mouvements et autonomise sa lutte, et ces mêmes élites ont tort d’ailleurs de sous-estimer cette puissance potentielle d’un peuple qui dort.

 

Samuel Moleaud.

 

http://sam-articles.over-blog.com.

 

 

 

(1) http://sam-articles.over-blog.com/article-la-joint-venture-des-freres-sarkozy-contre-les-regimes-par-repartition-59467635.html

 

(2) http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2023 (« Qu’ils s’en aillent tous », émission de Daniel Mermet avec J-L Mélenchon dans Là-bas Si J’y Suis.

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 13:22

 

 

 

 

On y est. Le dégoût et la rage se sont invités à mon réveil ce matin. L’envie de vomir dans mon café aussi. Voila, c’est en ce jour de grisaille que le sénat a entériné ce à quoi nous nous attendions tous, pile le jour des vacances scolaires histoire d’enterrer une grève presque générale qui dure depuis mi-octobre. Comme d’habitude, le pouvoir passe en force sans écouter la population, ses peurs et ses besoins (représentativité démocratique?). C’est un samedi 23 octobre donc, que fut signé l’arrêt de mort anticipée de milliers de travailleurs français (indépendants, artisans/salariés du bâtiment, travaux publics et autres métiers « d’extérieur »), contre les en-cravatés notables parlementaires et les bourgeois d’affaires du Medef déjeunant à la table du sacrosaint Capital, qui ont une espérance de vie à cinquante ans beaucoup plus élevée que les premiers qui subiront la loi dont l’impact est aussi dégueulasse que son instigateur ministre du Travail. Les manifestations, les blocages de raffineries, d’aéroport et de gare n’auront servi à rien, si ce n’est qu’à légitimer la remise en cause du droit de grève en France. Me direz-vous, nous savons depuis la réforme de 1993 que nos droits à la retraite seraient constamment remis en cause. Un peu tard pour se révolter. Dix-sept ans plus tard, c’est le monde de la finance qui se l’accapare. Quelle aubaine ! Passage de 65 à 67 ans à taux plein entériné donc, et déjà, voilà que la grande presse incite à stopper la grève lorsque le texte sera définitivement adopté par ses messages en forme de faux sondages parlant d’eux-mêmes, alors que la semaine précédente, les mêmes sondages faisaient état de 65% des français soutenant le mouvement social… : « si la réforme est adoptée par le Parlement, 56% des personnes interrogées considèrent que les syndicats devront respecter le vote des parlementaires et arrêter le mouvement. »(1) Mais les gens commencent doucement à se rendre compte que ce sont les mêmes bourgeois qui, depuis deux millénaires, utilisent l’être humain pour satisfaire leurs intérêts privés à court terme pendant que 85% de la population crève en bas de la pyramide.

 

Ce texte n’aura d’objectif majeur que celui de dire une chose : face aux grands fossoyeurs de la protection sociale, face aux maîtres capitalistes esclavagistes des grandes institutions financières internationales qui voudraient abolir tout code du travail, exploiter la vie de l’humain de sa naissance jusqu’à sa mort, et ce, à taux plein, le missile est lancé. C’est une guerre des classes ouvertement déclarée par la grande bourgeoisie contre la majorité des peuples. Ca dure depuis des années, et c’est seulement maintenant que l’opinion se rend compte que nous sommes en guerre. Et comme d’habitude, le vainqueur n’est pas du côté des plus nombreux…

 

La réforme Woerth, ou le pouvoir politique au chevet de la finance internationale.

 

Depuis le tsunami néolibéral des années 1970 qui dévaste tout sur son passage, armé de ses dérégulations, ses préceptes économiques, ses guerres et sa propagande, le monde, disons la société civile internationale, semble aspirée dans un trou noir abyssal où nul ne peut entrevoir une quelconque sortie. La crise économique de 2008 semblait montrer à la face du monde l’échec cuisant du capitalisme sauvage et la nécessité d’essayer un autre paradigme économique, là où il n’a fait que trébucher pour mieux sauter et repartir de plus belle, avec davantage de violence. L’ogre capitaliste se nourrit des crises, son estomac paraît ulcéré par la systémique chute libre des indices sur les marchés financiers, mais en ressort infiniment plus puissant après avoir concentré un peu plus le capital que lors des crises précédentes.

Les choses s’accélèrent donc depuis 2008, la crise étant une aubaine pour légitimer la réduction des dépenses publiques là où elles ont besoin d’être rehaussées drastiquement, et voila que cette année, les "marchands du Temple" peuvent désormais jouir de nouveaux débouchés et étendre leur commerce sur un domaine qui jusque-là leur était interdit de profitabilité : la vieillesse des gens, bientôt la santé. Le droit à vivre après la vie active est remis en cause, et le droit de mourir en bonne santé se paiera en fonds de pensions sur un marché financier. Le monde va trop vite, tout s’accélère, l’assassinat économique aussi, la rage et l’envie d’insurrection remplacent la résignation et l’attentisme dans le cœur de milliers de personnes. Ou l’inverse, suivant la posture la mieux jugée. Tout va plus vite, et pourtant, cette époque semble marquer les prémices d’un mouvement d’unification populaire désireux de résister contre l’ennemi commun qui saccage tout ce qui entrave son égoïste intérêt particulier. L’on se prend à la fête : on bat le pavé, soutenant les slogans révolutionnaires rêvant de mettre à terre ceux qui exploitent la vie des gens et récupèrent à leur compte les injustices les plus notoires. Un tressaillement au cœur voyant la foule mobilisée nous fait espérer que 2010 et la suite de la décennie seront les années du changement tant espéré. Puis d’un coup, une question prouvant que la majorité de nos contemporains ont une guerre de retard dans la tête : pensent-ils vraiment qu’en tant que masses populaires en forme de troupeau dérouté, utilisant les formes légales constitutionnelles de contestation (prévues en République pour que rien ne change) du pouvoir, ils parviendront à obtenir l’abrogation de cette loi, voir à faire tomber la dictature du capital et les dominations de la bourgeoisie sans effusions de sang, sans prisons et ce, dans la paix ?

 

Depuis la fin du 20ème siècle, les gouvernements successifs ne cessent de légiférer pour faire reculer l’âge légal de départ à la retraite des travailleurs, salariés et fonctionnaires, 1993 étant la pierre angulaire de la régression sociale et de la révocation des acquis du Conseil National de la Résistance, ceux ayant institué en 1945 la retraite par répartition en France. A un tel point que la réforme de la protection sociale est devenue l’axe majeur des programmes électoraux, et l’argument d’économie politique marquant les clivages entre gauche antilibérale, et les détenteurs du pouvoir, gauches caviars alliées à la droite libérale. En France, la réforme des retraites est donc un fait politique et social très récurrent qui occupe les politiques, les journaleux environ tous les dix ans, et est sujette à mouvement sociaux de contestation, voir à grèves générales de ceux qui subissent la loi, à l’instar du mouvement de 1995 et de celui qui se déroule actuellement en 2010 sous nos yeux.

 

Cet article ne se lancera pas dans la description objective des caractéristiques inhérentes à chaque réforme des retraites (Balladur 1993, Fillon 2003, Woerth 2010, 2020…2030…), puisque d’une part il faudrait des dizaines de pages pour appréhender ce sujet, et parce que d’autre part, la le constat est clair et simple à résumer : la volonté d’asservir le peuple qu’ont les néolibéraux depuis leur accession au pouvoir mondial après la chute du bloc soviétique est à présent montrée au grand jour, et s’impose même dans les pays "riches". Les réformes des retraites sont des destructions successives du droit à la fin de vie décente de milliers de salariés et travailleurs : en reportant l’âge légal de la fin du travail, en imposant une décote de 5% par nombre d’années non cotisées, en défiscalisant les heures supplémentaires travaillées, en reportant l’âge légal du départ à la retraite à taux plein sans prendre en compte les inégalités face à l’espérance de vie à 50 ans des gens, et en renforçant cette année le passage de la retraite par répartition à la capitalisation, voilà que les gens se rendent compte (trop tard) qu’il faut mettre un point d’arrêt à ce système. Mais il est trop tard, même une insurrection populaire nuira au peuple qui subira l’instrumentalisation politique des conséquences de la grève générale. Le pouvoir sous-estime d’une part la rage du peuple, mais celui-ci en parallèle se mord la queue en se battant contre des moulins à vent.

 

L’impact de ce que la novlangue nomme par réforme, est un prisme à plusieurs facettes. Non seulement  la réforme 2010 fait passer l’âge du départ à la retraite de 65 à 67 ans à taux plein, donc sans décote, mais elle oblige aussi au contribuable à cotiser 42 annuités (35 en Allemagne et on dit que les français ne travaillent pas assez…).

 

Comme on l’a dit, l'argument politique majeur depuis des décennies, (droite gaulliste, giscardienne, chiraquienne, sarkozyste et gauche mitterrandienne confondues) est de faire croire que le coût du travail en France est trop élevé, ce qui n'inciterait pas les entreprises à embaucher, aggravant le taux de chômage (2). Ce non sens idéologique électoraliste permet de maintenir les salaires à un niveau minimum dans le souci de réduction des coûts de production des entreprises, et aussi cela permet de choisir la hausse de la durée de cotisation plutôt que celle du taux de cotisation salariale et patronale, ce pendant que depuis trente-cinq ans, les actionnaires s’engraissent et se retrouvent à "piloter" (belle oxymore créée par les institutions et le Medef) la machine économique. Mais le taux de cotisation en France n'est pas plus élevé qu'en Allemagne ou que dans les pays scandinaves. Ce raccourci médiatique ingéré par tous désormais, car martelé dans les colonnes journalistiques depuis des années, permet de faire croire que la sécurité sociale nuit à l'emploi. La propagande qui aseptise les débats met en œuvre des discours politiques tellement décomplexés qu’il est paradoxalement difficile de les comprendre.

 

L’État providence et sa "gouvernance polycentrique" (gestion publique décentralisée, à plusieurs centres de décision, où la région s’administre librement, en théorie technocratique des notables), coûtent cher. Les salaires, même maintenus par le bas au smic, ça coûte cher. La retraite, la santé, ça coûte cher et nous sommes en crise. Alors il faudra travailler jusqu’à 80 ans et épargner vous-même car nous ne pourrons rien pour vous dans dix ans, désolé. Oui, désolé, mais nous avons de l’autre côté Dassault, Lagardère, Pinault, Bolloré, Bettencourt et tous nos copains au ministère à nourrir et rincer, et ils sont très gourmands. Et puis il y a aussi les chinois, ils demandent même à acheter nos brevets sur l’aéronautique et l’aérospatiale ! Alors soyez compréhensifs, honnêtes gens, c’est pour cela que nous ponctionnons dans les poches du peuple, c’est pour votre bien et nos réformes sont raisonnables ! Enfin quand-même, si un ouvrier meurt à soixante ans après avoir cotisé toute sa vie sans profiter de sa retraite, ce n’est tout de même pas de notre faute !

 

Retraites et démographie : le vieillissement de la population comme instrument de propagande.

 

Bref, une masse salariale élevée, des salaires plus conséquents et des dépenses publiques plus massives, une intervention de l’État plus importante au lieu d’effacer son rôle  sans résister à la globalisation, seraient une solution pour financer ces services publics. Mais il est plus facile de dire au micro qu’il faut réformer le système des retraites parce que la population vieillit. (En 1993, la réforme Balladur était aussi mise en application sous le coup du vieillissement…)

 

Si l’on regarde les chiffres, l’espérance de vie en bonne santé à 50 ans est de 22.8 ans pour les hommes les plus qualifiés (1 an de plus pour les femmes), et 13.7 ans pour les ouvriers.(3) Si un ouvrier part à 60 ans à la retraite, il a donc seulement quatre ans de vie en bonne santé sans travailler contre 13 ans pour un salarié "plus qualifié". La réforme actuelle ponctionne donc la moitié de l’espérance de vie en bonne santé d’un ouvrier en allongeant de deux ans la durée de cotisation. Voilà en quoi celle-ci est en quelque sorte un arrêt de mort anticipée pour de nombreux travailleurs. Ajoutons, selon la même source, que si l’espérance de vie augmentait jusque là, c’est bien parce que les gens pouvaient arrêter de subir le stress des dures conditions de travail entre 58 et 60 ans… L’on a de cesse de le rappeler, mais croire que le système des retraites en France doit être ré(trans)formé en profondeur et de manière urgente parce qu’avec l’allongement de l’espérance de vie et le déficit public de 20 milliards d’euros à la sécurité sociale ne pourront plus subvenir aux besoins de santé des retraités, cela est un énorme non sens.

 

Selon une étude de Daniel Mermet dans un triptyque d’émissions sur la fiscalité en France fin septembre(4), si le régime fiscal français était le même que dans les années 1990, l’État pourrait récupérer 100 milliards d’euros auprès des grandes fortunes, qui depuis quinze ans donc, se retrouvent imposées sur leurs ressources à hauteur de 0 à 5% là où le contribuable moyen est imposé entre 10 et 15%... La France permet aux plus riches de défiscaliser leurs revenus, faisant de ce pays un "paradis fiscal" selon les mots du journaliste à France Inter François Ruffin, et l’on vient ensuite nous expliquer que la population vieillit, que les déficits se creusent, et que nos institutions (autrefois sociales et redistributives) ne peuvent financer la fin de vie des gens ? Avec 100 milliards d’euros supplémentaires dans le budget de l’État, il semble quand même que beaucoup de services publics seraient largement excédentaires, ce qui remet en cause la vague de privatisations, de fusions-acquisitions qui dure depuis les années 1990.

 

Guillaume Sarkozy, l’un des dirigeants du Medef, qui vient de créer une entreprise de capitalisation des fonds de pension de retraites (5) et son frère doivent vraiment se marrer lorsqu’il voient les français soutenant la réforme, bourgeois, militant à l’UMP, salariés désintéressés dépolitisés, gober en masse l’argument démographique et celui des caisses vides. La politique de défiscalisation française qui fait des cadeaux en permanence aux grandes fortunes, à l’instar de Mme Bettencourt, et l’argent perdu par le secteur public lorsqu’il est versé dans le privé en dividendes actionnariaux ou en primes non imposables une fois que l’entreprise ait été privatisée et que l’État refuse de taxer davantage, sont autant de relations de causes à conséquences qui expliquent à quel point le financement de la sécurité sociale pourrait ne pas être un problème en France. Cela montre aussi, que les salariés français pourraient partir à la retraite après 35 ou 37.5 annuités, grâce à une Sécurité Sociale largement excédentaire. Mais évidemment, cela remettrait énormément de choses en cause, et surtout, la classe politique ainsi que le modèle économique néolibéral qu’elle impose ne seraient pas au pouvoir. Si l’État récupérait d’un coup la centaine de milliards d’euros qui glisse du public vers le privé depuis une vingtaine d’années, notamment à cause de ces mécanismes de défiscalisation, le problème de la réduction des dépenses publiques, le gel des salaires des fonctionnaires, leur non remplacement depuis 2007, c’est-à-dire la politique d’austérité (idéologiquement capitale pour le gouvernement, et logiquement inutile si l’on accepte qu’il y ait plusieurs solutions macroéconomiques) qui fait l’objet de toute cette contestation sociale, si l’État avait "en main" cette somme colossale, les fondements de l’ordre mondial néolibéral ne seraient pas imposés en France. Et il ne faut pas fâcher le régime des banques et des multinationales privées.

Bref, pour résumer, dans le financement de la sécurité sociale et pour allouer des pensions de retraite par répartition aux gens, l’État n’a pas que l’allongement de la durée de cotisation comme solution. Il peut aussi augmenter le taux de cotisation des plus grosses entreprises (oups pardon, j’oubliais l’obligation de compétitivité des entreprises), ce qui permettrait de réduire le nombre d’annuités tout en augmentant les recettes. Il peut aussi rétablir un régime fiscal tel qu’il était il y a quinze ans pour éviter les fuites de capital. Au lieu de ça, Mr Sarkozy, notre super président propose de réduire le taux de l’Impôt Sur la Fortune pour 2011 (6)…

 

Il faudrait peut-être dire à ce monsieur que les riches en France ne représentent qu’une maigre partie de la totalité de l’électorat. Mais même les ouvriers ayant oublié leur condition de classe exploitée, beaucoup d’employés de bureau des PME lorgnant sur les postes à responsabilités, et les agriculteurs se gavant de subventions de l’UE se retrouvent souvent à voter pour des politiques qui noient dans la novlangue les nécessités des classes populaires pour favoriser au bout du tunnel les classes dominantes. Et même les individus que l’on retrouve dans les cortèges qui ne soutiennent pas la politique de ce gouvernement ploutocratique, ne prennent pas forcément le temps de regarder au fond des choses ce qui ne va pas et scandent primairement «Sarko démission», sans savoir ce que signifie la retraite par capitalisation, par qui et comment est-elle imposée.

 

Entre autisme social, autoritarisme du pouvoir politique et toute cette pression médiatique qui alimente la propagande néolibérale, on n’est pas sortis ! Bientôt, les manifestants seront systématiquement jetés en prison. Les grévistes occupant leurs entreprises seront automatiquement réquisitionnés par le pouvoir pour stopper leur grève (bientôt un projet de loi pour réquisitionner les salariés d’ailleurs, suite à la réquisition des salariés de Total à la raffinerie de Grandpuits ?), et l’âge légal de départ à la retraite dépassera 70 ans. Mais même lorsque la population active mourra au travail, ou quand les gens n’auront pas de salaires assez conséquents même pour capitaliser leur propre retraite, ce sera le domaine de la santé publique qu’ils voudront mettre à mal. Nous ne sommes qu’à la première étape de la régression sociale. Le jour où les gens prendront conscience qu’on leur aura grignoté tous leurs droits sociaux, qu’ils n’auront plus rien à perdre, l’intimidation du pouvoir n’y fera plus rien. Et là, ça fera mal, lorsqu’une réelle ambiance de guerre civile acharnée règnera dans les villes, armée contre peuple enragé, que les dominés sauront tous qu’il s’agit d’un conflit de classes contre classes. Pour éviter et anticiper ce moment non souhaitable mais qui pourtant semble inévitable, en guise de résistance à cette loi meurtrière des retraites, ne nous contentons pas des seules manifestations dans les rues, bloquez et bloquons tous l’économie dans une grève générale dure, totale et absolue selon ce que chacun peut faire, en imaginant tous les alternatives que l’on peut apporter à la société à l’échelle individuelle.

 

 

 

 

 

 

 

Samuel Moleaud.

 

http://sam-articles.over-blog.com

 

 

Sources :

 

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/social/20101023.OBS1708/sondage-56-des-francais-pour-l-arret-du-mouvement-apres-le-vote-de-la-loi.html

 

(2) DUVAL Julien, Le mythe du trou de la Sécu, Raisons d’agir, 2007.

 

(3) Journal La Mèche, édition du 10 au 16 septembre 2010.

 

(4) Daniel Mermet, La-Bas si J’y suis, "Fiscalité, la fabrique des inégalités I, II et III" émissions du mardi 28 septembre, mercredi 29 et jeudi 30 septembre :

http://www.la-bas.org/mot.php3?id_mot=238

 

(5) Article de Laurent Mauduit sur Mediapart via www.sam-articles.over-blog.com :

http://sam-articles.over-blog.com/article-la-joint-venture-des-freres-sarkozy-contre-les-regimes-par-repartition-59467635.html

 

(6) http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gl2KV65PxC_4bPOYSAKS_uhPTaJA?docId=CNG.05ad097e07ddb85615d22e56708916b0.c61

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 15:01

Aujourd’hui, mardi 12 octobre, c’est jour de manif. La France se mobilise pour son avenir contre ce qu’on appelle une réforme dans la novlangue libérale, contre la casse du système des retraites. Battant le pavé, muni de banderoles et d’accoutrements d’opposant au régime, l’on se prend à rêver d’un changement, clamant des slogans révolutionnaires. Plus, le sourire qu’apporte cette union du peuple dans les revendications nous fait prendre conscience qu’il faudrait peu de choses pour ainsi dilapider ceux qui se sont faits rois et reprendre le pouvoir sur la gestion de nos vies. C’est la vie démocratique, paraît-il, que de n’avoir comme droit à la contestation de l’autorité que des manifestations dites conventionnelles, calmes, douces, cerclées de dispositifs policiers et gentiment demandées à l’administration, tout en sachant que la classe oligarchique continue de passer ses lois en force, dans le mépris total de "sa" population. Et quelle ingéniosité des temps sarkozyques, sans utiliser le 49-3…

 

Mais quand l’heure est au bilan de la journée de mobilisation, nombre de ces manifestants (ayant soulagé leurs bonnes consciences d’esclaves modernes sans chaînes en défilant sur le pavé et se donnant ainsi bêtement le droit de proférer que quiconque ne va pas manifester est un sarkozyste raciste) qui demandent simplement plus d’argent, non le démantèlement d’un système capitaliste profondément destructeur, s’en vont en fin de journée reprendre leurs habitudes consuméristes et se nourrir chez Mc Do, oubliant ainsi ce qu’ils ont crié toute une après-midi durant. Police et syndicats se disputent la guerre des chiffres, entre cent et dix mille manifestants, ce qui donne du grain à moudre aux médias pendant quelques jours, et voilà que tout redevient normal. Saufs l’avancement de la misère, de la précarité et le dépérissement social d’une société en désuétude, qui progressent à grands pas. Voilà pourquoi de nos jours, et depuis plusieurs années déjà, l’action collective des manifestations n’a qu’un maigre poids pour faire reculer le gouvernement : c’est que l’administration confine la contestation à la seule possibilité de manifester pendant que le peuple subit un pouvoir autoritaire pendant cinq ans, voir dix si la fine équipe est réélue, et surtout, que tous s’en accommodent, en rentrant chez soi après la manif au lieu de se réunir par centaines en assemblées générales pour voter des actions (pacifiques ?) à réaliser et faire blocage à l’économie du crime.

 

Oui, parler d’économie du crime ici pourrait paraître comme étant du verbiage propagandiste d’extrême-gauche décrédibilisant le débat public pour un lectorat aux consciences politiques plus modérées, mais désormais, alors que la gouvernance capitaliste néolibérale s’impose même dans les pays riches, qualifier de crime l’économie n’est pas exagérer. Car la réforme des retraites, il serait un tort de ne la considérer que comme un palliatif politique à la crise financière, et comme l’unique solution pour orienter les politiques publiques et les affaires sociales françaises. La crise est une aubaine pour les apparatchiks du pouvoir politique car elle permet de réunir tous les travailleurs sous les mêmes peurs (insécurité sur un marché du travail distendu livré à la doxa du laisser-faire), et permet de maintenir les dogmes néolibéraux et les institutions financières internationales. En clair, ce n’est pas Sarkozy et Woerth qu’il faut pointer comme premiers responsables de la "réforme" des retraites, mais plutôt l’intrusion du FMI et de ses ajustements structurels dans les politiques publiques françaises. Lorsque le présidictateur français clame que le report de l’âge de la retraite à taux plein à 67 ans est inévitable, et qu’ils n’ont pas le choix à cause du vieillissement de la population, c’est en fait qu’elle est imposée par le FMI, dont il faut citer ici quelques tirades savoureuses publiées dans un bulletin adressé à la France au mois de juillet 2010 :

 

 « Pour préserver la viabilité budgétaire sans compromettre la reprise, les efforts d’ajustement doivent être concentrés sur les mesures qui nuiront le moins à l’activité économique, à savoir la réforme des prestations des systèmes de retraite et de santé. »

« Pour soutenir l’emploi des travailleurs plus âgés, il convient d’améliorer les incitations à continuer de travailler, notamment par la mise en œuvre effective d’exigences en matière de recherche d’emploi, parallèlement à la réforme du système de retraite. »

« Pour accroître la compétitivité de l’économie française et mettre à profit l’expansion du commerce international, il faut de nouveau privilégier les mesures propres à modérer la croissance des coûts salariaux, intensifier la concurrence et promouvoir l’innovation » (1).

 

Privatiser la protection sociale, geler les salaires, et imposer davantage de flexibilité du travail sont les nouveaux ordres que le pouvoir politique doit satisfaire. En aparté, lorsque le FMI demande un effort d’ajustement structurel à un pays, c’est après avoir consenti un prêt. Dans quels médias français a-t-on pu lire une telle information ? Le gouvernement français, pour sauver son système bancaire, aurait-il obtenu un prêt du FMI qui serait passé sous silence ?

 

Bref, des solutions, il y en a et les dirigeants le savent. Mais la seule solution pour ne pas fâcher le régime des banques, c’est de privatiser à petit feu la protection sociale.  Des milliards d’euros glissent depuis les années 1980 du secteur public vers le privé à cause des multiples privatisations d’entreprises publiques, qui, même si elles sont soumises à l’impôt une fois privatisées, représentent  une fuite de capital, par les sommes colossales de dividendes versées après ouverture du capital, qui pourraient alimenter les services publics et la sécurité sociale. Il suffirait de créer une taxe sur les transactions financières et sur le capital des entreprises du CAC40, à hauteur de quelques dixièmes de pourcentage pour financer les caisses de la sécurité sociale, mais cela ferait gronder la minorité oligarchique qui gouverne. Le déficit de la sécurité sociale avoisinerait les 20 milliards d’euros, et s’alourdirait encore d’ici 2030 si rien n’était fait. Un déficit de 20 milliards fait peur au gouvernement alors qu’il "trouve" des milliards par centaines pour engraisser les banques, les grandes multinationales, et dépense des sommes pharamineuses dans la politique de défense, de sécurité, d’expulsions des étrangers en situation irrégulière. De plus, comment prévoir un déficit public de la sécurité sociale à l’horizon 2030, soit dans vingt ans alors que l’on ignore dans quel état sera la démographie française dans deux décennies, les cotisants de 2030 n’étant pas nés, ou n’ayant pas commencé à travailler pour la plupart ? Il y a de fortes raisons de penser que financer les caisses de sécurité sociale (vieillesse, maladie, famille) ne coûte pas cher à un État qui joue pleinement son rôle social de répartition. Au contraire, ce que les agents du microcosme politico-médiatique nomment la réforme des retraites et les reports successifs de l’âge légal à la retraite, incombant de fait la hausse des annuités (parler du report de l’âge légal à 62 ans en 2010 et 63 ans en 2020 passe mieux dans les journaux plutôt qu’écrire d’emblée qu’il faudra passer de 41 annuités à 42, puis à 43…), n’a qu’un seul objectif : passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation, où tout contribuable place son pécule sur les marchés financiers en guise de préparation à la retraite. Ca enrichit les banques, cela impose d’avoir travaillé à temps plein pendant 42 ans, cela interdit le chômage, cela divise les gens entre eux par la compétition et l’inégalité des ressources, j’en passe et des biens pires. Bref, quelle belle philosophie des temps modernes…  «Travaille plus vite que ton voisin, ne l’aide surtout pas s’il a faim et s’il est malade, c’est de sa faute».

 

Mais cet argument politiquement incorrect de la privatisation du système de santé, dont la volonté est économique et politique, doit être tût par les journalistes pour que le parti UMPS conserve ses suffrages électoraux. Pour que les citoyens continuent à penser que l’homo-oeconomicus politique moderne qui fait la loi (instances exécutives et législatives) est un individu altruiste représentant sa population. Le pouvoir politique concrétise avec délectation en cette fin 2010 ce qu’il a mis presque un an à préparer en tentant de détourner l’œil du peuple par sa propagande nationaliste et ses actions xénophobes (expulsions et triage des Roms, discours racistes) diversifiées : il inflige au peuple une gigantesque gifle et réduit son espérance de vie en le tuant au travail, argumentant que la hausse de l’espérance de vie ne doit pas être « dépensée » à l’oisiveté, et il faudrait que les gens soient "compréhensifs", et qu’ils ne se révoltent pas ? C’est sûr que lorsqu’un haut fonctionnaire rédige le texte du report de l’âge à la retraite, pour lui travailler jusqu’à 85 ans n’est pas un souci, tous doivent donc en faire de même. Y compris ceux qui travaillent dehors, sous la pluie, dans la boue, dans le froid, sur les toits ou dans le bruit des machines, dans une pénibilité du travail telle, que la mort sonne au pas de la porte vers la soixantaine si ce n’est plus tôt, sans avoir eu de retraite, mais en ayant pourtant cotisé toute sa vie "active"…

 

Au lendemain de la validation du report de l’âge de la retraite à taux plein à 67 ans par le Sénat, Éric Woerth a assuré que ceux qui appellent à la mobilisation des jeunes "sont totalement irresponsables", et que la réforme consolide le système des retraites. Dans la novlangue cynique et libérale de nos jours, c’est un record dans la duperie et la moquerie : ceux qui appellent à la mobilisation des jeunes, c'est-à-dire les futurs travailleurs, donc, aussi fortement concernés, sont les syndicats et les associations militants contre la casse du système de santé…L’énergie dépensée à orienter les esprits et manipuler les gens pour récupérer les faits politiques et sociaux à leur cause est dépitant.

 

A la violence du système ne répondra que la violence désormais nécessaire du peuple pour stopper l’inacceptable. L’actuelle mobilisation sociale doit se traduire par une grève générale, dure et illimitée avec occupation des bâtiments et espaces publics et blocage complet de l’économie. Gaziers, électriciens, cheminots, enseignants, raffineries de pétrole, lycéens et étudiants ont déjà emboîté le pas. Aux salariés du privé de suivre. La logique du mouvement de contestation impliquerait que tout l’effort de production du pays cesse complètement jusqu’au recul forcé du gouvernement. Mais le rapport de force est bien trop inégal dans ce bras de fer que les syndicats fatalistes et moribonds (dont l’attitude est fourbe à chaque mouvement social, en appelant à la grève, puis en courbant l’échine, acceptant le retour au travail après la concession de broutilles gouvernementales) annoncent déjà qu’il est perdu.

 

Quoi qu’il en soit, les tortionnaires grabataires qui signent les lois avec l’impunité déconcertante qu’ils disent légitime par suffrages, sont peut-être finalement en train de préparer contre leur gré, quelque chose de positif : noyé entre les peurs sécuritaires à consonances fascistes électoralistes et les casses systématiques des services sociaux appliquées en vertu des versets de l’ordre néolibéral, les obscurantistes de la classe Affairiste à Matignon sont peut-être en train de radicaliser de manière profonde les idées, les consciences de plus de soixante millions d’hommes, de femmes, de travailleurs, de chômeurs, d’étudiants. Car expulser des étrangers sous couvert de sécurité, ça passe. Supprimer des fonctionnaires, ça passe. Précariser le système d’éducation nationale, ça passe. Faire des cadeaux aux riches en pleine crise économique, ça passe encore. Mais imposer aux actifs de travailler jusqu’à presque 70 ans, la pilule est dure à avaler, surtout qu’elle fait cumul avec pas mal de honte.

Mais que fait un chien enragé à qui l’on a ôté le pain de la bouche ? Il mord et transmet sa rage. La bataille des retraites, forme médiatique pour évoquer la mise à mort programmée de l’État Providence, la réinstauration d’un réel système de protection sociale, ne se fera pas en manifestant le mardi et le samedi sous les bannières d’un syndicalisme timide copinant avec le pouvoir en négociant quelques billets contre deux ou trois pauvres amendements. Elle se fera lorsque tous, toute distinctions de classes sociales confondues, seront unis et solidaires autour des mêmes réalités, du moins des mêmes aspirations : la résistance acharnée à l’oppression, l’hypocrisie politicienne et l’autoritarisme du pouvoir politique. En ce jour dit de mobilisation sociale interprofessionnelle, de nombreux français devraient penser à ce qui s’est passé au début de l’an 2000 à Cochabamba, pour en faire de même… mais il y a fort à penser que les que le pouvoir actuel sous-estime la colère qui pourrait s’éveiller du peuple si celui-ci ouvre les yeux dans les mois ou années à venir, même si nous n’y sommes pas.

(1) : http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/survey/so/2010/car073010Af.pdf

 

 

Samuel Moleaud.

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 03:15

N’étant ni vénézuélien, ni présent sur place, je clique, via mon ordinateur sur les liens des versions web des grands journaux proposés par Google Actu en ce lundi 27 septembre 2010. Et oui, nous dit-on, il faut se tenir informés. C’est important de lire la presse. Pardon, que dis-je ?! C’est important, de lire la vérité. Ça produit de l’échange, du lien social, et génère une meilleure compréhension du monde, ce qui est capital dans une société mondiale à l’avenir instable, nous dit-on même dans les amphis. Comme nous savons, maintenant que l’information à l’ère numérique de la communication où les idées doivent se diffuser rapidement pour qu’un organisme de presse soit rentable, nous devrions aussi savoir qu’il est possible, au demeurant, que ce qu’on lit est toujours orienté voir tronqué. Qu’un article peut être truffé de manière consciente ou inconsciente de raccourcis idéologiques ou professionnels, par soucis déontologique d’autocensure du journaliste. Alors, puisque le temps s’offre à moi en cette journée ensoleillée d’automne, voici que je me lance dans la lecture des journaux français les plus connus, pour comparer la manière dont le même sujet sera traité par tel ou tel organisme d’information (parler d’information a autant de sens que d’affirmer qu’un journaliste exerce librement sont métier en France en 2010). Ce, tout en se disant que derrière chaque paragraphe, se cache un mécanisme inconscient de manipulation des cerveaux. Ce rouage, latent, -apparu dès la naissance de la presse sous Napoléon Ier, dont nous sommes tous habitués dans une France apôtre d’un journalisme libre, indépendant et démocratique et qui ne formate pas l’opinion publique-, n’a jamais été aussi bien huilé que dans nos temps contemporains. L’actualité de ce jour, pour qui a décelé la brèche dans la coque de la duperie communicative, permet en beauté d’assister lamentablement au concert antisocialiste de la grande presse française, dont les plus grands industriels et marchands d’armes dirigent les entreprises si consciencieuses du journalisme d’investigation…

 

Voici donc, après ces palabres introductrices numérisées sous forme de cri de gueule d’un chien enragé à qui on enlève l’os de la bouche, voilà que je déplie la couverture médiatique, et stupeur ! Que vois-je ? Les résultats des élections législatives vénézuéliennes traités par les journaux de référence. Classe, il se passe quelque chose en Amérique Latine ! Ca va plaire à la jeunesse dorée française ça, celle qui n’aime pas Chavez, mais qui pourtant est de sensibilité de gauche modérée, militante au PS contre Sarkozy mais sans savoir pourquoi parce que finalement il augmenté le salaire de papa.

 

Ces journaux de références, donc, ceux qui ne sont pas taxés de désinformation subjective, et annoncés comme autant de lecture fortement conseillée pour avoir un esprit critique, à savoir Libération, Rue89, Le Figaro, L'Express, Le Monde, Nouvelobs, sont autant de canards considérés tant ici-bas comme des journaux idéologiquement différents. Après la lecture de trois ou quatre articles, (ce genre de papier sur les élections au Venezuela ne doit surtout pas être trop long, il ne faut pas en dire trop, mieux vaut occuper le temps de cerveau disponible avec un amoncellement de faits divers à fortes émotions), on jette la couverture, elle est moisie. Le vocabulaire, les recopiages intacts de paragraphes entiers, les références historiques, économiques et politiques du pays erronées, messages mensongers et insidieux, tout y est.

 

Tous les journaux, même rue89, qui s’affiche journal militant pour une meilleure information, parlent de la fin de la fin de l'hégémonie du Parti socialiste de Chavez, en décrivant une percée de l'opposition suite à cinq années où le pays fut dirigé sans opposition (normal, la droite avait boycotté les élections, comme le PS en France l’a déjà fait à l’Assemblée...). Parle-t-on de l’hégémonie sarkozyste dans la presse française ? Si un certain F. Fillon affirme que notre hyper-président n’est pas son mentor, on se demande pourquoi déclare-t-il de telles allégations, puisqu’aux yeux de la presse, et puisqu’ensemble tout est possible, la majorité UMP a été démocratiquement élue par les français (53% de 20 millions de suffrages exprimés, ce qui fait peu de français). Ah pardon, j’avais, en lisant que la gouvernance de Chavez se déroule sans parti d’opposition à l’Assemblée depuis 2005, commis la faute de remplacer les noms Chavez par Sarkozy à deux années près.

 

Même si le fait que les suffrages exprimés en faveur du PSUV soient moins nombreux qu’en 2005 était vrai, c’est la manière d’aborder le sujet par les journalistes qui est critiquable.

 

Depuis douze ans que Chavez est au pouvoir au Venezuela, il est très récurrent de lire que ce dernier se comporte comme un despote, un dictateur qui opprime sa population et qui nargue les économies du monde après avoir nationalisé ses entreprises, un chef militaire anti démocratique qui tente d’instaurer un pouvoir hégémonique à vie. Mitterrand, siégea à l’Élysée pendant quatorze ans…

 

Simple détail à rappeler, c’est qu’il est une question d’enjeux idéologiques et politiques que de proférer des attaques contre le Venezuela (ou la Bolivie, l’Equateur), plutôt qu’une question de réflexion autour de la gestion publique de son pays et de sa population. Je ne suis jamais allé en Amérique Latine, je ne peux donc avancer l’idée que le peuple vive bien sous le régime socialiste de Chavez, ni même qu’il est un bon président. Et le jugement personnel le plus approprié que je puisse avoir à propos d’un quelconque régime ne concerne que mon pays, ou ce que j’observe de moi-même à l’étranger, non ce qu’on nous dit d’un pays étranger dans un quotidien ou je ne sais quel autre hebdomadaire à grand public. Mais il semble tout de même que les journaux occidentaux du monde capitaliste ont pour rôle de détourner l’information concernant chaque pays où un modèle économique différent a été mis en place, afin que l’opinion publique pense fidèlement et fermement que notre économie de marché capitaliste et libérale est la moins pire, voire la mieux. Question de séduction idéologique. D’ailleurs, contemplez la beauté cynique avec laquelle Le Figaro précise qu’il serait mieux que les vénézuéliens choisissent un président libéral, qui, lui, ferait fonctionner l’économie et la sécurité : "Le pays est régulièrement victime de pannes de courant électrique. Le Venezuela est le seul pays d'Amérique latine en récession malgré ses richesses pétrolières et il connaît une inflation de 30 %. Enfin, la violence atteint des niveaux terrifiants, avec deux morts par balle chaque heure !"  L’art de réunir en une seule phrase trois problèmes différents, inhérent à chaque société, explicables par de multiples variables économiques et sociologiques, et n’ayant aucune relations étroites entres-elles pour les analyser. Mais ça marche.

 

Une autre phrase est intéressante : "Les médias gouvernementaux accordent une très large place à la propagande officielle." Ça se passe de commentaires…Heureusement qu’en France, nous avons des médias privés et indépendants, nous la propagande, on ne connaît pas ! C’est quoi d’ailleurs la propagande, un truc de gauche?

 

A propos, plutôt que de parler du "score" du parti au pouvoir, les colonnes traitent de celui de l’opposition. Ce procédé rédactionnel de placer dans la phrase en premier lieu "la percée de l’opposition" et non le résultat du dépouillement de la classe politique au pouvoir, met bien en exergue quelle prédominance politique serait préférable à leur yeux, ou plutôt, les articles laissent à penser que leurs rédacteurs se féliciteraient d’un changement de couleur politique en 2012. Bref, lorsqu'il y a une élection Vénézuélienne, les journaleux se penchent sur les suffrages de l'opposition (c'est à dire, les partis néolibéraux, paillassons des États-Unis) et se félicitent d'une perte de " l'hégémonie de Chavez" qui aurait eu "une victoire en demi-teinte". Et cela se vérifie d’un journal à l’autre, du Figaro à Libération, en passant par Le Monde ou Le Nouvelobs.

 

De plus, d'un torch**journal à un autre, les phrases et paragraphes sont copiés-collés, mêmes mots, mêmes phrases. Ce n’est pas difficile d'écrire et signer un article en France aujourd'hui, et d’être payé à la fin du mois. Il suffit pour ce faire, de recopier les hiéroglyphes  de l’AFP. Le journalisme du 21ème siècle n’analyse plus l’information, et l’on ne s’en cache pas : « …selon l’AFP », peut-on lire à la fin des citations des dirigeants.Petit exemple parmi tant d’autres : dans la plupart des articles lus traitant du sujet, on retrouve la phrase "Le Conseil national électoral (CNE) n'a pas diffusé la proportion des voix recueillies par les différents blocs, mais des candidats ont revendiqué 52 % des voix pour l'opposition, ce qui voudrait dire qu'elle aurait perdu la majorité tout en obtenant plus de suffrages."... (Libération, Le Figaro, Le Monde) merci l’AFP, de faire gagner du temps à la circulation des informations…et donc de l’argent aux patrons de presse Dassault, Bolloré, Arnault et Lagardère !

 

 Le PSUV perd des sièges, avec 66% de participation, il obtient ("seulement") 90 sièges PSUV sur 165. Soit. En comparant avec nos élections ici en France, sans vouloir tomber dans le travers d’un panégyrique pro-Chavez, quand il y a plus de 66% de participation, ce qui n'arrive jamais, et que l'UMP obtient 55% des voies, les mêmes journaleux scandent le "triomphe de la démocratie", et (non pas la percée de l'opposition, mais) la confirmation par le peuple qu'il est heureux de la politique de l'UMP. Et pas un mot sur les partis dits d'opposition français muselés par le pouvoir. Lorsque les ténors du parti socialiste vénézuélien scandent que « le peuple a parlé », c’est de la propagande d’État. Lorsque les Copé, Bertrand, Fillon et compagnie disent la même chose au micro un soir de 2007 (la dernière fois qu’ils aient remporté une élection législative…), c’est une victoire légitime de la citoyenneté. Rappelez-vous, c’était il y a trois ans, où l’hémicycle se remplissait à 54% de costumes bleus sur la droite…Il s’agissait d’un sursaut démocratique en France, grâce à 60% de participation politique au vote. C’est bizarre, mon esprit, d’un coup, ne parvient pas à saisir pourquoi alors, un parti vénézuélien remportant 55% des suffrages exprimés avec une participation de 66.5%, est le résultat d’un plébiscite dans une dictature autoritaire. Vous voyez-vous ? Ah oui, suis-je bête, la presse est jalouse de ne pas voir la France faire partie de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole !? Plus sérieusement, elle a intérêt, comme pendant la Guerre Froide, à ce que les régimes socialistes d’Amérique du Sud soient renversés, que des dictatures néolibérales et pourquoi pas des régimes militaires remplacent Chavez en 2012 afin que Dassault puisse continuer d’inonder en armes les pays les moins riches, et ensuite expliquer au Figaro que l’insécurité règne en Amérique Latine.

 

Un événement politique à graver dans l'histoire de la propagande française ! Si l'on considère le Venezuela comme une dictature, que l'on en fasse de même pour la France !

 

Voila j’ai éteins la page Google-actu, je suis rassuré, l’opposition gagne du terrain au Venezuela, belle et bien en route pour chasser par les urnes (ou la rue et l’insurrection) un hyper-président autoritaire, démagogique, populiste et harangueur de foules. Et en France ?

 

Samuel Moleaud.

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