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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 14:39

 

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            Les entreprises croulent sous les charges, les gens sont bombardés d’impôts et de prélèvements, l’État leur pompe tout ce qu’ils gagnent. Le pouvoir d’achat baisse ainsi que se freine la croissance économique, la dette publique devient insoutenable et donc l’État ne peut plus s’occuper du secteur public. Il doit faire face à une crise de la dette, et doit geler ses dépenses publiques. Il faut que cela change, et il revient à chaque citoyen de se serrer la ceinture pour sortir de la crise. La solution est de rembourser la dette et de réduire le volume des dépenses publiques. Dans les discours politiques, c’est la « règle d’or » gouvernementale que l’on esgourde quand les citoyens commencent à comprendre le pot-aux-roses (1).

Outre le discours simpliste qui vise à adapter les orientations idéologiques de la politique économique en la réduisant à l’adage "politiques, gaute et droiche tous pourris", ou "l’impôt sert à déshabiller Pierre pour habiller Paul", cet article voudrait montrer à quel point le système fiscal actuellement en vigueur est injustement en train de poindre vers la privatisation de l’État au profit des riches. La situation est internationale et décomplexée : les riches, censés payer plus d’impôts que les moins riches, parviennent à contribuer moins que les autres. L’impôt est alors délégitimé, car il n’est plus redistributif, progressif (notamment l’impôt sur le revenu), il charge les ménages modestes. Les agents économiques favorisés bénéficient des mesures dérogatoires d’allègement d’impôts pendant que les « petits » n’ont pas les moyens de souscrire un contrat auprès d’un cabinet de conseil financier pour diminuer leur taux d’imposition. Les « niches fiscales » (que N. Sarkozy et F. Fillon prétendent vouloir combattre) ne bénéficient alors qu’à ceux qui ont des hauts revenus.

 

Il est récurrent d’entendre que la France est une bureaucratie lourde gangrénée par des prélèvements obligatoires qui coulent le portefeuille des contribuables comme une encre tombe en chute libre au fond de l’océan. Pire, nous serions dans une fonction dérivée d’un soviétisme adapté au marché, comme si les gouvernements se succédant étaient victimes de ceux du passé. Victimes d’un pseudo gaullisme social qui aurait marqué la France au fer rouge d’un simulacre de politiques sociales écrasantes, inopérantes, inflationnistes et économiquement peu attractives.

L’impôt est pourtant à la base du fonctionnement d’un État démocratique, car il permet de financer l’économie nationale, les services publics et d’opérer une redistribution des richesses pour freiner les inégalités. Le prélèvement est dit « obligatoire », puisque s’il était facultatif, nombre de contribuables ne paieraient pas et cela aggraverait les comportements individualistes. Parallèlement, impôts et prélèvements obligatoires sont ceux qui permettent de financer l’action publique. Or depuis les années 1990, le vent est à la baisse des impôts : chacun veut bénéficier de services publics de qualité mais chacun reproduit électoralement la légitimité du discours néolibéral qui individualise les comportements, favorise les exonérations fiscales, et donc réduit l’action publique.

 

Pour un gouvernement, l’impôt progressif ou proportionnel, direct ou indirect, est la résultante idéologique des choix de société. En effet, depuis environ une quinzaine d’années, le système fiscal est devenu un enjeu politique majeur aux abords des joutes électorales, en même temps qu’il se transformait structurellement en passoire géante faisant glisser dans les profits du secteur privé des milliards de deniers publics nécessaires à l’État pour financer l’économie nationale et les services publics.

Or le meilleur instrument pour redynamiser la croissance économique, (afin de permettre une juste répartition des richesses), est d’augmenter les dépenses publiques, avec un système fiscal équitable pour éviter la concentration du capital. En période de crise, l’économie dite déprimée ralentit l’emploi et l’investissement. L’État-Providence se doit alors de venir en aide aux plus démunis (allocations chômage, RSA, allocations familiales, etc.). Certes il le fait, mais l’aide allouée aux « pauvres » n’est qu’une miette de pain au regard du manque à gagner créé par les hauts revenus. Lorsque l’État prend en charge la gestion des besoins sociaux, des entreprises de service public et des banques, il peut se permettre de vendre un service moins onéreux qu’une entreprise privée, puisque la logique de l’État n’est pas le profit. En résultante, l’usager finance par l’impôt les services publics que l’État lui met à disposition.

 

Au lieu de cela, l’assiette fiscale de l’État se réduit et repose de plus en plus sur les ménages les plus modestes. Le gouvernement fait porter sur la population le prix d’une crise que les banques ont généré, et il se félicite de laisser des milliers de jeunes diplômés au chômage sans renouveler un fonctionnaire sur deux. Il précarise l’emploi public, et incite les plus riches à défiscaliser, de sorte que nombre de contribuables reçoivent un chèque du Trésor Public à parfois six chiffres chaque année : « En 2009, 979 contribuables au patrimoine supérieur à 16 millions d’euros ont ainsi reçu en moyenne 376 134 euros, soit 30 ans de SMIC… » (2). Certes, le bouclier fiscal (la loi Travail, Emploi, Pouvoir d’Achat) a été supprimé, le gouvernement met des pansements sur les jambes de bois en annonçant une taxation des transactions financières (européennes et non mondiales) et une lutte contre les niches fiscales. Mais dans le même temps, l’impôt sur la fortune est supprimé, et les mesures dérogatoires qui permettent de réduire l’impôt sur le revenu et sur les sociétés persistent. De plus, les gouvernements préconisent souvent une hausse de la TVA et des prélèvements indirects à la consommation (taxe sur le pétrole, sur l’alcool, le tabac).

 

-Les impôts, quels sont-ils ?

 

       Il existe plusieurs formes d’impôts. Je ne les citerai pas tous, mais je parlerai de ceux qui pèsent le plus dans l’économie nationale. Les impôts directs se distinguent des indirects. L’impôt indirect, comme par exemple la TVA, ne tient pas compte des différences de revenus : pour un même produit, il prélève le même montant à tous les consommateurs. A l’inverse, une taxe comme l’impôt sur le revenu est directe, elle « s’adresse » directement à celui qui paye, varie selon les revenus, et est, en théorie, progressive : plus on gagne d’argent, plus on est censé payer de l’impôt sur le revenu.

 

            Voyons les impôts indirects. Ce type d’impôt est indirect car la personne qui le paye à l’État répercute le montant de l’impôt sur le prix de vente au consommateur ou à l’usager. De ce fait, un môme de dix ans qui dépense son argent de poche en bonbons, est un contribuable, et paye la TVA que le Trésor Public collecte auprès de l’artisan boulanger. Cet impôt indirect à la consommation constitue 50% des recettes fiscales de l’État. Prélevée sans distinction, la TVA ne connaît pas les différences de revenus : elle ne connaît pas les classes sociales, et prélève le même montant à un pauvre ou à un riche qui achètent le même produit. Elle pèse donc plus lourdement sur le budget des ménages précaires (les revenus aisés, eux, ont la possibilité d’épargner après collecte de la TVA par l’État). En 2005, « les 10% des ménages disposant des revenus les plus faibles consacrent 8.1% de leur revenu au paiement de la TVA pendant que les 10% des ménages disposant des revenus les plus élevés ne consacrent que 3.4% de leur revenu à la TVA »(3). En clair, plus le revenu augmente, plus la part dépensée à la consommation diminue.

Les droits d’accise sont des impôts indirects, perçus sur la consommation par les services de douanes. On distingue la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) ou les taxes sur le tabac et les alcools. La TIPP est un impôt indirect qui représente 7% des recettes fiscales de l’État (4).

           

Pour ce qui concerne les impôts directs, le plus connu est l’impôt sur le revenu : c’est un impôt direct prélevé en fonction de la tranche du salaire des contribuables. Il est souvent présenté comme le plus contraignant, or il ne représente même pas 20% des recettes de l’État (5). En principe, plus on gagne d’argent, plus on paye d’impôt sur le revenu. Son principe est la progressivité, et permet la redistribution des richesses. Sauf que depuis les années 2000, cet impôt a vu le passage de sept à cinq tranches de revenus, F. Fillon proposait même de limiter cette taxe du revenu à trois tranches seulement ! Vu que tous les contribuables n’ont évidemment pas le même salaire, ce sont donc les hauts revenus qui bénéficient le plus des baisses de l’impôt sur le revenu, d’autant qu’ils peuvent ensuite thésauriser une partie de leurs déductions fiscales. En tout état de cause, selon Attac, si l’impôt sur le revenu était calculé selon le barème de 1999, le manque à gagner de l’État serait de quinze milliards d’euros rien que pour l’année 2006, et les sommes exonérées s’accumulent d’année en année. En définitive sur tous les impôts confondus, les niches fiscales (déductions, réductions, exonérations, crédits d’impôt) représentaient une « perte » de 75 milliards d’euros en 2010 (6).

Le second impôt majoritairement connu en France est l’impôt sur le bénéfice des sociétés (IS), et représente 16% des recettes fiscales nettes de l’État. Il est direct, mais non progressif, en ce qu’il comporte des taux fixes : un taux est fixé à 15% pour les PME et les SARL. La majorité des autres sociétés payent un taux de 33.3% sur l’excédent brut d’exploitation des sociétés. Mais il est amené à être réduit dans le cadre de la politique d’harmonisation fiscale des institutions communautaires, qui sous l’effet de la concurrence fiscale et sociale, entraîne des stratégies de prédation pour faire payer aux modestes contribuables les effets des allégements fiscaux des « bases immobiles » (gros épargnants, multinationales…). Les mesures dérogatoires de l’impôt sur les sociétés s’élevaient, en 2007, à un coût budgétaire de 27 milliards d’euros. Partout en Europe, cet impôt baisse structurellement depuis vingt ans. Celles-ci concernent les grandes entreprises qui, au courant du fait, ayant les capacités de financement, délocalisent vers des pays à fiscalité plus attractive (profitable). En dépit/vertu de ces mesures, plus la taille de l’entreprise croît, plus le taux implicite d’imposition se réduit de 28% (entreprises individuelles) à 13% (entreprises de plus de 2000 salariés), à 8% (pour les entreprises du CAC40).

En clair, l’impôt devient proportionnel, moins redistributif, indirect et injustement constitué. Qui plus est, avec la suppression de la première tranche de l’impôt de solidarité sur la fortune en 2011, 300 000 personnes vont ainsi être exemptées de l’ISF (7). Mais un manque à gagner plus lourd a concerné les collectivités territoriales, lorsque le gouvernement a supprimé la taxe professionnelle : au profit des collectivités, cet impôt était payé par les entreprises, et rapportait aux premières 50% de leurs recettes fiscales. Cette mesure a donc entraîné pour les entreprises un allègement de 12.3 milliards d’euros l’an passé (toujours selon Attac). La contrepartie ? Une hausse des impôts locaux des ménages (taxe d’habitation, taxe foncière) du chômage et de la précarité.

 

Si l’on considère, tableau du budget de l’État en 2008 à l’appui (8), la somme des recettes fiscales indirectes, nous avons : TVA : 135 milliards d’euros, TIPP : 16.5 milliards d’euros. Cela représente 151.5 milliards d’euros perçus à titre d’impôt indirect. En revanche, l’impôt sur le revenu a rapporté 60.5 milliards, et l’impôt sur les sociétés, 54 milliards d’euros. L’impôt sur la fortune, quant à lui, représentait 5.5 milliards d’euros. Soit, une somme de 120 milliards d’impôts directs, correspondant à une part de 44.1% des recettes fiscales de l’État en 2008. Comment le déficit public, si cher à nos gouvernants et journalistes, peut-il être réduit si l’État se finance par l’emprunt sur les marchés financiers et sur l’impôt indirect à la consommation des ménages durement frappés par la précarité et la crise économique ? La stratégie est-elle de décrédibiliser le système fiscal progressif en faisant passer l’idée collective que l’État coûte trop cher et qu’il faut privatiser en masse, ou plutôt est-elle de combattre les requins de la finance qui ne payent plus leurs impôts correctement? La réponse est en première partie de la question…

 

En fait, si l’on tient compte de l’évolution des impôts directs ci-dessus, il est clair que la stratégie qui prédominait jusqu’alors consistait à réduire les impôts directs (Impôt sur le revenu des personnes physiques, sur les bénéfices des sociétés, sur la fortune et le patrimoine) et le coût du travail, pour parallèlement se financer par une hausse des impôts indirects (TVA, TIPP, etc.). Selon les tenants de la politique fiscale néolibérale actuellement à l’ouvrage, ce sont les impôts indirects qui permettraient de mieux financer la Sécurité Sociale. Forcément, une hausse de l’impôt indirect met le peuple à l’amende sur sa consommation, et une baisse structurelle de l’impôt direct augmente la capacité financière des franges très aisées (épargnants, gros actionnaires, grosses entreprises qui défiscalisent).

Depuis 2002, l’orientation de la politique économique néolibérale des gouvernements successifs (ne pas taxer les profits et permettre des niches fiscales pour conserver l’électorat) pousse l’État à emprunter des milliards d’euros par an pour financer l’économie nationale. Cela signifie que l’État ne se finance plus directement en imposant les plus riches contribuables, mais via l’emprunt sur les marchés financiers, et sur la consommation des contribuables moyens, nommés « bases immobiles » (ménages modestes, qui subissent une fiscalité indirecte contraignante et les privatisations). Ainsi, l’État gonfle son déficit et sa dette publique, et ne peut plus faire jouer le fameux effet multiplicateur keynésien (la hausse des dépenses publiques servirait à réinjecter massivement les fonds dans l’économie réelle, si ceux-ci ne sont pas épargnés. La hausse des dépenses implique donc une hausse significative de la demande). Il ne fait plus d’effet de relance de la consommation par la demande globale, ce qui incite les entreprises à substituer du capital au travail, surtout si les taux d’intérêts sont élevés. La souveraineté de l’État devient donc la propriété des créanciers financiers. Autrement dit, ce sont les marchés financiers étrangers de la zone euro qui détiennent les dettes publiques. Ces dettes souffrent aussi de manques à gagner colossaux en raison du placement par les multinationales de bénéfices bruts vers les paradis fiscaux au lieu d’être soumis à l’impôt sur les sociétés.

 

            Finalement, la solution n’est pas du côté de la réduction des dépenses publiques, ni du côté de la règle d’or proposée par les grands coqs de l’Europe mortifère (France-Allemagne), si tant est que cette règle puisse tenir compte des différentes spécificités nationales et des diverses assiettes fiscales… Car grossièrement, ce sont encore les pauvres qui vont payer pour rééquilibrer les finances déstabilisées par les riches. On avait déjà vu cela lorsque le peuple devait porter le poids du refinancement gratuit des banques par les États… On entend que les impôts sont liberticides, pompent les travailleurs comme une sangsue suce le sang d’une proie, mais, à moins que les peuples indignés ne s’organisent mondialement en autogestion socialiste, l’impôt direct et progressif, est le prix du tandem égalité-liberté d’accès aux services publics.

 

En conclusion, si la politique fiscale de l’État continue à favoriser les classes sociales les plus riches par l’entremise des niches fiscales et des défiscalisations outrancières, c’est que cela constitue un argument de taille : dire que la dette publique augmente, que les recettes fiscales diminuent sans en expliquer la cause, permet de délégitimer la gestion des entreprises de première nécessité (éducation, santé, transports, etc.) par l’État, de privatiser, en somme. Cela permet aussi de conserver un électorat de riches qui œuvreront au service des riches. Le gouvernement des riches, pour les riches et par les riches : chic, les néolibéraux ont réinventé la démocratie.

 

Samuel Moleaud.

http://sam-articles.over-blog.com

 

Sources :

(1) http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/24/ne-galvaudons-pas-l-idee-d-unite-nationale_1562752_3232.html

(2) Attac, Pour un « Big Bang fiscal », Le bord de l’eau, 2010, p71.

(3) Ibid., p74.

(4) Ibid, p58.

(5) Ibid, p58.

(6) Ibid. pp 61-63.

(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_de_solidarit%C3%A9_sur_la_fortune

(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9l%C3%A8vements_obligatoires#En_France

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 12:01

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Cette brève histoire n’est pas un témoignage, elle n’est pas une expérience vécue, mais elle est un peu le miroir de nous tous : conscient que sa précarité est embarrassante, Paul sait malheureusement trop bien que des centaines de milliers de personnes vivent son histoire au même instant. Il sait que, diplômé ou non, tout le monde peut être jeté en pâture dans la fosse aux lions quand on n’est pas de bonne famille au capital socioculturel et économique doré.

 

Paul Anbois est âgé d’un quart de siècle. Nous sommes en juin, il sort de ses études à l’université, avec un diplôme de bac+5 à forte valeur ajoutée qu’il pourrait aisément valoriser sur le «marché» (1) du travail. De formation pluridisciplinaire en sciences, il a acquis un ensemble de savoir-faire littéraires et des compétences qu’il peut loyalement «offrir» à un employeur. Seulement voilà, les sciences qu’il a étudiées sont dites sociales, molles, il ne peut pas les «vendre» sur le «marché» du rentable. Et les portes vers lesquelles il se destinait, celles de la fonction publique, de la recherche, de l’enseignement, de l’édition ou du journalisme, ont été murées par l’État ploutocratique alors même qu’il était à la fac. Fin de bail, fin de concession, à la porte, à la casse. Travailleurs modernes, ne réfléchissez pas trop, soyez flexibles, et ménagez vos forces à usage unique dans le prêt à consommer. Me direz-vous, notre étudiant aurait du troquer bien avant ses sciences sociales contre des études de communication ou de banque-assurance!

           

            Comme des centaines de milliers d’individus en France, Paul vient grossir les rangs de la recherche, et pense à se recycler. Il ne travaille pas pour le traitement des déchets au CNRS, et il n’est pas rémunéré pour enquêter sur un objet d’étude particulier. Son laboratoire, est un portail web. Paul Anbois s’emploie à trouver salaire auprès de Pôle Emploi. Il sait que les médias falsifient le comptage de ses camarades de classe sociale, en publiant qu’il existe, en juin 2011, 2,6 millions de chercheurs de sa filière. Alors que son sujet concerne, en réalité, toute catégories de chômeurs confondues, près de cinq à six millions de personnes.

 

Beaucoup de candidats, peu d’élus…

 

            Paul a vingt-cinq ans. Il sait qu’il a le droit au Revenu de Solidarité Active (RSA) en attendant de trouver un emploi. Ainsi commence son parcours du combattant : première démarche, inscription sur les listes de demandeurs d’emploi, puis demande de RSA auprès de sa Caisse d’Allocations Familiales (CAF). La «conseillère» du Pôle Emploi rétorque que «pour être éligible au RSA, il faut avoir 26 ans et avoir travaillé deux ans». Paul dit oui, en hochant la tête, mais il sait que l’employée se trompe, car cette allocation remplace le RMI et est attribuée à toutes les personnes sans activité de 25 à 55 ans. Mais ce n’est pas grave, les humains ont le droit à l’erreur, surtout le lundi matin. Et là, coup de tonnerre ! Le conseil général considère notre ami comme étant encore étudiant jusqu’en octobre (là, c’est du témoignage véridique). Chômeur total et non indemnisé, il comprend maintenant mieux l’enjeu du gouvernement en 2009, de remplacer le RMI attribué par la CAF par le RSA, attribué par le Conseil Général (autrement dit, le département) : réduire ou freiner les aides sociales sans que cela ne soit visible par la majorité qui n’en nécessite pas.  Merci Mr M. Hirsch !

 

Ainsi, commencent les rédactions de lettres de motivations classées sans suites. Il sait que son master pourrait lui ouvrir les voies royales de la haute sphère publique, ou bien pourrait même déboucher sur un poste de «cadre». Il n’est donc pas à plaindre et ne s’en plaint pas. Mais comment mettre en cadre des toiles vierges, ou comment peindre avec des pinceaux sans le coup de patte qui les guident ? Et oui, Paul découvre le monde merveilleux de la vie active. Il a peut-être un bon bagage de connaissances, mais il souffre d’un double cercle vertueux : non content de manquer d’expérience, il est trop diplômé. Ou plutôt, la valeur de son diplôme dépasse ce qu’il est possible, pour un employeur, de rétribuer : un salaire correspondant aux études faites. Paul accepte pourtant d’être payé au salaire minimum au début de sa «carrière». Mais lorsqu’il envoie sa deux-centième candidature spontanée sans réponse à une entreprise, le responsable des ressources humaines, lui, ne le sait pas.

 

Paul Anbois préfère être réaliste plutôt que royaliste, il sait qu’il faut tout accepter afin de trouver un travail. Et il ne veut pas évoluer dans les arcanes du pouvoir qu’il qualifie de monarchiques. C’est un homme un peu acariâtre dont l’opiniâtreté avec laquelle il s’attèle à défendre ses rêves utopiques, lui fait récuser toute idée de s’encarter à quelconque organisation partisane que cela soit pour monter en grade dans les institutions et administrations publiques. Pour lui, un responsable politique qui récite au micro un programme électoral qu’il n’a pas écrit, ou un PDG de multinationale qui évoque un plan de restructuration, c’est comme une lionne affamée qui voudrait expliquer à une antilope apeurée qu’elle ne lui fera pas de mal. Il se dit depuis pas mal d’années déjà, que le gouvernement agit moins pour le service de la population que pour les classes riches, dominantes et possédantes. Mais un jour, il faut bien se lancer. Paul, est fait pour écrire la politique, non pour enfumer les électeurs à asséner qu’ils devront crever pour que vivent les oligarques courtisans du royaume. Il n’est pas fait pour vendre des crédits de consommation en porte-à-porte en flouant des personnes âgées, martelant que leur souscription révolutionnaire va permettre de défiscaliser leurs revenus. Paul, il est plutôt rêveur acharné, plutôt du côté de la plume que du discours oral. Plutôt fleur bleue que du côté du sabre et du goupillon, il affectionne ce qui est non marchandable : l’humanisme, l’amour, la paix et la liberté. 

 

Comme beaucoup, il a entendu les sketches de Coluche, et cherche avant tout de l’argent, plutôt qu’un travail en tant que tel. Il s’en va donc traîner sa carcasse en la repeignant d’un coup de motivation auprès de boîtes pas très mélioratives, comme Mc Do, Quick ou l’usine. Il paraît que ça recrute à mort chez les jeunes. Ainsi continuent les candidatures vaines, de Mc Do à Décathlon, de Carrefour aux services de la mairie, en passant par les vendanges, les campings et les bars pour voir si par hasard, ils n’auraient pas besoin d’un serveur. De ce côté-là de la recherche, Paul n’est pas vraiment chômeur. Il fait même des heures supplémentaires et qui plus est, défiscalisées, puisque non rémunérées. Petits boulots, petits CDD et contrats intérims, missions saisonnières d’été, Paul est content, il a trouvé salaire. Mais puisqu’il n’a pas de contrat à durée indéterminée, en tant que chômeur non indemnisé une fois la saison terminée, la précarité du travail l’empêche encore d’être libre. Libre, c'est-à-dire autonome, pour se payer un voyage ou un loyer d’appartement, manger, bref, s’assumer et ne plus vivre sous la dépendance de ceux qui l’abritent (famille, amis, etc.). Et encore, il a la chance d’être hébergé…

 

Pourtant, cet homme est plutôt ambitieux. Il se voit volontiers écrivain en train de signer ses préfaces dans les coulisses des librairies, ou alors rédacteur en chef d’un journal géré en société coopérative de production, qu’il aura lui-même créé. Ou artisan micro-brasseur, accompagnant les touristes dans un café-concert pour des soirées à thème au fin fond de l’Ariège, de l’Ardèche ou de la Drôme. C’est qu’il en veut, du boulot. En 2010, 640 000 jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage, ce qui représente une part de 23% de la jeunesse étant touchée par la précarité. C’est 44% en Espagne…Sans compter ceux dont l’emploi ne correspond pas aux diplômes. Paul, socialement, n’est pas seul. Mais au vu du démantèlement progressif des services publics depuis les présidences de F. Mitterrand (la gauche PS en France a été la première à donner à l’économie une trajectoire néolibérale de privatisations en masse des entreprises) et de la dématérialisation des services sociaux, Paul est autant aigri qu’inquiet.

 

Voilà qu’il reçoit une réponse à la cent-cinquantième candidature qu’il avait envoyée : « Mr Machin on vous remercie, mais nous ne pouvons pas donner suite à votre candidature»…Comprendre, merci, mais nous n’avons pas besoin de vous. En amont de la recherche d’emploi, afin de se faire embaucher par un employeur pour effectuer un poste intéressant, il faut être expérimenté. Or pour acquérir de l’expérience, il faut avoir déjà travaillé ou avoir été stagiaire. Les demandes de stage peuvent pourtant souvent être négatives aussi. Pour se loger, il faut un CDI, ou un CDD relativement long. Or pour avoir un CDI, il faut de l’expérience. Dans l’histoire du chat qui se mort la queue, le pauvre animal domestique s’étourdit.

 

Nous vivons une époque formidable, ou les gens quémandent un smic auprès des entreprises-pieuvres pour se loger dans des villes où la spéculation immobilière fait grimper les prix quasiment à hauteur du salaire mensuel net. Des salaires trop faibles comparés au coût exorbitant de la vie, cela en fait des sommes d’agios bancaires prélevées sur nos comptes. Ce à quoi s’ajoute que, dans les départements où il y a peu de boulot, une "armée industrielle de réserve" se forme, chacun est obligé d’accepter de prendre la place d’un autre, ou bien d’être victime de la loi de la jungle.

 

Et les professionnels de la désinformation télévisuelle plantent leurs oripeaux libéraux dans le cerveau du populo pour faire croire que nombre de chômeurs préfèrent rester allocataires plutôt que d’accepter les offres de Pôle Emploi. Mais Paul Anbois, ou d’autres, sont un peu amers de voir leurs salaires horaires rétribués à neuf euros bruts, alors qu’en fin de mois, ils auront apporté à l’entreprise peut-être dix ou quinze fois plus que leur salaire. Et les actionnaires, les investisseurs, ou toutes autres sangsues étrangères gravitant autour du système productif, elles, se frottent les mains avidement en faisant du bénéfice sur les crises économiques.

 

Paul, qui n’est plus étudiant et à peine rentré dans la vie active, se pose une question : il existe un salaire minimum depuis 1941 (date de l’idée d’un plafond minimal) et 1950 (date légale d’institutionnalisation du salaire minimum interprofessionnel garanti, SMIG). Pourquoi n’y aurait-il pas un SMAIC, salaire maximal interprofessionnel de croissance, en dessus duquel les gros revenus serait taxés, afin d’éviter que les inégalités économiques et sociales ne se creusent trop ? Pourquoi n’y aurait-il pas une taxation des transactions financières couplée d’une pénalisation des mécanismes de défiscalisation pour éviter de privatiser les profits et de socialiser les pertes? Ça ne plairait pas trop au Medef, cela…

 

En attendant de philosopher sur l’alternative sociale à donner au droit du travail, il flanque à la porte son idéal socialiste pour aller à l’usine. C’est l’heure du pointage. Huit heures à conditionner des palettes sous l’œil hagard des contremaîtres. Voilà deux-trois ans que nombre de diplômés enchaînent CDD sur CDD, tantôt manutentionnaire d’usine, ou livreur de pizzas, tantôt équipier chez Mc Do ou employé de rayon aux deux-huit chez Carrefour. Résultat, le bond dans la vie active est un saut en parachute plutôt troué que doré, même en étant diplômé ! Sont-ce les études à l’université ou bien la guerre sociale des classes, qui fabrique le chômage et l’indignation silencieuse de Paul Anbois ?

 

Samuel Moleaud.

 

 

(1). Note aux lecteurs : en novlangue libérale, «offrir» ses compétences à une entreprise et les «vendre» sur un «marché», signifie donner à une pieuvre capitaliste ses bons et loyaux services, ou plutôt sa force de travail, en échange d’un salaire plus faible que ce que «vaut» réellement le travail fourni une fois après avoir, en bout de piste, saupoudré la valeur ajoutée dans les différents coûts fixes de la comptabilité nationale. On doit se vendre à une entreprise, ce qui est, en quelque sorte, de la «prostitution économique». Il y eût un temps où cette opération se nommait plus communément «exploitation» ou «servage». Mais c’est un mal pour un bien.

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 18:11

 

 

 

 

  capitalisme-bebes-Blc-black.jpg          Ce matin, j’ai mangé, bu et fumé. Nous l’oublions trop souvent, mais sur cette Terre, cette action banale du quotidien est un luxe que des millions d’individus ne peuvent se payer. En fait, je ne me suis pas simplement rassasié. J’ai aussi honoré l’Empire en allumant le télécran qui a voulu rentrer dans mon cortex cérébral les codes pour comprendre pourquoi et comment la faim ravage l’Afrique de l’Est. Une espèce de journaliste formaté expliquait que dix millions d’africains vont mourir à cause du soleil et de la sécheresse. Ce raccourci idéologique et déontologique qui n’a absolument rien de logique, me rappelait tristement les préceptes indéboulonnables de la religion d’État qui expliquerait par exemple la précarité des chômeurs par l’argument d’une simple flemme passagère. J’ai éteint le télécran cathodique. Il ne montrait que des prédateurs calculateurs et manipulateurs s’accaparant le monopole du monde en buvant le sang des Hommes. Écœuré, je suis quand-même allé terminer ma pitance du matin.

 

Ce que j’ai ingéré, a été récolté et produit par des entreprises étrangères (européennes, chinoises) dans des pays où la majeure partie de la population se meurt, parce que l’argent des exportations ne revient pas aux producteurs. Ils produisent, nous nous bâfrons et gaspillons. Ils travaillent, nous leur confisquons ce qui leur faut pour vivre : devises, salaires, et ressources naturelles. Les plus fragiles meurent de faim par l’avidité des spéculateurs, et les médias accusent le soleil.

 

            Bien évidemment, nous, petits pions occidentaux, sommes presque autant responsables de la famine en Afrique qu’un enfant palestinien ne l’est de la colonisation israélienne. Je n’écris pas ces lignes pour inciter à une flagellation collective de se punir d’avoir contribué à maintenir la faim dans le monde par nos modes de consommation outranciers. Nous vivons dans une société du lucre et du superflu qui ne cesse de saccager et piller les dominés pour le bien-être d’un petit quart de la population. 18% de blancs occidentaux contrôlent 85% des richesses mondiales en 2008. Comme le rappelle Jean Ziegler (l’Empire de la honte, 2005), « Les 500 plus grandes sociétés transcontinentales du monde ont contrôlé l'année dernière (en 2004) plus de 54 % du Produit mondial brut. Ces grandes sociétés ne s’intéressent absolument pas au sort des pays dans lesquels elles sont implantées, menant une politique de maximalisation des profits et asseyant leur pouvoir par la corruption des dirigeants. Nous vivons la reféodalisation du monde ».

 

Bien souvent, les États qui ont été décolonisés, trop pauvres pour développer leur souveraineté économique, multiplient les prêts bancaires auprès des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale) depuis plusieurs décennies, et sont phagocytés par le poids des intérêts de la dette et les plans d’ajustements structurels. Tout le PIB de ces États (Somalie, Éthiopie, Kenya) est ainsi destiné au service de la dette. Entre temps, l’OMC décida unilatéralement en 1995 qu’il serait désormais possible d’étendre la spéculation au secteur agricole. L’économie se privatise, l’État se débine comme une pelote de laine, et les ressources naturelles, y compris l’agriculture, deviennent un marché juteux à la solde des spéculateurs internationaux.

La logique économique néolibérale place le couteau sous la gorge de tous les petits producteurs. De deux choses l’une : soit l’exploitation du paysan tombe en désuétude parce qu’une entreprise étrangère s’installe et prend le monopole du « marché ». Soit il cède à la concurrence, et les gros trusts exproprient sa terre, ce que l’on pourrait qualifier de néocolonialisme économique. Dans un sens, le paysan meurt, dans l’autre, il trépasse. Question de nuances. De classes sociales, aussi…

 

L’agriculture vivrière, considérée comme archaïque et non rentable, se perd au profit de modes intensifs de production mécanisés dits modernisés, où une poignée de trusts agroalimentaires gavés d’investissements étrangers s’accaparent le marché agricole. Pire, des multinationales chinoises s’implantent en Afrique, et font plus de profits en important leur propre main d’œuvre et en rapatriant les capitaux, au lieu de vendre les produits sur le « marché » national et réalimenter l’économie locale.

 

Comment peut-on expliquer une famine par le simple argument de la sécheresse ? N’y en a-t-il pas dans les déserts de la Californie, du Texas, de l’Australie, de l’Argentine et dans les zones arides du bassin méditerranéen ? Je doute que les texans et les californiens, pour ne citer qu’eux, soient victimes de la famine.

 

Certes, la sécheresse qui frappe la corne de l’Est de l’Afrique semble sévère. Les déserts gagnent du terrain, les pluies se raréfient, donc cela influe évidemment négativement sur les récoltes. Mais il me semble que les dix millions de personnes menacées de famine souffrent davantage du manque de stocks plutôt que du climat. Le nord de l’Éthiopie et de la Somalie sont des régions fertiles et tropicales qui font partie des plus riches du monde en céréales et en légumineuses. Or justement, la majeure partie des récoltes des régions du nord est vouée à l’exportation dans des pays occidentaux (haricots, sucre, café, céréales, légumineuses, café). Produits qui sont bien souvent gaspillés ici, d’ailleurs. A cela, s’ajoute la spéculation des grandes banques et des fonds d’investissements sur les produits alimentaires, qui a pour conséquence une hausse drastique des prix, et les consommateurs n’ont donc plus d’argent pour s’alimenter.

 

            En 2005, J. Ziegler expliquait que des milliers de femmes ne peuvent plus allaiter leur progéniture car victimes de malnutrition, elles ne produisent plus assez de lait maternel. Ce triste fait a produit l’aubaine et le bonheur de la multinationale Nestlé, qui commercialise le lait en poudre et le fait passer pour un palliatif nutritif pour les nourrissons. Le résultat, fut que des milliers d’enfants sont morts de faim à cause des carences en nutriments contenues dans ce produit, et de la hausse des prix décidée par le trust agroalimentaire une fois après avoir acquis le marché. Ainsi, ce palliatif faussement nutritif est vendu à des tarifs faramineux, que les ménages ne peuvent plus payer. Plus de lait maternel, plus de lait industriel, ou comment autogérer la misère pour profiter des morts. Les entreprises agroalimentaires et leur idéologie mercantile empêchent les pauvres de se nourrir, mais lorsqu’ils meurent, c’est à cause du soleil. Ou pire, ils sont fautifs de n’avoir pas voulu aller habiter ailleurs que dans un désert. Faut dire qu’ils sont stupides, ces africains, à naître là-bas, et non en Europe où l’on se bâfre inlassablement et sans faim…

 

Me direz-vous, l’auteur de ce texte n’invente rien, et répète ce que l’on sait déjà et ce sur quoi nous ne pouvons agir. A suivre la une des médias depuis quelques jours, la famine et ses véritables causes, le génocide de millions de gens organisé par les oligarques et l’idéologie capitaliste, est un sujet embarrassant. Alors, il est plus usuel et aisé d’accuser le soleil. C’est vrai que c’est plausible comme relation de cause à effets, tant l’équation soleil+sécheresse=famine n’est pas remise en cause…

 

La cause réelle de la famine subsaharienne est un sujet embarrassant, surtout à une époque où bizarrement, les peuples en effervescence entrent en ébullition collective, scandant les mêmes slogans et dénonçant les mêmes ennemis économiques de la Syrie à la Tunisie en passant par la Grèce, l’Italie, l’Espagne, Israël, l’Égypte et le Yémen. Seraient-ce les mêmes qui organisent la mise à mort de l’Éthiopie depuis un demi-siècle, qui prennent le « monde arabe » pour un paillasson, et qui spéculent en même temps sur l’Euro et sa dette ? J’ai ma petite idée. Et oui, il est difficile de publier que la famine éthiopienne et somalienne est due à la spéculation des grandes banques et que lorsqu’un consommateur français achète des céréales ou du café éthiopien dans un centre commercial à grandeur impériale, il contribue (minimalement) à la paupérisation des paysans. Il est difficile de médiatiser les causes de la faim, ou bien de suivre les mouvements insurrectionnels en bassin méditerranéens (dont Israël vient de saisir le système d’opportunité politique) lorsque l’on écrit au nom d’un Figaro, d’un Monde, de l’Express, du Point ou de Libération, quand le PDG est en lien direct avec les plus grandes multinationales de ce monde.

 

Dans cinq ou dix ans, la tâche sera difficile pour les médias d’expliquer la disette des anciennes classes moyennes en Europe du Sud ou aux États-Unis par le climat et la sécheresse. Quoique, le symptôme du réchauffement climatique peut toujours être ré-instrumentalisé et ressorti des tiroirs de la propagande! Voilà à quoi sert l’omerta de la mafia médiatique : étouffer, apeurer, recracher le scoop, remâcher les petits potins de fait divers, pour produire un maximum d’écrans de fumée. Quatrième pouvoir vous disiez ?

 

Samuel Moleaud.

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:17

 

 

 

« Ils font la fête au mois d'juillet, en souv'nir d'une révolution, qui n'a jamais éliminé la misère et l'exploitation, ils s'abreuvent de bals populaires, d'feux d'artifice et de flonflons, ils pensent oublier dans la bière qu'ils sont gouvernés comme des pions. » (Hexagone, Renaud Séchan).

 

Voilà, nous y sommes. Mi-juillet. Un grand moment de propagande historique se joue dans la mémoire collective et déjoue l’impartialité de notre culture historique, philosophique, politique et sociale. Voila que la France militariste va se fixer devant les télécrans numériques pour admirer la 132ème parade belliciste, nationaliste et paranoïaque d’une armée agenouillée au chevet des délires sécuritaires d’un gouvernement policier. Et oui, tradition du 14 Juillet oblige. Parbleu ! Rends-toi compte, citoyen français, deux-cent vingt et un ans de liberté ! Et cela s’arrose chaque été depuis 1880 !  Alors commémorons…

 

            Le 14 Juillet célèbre la Fête de la Fédération, qui eût lieu le 14 Juillet 1790 pour l’anniversaire de la prise de la Bastille un an plus tôt. Les ouvriers et les paysans français qui furent chaleureusement conviés à aménager la place du Champ-de-Mars pour la festivité militaire, malgré une Révolution si bien réussie, furent paradoxalement exploités et sous-payés, pendant que les révolutionnaires de la petite bourgeoisie, eux, réfléchissaient aux lois qui allaient verrouiller les appétits populaires pour l’insurrection en réaction à l’oppression. Abolition des privilèges et de la société de castes, disiez-vous, braves gens ?

 

Mais alors qui sont les participants au grand jeu deux siècles plus tard ?

Des chars Dassault, alignés comme on expose les cercueils rapatriés de Libye ou d’Afghanistan, dont le défilé n’est pas sans rappeler des opérations de propagandes soviétiques à la gloire du tyran stalinien (le défilé parisien du 14 juillet est le deuxième plus important du monde après celui de l’armée russe…), des officiers et chefs d’État autoritaires et sanguinaires d’Afrique (dont aucun, de préférence, ne sera plus grand que N. Sarkozy) qui s’accaparent les richesses qu’Areva, Total et Nestlé contribuent à détourner des ménages locaux. Des journalistes formatés et vouant un culte inféodé à la Nation républicaine (sans savoir pourquoi), sans montrer tout ce qu’elle représente de larmes populaires sanguinolentes séchées par la violence du temps qui passe. Et oui, le nationalisme préfère oublier que les institutions républicaines aient toujours été imposées dans le sang et la douleur au service des classes dominantes et dirigeantes pendant qu’ouvriers ou paysans, eux, se tuaient à la tâche pour le seigneur ou pour le patron, pour sa corporation ou la multinationale qui l’exploite. Que l’on soit en république ou en monarchie. Le nationalisme n’a pas d’idéologie : il transcende les clivages politiques, il se fait séduire de gauche ou de droite, et défile en grandes pompes en arborant à la face des caméras ses plus grands crimes de guerre dont il est si fier.

 

De l’autre côté des barrières, au pied des fusils mitrailleurs, des médailles et du bruit des bottes, des parisiens qui pensent admirer le spectacle des protecteurs de la Nation là où ils acclament des soldats du crime permanent, en oubliant que les agissements de l’armée ont bien trop souvent été penchés vers le côté des intérêts du monarque plutôt que vers ceux de la population. Ceux qui crient liberté et démocratie à Paris, sont les mêmes qui pilonnent les pays anciennement colonisés, tuent femmes, enfants, hommes, vieillards, et détruisent les écosystèmes partout où ils essuient leurs uniformes. Tout ce petit concert bien accordé de trompettes, de coups de semonce et de tocsin sous le bruit assourdissant des bombardiers ayant passé le printemps 2011 sous le soleil maghrébin, est toujours apprécié par la foule notoire des spectateurs quasi décervelés, hypnotisés par la dictature de l’agenda médiatique. Mais l’on pardonnera aisément à ces auditeurs-lecteurs d’avoir été aveuglés par cette société du spectacle, nombre d’antilopes paniquant dans la savane restent encore aujourd’hui vulnérables face aux hyènes affamées qui massacrent en meute. Il parait que c’est la nature, que d’être tiraillé dans une multiplicité permanente des rapports de forces inégaux contre quoi il est difficile de lutter pour les abolir.

Revenons à nos antilopes, pourquoi défile-t-on le 14 Juillet de chaque année ? Est-ce pour célébrer une Révolution manquée qui a été récupérée par l’élite bourgeoise, et dont les héritiers sociaux reproduisent en permanence l’hommage d’un monstrueux coup d’État mené savamment contre la population pour la purger et instaurer un État répressif, policier, criminel et libéral ? Est-ce pour donner le sentiment collectif qu’une révolution républicaine eût lieu en masquant le fait qu’elle fut l’une des pires guerres civiles et génocide (plus de 100 000 morts entre 1792 et 1794, dont 80% d’exactions arbitraires furent commises envers le Tiers-état.) de l’Histoire contemporaine ? Ou bien est-ce l’idolâtrie belliqueuse d’une république néo-impérialiste qui joue son rang de quatrième pays producteur d’armes au classement mondial, jouant de concert avec le complexe militaro-industriel, qui est le plus puissant lobby du pays ? Les trois mon capitaine !

 

 

Révolution Française, démocratie et abolition de la féodalité vous disiez ?

 

           

            Si l’État français maintient un certain culte mythique de la Révolution Française depuis qu’elle est célébrée, c’est qu’il y a une duperie à fouiller quelque part : il n’y a pas eu de jour férié le 18 mars pour que l’Histoire de la Commune de Paris (1871) ne soit pas morte et enterrée, et pour commémorer la tentative de révolution auto-organisée du peuple prolétaire de Paris, résistant contre la bourgeoisie versaillaise. Pas plus qu’il n’y en eût pour se rappeler du 8 février 1962, des meurtres policiers contre les militants antis-guerre d’Algérie du FLN et protestant contre les exactions de l’OAS. Rien non plus pour le 26 avril, lorsque les partis socialistes du Front Populaire (1936) remportèrent les élections législatives, tentant de faire une révolution sociale et « démocratique » par les urnes.

De la dictature montagnarde sous la Terreur à Adolphe Thiers dans sa répression sanglante de la Commune (1871), en passant par Maurice Papon (collaborationniste sous Pétain ayant eu un rôle important dans les rafles nazies contre les juifs français, il ordonne la répression meurtrière de la manifestation du 8 février 1962. Il meurt en 2007 sans jamais avoir été inquiété par la justice.), la France qui aime tant à arpenter « Liberté, égalité, fraternité » sur le perron des mairies, possède son lot de criminalité policière dans les mouvements sociaux de citoyens.

 

            La France célèbre la fin d’une monarchie qui n’a jamais, en essence, été supprimée. L’école fait incorporer aux enfants bien dociles face à l’autorité du savoir républicain, que la royauté ainsi que les privilèges (droits féodaux, vénalité des offices, et inégalités fiscales) ont été supprimés le 4 Août 1789 parce que le peuple du Tiers-état était exaspéré. L’école matraque l’ignorance dans la censure en la faisant passer à l’usure pour de la connaissance collective. De fait, l’usurpation et la falsification de l’Histoire sont primordiales dans une démocratie pour que les gens en acceptent la propagande et consentent à l’ordre établi qui en est l’héritier direct. L’école fait passer la prise de la Bastille pour un mouvement spontané, populaire et républicain (une analogie avec les «Révolutions» de l’Afrique du Nord ? Toujours ces antagonismes médiatiques et réducteurs entre « pro » et « anti »…). Loin de vouloir négliger l’Histoire, la chose fut sans doute plus complexe. Car la prise de la Bastille de 1789 fut sans doute initialement moins lancée par le peuple que par les franges les plus cultivées et riches du Tiers-état (députés, seigneurs de communes, roturiers propriétaires, etc.).

 

Si l’abolition des Privilèges fut votée par l’Assemblée Constituante, c’est encore une fois dans le but d’étouffer les révoltes populaires, de mettre fin à ce qu’on nomma la Grande Peur. Peur des pillages, des brigandages, des attentats qui suivirent la prise de la Bastille. Alors, riches paysans et grands fermiers du Tiers-état se munirent d’armes pour se défendre d’un mythe fondé sur une rumeur courant dans les champs, qu’il existât des bandes organisées ayant la ferme intention de tout saccager sur leur passage. Comme quoi, la peur des méchants fermiers, des méchantes bactéries dans les aliments, ou la peur des méchants arabes qu’on ghettoïse dans nos banlieues, de tous temps, est un bon instrument électoral au service du pouvoir. Face à ces violences paysannes envers des paysans suspects d’avoir brigandé leurs terres (encore une histoire de guerre de classes sociales, des pauvres n’ayant rien qui se révoltent contre les riches), l’Assemblée vota la fin des privilèges le 4 Août 1789.

 

Combien de morts en Vendée, dans la chouannerie des métairies, pour imposer le nouveau régime que l’on commémore encore aujourd’hui dans les ouvrages, les discours et les boulevards ? Ni monarchistes, ni républicains, ayant eu l’outrecuidance de refuser de choisir un camp ou un autre, ils durent subir le « populicide » décidé par J.B Carrier sous la Terreur montagnarde en 1794. Plus schématiquement : afin d’imposer par putsch un régime dictatorial et sanguinaire, la Convention Nationale décréta l’extermination de tous les dissidents de la Vendée (52% des condamnations prononcées contre les vendéens), à la vallée du Rhône (les lyonnais et les provençaux s’insurgeaient pour des communautés fédéralistes à l’époque). C’est aussi pour ça que l’on défile le 14 Juillet. La date qui généra l’une des pires guerres civiles de l’Histoire politique et sociale du pays. Le scandale vient du fait que le récit de cette période est outrageusement orienté, voire tronqué.

 

En effet, la formation institutionnelle des têtes pensantes oublie étrangement par exemple, de s’attarder sur la Constitution de l’An I (24 Juin 1793). Elle ne fut jamais appliquée car elle était vouée à proposer un régime d’assemblée, de démocratie directe et participative (par référendum populaire) et d’inspiration socialiste (souveraineté populaire, travail mutualisé, l’insurrection vue comme droit et devoir quand le gouvernement viole les droits du peuple). Oubliée la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, l’Histoire républicaine préféra ne retenir que la libérale et individualiste de 1789. La non-application de cette Constitution de l’An I, promulguée par des montagnards de la Convention Nationale (sans doute pas ceux qui mirent en place le régime d’exception et de répression dans La Terreur…) est justifiée par des conflits d’intérêts au sein de l’État. On peut supposer que la vraie nature du refus de ce texte, se trouve dans son contenu : il aurait aboli le pouvoir centralisé, institué un État fédéral, il aurait donné la souveraineté au peuple, et la hiérarchie politique de la société aurait été supprimée, chaque citoyen aurait pu faire de la politique au sens donné par les grecs de la gestion de sa Cité. En définitive, cette Constitution du 24 Juin 1793 aurait institutionnalisé la démocratie participative. Elle n’a pas eu de Fête Nationale ni de jour férié dans l’Histoire. Vu le marasme idéologique et la propagande historique dans lesquels sont plongés les rouages du système politique représentatif et ploutocratique, il est aisé de comprendre qu’il est nécessaire pour le microcosme politico-médiatique de ne pas trop s’étaler sur cette date, des fois qu’elle soit retenue par les citoyens qui la lisent, et que celle-ci leur donne des idées…

 

 

Afin de clore cette diatribe pamphlétaire antimilitariste du 14 Juillet telle une missive scellée à la cire à destination du roi, je voulais expliquer qu’au lieu d’applaudir bêtement les cortèges militaires des Champs-Élysées, l’on devrait replonger les yeux dans l’Histoire détaillée de la Révolution Française. Car bon nombre de choses (l’idéologie de l’actuelle Constitution, les traditions, les fêtes nationales, le système électoral, le fonctionnement de l’administration et de la justice, et j’en passe) en découlent dans nos oppressions actuelles, et ont été jetées aux oubliettes de la connaissance.

 

L’étalage morbide des milliards d’euros publics alloués à la défense d’un territoire dont les agressions se sont déplacées du militaire vers l’économique, devrait en écœurer plus d’un. Surtout à une période où le néolibéralisme marié à l’avidité des institutions de crédit, consolide ses conquêtes européennes. Surtout à une époque où le vent est au démantèlement des services publics, à la réduction des dépenses publiques, sur idéologie voulant que l’État n’a pas d’autres solutions alors qu’il pourrait instaurer une taxe sur les dividendes, les produits importés à haute valeur ajoutée, et les transactions financières (plusieurs dizaines de milliards d’euros seraient ainsi récupérés). Qu’il pourrait aussi refuser de payer les dettes privées des entreprises multinationales françaises et répudier cette partie de la dette devenue publique. Autre alternative, qui supprimerait le discours passéiste monétariste d’austérité qui fait croire qu’un État peut faire faillite, consisterait à rendre délictuelles les politiques de défiscalisation des hauts revenus qui impliquent que nombre d’Hommes d’affaires ne payent que 5% d’impôts sur leurs bénéfices, quand la majorité des petits salaires sont imposés à 15-20% (en aparté, l’État récupérerait plus de cent milliards d’euros s’il imposait de revenir à la législation fiscale de 1995, mais non, payer des impôts, c’est mal). Mais en parallèle, les budgets de la sécurité et de l’armement continuent d’augmenter drastiquement d’années en années. Grâce à cela, le 14 Juillet, le peuple en a plein les yeux.

 

Résultat, pour notre sécurité, l’État néolibéral démantèle ses entreprises publiques, les confie aux fonds spéculatifs, précarise la population par l’incitation à la baisse des salaires et la lutte obsessionnelle contre le taux d’inflation. (Cf. la célèbre courbe de Phillips en macroéconomie keynésienne, expliquant que la lutte contre la hausse du taux d’inflation, entraîne une hausse significative de la courbe du chômage. En clair, la politique libérale de rigueur aime à lutter contre l’inflation car elle maintient un certain seuil de chômage, et créée des tensions sur le marché du travail. De ce résultat, des malhonnêtes peuvent ainsi détruire le droit du travail, restreindre le droit de grève, l’action syndicale, les salaires, le temps passé aux loisirs, etc.)

 

Plus, l’État néolibéral et militariste s’arroge le droit de déployer l’armée dans les rues pour contenir tout mouvement de foule dissidente. Et pour la grandeur de la France, il fiche tous les citoyens, il flique le net, renforce les dépenses d’armement et refait de l’Afrique un joujou pour l’armée de l’air.

 

Nous sommes le 14 Juillet. Moi, ce jour-là, «je reste dans mon lit douillé. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. » (La mauvaise réputation, Georges Brassens.) Ce n’est pas ma fête nationale, je la récuse. Commémorer le 24 Juin me conviendrait plus. Qui m’aime me suive !

 

 

 

Samuel Moleaud.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 23:41

 

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Dans le chaos social et l’hypnose collective qui nous jouent l’ode du racisme d’État banalisé sous le son des sirènes policées et des coercitions arbitraires que les lois des Hommes imposent à leurs subalternes de respecter, je regarde mes semblables commencer à se réapproprier collectivement les clés de leur destin. Les maîtres capitalistes les leurs avaient subtilisées en verrouillant l’action collective dans les articles des constitutions démocratiques. Du moins, ils les lorgnent envieusement, ces clés. Ils lèvent des poings serrés en l’air et crient leur colère dans l’ère de l’indignation par leur détermination à ne plus s’assujettir aux chefs qui ont piétiné et cadenassé leurs droits sociaux par pure idéologie. Espérons que ces huées plébéiennes ne seront pas des clameurs vaines récupérées par d’autres classes d’affameurs de la première heure.

Car la violence structurelle qui accompagne le pouvoir est telle que la misère et les embûches ne sont jamais très loin de nos bottes. Le goût de l’autorité, l’influence dans les arcanes du pouvoir qui corrompent les âmes les plus saines, mènent souvent à la récupération des révoltes collectives à des fins personnelles. Les gens qui clament depuis janvier 2011 leur mépris envers les gouvernants qui, à la rigueur de leur arrogance élitaire, imposent sans vergogne des plans d’ajustement structurels, ne devraient pas uniquement aspirer à faire vaciller les trônes des empereurs. C’est la pratique même du pouvoir et ses hiérarchies verticales qui doivent être détruites si le mot d’ordre est bel est bien démocratique.

A la lecture de la presse impériale, nous n’y sommes pas. La désinformation médiatique, qui laisse une sensation de liberté mise sous verrous et nous force à incorporer des artefacts de vérité, peut nous faire tous tomber sous la coupe de l’instinct mortifère des bourreaux que l’on est souvent amenés à engraisser de nos mains, jusqu’au trépas si lumière n’est pas faite en nos consciences. Mais une fois de plus, bien que la page soit lourde à tourner, il est possible d’espérer que le prochain chapitre dans l’Histoire de la planète puisse être écrit par tous. Il n’est pas encore interdit de rêver.

 

Depuis quelques mois, du nord de l’Afrique à l’Europe du sud en passant par la France et le Royaume-Uni, un sirocco d’indignation et de colère semble frapper aux portes de l’Europe néolibérale. Les médias furent autant timides sur l’indignation espagnole que sur les mobilisations grecques, et renâclaient d’en parler avant qu’il n’y ait plus rien à marteler et matraquer sur une affaire de mœurs outre atlantique. Alors qu’il n’y a plus de fait divers d’envergure mondiale à revendre, la presse est à présent contrainte de s’empresser d’évoquer tout de même quelques manifestations à Madrid ou à Athènes (mais sans dire que dans des centaines de villes, se forment des collectifs d’indignés, réunis en AG le soir, sans dire aussi qu’en France, la répression policière fait rage…).

 

De plus en plus, l’adversaire commun des mouvements sociaux devient les banques, les organisations internationales (FMI, OMC, Banque Mondiale), mais surtout les gouvernements factices qui s’accaparent les richesses produites en privatisant à outrance les services de l’État. Les militants altermondialistes reprennent du galon, et la résignation collective se substitue à l’espoir d’un changement politique et social proche. Ce qui est tout nouveau, est bien la spontanéité de ces gens en apparence dépolitisés, autonomisés des syndicats et partis politiques, mais qui ont pourtant compris qu’ils ont été enrôlés de force dans une guerre des classes impitoyables, et que même les diplômés deviennent des cibles de cette mondialisation fécale, féodale et mafieuse.

La révolte mondiale ainsi que la radicalisation des opinions a commencé dès 2008. Mais l’enjeu vertigineux des années à venir, qui verront sans doute la vigueur des mouvements sociaux se renforcer après l’aigreur des peuples d’avoir été si longuement écrasés et spoliés, sera celui d’être en mesure d’opposer intelligemment la contestation aux chiens de gardes surarmés et mandatés pour protéger les douves de Babylone. Car les paroles militantes remplies d’amour ne durent pas longtemps en face des balles policières. Quand viendra l’éveil populaire à l’autel de la plèbe ? De la précarité globalisée, sommes-nous en train de renverser la machine pour mondialiser les progrès sociaux et tirer pour une fois la condition humaine vers le haut ? Rien n’est moins sur tant que les « indignés » croient au mythe républicain et démocratique que l’on leur a vendus à l’école, et ne se trompent pas d’ennemis à combattre à travers les contradictions diffuses du système. Par exemple, on se déclare souvent contre le gouvernement dans telle ou telle réforme, sans penser au fait que celle-ci est aussi et surtout une résultante de la logique néolibérale mondialiste. C’est une contradiction importante, car sans ces Hommes politico-affairistes des institutions publiques, les financiers ne seraient rien.

 

1. Démocratie, vous disiez ?

 

On nous dit que la démocratie veille sur nos droits fondamentaux comme une louve surveille sa progéniture. Alors je n’aimerais pas être à la place du louveteau. En ces temps où l’on martèle que le mouvement des indignés réclame une démocratie réelle et maintenant, il me semble intéressant de rappeler quelques notes à propos de ce système juridique, notamment de sa genèse philosophique.

 

On nous avait dit que dans ce régime politique, soit disant parlementaire et représentatif des peuples, le citoyen faisait vivre la démocratie en votant ou en clamant calmement son mécontentement. La démocratie, serait uniquement la liberté d’expression, en somme. J’entends dire ci et là depuis 2008-2009, que nous ne sommes plus en démocratie. Mais laquelle ? Encore faut-il s’entendre sur les sens du terme, comme s’il n’y en avait qu’une : celle voulue par les peuples à l’indignation en effervescence, ou l’oligarchie pratiquée par les classes dirigeantes des pays du monde entier, qui ne connaissent que la légitimité du vote pour confondre les institutions et concentrer le capital ?

 

Celle que la classe versaillaise souhaitait appliquer au 19ème siècle avait pour vocation à freiner justement tous les mécanismes de contrôles démocratiques populaires envers les élites : limiter la répartition équitable du Capital entre les classes sociales, instaurer le suffrage à bulletin secret et à destination d’une élite sociale cultivée, reproduction des notables (banquiers, avocats, gros propriétaires) à la tête des institutions, faire croire aux citoyens que la division hiérarchique du travail, -légitimant la concurrence, le productivisme et le pillage des pays du Sud-, permet de mieux vivre (ce qui n’est autre que l’institutionnalisation de la guerre économique). Les maîtres de ce monde avaient même réussis à faire intérioriser l’idéologie que la privatisation de l’État était une solution pour pallier aux crises économiques. Alors que ces crises, entraînant famines, misère ou précarité, sont à chaque fois instrumentalisées par les pouvoirs publics qui œuvrent au service des empires économiques pour en faire un terrain de jeu électoral. La prédation des marchés financiers serait-elle démocratique ? La duperie était de taille, tant la pilule était dure à avaler. Mais la bourgeoisie possède deux cent ans de propagande libérale à son actif. A l’appui de ses croyances idéologiques dans le dogme démocratique, celle-ci pouvait sélectionner au peigne fin les philosophes que l’Histoire devait retenir et qui satisfaisaient les intérêts de l’Empire, et ensuite les inscrire dans la mémoire hypnotique collective de tous les êtres scolarisés. Tant et si bien qu’aujourd’hui, l’on pense démocratie là où l’oligarchie panse ses appétits de domination politique, économique et sociale.

 

La République bourgeoise mit à pied l’école pour adapter chaque cerveau à consentir à ce système de représentation politique de sélection sociale des élites par le haut de l’échelle. De telle manière que l’on oublie trop souvent qu’il existe d’autres formes de démocratie ayant été testées avant la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, il est bénéfique pour un régime politique que les êtres socialisés soient démis de leurs pouvoirs individuels sur l’ordre des choses, et qu’ils ne développent pas une culture historique, politique et sociale contestataire trop volumineuse. Les gens sont lettrés et alphabétisés, certes, mais ce n’est pas à l’école qu’ils risquent d’apprendre que l’exercice des fonctions politiques peut se faire sur une hiérarchie horizontale et sur une base non professionnalisée.

 

L’école devait donc inculquer que la participation égale des acteurs au processus de production en coopératives de travail mutualisé, la gestion locale décidée à main levée par des conseils populaires fédérés en Communes, l’abolition de toute hiérarchie économique, est un régime antidémocratique qui mène à la terreur populaire. Gérée par le peuple, donc démagogique. Que toute expérience collective à l’échelle d’une Nation ne peut mener qu’à du totalitarisme soviétique, et que l’émancipation de l’Homme moderne passe par l’individualisme et la propriété privée. Aux oubliettes aussi dans les manuels scolaires le rôle des grandes multinationales dans les guerres mondiales, personnes morales depuis 1865, -qui phagocytent le contrôle des lois, saccagent les écosystèmes, offrent chaleureusement leurs dettes aux États, introduisent l’intérêt privé dans les prises de décisions politiques, réduisent la majorité au servage pour le profit décuplé de quelques cartels, et éloignent donc les acteurs du processus de production de la participation aux bénéfices créés- qui se réclament de l’intérêt général. (Évidemment, un salarié exténué par les pressions hiérarchiques de sa direction, qui boit sa bière de mauvaise marque devant la boîte cathodique à décerveler, cet individu est une garantie pour la sureté de l’État, c’est un indigné potentiel en moins empêché de se joindre au collectif pour s’affranchir de son oppression, et qui plus est, qui se procure une maigre consolation en consommant du rêve publicitaire télévisé.)

 

Bref, l’école républicaine a vocation à faire la transition entre l’héritage révolutionnaire populaire et la novlangue ploutocratique : nombre de concepts furent dénaturés de leur véritable sens politiques. Petit à petit, «démocratie» se réduisit à «vote», «l’intérêt général» masqua «appétit de la finance», «esclavage» se transformait en «travail», «colonisation» devint «guerre propre à frappes chirurgicales» ou «opération de pacification», «socialisme» fit penser à «terrorisme», et «domination» se commuait en «condition naturelle des êtres humains». La grève et les luttes sociales pour l’obtention de droits sociaux devenaient des conflits dont « on ne peut régler les problèmes avec des solutions du 19ème siècle » (dixit N. Sarkozy). Une classe exploitée par l’avidité d’un système économique qui sous paye ses serfs, devenait un groupe socialement défavorisé (sous entendu, pas de bol pour toi, tu n’avais qu’à naître ailleurs, c’est biologique). Ainsi pourrait-on lire dans ce type de manuel voué aux étudiants de science politique : «Les conflits sociaux du 20ème siècle, anciens dans leur mode d’action violent sont le fruit des classes défavorisées, et fortement trompées par l’idéal révolutionnaire du 19ème siècle». Le mal de ces temps contemporains est que nous passons notre temps à prémâcher la soupe institutionnelle que l’on nous impose sans chercher à avaler autre chose.

 

Le pouvoir politique et ses acteurs décentralisés se parent de l’obsession sécuritaire pour y camoufler un racket permanent. Pour le bien de tous, l’État fait les poches du peuple. Pour l’intérêt général, le pouvoir grignote les libertés et instaure un régime Orwellien. Prit dans la nasse d’une crise qu’il a contribué à faire éclater par ambition électorale, (-un taux de chômage excessif permet aux néolibéraux de lutter contre l’inflation, détruire progressivement le droit du travail en baissant les salaires conjointement à la hausse du temps de travail, pour ainsi prendre des points auprès des classes bourgeoises, entre autres-), l’État sarkozyste pilonne le niveau de vie du français moyen en faisant reposer sur lui seul le prix de la crise au lieu de sanctionner les spéculateurs qui s’engraissent via les agences de notation et les marchés financiers (ce n’est pas seulement le cas en France, mais aussi dans toute l’Europe). Ce ne sont que des exemples non négligeables et non exhaustifs, mais ceux-ci montrent bien en quoi nous sommes démis de nos pouvoirs citoyens. Il est urgent que nous nous indignions tous et toutes, mais en oubliant ce dogme bourgeois que la république dans ses formes actuelles puisse être démocratique.

 

2. Le libéralisme politique des Lumières en philosophie politique, un héritage ambigu.

 

La république, au sens entendu par les penseurs des Lumières (Rousseau, Montesquieu, Voltaire, Locke, Tocqueville, Constant, etc.) pensait les masses comme trop stupides pour décider des affaires de la Cité, s’en remettait à un despotisme éclairé pour canaliser les pulsions populaires ignares. Le terme même de démocratie était vu depuis Aristote comme la tyrannie démagogique des foules. Donc à la base même de ce dont s’inspire le socle institutionnel juridique de notre actuelle république, il y a l’idée que la population ne peut pas faire de politique, au sens premier donné par les grecs de la gouvernance de la Cité. Pour un régime qui se targue de dire que le peuple décide, déjà, ça partait mal. Il faut dire que les philosophes retenus par l’Histoire étaient des gens cultivés, héréditairement fortunés, issus de l’aristocratie, et donc ils n’allaient pas écrire pour détruire les intérêts de leur classe sociale.

 

Loin s’en faut, la séparation des trois pouvoirs (Montesquieu dans De l’Esprit des Lois) fut un progrès considérable, s’affranchissant de l’arbitraire du monarque absolu sur le politique. Cette idée aurait pu permettre un contrôle populaire démocratique si le régime proposé fut direct et participatif (il aurait été censuré par l’Histoire). Mais ce contrôle de l’exercice du pouvoir devait être dévolu aux propriétaires et aux aristocrates. La liberté politique, au sens de J. Locke, par exemple, devait veiller au respect de la propriété privée. Donc, une liberté au service des riches propriétaires terriens. L’intérêt général au sens de Rousseau, c’est la dictature de la loi sur la minorité insatisfaite : si une loi est votée par la majorité, alors les mécontents n’ont qu’à s’incliner et s’excuser devant la collectivité d’avoir eu tort de mal penser ou de mal voter, car ils vont à l’encontre de la volonté générale. La théorie politique libérale, au sens du libéralisme politique (et non économique), dépossédait l’individu de son pouvoir sur sa société : les constitutions républicaines et monarchistes ont toutes été obtenues par coups d’États (1791, 1848, 1871, 1958 en France) et n’étaient autre qu’une reféodalisation des rapports sociaux entre les classes sociales. L’instauration gaulliste de l’élection au suffrage universel direct du président de la République, si elle apparaît comme participative en l’essence, légitime en réalité une monarchie élective où la gouvernance publique est l’apanage des élites sociales (par le plus charismatique qui sera élu aux primaires de son parti) et la mainmise de la bourgeoisie sur l’ordre social. Et il n’y a qu’à voir la manière dont les médias et les responsables politiques ont traités l’affaire DSK pour se rendre compte qu’en France, il faut absolument protéger la Cour Neuilléenne et tout ce qui gravite autour. Est-il démocratique de distinguer des citoyens ordinaires et des citoyens intouchables ?

 

Vu comment l’histoire des idées politiques a toujours veillé à ce que le gouvernement s’effectue par les riches et les notables, craignant les rugissements populaires, il n’est pas étonnant que les néolibéraux s’accommodent à merveille de ce régime représentatif présidentiel : le citoyen n’a aucun moyen de contrôle, il subit un rapport de force profondément inégal et est contraint d’appliquer stricto sensu ce qu’on a décidé à sa place pour régir sa vie. Et pire encore : si la coercition est proche, par le conformisme social qu’elle impose, le pouvoir, lui, est lointain et cette distanciation permet aux dirigeants politiques déguisés en hommes d’affaires d’assoir leur hégémonie. Sans parler du faux bipartisme que ce régime gangréné par la finance fait jouer (républicain/démocrate, libéral/social démocrate) qui prend le rôle de croupier pour distribuer les cartes électorales aux maîtres du monde à la table de poker mondial… La bourgeoisie financière a réussi son contre coup d’État : n’importe quel parti (UMP ou PS) qui sera plébiscité au pouvoir politique lui sera assujetti. Au fait, comment qualifie-t-on un régime politique qui, en finalité, n’offre à ses gouvernés qu’un parti unique, et qui place une armada de militaires dans la rue pour étouffer les mouvements sociaux de contestation aux réformes néolibérales qui voudraient imposer en toute impunité une régression sociale sans précédent?

           

Lorsqu’une "réforme" (ou démantèlement de service public) est votée, souvent l’été à la va-vite, c’est pour ériger un contrat d’affermage public-privé (privatisation des profits, socialisation des pertes financières) entre l’État et Veolia ou Suez. Quand se décrète une libéralisation des capitaux, un partenariat public-privé, ou ce qu’ils dénomment une «modernisation de l’économie», il y a toujours un fond de pension spéculatif, une multinationale ou bien des actionnaires influents qui tirent profit de la manœuvre. Notre État est tellement démocratique que ses "réformes" fiscales permettent aux multinationales de s’exempter de l’imposition (Areva en sait quelque chose), aux actionnaires de défiscaliser leurs revenus annuels, et aux avocats d’affaires de devenir membres du gouvernement, pendant que la majorité des gens rongent leurs os pour tentent de lutter contre la nouvelle pauvreté, habitant un logement de fortune loué en banlieue à un coût exorbitant, mal nourris et ulcérés par l’angoisse de l’avenir de leur budget (santé, éducation, logement, alimentation, etc.). 

 

La démocratie, c’est toujours faire croire aux dominés que leurs vies ne valent rien, qu’il est possible qu’avec infiniment plus d’efforts gratuits au service des autres, ils pourront s’en sortir. Mais ce n’est pas garanti car le droit de vivre peut parfois être abrégé, taxé d’interdits en tous genres, et les libertés sont conditionnelles. La mise au ban, l’exclusion et la précarité deviennent des lois naturelles de la société, l’état de guerre sociale perdure et la méfiance devient la norme, favorisant l’inquisition fasciste de la droite réactionnaire lepéniste. Lorsque l’on entend «démocratie» au micro de la bouche d’une tête médiatiquement autorisée à déployer ses codes de communication pour séduire et canaliser la vindicte populaire, il s’agit toujours de vendre un produit révolutionnaire qui équilibrera les comptes publics, pourvu que les petits pions que nous sommes acceptions de vendre notre force de travail à moindre coût, dans une répartition à sens unique du Capital. C’est la religion d’État qui ostracise les pauvres et les faibles tout en faisant son fond de commerce électoral sur un ton de racisme institutionnel en triant avec véhémence les bons et les mauvais. Établir une distinction entre des dominants et des dominés, entre des gouvernants et des gouvernés, constitue d’ailleurs en elle-même une dérive antidémocratique qui aurait déjà du mettre la puce à l’oreille de nos descendants depuis plusieurs siècles.

 

Ce tsunami d’indignation est donc cruellement tardif, mais mieux vaut tard que jamais. Il vient à point nommé pour espérer que la planète ne s’enfoncera pas à nouveau dans un matérialisme historique qui veut qu’en conséquences d’une crise économique mondiale, les continents s’enlisent dans la guerre, le fascisme et la barbarie. La déliquescence de l’idéologie néolibérale semble être en marche. Sans savoir vers quoi la logique va tendre. Depuis bien longtemps, les populations de tous les pays observent les mêmes problèmes et en font des constats similaires que la majorité est asphyxiée sous les manipulations et les profits abyssaux de la minorité capitaliste. Mais suffit-il de clamer son indignation dans la rue pour être indigné, politisé ou non, contre ces terribles rouages compresseurs de la globalisation? Les mobilisations collectives en tant que telles ne peuvent plus aboutir à cette révolution mondiale pacifique dont se réclame ce mouvement. Le répertoire d’action de toutes les résistances doit aussi s’accoupler des actions individuelles.

 

Gérer une ferme basée sur une agriculture raisonnée, mutualiste et autogestionnaire est une forme de résistance, d’indignation. Rédiger des pamphlets militants de critique sociale, avec des diatribes à faire tomber les pavés bien érodés de Babylone, en est une. Ne pas se prostituer à la morale et à l’absurdité de certaines lois, vivre comme bon nous semble, dans le respect d’autrui permet aussi certainement de tendre vers la coopération « démocratique » entre les peuples. Réfléchir, même de chez soi dans les livres ou sur internet, à des formes d’alternatives solidaires, écologiques et sociales est un autre moyen de s’indigner. Sans aucun engagement militant, consommer des produits locaux et artisanaux ne constitue pas moins une action quotidienne de démarcation vis-à-vis du Capital. Même dialoguer avec l’entourage proche peut permettre d’étendre le champ des luttes sociales. Les médias et leur mutisme déconcertant ne souhaitent pas donner trop d’importance à l’ampleur des manifestations grecques et espagnoles, qui se radicalisent en grève générale non plus contre le gouvernement, mais contre l’idéologie du Capital, soit. Laissons-les faire, ils ne profèrent rien de bon. La résistance et l’indignation ne sont pas possible si l’on se trouve dans l’attente qu’un jour, une population morne, au pied du mur, se révolte. Elles seront salutaires, en revanche, si chacun d’entre-nous se réapproprie les clés pour comprendre les mécanismes d’endoctrinement du pouvoir économique et politique mondial, et si chacun trouve sa serrure pour déployer sa propre contribution dans le champ social. Le principal est que les gens comprennent le pot-aux-roses, et je pense que la prise de conscience arrive à maturation. Cependant, si l’indignation se transforme en insurrection mondiale un jour, celle-ci ne sera pas heureuse, car il est bien triste de devoir en arriver à un tel point de non-retour avec des grèves générales et tant de haine réactionnaire contre ces castes d’oligarques alors que les sociétés pourraient s’auto-organiser librement. Il paraît que c’est la vie : une lutte perpétuelle pour des idées, pour codécider ou décéder.

 

 

Samuel Moleaud.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 10:31

Mai 2011, et le monde est enfin guéri de l’effroyable Mal du siècle qui semait la peur depuis dix ans, du chef de la grande nébuleuse terroriste islamiste qui colonise nos espaces si respectables où il fait si bon vivre. Oui, nous sommes l’Axe du Bien. On le sait tous, et ce n’est pas préjuger que de dire que tout ce qui est dirigé contre nous est du terrorisme. L’inverse, comme en sciences, est une hypothèse à vérifier mais là, je n’ai plus d’éprouvettes…

 

1. Quand la sauvagerie occidentale joue ses cartes de libératrice des peuples…

 

Nous avons pu observer le 2 mai dernier les démocrates irréprochables "soldats de la paix" de l’outre-mer participer au jeu de la liberté, et supprimer l’ennemi public numéro un des États-Unis. Autant dire, l’ennemi public numéro un du monde entier puisque l’Oncle Sam décrotte ses bottes un peu partout où ça lui chante. Ouh, ça m’a l’air étrange tout ça. Pourquoi exécuter tout d’un coup ce chef terroriste? Les besoins de renforcement de la "sécurité internationale" sont-ils si grands pour les actionnaires des entreprises productrices d’armes qu’il fallait programmer un énième assassinat politique d’envergure médiatique mondiale ? Une bande armée jusqu’aux dents de mercenaires entraînés ne peut-elle pas maîtriser un homme désarmé et le prendre vivant, sans lui mettre une pastille dans le crâne? Les États-Unis viennent d’enfreindre deux lois internationales, ils ne sont plus à ça près : primo, l’assassinat politique. Deuxio, la violation dans la violence de la souveraineté d’un État comme le Pakistan où s’est déroulé l’assaut (même si ce pays, dit-on, a "autorisé" l’intervention de la CIA sur son sol…en avait-il le choix ?). Bon sur le droit d’ingérence, il faut avouer que cela se discuter lorsqu’il s’agit d’une crevure de ce type, mais que l’on en fasse de même pour les autres dans ce cas-là…

Moi qui suis un peu bête, j’imagine que si je tape un chat, j’aurai le rapport de force favorable. Mais je n’irai pas me frotter à un tigre en plein milieu de la savane. Si La Havanne ou La Paz espionnaient Washington à des fins de "sécurité nationale", l’administration de Mr Obama n’aurait à la bouche que la violation de sa souveraineté.

Revenons à nos moutons, c’est vrai qu’en termes de rentabilité financière des organismes journalistiques, le simple titre disant qu’Oussama Ben Laden est mort, aposé en une, c’est encore plus vendeur que la catastrophe nucléaire la plus grave de tous les temps au Japon. Et les petits stylos des journalistes sont pressés de nous presser le citron si jamais représailles d’Al Qaida il y a.

 

Enfin bon c’est génial, depuis le 2 mai 2011, depuis que l’Humanité est lavée de sa sangsue, il n’y a plus aucunes injustices économiques et sociales en France, en Europe et dans le monde entier. Fini le chômage endémique, finie l’exploitation capitaliste des entreprises qui payent leurs salariés à moitié de ce que leur travail en vaudrait, finie la cruauté des fabricants de la misère, finie la guerre impérialiste en Libye. Tout va bien au pays des flamands-roses. Ne vous y trompez pas, nous disent les hommes politique affables en pandémie de trouille électorale aigüe, le terrorisme n’est pour autant pas éradiqué (tu m’étonnes !). Comment éradiquer la violence que l’on a créée en vendant tout plein d’armes, et qui veut qu’un faible armé de pierre se batte contre des tanks pour se venger? On ne peut juste que s’en servir pour les élections, alors soyez au moins honnêtes de reconnaître que les marchés financiers de l’Axe du Bien acceptaient aussi les fonds personnels de cet homme quelque part dans un paradis fiscal…

 

Quand un fond spéculatif américain achète une rue entière dans ce que la novlangue néolibérale appelle un "projet de rénovation urbaine" (par exemple la rue de la République à Marseille) en séchant du sang de pauvres expropriés avec du béton armé, c’est une rénovation de quartier. Quand un conseil des actionnaires de chez Continental fait une "compression de personnel" pour des dizaines d’ouvriers à Clairoix alors que l’usine est bénéficiaire, c’est pour pallier les pertes et les aléas de la crise. Quand Daewoo ferme dans les Ardennes, c’est pour sauver Clearstream. Quel rapport, me direz-vous entre l’exécution sommaire de Ben Laden, la privatisation des quartiers populaires et la rentabilité des actionnaires ? Aucun, si ce n’est le fait que le puissant agit toujours pour la bonne cause, juste des justices à deux ou trois vitesses entre dominés et dominants, entre exploités et affameurs. Et il paraît que la guerre des classes est un vestige du 19ème siècle… Les États-Unis avaient les communistes comme ennemis médiatiques (McCarthy en saurait quelque chose), proies faciles de 1949 à 1991. Ils eurent ensuite Saddam Hussein de 1991 à 2006. Ils eurent Ben Laden de 2001 à la semaine dernière. Pour les prochaines élections, le parti démocrate va devoir en choisir un autre pour récolter le plus d’applaudissements dans la joute électorale.

 

Loin s’en faut, et ne vous y trompez pas, je ne fais pas l’apologie de ce Ben Laden, sa mort ne m’empêche pas de dormir. La mort d’un chef politique endoctrineur et criminel ne m’attriste jamais. Et celui qui me fera naître une émotion complaisante envers l’adulation d’un leader n’est pas né. Mais une question me vient à l’esprit : je ne voudrais pas jouer les troubles fête, mais où est la vérité ? Al Qaida est terroriste pour l’Occident capitaliste, ce dernier est terroriste pour Al Qaida. Je m’explique, en quoi ce Mr Ben Laden est-il plus un terroriste qu’un autre chef? Alors, hum…commençons par le commencement : qu’est-ce que cette bête méchante qu’est le terrorisme ?

 

2. Définition (im)possible de la notion de terrorisme ?

 

            Les médias doivent bien savoir ce qu’est le terrorisme. Cela fait dix ans que j’en entends parler, que je lis des articles sans y trouver la moindre définition. C’est que cela doit être un principe reconnu par tous sans qu’il n’y ait besoin de l’expliciter. Ou alors, allez savoir, c’est peut-être une construction purement idéologique impossible à cerner réellement dans le sens de la détermination des ennemis de l’Empire, de telle sorte que la définition retenue par les dictionnaires est applicable à tous les États. Que diable ! Cela pose problème ça, si le terrorisme s’applique aussi aux politiques de l’Occident.

           

            Bref, il y aurait une centaine de définitions à ce terme selon que l’on soit chercheur, politique ou philosophe. J’aime assez celle de l’encyclopédie Hachette : « Le terrorisme désigne soit des actes violents - sabotages, attentats, assassinats, prises d'otages… - commis pour des motifs politiques par des individus isolés ou organisés, soit un régime de violence créé et utilisé par un gouvernement qui cherche à conserver le pouvoir face à des ennemis intérieurs ou extérieurs. » (1) Ou celle retenue par un chercheur, du nom de Schmid en 1988, servant de base à l’ONU : « Le terrorisme est une méthode d'action violente répétée inspirant l'anxiété, employée par des acteurs clandestins individuels, en groupes ou étatiques (semi-) clandestins, pour des raisons idiosyncratiques, criminelles ou politiques, selon laquelle — par opposition à l'assassinat— les cibles directes de la violence ne sont pas les cibles principales. Les victimes humaines immédiates de la violence sont généralement choisies au hasard (cibles d'occasion) ou sélectivement (cibles représentatives ou symboliques) dans une population cible, et servent de générateurs de message. Les processus de communication basés sur la violence ou la menace entre les (organisations) terroristes, les victimes (potentielles), et les cibles principales sont utilisés pour manipuler la (le public) cible principale, en faisant une cible de la terreur, une cible d'exigences, ou une cible d'attention, selon que l'intimidation, la coercition, ou la propagandeest le premier but," (Schmid, 1988).

 

Bon en gros, le terrorisme est caractérisé par un acteur violent qui cible ses victimes au hasard, qui tue pour des raisons criminelles et utilisant un mécanisme de propagande pour endoctriner des activistes ou des soldats qui iront semer la terreur à son compte.

Soit, O. Ben Laden, si ce nom appartenait bien à un homme et non à un artéfact médiatique, était un "méchant" terroriste. La France de 1994 n’a-t-elle pas été en partie responsable d’actions de terrorisme au Rwanda ? Vous savez, les Hutus, les Tutsies…combien de morts officiels déjà en deux mois ? Les États-Unis n’ont-ils pas financé directement des groupes de paramilitaires en Colombie, au Nicaragua, au Salvador depuis le milieu des années 1980 pour lutter contre des FARC ou des guérillas socialistes inactives et sous-armées, ces paramilitaires qui sèment la terreur sans distinction dans leurs cibles et leurs exactions ? Que dire des agissements de l’armée de Tsahal et d’un État sioniste (je n’ai pas dit juif, l’antisémitisme n’est pas mon fond de commerce) sur la bande de Gaza et le Liban, lorsque la "liberté occidentale" (2) s’échange contre des crimes à l’uranium appauvri ? Et de la guerre au Kosovo en 1999 menée illégalement par l’OTAN ? De l’actuelle intervention en Libye par la même OTAN (oui je sais, ce n’est pas Kadhafi résistant contre la force inouïe de frappe de l’Occident, mais enfin l’OTAN ne lance pas que des tomates sur les civils…) ?

 

On ne peut pas légitimer les assassinats politiques sous couvert de terrorisme, cela voudrait dire assassiner tous les chefs d’États et de groupements influents ayant eu un peu de pouvoir.

 

3. Et une manœuvre électorale de plus au palmarès des mascarades démocratiques.

 

Terrorisme ou pas, néocolonialisme ou pas, socialisme ou capitalisme, je laisse aux experts le soin de conseiller aux chefs où est la frontière entre le bien et le mal, moi je suis naïf, crédule et discipliné. Bête, oui mais je sais lire et les intellectuels autorisés (comprendre médiatiques) disent toujours que le bien, c’est la démocratie libérale, l’économie de marché, l’ordre et la sécurité. Tout ce qui n’entrave pas le Capital. Et que celui qui ne vote pas pour cela, en aparté, est un individu en repli sur soi, dépolitisé, faiblement doté de capitaux socioculturels, et issu d’un milieu social défavorisé (pour ne pas dire exploité, et aseptiser les réalités sociales interclasses). En mobilité sociale descendante sur ses anciennes générations, l’abstentionniste est aussi si peu qualifié qu’il n’est pas à même de comprendre les enjeux de la société, par désagrégation chronique du lien social que la déviance mène même parfois à l’exclusion sociale : il est l’ennemi public numéro un des politologues dans la crise de la démocratie. Tous les maux l’accablent, pour peu qu’il vive dans des quartiers populaires délaissés de l’intérêt des partis de gauche, alors il est bien mal barré ! Euh, chercheurs, un fils d’exploités qui refuse de voter, c’est aussi peut-être qu’il a le sentiment que la république a été détournée au service de la grande bourgeoisie, non ? Non non, la démocratie s’exprime par le vote et la liberté d’expression. S’abstenir, c’est être déviant et antidémocrate. Ah ok pardon.

 

Parenthèse fermée, j’ouvre les journaux, je suis rassuré par les scribes de la vérité, de savoir qu’on va enfin arrêter de prendre les pays musulmans pour des paillassons de l’Occident. Saddam Hussein assassiné le 31 décembre 2006, Oussama Ben Laden le 2 mai 2011…Nous sommes lavés du mal ! Diantre, j’oubliais qu’il reste encore un régime anti-impérialiste à abattre en Iran. Le coquin Ahmadinejad nous en fait encore baver en espionnage et en surveillance militaire. C’est que ça coûte cher de consacrer son armée et ses services secrets à la domination impérialiste plutôt que de la considérer comme un service public, la consacrer aux questions nationales, à la protection, l’aide et l’information des citoyens.

 

 Mais je me rassure, espérant que les dirigeants politiques stopperont de faire les amalgames entre islamisme et islam, entre intégrisme et culte religieux. Ainsi, je comprends direct que l’idéologie du prêt à porter populiste visant à mélanger immigration et délinquance est alors une sombre page tournée de l’Histoire, héritée du cauchemar du 11 septembre 2001. Ben oui, si Mr Ben Laden est mort, la "coalition internationale" n’a plus aucune raison de terroriser les populations afghanes. Les médias et les partis, même de gauche sociale démocrate n’ont plus besoin d’épouser le racisme d’État en galvanisant la confusion islamophobe. C’est une bonne nouvelle alors, en ces temps de "Révolutions de printemps", tous ces pays qu’on met dans le même sac du "Monde Arabe des barbus" vont devenir des "démocrates", comme nous. Chouette, finies les tourmentes dictatoriales et bananières du Sud !

 

Allons, allons ! Un peu de sérieux.

Il faut dire que tout est fait depuis quelques jours, pour que l’on oublie de penser. J’ai envie de dire depuis toujours, mais si je dis que la propagande nous empêche d’avoir un esprit critique, on va encore dire que cet article n’est que l’éloge d’une analyse marxiste voyant la domination structurelle et symbolique des exploiteurs sur les exploités. Allez, je me risque. Depuis qu’elle existe, la presse n’existe que pour servir les intérêts du pouvoir et orienter les masses dominées, peu cultivées et exploitées vers le consentement de ces derniers aux puissants et à leur asservissement permanent. Exemple à l’appui, la première presse, en France, a été créée en 1631 par Théophraste Renaudot. Médecin du roi Louis XIII, bien que reconnu comme étant au service des pauvres, il crée le premier organe de presse français, auquel la monarchie ne tarda pas à s’en servir comme instrument de propagande politique…On connaît la suite.

 

 

La spéculation et les marchés financiers, le Capital, eux, n’ont pas d’idéologie. Même ceux qui les combattent, journalistes et écrivains altermondialistes ou libertaires…le système est tellement avide que tous les contestataires peuvent vendre la corde qui va pendre les premiers (la phrase n’est pas de moi). Lorsque l’Occident enterre une cellule dite "terroriste", c’est une autre qui voit le jour pour se venger. N’y a-t-il pas ici un rouage qui pérennise le royaume de la finance ? Quand une organisation "terroriste" (je ne dis pas Al Qaida) possède un compte bancaire dans un paradis fiscal, cette organisation permet à la finance internationale de continuer à spéculer en mettant sur le marché des obligations, et en créant des titres sur les dettes pour que celles-ci deviennent des actifs profitables. Les gouvernements ont une vocation politique, en substance. En outre, ils ont intérêt, eux, à se débarrasser de ceux qui créent des nébuleuses violentes pour les attaquer en plein cœur, de l’intérieur. (La logique est la même dans l’autre camp). Mais leur gouvernance se heurte à l’hégémonie des marchés financiers qui imposent leur dictature du profit au détriment de la souveraineté économique. Il n’y a pas un monde, mais trois mondes globaux qui s’entrechoquent : les masses populaires exploitées des deux hémisphères qui sont opprimées par les États néolibéraux, et ces mêmes États qui sont soumis aux marchés financiers, agences de notation et institutions financières internationales (FMI, OMC, Banque Mondiale). Voilà pourquoi les pays du Nord ne parviendront jamais à supprimer les organisations "terroristes" : elles sont des clients comme des autres des grandes banques.

 

L’élimination de Ben Laden n’est qu’une stratégie électorale pour 2012, elle est illégale au regard du droit international. Elle est le reflet d’une vengeance malsaine qui évite de se poser les bonnes questions : à quoi sert la détermination médiatique et politique d’un ennemi comme cela, et à qui profite le crime ? Je n’ai vu aucun journal(iste) déplorer ce fait.

 

 

 

(1) Lu sur wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9finition_du_terrorisme

(2) Pardon au lecteur pour les gros mots entre guillemets, utilisés dans le florilège de la novlangue néolibérale.

 

Samuel Moleaud.

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 23:28

 

 

 

C’est le printemps, la nature bourgeonne, déploie son énergie pour réchauffer l’atmosphère et sortir des longues journées froides que l’hiver a figées. Bref, la nature revit, et il n’y a bien qu’elle. Partout ailleurs, il y a dans l’air ce parfum moisi d’une ère nouvelle qui ramène ses effluves de honte latente et de colère indicible, d’une inénarrable mascarade dans les arcanes du pouvoir des puissants qui jouent leurs cartes impérialistes à la sauce sanguinaire du 21ème siècle, et se déjouent des lois lorsqu’elles leurs sont défavorables. Ce, alors que le troupeau dérouté, qui n’a de puissance de décision qu’un papier dans l’isoloir tous les cinq ans, n’a aucun moyen de mettre un coup d’arrêt aux agissements criminels des chefs impérialistes.

 

L’hiver occidental 2011 fut placé sous l’aura médiatique des « révolutions de printemps ». Soudainement, l’Occident, l’OTAN et le G8 se souciaient du sort de l’Afrique…mais surtout de ses flux financiers Nord-Nord. Ce sera peut-être la honte du siècle, que d’avoir su profiter des soulèvements populaires pour y accélérer un processus néocolonialiste d’arrière garde, sorte de pansement sur jambe de bois négocié à la va-vite pour renflouer les caisses des grandes multinationales sous couvert d’humanitarisme, de solidarité ou de je ne sais quelle autre novlangue autant désabusée que vomitive. Je me rappelle pourtant, il est vrai, avoir vu Mr Sarkozy-défenseur-des-peuples-qui-souffrent (1) accueillir à Paris à bras ouverts le président Libyen il y a peu. Quel dommage de se séparer et terminer une si belle idylle pour des motifs de corruption, de fuite d’argent public et de moralisme républicain précisant que nous, démocrates, ne devons pas traiter avec les dictateurs !! C’est comme ça, les histoires d’amour finissent souvent mal. Pinochet n’a-t-il pas été accueilli par la France ? L’Élysée n’a-t-elle pas soutenu, et armé les dictatures africaines depuis la colonisation, financé et alimenté les guerres civiles ? Financé ses partis politiques et campagnes électorales grâce aux fortunes des dirigeants africains ? Bref, passons la serpillère sur nos amis dictateurs autrefois lourdement armés en avions et en centrale nucléaires contre des barils de pétrole. Désormais, les mauvais payeurs qui musèlent leurs peuples sont à démocratiser par des pluies de bombes propres qui ne tuent que les méchants, et puis diantre ! Ce sont des missiles démocratiques et écologiques.

En aparté, l’OTAN fut créée en 1949 dans le cadre de la Guerre Froide, pour protéger les nations européennes en cas d’attaque soviétique. Ils ont même appelé cela principe de « défense collective », en cas d’attaque en Europe. La Libye (ou même la Serbie en 1999) est donc dans une zone géographique qui dépasse les compétences juridiques de l’OTAN. C’est une institution qui n’aurait plus lieu d’exister si les traités étaient respectés.

 

Bref, je suis soulagé, la France intervient en Libye et en Côte d’Ivoire pour la liberté, pour la libération des peuples sous le joug de leurs oppresseurs. Je suis quelqu’un de gauche moi, alors je ne peux que me réjouir de mon pays qui aide les peuples en lutte…Et oui, on croirait que même la gauche (libérale) est devenue militariste. Les armées de l’OTAN bombardent villages, hameaux, villes, plages et cultures, massacrent femmes, hommes, enfants, vieillards, riches et pauvres, (si les bombes avaient une vision de classe…), mais c’est pour la paix et la liberté des peuples…Comme œuvre de propagande, on ne fait pas mieux, cela bat même à plates coutures les écrans de fumée montés en épingle sur les armes de destruction massives de 2003…

 

Pendant ce temps-là, en Occident…Les fabricants de la misère continuent leur ineffable et macabre danse sous l’œil hagard, avide et perdu des « petites gens » qui n’ont que des charognes en putréfaction à se mettre sous la dent, achetés pour une misère d’euros dans le empires de la grande distribution, en échange d’une triste et courte vie de labeur et d’esclavage au service des entreprises de la mort lente. Je pense à ceux qui délèguent sans scrupules leur individualité aux multinationales qui fabriquent les pauvres, sous la houlette des règles courtermistes du grand capital, et qui rétribuent quelques miettes afin d’éviter que cette honte latente et médiatiquement calfeutrée n’explose d’un coup. Je pense aussi aux employés, artisans et ouvriers en lutte pour survivre, ceux sur qui les institutions de la république ont toujours tapé pour justifier l’économie de croissance. En ces temps où l’on oublie qu’il faudrait vivre pour son activité et non s’activer pour survivre, dans une misère de la réflexion cognitive autoalimentée par les chiens de garde médiatiques, de voir les urnes se transformer en peste brune, il ne fait pas bon penser trop à l’avenir sur cette planète bleue où même l’oxygène devient radioactif.

 

 

Mais une chose est rassurante, c’est la peur des élites qui sentent que leur pouvoir se délite, et qui commence ci et là à lâcher des miettes pour échapper au grand séisme qui se prépare, racoler un électorat trompé, à l’instar d’une prime éventuellement donnée aux salariés d’entreprises de plus de cinquante esclaves en guise de participation aux bénéfices actionnariaux. Qu’en ces temps où le Sud nous montre comment couper l’herbe sous le pied des mercenaires perchés dans leur tour d’ivoire polyarchique de la démocrature, ceux-ci doivent bien veiller à ce que se déroulent au mieux les prochaines élections. C’est-à-dire colmater leurs brèches avant que la population n’ait des envies de réinventer 1871 et l’autogestion des Communes de France.

 

C’est bien là l’effroyable imposture de ce que nous appelons démocratie, la république parlementaire de sélection de ses élites par le haut, légitimant la domination des classes possédantes et la violence structurelle et symbolique de l’ordre social. Ah république, dont même la « gauche » se réclame, sais-tu au moins comment fut-elle instaurée, pour ne pas dire imposée ? Récupérée de 1789 par la bourgeoisie en lutte contre l’aristocratie, elle fait main basse une première fois sur son peuple sacrifié pour éviter qu’il ne se gère lui-même, ce peuple parisien dilapidé pour abolir un système qui n’effacera jamais de ses rangs l’exploitation et la domination. Quatre vingt-deux ans plus tard, 30 000 fusillés et 43 000 prisonniers dans Paris, 4500 déportés en Nouvelle Calédonie dans une semaine sanglante réprimée par Adolphe Thiers, pour faire payer au peuple parisien son outrecuidance d’avoir voulu lutter contre les monarchistes en instaurant une république socialiste affranchie de la couronne de Versailles. Voilà le contexte de l’installation de la Troisième République, où les monarchistes se sont faits démocrates…Vidée de sa substance par une mondialisation néolibérale qui impose la néo-féodalisation du monde sous l’obole du FMI et de l’OMC, dans un espèce d’anarcho-libéralisme en privatisant les entreprises dévolues à la subsistance de la population (eau, télécommunications, éducation, santé, transports etc.), et entérinant la mort du Conseil National de la Résistance né en 1945…Que quelqu’un croyant encore que voter ait du sens vienne m’expliquer, car j’ai tendance à penser que l’on a oublié certaines leçons de l’Histoire…

Si l’on souhaite pour ce siècle quelque chose de bien, et pour l’humain et pour la planète qu’il loue gratuitement, il faudrait peut-être inventer un autre paradigme que ce système plongé dans l’addiction du consumérisme, où malgré l’avancée technologique jamais égalée, l’humain doit continuer de se vendre sur un marché et se réduire à travailler pendant quarante heures hebdomadaires voir cinquante sans vacances, ni retraite ou en situation de découvert à la moitié du mois et lorgnant sur son budget santé pour manger des OGM et produits industriels imbibés de pesticides cancérigènes. Agissons avant qu’il ne soit trop tard, ils ont déjà la maîtrise du temps…reprenons celle du collectif.

 

Car quand les affamés des actionnaires en auront marre de courber l’échine, il ne faudra plus venir pleurer dans les sondages pour expliquer aux masses comment et pour qui voter. C’est là qu’on bâtira des ateliers d’auto-organisation dans les rues, que commissariats et banques seront réquisitionnés pour en faire des comités de conseil des communes, que chaque citoyen aura le pouvoir de voter les règles le régissant, que l’eau, l’argent, l’air et les matières premières seront redevenus des biens communs inaliénables…Mais d’ici là, même sans évoquer un quelconque anarchisme, le simple fait d’être humaniste raisonnant en bon sens, sera du terrorisme extrémiste. La vie, est à peu près le seul luxe qui ne se monnaie pas, pour peu que nous cherchions à en trouver les maigres consolations.

 

« Il est également absurde de prétendre que l’Homme soit fait pour autre chose, que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines, et il écrit des livres. Mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait, en toute liberté, et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable. Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort, il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons, et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue, en me dispensant d’accrocher ma vie, à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire. »

 

Extrait de « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », Stig Dagerman, 1952.

 

 

 

(1) Discours de N. Sarkozy à Charleville-Mézières en décembre 2006, attention, c’est indigeste.

http://www.dailymotion.com/video/x1dl26_discours-de-charleville-mezieres_news

 

 

Samuel Moleaud.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 13:45

 

 

 

 

Nous vivons une époque merveilleuse où nous sommes tous gouvernés par la stratégie du chaos, perdus entre nos aspirations sociales et nos contradictions, tous mus par nos instincts dits biologiques, qui rendent impossible les premières.

 

            Dès l’enfance, nous apprenons la différence de l’autre, la misère d’ici bas, à devoir courber l’échine, ronger son os et embaumer les formes diverses d’autorités qui nous oppressent, de courbettes aliénantes et toujours plus déshumanisantes. Chaque instant devient une réflexion cognitive intérieure, chaque espace devient une portion de terre à conquérir pour s’y sentir épanoui, enrôlé de force dans un combat titanesque que nous devons gagner, si l’on ne veut pas choir atomisé par tout ce que recouvre la soumission consentie à ce fascisme institutionnel coercitif. Les chiens de gardes, marchands du Temple et autres technocrates d’affaires maquillés en forme d’hommes politiques, font miroiter des rêves là où, tantôt chassés de leur quartier par des promoteurs immobiliers sans être relogés, ou ghettoïsé dans une cage à HLM partagée à dix, tantôt crevant de froid au pied des immeubles inhabités, ou privé d’eau par une multinationale quelque part en Afrique subsaharienne, survivre devient un mode de vie pour des milliers de gens.

 

Il paraît que l’on appelle ça la lutte acharnée pour la reconnaissance sociale et la confiance en soi de l’acteur socialisé, mais si perdu qu’il en arrive à se sentir aimé auprès des hyènes affamées qui ont dévoré toutes ses acuités de pouvoir enrichir la plus vertueuse des capacités humaines, celle qui nous permet de penser. Tout ce qu’il y avait de plus beau qui avait été intériorisé par l’acteur devenu spectateur de sa propre vie, est peu à peu vidé à mesure que se consomment et se dévorent télévision, radio, journaux et publicités. C’est la danse macabre des esclaves charmés par leurs assassins, qui admirent dans la souffrance et la rage si dangereuse à extirper qu’elle est ravalée, la mascarade de leurs rois bourgeois et fidèles serviteurs qui se pavanent impunément devant des tonnes de richesses accaparées.

 

La vie sociale serait dominée par la nécessité de s’organiser en hiérarchie, de s’y positionner, et de pouvoir y jouir de rétributions collectives que donne cette fourmilière d’esclaves sans chaînes en activité. Pour le bonheur de tous, disent les maîtres. Mais ceux a qui les messages discursifs et publicitaires sont destinés savent mieux que quiconque, consciemment ou non, que les palabres affublées en forme de rêves selon lesquels tout effort mérite une rétribution salariale équivalente, sont des chimères nauséabondes. Ils savent ici-bas, que le bonheur vendu est trop cher, et que même si l’on parvient à s’immiscer dans une quelconque telle sensation, bien que la liberté qu’il procure soit une affaire de subjectivité, ils savent que les lois scélérates des hommes font que nous seront toujours les fossoyeurs de notre propre moindre petite brindille de bonheur desséchée par le soleil de fin d’automne. Les nouveaux soldats sont des criminels scrutant les tableaux des places boursières pour spéculer sur la vie, obéissant aux chefs tribaux des corporations transnationales, et exploitant leurs proies salariées dans l’univers concentrationnaire que représentent les espaces de vies professionnelles où l’on est payé pour creuser nos propres fosses communes.

 

Quand une multinationale s’engraisse, c’est toujours la masse salariale qu’on presse, direction chômage lorsque le fruit est usé, et stress, angoisse, cancers, dépressions sont là pour aider l’empire pharmaceutique à débiter ses armes de destruction massive. Entre travailler, se torturer pour vivre, et survivre au travail pour y mourir cliniquement ou physiquement, la carte des menus semble quelque peu avariée. Mais pourtant, tout le monde ici bas continue, par obligation, de pointer au même restaurant.

 

L’ingéniosité cruelle des Hommes fait qu’ils ont créés machines et outils performants pour lui faciliter la tâche et réduire les temps de travail, à un point tel qu’il n’y aurait quasiment plus besoin de postuler pour demander du turbin. L’humain du 21ème siècle pourrait réduire de moitié sa cadence de travail, en vertu de ce qu’il appelle progrès technique, recherche et développement, innovation et investissement, sans en altérer l’émulation nécessaire à la prééminence de la vie en symbiose avec chacun de nous tous, pourrait être animé par le respect et l’amour de tous. Et pourtant, les prédateurs de ce monde apocalyptique et suicidaire, globalisé par la mafia du crime, continuent de saccager les écosystèmes et d’exploiter la force de travail de ses serfs en captivité macroéconomique. L’appât fut long à s’installer, pour que nous mordions à l’hameçon, malgré que la proie fût originellement facilement malléable et manipulable. Il restait ensuite à bombarder les hémisphères cérébraux d’une myriade de termes dont on avait préalablement et scrupuleusement veillé à ce qu’ils soient complètement vidés de leur substance.

 

Pour que la calèche des grands costumés revienne luxuriante de la partie de pêche, il leur fallait donc tout simplement dissimuler tout le vocable de la novlangue libérale derrière un vocabulaire qui serait accepté par tous, pour ainsi ratiociner sur les intérêts de classes cachés et en récolter les fruits électoraux.

Liberté devenait travail, socialisme devenait terrorisme, information fut transformée en vérité, et colonialisme moderne fut caché par le doux sobriquet d’ingérence humanitaire. Enfin, la mise à mort sociale des dominés devenait plan-social, pillage organisé fut changé en gestion des ressources. Bombardement d’innocents à l’uranium se changeait en opération de pacification, et impérialisme devenait démocratie.

 

Dans ce monde en guerre perpétuelle où chaque parole oscille entre mécanismes de manipulation conscientisée ou involontaire, et entre fausse sincérité pour que vivent les intérêts de classe de quiconque doit rendre des comptes à un groupe social donné, c'est-à-dire tout le monde, chaque individu ayant été institutionnellement endoctriné, préparé pour obéir aux règles conformes qu’il n’a nullement décidé. Dans ce même monde où s’accélèrent à une vitesse incommensurable toutes sortes de turpitudes et de turbulences, sombrant aisément par facilité dans un état d’hypnose maladive, l’individu, en tant qu’acteur réflexif, humaniste et altruiste envers son prochain, n’a de place que dans l’imaginaire collectif impalpable de la résistance militante.

Les lions et les vautours se sont faits rois et dieux, difficile pour nous, simples petites antilopes, de pouvoir échapper à leurs lois et d’ouvrir les yeux, dans l’ivresse réactionnaire du système qui ne sème que colère et détresse. Voici là un monde merveilleux où des êtres humains, dont la famille d’origine élitaire sur fond de fleur de lys leur a permis de naître en haut de l’escalier, dictent des mots crasseux pleins de démocratie et de liberté aux bas sujets nés sous le paillasson, écrasés par les bottes terreuses de la bourgeoisie, qui se nourrissent au prix de leur sueur et de leur chair. Qui n’ont donc que difficilement la possibilité d’observer ce qui se trame aux plus hauts niveaux de l’escalier.

 

Chaque activité au service d’un autre devient l’amour de la prostituée pour son proxénète, le désir de se dire que la réception d’une fausse stabilité à contrat indéterminé permettra d’en distiller des consolations de pulsions consuméristes. Ce pour que vive le bonheur personnel et matériel des clowns sataniques qui tyranniquement tirent les ficelles du pantin en bois. Au final, il n’existe de luttes que celles pour manger, sans se réapproprier les dispositions économiques qui transformeraient des droits sociaux en biens communs non privatisables. On se met en pièce pour de l’espèce dans cet enfer moderne où nous sommes reliés à une course contre la montre. On court après l’argent, le confort matériel, sans se rendre compte que cette compétition vers l’illusoire mène celui qui la conduit à mourir sans avoir vécu.

 

            Ces paragraphes de lamentation noircies, en forme de peurs enragées pour l’avenir égaré de la société qui me fait évoluer et que j’aimerais aimer, étant expulsés avec tant de pessimisme, il faut paradoxalement garder à l’esprit que la vie est le seul luxe qui ne se monnaye pas encore, et qui nous permet de convertir nos sentiments de révolte désemparées en espoir qu’un jour, peut-être imminent ou encore infiniment très loin, toutes les civilisations marcheront unies, sans douleurs et sans crimes, vers la liberté et l’égalité mondialisées.

Des pavés aux urnes de vote, l’engagement collectif et la rage de ceux qui n’ont rien, manque cruellement de barricades et de communes autonomisées de ce pouvoir politique ploutocratique. L’espoir fait vivre, il nous fait aussi défaut, car comme tout sentiment, il empêche de voir clairement et avec recul le fond des choses. Car ayant l’espoir que la société se collectivise quelque peu pour conserver ses droits et sa dignité de ne pas sombrer dans le fascisme et la haine de l’autre, comment croire qu’un chien enragé pourra être raisonné pour contenir sa violence ? En substance, on peut toujours rêver…

 

 

 

Samuel Moleaud

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:38

Tiens, il paraît que nous vivons en démocratie, et que celle-ci s’exprime par le vote et la liberté d’expression. C’est même écrit dans la constitution et les livres scolaires que nous sommes des citoyens libres et égaux en droit, que nous pouvons choisir nos représentants au suffrage universel direct. Le papier ne refuse pas l’encre.

 

L’école, lieu d’apprentissage des codes institutionnels, formatage des cerveaux pour le pouvoir de quelques uns.

 

On m’avait dit à l’école qu’il était important de voter, car l’exercice de la citoyenneté reviendrait au peuple, et que l’abstention représente un danger pour la démocratie, un acte passif favorisant la montée des extrêmes. C’est plutôt pour consentir à la légitimité d’une petite poignée d’Hommes qui font la loi pour 90% de la population, que nous votons. Et bien j’ai sans vergogne délibérément déserté les urnes lors de ces deux rendez-vous électoraux. Même pas abstentionniste, je suis, pour les politologues éclairés, une espèce de passager clandestin sans conscience politique, doté de capitaux économiques et sociaux si faibles que je ne prends même pas la peine de me déplacer pour m’inscrire et exercer mon droit de vote. Un citoyen dépolitisé et socialement dominé n’ayant pas eu l’éducation politique suffisante pour exercer mon pouvoir démocratique. Enfin ce n’est qu’une analyse sociologique…Est-ce à dire que la non-inscription ou l’abstention dénotent automatiquement un manque d’intérêt pour la politique ? Je suis comme des milliers de personnes, pourtant politisées, qui refusent de participer à ce jeu électoral, car quoi que l’on fasse, il n’œuvre que pour les franges dominantes favorisées de la population. L’abstention n’est pas unanimement un état de flemme passagère et de faiblesse cognitive face à la politique, c’est aussi un combat politique, une forme de résistance ferme à cette myriade de mensonges et de croyances collectives les plus malsaines que l’on veut nous faire rentrer dans le crâne depuis l’enfance pour mieux nous rendre dociles et obéissants aux chiens de garde.

 

Le système d’enseignement français est magnifiquement organisé dans le but que les jeunes têtes à remplir intériorisent sans broncher les règles du jeu républicain. Ainsi, l’on met dans le même moule éducatif toutes sortes d’individus différents, soumis, à la hiérarchie entre l’autorité du professeur et l’obéissance de l’élève qui courbe l’échine, au contrôle et à la compétition entre élèves, à la torture stressante des devoirs à effectuer sous peine de punition s’il y a manquement. Non seulement ils sont placés sous l’égide du formatage scolaire, mais en plus les jeunes socialisés apprennent la dureté du processus de reproduction des inégalités sociales. Une même classe scolaire peut réunir des fils d’agriculteurs, de petits commerçants-artisans, de médecins ou d’enseignants. Dès l’enfance la plus neutre et dénuée de l’avidité entraînant jalousie, convoitise, conflits, on apprend la guerre des classes aux bambins. For de ces disparités, considérées comme naturelles voire biologiques, vient ensuite le formidable apprentissage de la démocratie. Il faut que les êtres formés à la chaîne industrielle votent « bien », et s’informent en conformité sur les médias considérés comme les prophètes de cette démocratie. C’est un tableau raccourci et noirci, mais voilà que vingt ans plus tard, la non-inscription sur les listes paraît choquante aux électeurs conformes.

 

Voter en démocratie représentative libérale… 

 

De nos jours, voter en démocratie représentative d’inspiration néolibérale revient à vider le vase républicain de sa substance. Ce que nous appelons démocratie représente la prise du pouvoir des élites bourgeoises et leur sauvegarde pour éviter que la révolution de 1789 ne profite au peuple. Le choix de ce mode de suffrage a été institué pour contenir les révoltes, dans une optique justement profondément antidémocratique. Que l’on n’aille pas me raconter que des gens se sont battus pour que nous ayons ce droit de vote, et que je suis redevable de ces luttes. Les communards de 1871 se battaient contre la monarchie, pour la démocratie directe en république de communes socialistes fédérées, les résistants de 1939-1945 se battaient pour la démocratie sociale…non uniquement pour le vote. Aujourd’hui, l’on considère que le vote est l’exercice le plus fort de la démocratie. Alors, on vote pour celui qu’on veut au premier tour, puis pour le moins pire en second tour. Voila qui montre bien que le pouvoir de l’individu se trouve bien ailleurs puisque le sens du vote est complètement vicié. Celui qui remporte les élections est le parti qui aura investi le plus d’argent dans sa campagne de communication en forme d’échantillons de séduction à vendre.

 

Les médias, en ce 28 mars 2011, se félicitent que la gauche ait remporté les cantonales à hauteur de 35%, en évitant que la France cantonale ne se dore du front de la haine. La gauche, dites-vous ? La rose caviar qui s’oppose à Fillon-Sarkozy tout en étant d’accord sur les reculs successifs de l’âge à la retraite, sans proposer de taxer le capital et d’interdire les défiscalisations des gros actionnaires pour désarmer les marchés financiers? La gauche néolibérale qui dirige le FMI et l’OMC ? La gauche sécuritaire qui fait campagne commune avec l’UMP sur l’identité nationale, la sécurité et la défense ? La gauche militariste qui est d’accord avec l’impérialisme français pour aller bombarder les méchants partisans de Kadhafi et des civils innocents avec des bombes gentilles ? Ou parle-t-on de la gauche oligarchique qui a le plus privatisé de toute l’histoire économique et sociale de la France, et qui ne s’oppose pas à la constitution européenne? Loin s’en faut, une carte rose ou bleue à l’issue des élections ne change rien, mais je suis quand-même mine de rien rassuré que ce ne soit pas le camp de la haine nationaliste et agressive qui ait mobilisé les électeurs…Espoir aussi, que les gens ait compris que nous sommes dirigés depuis 2007 par une droite extrême xénophobe ayant institué son fascisme institutionnel pour récupérer les voix du FN...

 

Bon, je considère que les dissensions idéologiques qui partagent les Hommes de pouvoir ne sont que l’écran de fumée qui cache le gouvernement économique et oligarchique du monde, de telle manière que les ploutocrates qui dirigent financent leurs amis pour qu’ils soient leurs vassaux, au pouvoir politique. De cette idée, nous avons une alternance UMP/PS qui reproduit en permanence le même cap et interdit toute formation politique alternative : enrichir les riches à coups de privatisations et de coupes franches dans les dépenses publiques de santé, d’éducation, de transport, d’hygiène, de sécurité, de réduction des coûts de production pour satisfaire les actionnaires, rendre la population, celle qui doit travailler pour vivre au lieu de l’inverse, à l’état de servage et surtout conserver le pouvoir bien au chaud. Et refuser l’afflux d’immigrés du Sud tout en continuant à coloniser-piller l’Afrique avec nos entreprises. Voilà pourquoi je pense que toute autorité du pouvoir est malsaine, et que dans les grands partis, l’on s’accorde sur un point : prendre le pouvoir. Donc dominer, écraser les plus faibles en politique, manipuler les foules, jouer au théâtre de la séduction, cacher les réalités. Le reste, les programmes électoraux et discours, ne sont que la robe dorée en fleur de lys que le roi enfile. Impossible, donc, que ce soit des humanistes et des gens respectueux qui soient appelés à gouverner. Pire, même avec seulement 20% de participation au vote, donc moins de dix millions d’électeurs, les nouveaux responsables politiques se diraient toujours légitimement élus devant le peuple.

 

D’une certaine manière, voter constitue l’un des pires consentements à sa propre déresponsabilisation, en déléguant la gestion de sa vie (d’une manière indirecte) à des gens dont on ne peut faire confiance.  Le citoyen qui dépose un suffrage dans l’urne a le sentiment d’avoir exercé sa citoyenneté, dans un élan de pensée conforme, là où il contribue à la reproduction institutionnalisée d’élites arrogantes, quasi-autoritaires et opportunistes dont l’avidité du pouvoir rémunéré leur a fait perdre toute notion d’humanisme et d’intérêt général. La démocratie, c’est un peu la nouvelle religion, le nouvel absolutisme dans lequel une autorité, sorte de Clergé, tente de réunir tout acteur social sous sa coupe. Avec cette bannière démocratique, les grandes puissances de ce monde partent alors en guerre impérialiste contre tous ceux qui refusent d’importer notre modèle, tel une armée catholique partait au 12ème siècle en croisade contre les arabes. Notre sinistre de l’Intérieur Claude Guéant précisait d’ailleurs récemment que la France mène actuellement une croisade en Libye…

 

De nos jours, le gouvernement n’est plus qu’un conseil d’administration, mélangeant des avocats d’affaires, des anciens militants du FN, des ex-PDG de multinationales, ou des ex-directeurs d’institutions financières internationales, et il faudrait que j’aille cautionner ce jeu de chaises tournantes des classes riches possédantes et dirigeantes ? Des milliers de gens travaillent toute leur vie, sont sous-payés pendant 42 ans et usent leur vie pour des objectifs de production, sans pouvoir bénéficier d’une retraite décente, et il faudrait que je crois encore au vote en tant qu’acte citoyen pour choisir celui qui pourra prendre des mesures sociales ?

 

Bref, l’on pourrait écrire des pages de lamentation sur fond de crise sociale qui paupérise des milliers de personnes, au milieu d’un paysage industriel qui dévaste l’environnement et qui risque de faire exploser le nombre de cancers d’ici peu, une fois que la santé publique aura été privatisée et sera rendue inabordable pour ces nouveaux malades nourris aux OGM et aux radiations nucléaires…on peut se lamenter d’un système politique ploutocratique qui reproduit ses élites, il faut tout de même proposer autre chose, des alternatives.

 

Je ne jette pas la pierre à ceux qui votent encore, bien évidemment, mais cela ne me paraît pas être un acte de citoyenneté suffisant. Le véritable changement ne peut passer que par le regroupement d’individus en associations et petits syndicats de luttes, pour fédérer les espaces de combat politique et rétribuer à la population sa pleine capacité de pensée critique. L’on n’enrichit pas une démocratie en demandant l’avis au peuple seulement un jour ou deux tous les cinq-six ans. L’acte citoyen le plus démocratique reste la réflexion sur la manière de s’organiser en collectivité, donc cela passe plus à mon sens par la pensée critique et la ré-acquisition de la liberté de penser par soi-même plutôt que de se fier aux médias ou croire ce qu’il est écrit sur les tracts des partis politiques afin de décider pour qui l’on va voter.

 

Ces dernières élections cantonales ne mobilisent évidemment pas les mêmes enjeux que la prochaine échéance de 2012. Surtout que les conseillers généraux et régionaux seront supprimés en 2014 au profit d’une centralisation territoriale sarkozyste, mais la démission de notre propre pouvoir sur les choses qu’entraîne le vote, reste de mise lorsqu’il faut élire un président de la république. A mon sens, agir au lieu d’élire, militer et contribuer au débat public serait donc plus efficace que de déléguer à d’autres le pouvoir de changer les choses que chaque individu pourrait avoir. Le débat est ouvert à qui voudra entendre mon message.

 

 

Samuel Moleaud.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 15:46

 

 

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…C’est qu’il y a peut-être une anguille sous roche, tel un miroir au soleil dont les reflets dirigent notre œil vers une autre direction pour observer une autre réalité.

Ce texte ne présentera pas l’état actuel des choses et ne fournira pas une explication éclairée de ce qui se passe en Afrique du Nord, puisqu’il est écrit à distance, sous le feu des projecteurs de la scène médiatique. Donc, sous l’emprise de la désinformation, des croyances collectives préfabriquées, des trompe-l’œil bien connus quotidiennement alimentés par les informateurs éclairés de la presse à sensations fortes.

 

En tant qu’acteurs socialisés en partie avec des manuels scolaires où l’arrogance rime avec néo-colonialisme, où l’on ne sait rien du « Monde Arabe »,-les livres d’histoire-géographie au lycée ne traitent que les États-Unis, l’Union Européenne et le Japon ou l’Asie, les guerres mondiales et de temps en temps les croisades, grossièrement tout ce qui concerne l’Occident, mais pas le reste…-, il faut avoir voyagé dans un pays et discuté avec sa population pour pouvoir en parler. Ou avoir étudié cette région du monde en géopolitique à l’université. Et encore, écouter les universitaires spécialistes peut parfois être dangereux…Nous sommes tous tentés de recracher ce que les médias et les (désin)formations institutionnelles nous ont apprises, tant et si bien que nous parlons d’un phénomène comme si nous en étions les experts expliquant la réalité. Ou comment dénaturer les causes explicatives d’un phénomène, et vider tout fait observable de sa substance.

 

            Ceci étant dit, pour écarter notamment le risque d’écrire précipitamment un article sous la forme d’un édito BHLien écrasant toute possibilité de réaction du lecteur par un méprisant message porté sur TF1 « Je sais, je suis porteur de la vérité car je connais ce pays, j’y ai été, je vous explique », je voudrais crier une terrible crainte que j’ai, en suivant de loin ces « Révolutions du printemps arabe ».

 

-Une opération de manipulation occidentale ?

 

Et si derrière ces mouvements sociaux (je préfère à « révolution »), se cachait une sulfureuse manipulation des élites détentrices du pouvoir, en se servant de l’espoir, du soutien populaire que suscite la colère d’un peuple tout entier voulant en finir avec l’oppression ? Pourquoi se soucierait-on soudainement du sort des populations ? Il doit y avoir des billes à jouer…

           

            Vis-à-vis de la Libye, les formats de lecture autorisés nous offrent la possibilité de voir que le conflit oppose des forces pro-Kadhafi, et des forces anti-Kadhafi. Nous avions, il y a un mois, les mêmes pro-Moubarak, et les anti-Moubarak. Quelle formidable talent ont-ils, de simplifier l’analyse du cadrage des mouvements sociaux à un tel point qu’ils en sont ridiculisés par des clivages farfelus, pour que personne n’y comprenne rien. Vu que ce sont les pays puissants du G8 qui arment tous les pays du monde par le complexe militaro-industriel, « pro » et « anti » doivent se battre avec les armes issues plus ou moins des mêmes entreprises, la guerre étant une affaire rentable pour les multinationales, mais ça, il ne faut pas le dire. Tout autant qu’il faut taire les caractéristiques socio-économiques du pays et des gens. Surtout, ne rien expliquer, emmêler la pelote de laine par la rhétorique guerrière prémâchée : « chaos, terreur, crimes, puits de pétrole en feu (trouvez l’intrus) ». Faire l’audimat et préparer du temps de cerveau disponible pour vendre la prochaine génération de voitures écolos ! (Existe-t-il des centrales nucléaires écolos, aussi ?)

 

Et si les pays du G8 et ses succursales préparaient un vaste plan de relocalisation des objectifs économiques sur le long terme ? La précipitation avec laquelle les États puissants (États-Unis, UE) s’emparent de l’agenda politique arabe, et multiplient les menaces d’ingérence, au nom d’on ne sait quoi, n’est pas de bonne augure. Une aide massive et militaire de l’Occident serait une aubaine pour le contrôle des richesses pétrolières en Libye. Le nouveau gouvernement, si Kadhafi est renversé, aura obligation d’allégeance au prince, et devra satisfaire les intérêts des puissants avant que de respecter la population, une fois de plus. « On vous a aidé à accéder au pouvoir, maintenant votre pétrole sera gratuit pour nous, et il faudra privatiser ! ».

C’est à croire que les dirigeants politiques, vassaux des seigneurs économiques, n’attendaient que ça, que le peuple arabe commence à s’indigner pour lancer l’Offre Publique d’Achat sur le « Monde Arabe ». Nul besoin d’armes de destructions massives pour déclarer la guerre et envahir un pays, une révolution nous facilite la tâche…L’on aimerait écarter d’emblée ce pronostic corroborant la thèse du complot, donc basé sur aucune rationalité et sur de la spéculation intellectuelle, mais c’est à cela que ça ressemble : mettre le téléspectateur dans l’hypnose collective sur le changement de régime, et recoloniser en coulisse les pays où il y a du flouze à se faire, à une époque où les stratagèmes pour trouver de nouveaux débouchés économiques sont de plus en plus difficile à ériger.

 

-La dictature et la propagande, c’est toujours pour les autres…

 

Avez-vous entendu Nicolas Sarkozy-petit père bienfaiteur des peuples, s’exprimer solennellement à propos des Grands Soirs qui secouent les rues de la rive sud méditerranéenne ? Je l’entends encore dire : il est grand temps que les dictatures s’effondrent et que la liberté s’installe, que c’est à nous, démocraties, d’aider les peuples à se libérer du joug de leurs oppresseurs, et aussi surtout que cette période ouvre une nouvelle ère entre l’Europe et l’Afrique, proches de par l’Histoire et la géographie. Quel cynisme. Quelle ingratitude ! On croirait entendre Auguste Comte en 1830, qui, sociologue évolutionniste, proférait que l’ordre et le progrès, notre modèle de civilisation occidentale (supérieure) devait être exporté aux pays sous-développés. Et en même temps quelle lucidité : que toutes les dictatures tombent, qu’ils s’en aillent tous, et pas qu’en Afrique…

Pourtant, même à l’école, on voit que les donneurs de leçons ne sont pas toujours les plus brillants et que les têtes de premiers de la classe ne sont pas les plus respectables…

 

Bref…On présente Kadhafi comme un dictateur sanguinaire, despotique, fou, drogué, voir paranoïaque et schizophrène. Tous les mots sont utilisables, dès lors qu’ils sont destinés dans la presse à une proie commune sur laquelle on tire à boulets rouges. Sanguinaire, despotique, fou, on n’en doute pas, c’est un dirigeant politique dont la vocation est de, comme tous, se maintenir au pouvoir politique. Drogué, peut-être, il n’y a pas que lui… Évidemment, ce dirigeant libyen est sans nul doute un dictateur. Il est en place depuis la révolution de 1969, et réprime sauvagement le peuple. Pour une majorité de personnes, la révolution a renversé des régimes tyranniques en place depuis plusieurs décennies. C’est à nuancer, car seules les têtes tombent, non les institutions. Plus, si l’on conserve ces critères juridiques et moraux pour qualifier un État de dictature, alors nous en sommes tous. Les États-Unis sont régis sous le même régime depuis 1781, la couronne britannique est en place depuis 1689, la France n’a pas changé de régime depuis 1958 (on pourrait pousser jusqu’à 1871 en excluant quatre ans de dictature fasciste de 1940 à 1944). La notion d’efficacité d’un régime et son jugement (positif ou négatif) n’appartiennent qu’à ceux qui ont créé les règles du jeu…

 

Mais passons, regardons la Libye, régime dictatorial depuis 1969. Nombre d’entreprises y ont été nationalisées, pour échapper aux griffes du FMI et des appétits insatiables des multinationales, les indicateurs sociaux (éducation et santé) ont aussi beaucoup progressés, et l’indice de développement humain y est le plus élevé de toute l’Afrique (même classement que la Turquie, la Russie et le Brésil). La Libye, en 2010, se place au 48ème rang mondial dans le classement du PIB nominal par habitant (même si la mesure du PIB est contestable), et se situe devant la Pologne, et la Roumanie, pourtant membres de l’UE…On nous dira ce que l’on voudra, mais dictature despotique ou non, il semble tout de même que les politiques sociales (ou interventionnistes) améliorent les classements, même ceux effectués par le FMI. Nuls doutes que si cette révolte se produisait dans un État non-exportateur de pétrole, gouverné par une caste libérale, l’on en entendrait beaucoup moins parler.

 

Mais retournons à nos moutons : imagions que la société civile française se lance dans un tel mouvement de protestation pour réclamer un retour de la démocratie et la fin de la ploutocratie bananière. Imaginons que le Mercosur, ou l’Union Africaine soient très puissants et néo-impérialistes, imbus de volonté belliqueuse pour conserver leur hégémonie, et qu’ils fassent pression sur les États néolibéraux pour en faire chuter les dictateurs…Que Chavez, Castro, Morales, Kadhafi et Ahmadinejad (les seuls caractères qu’ils ont en commun sont qu’ils sont les proies idéologiques de l’Occident) placent leur armada aux abords de la côte Atlantique et Méditerranéenne pour une opération « humanitaire destinées à protéger la population », que feraient les gouvernements, Zapatero, Fillon-Sarkozy, Berlusconi, Merkel, Cameron et Obama ? Ils crieraient honte à l’ingérence, décrèteraient l’état d’urgence, rompraient de facto toutes relations diplomatiques. Ils se déclareraient gouvernements légitimes, démocratiques et responsables uniquement devant leurs électeurs pendant que l’armée et les CRS tireraient sur la foule pacifique ! N’importe quel dirigeant ferait comme Kadhafi si d’autres puissances reconnaissaient un front uni d’opposition comme seule autorité de transition légale…

 

Lorsqu’un putsch survient suite à l’assassinat d’un président de la République ou que l’on regarde bien au chaud un pays sombrer dans la corruption, le crime et la guerre… (Rwanda, Sierra Leone, Liberia, ex-Zaïre, Timor oriental, etc…). Lorsque que le conflit politique s’enlise dans une guerre civile et en génocide ethnique…ou lorsque les massacres se produisent loin, sans « risque » d’immigration sous nos frontières…lorsque les flux financiers Nord-Nord ne sont pas menacés...le Conseil de Sécurité de l’ONU et toutes les organisations intergouvernementales réunies en sommets extraordinaires, se déclarent incompétents pour intervenir, ne bridant pas la règle de l’ingérence, pour empêcher que la guerre civile ne fasse trop de morts. Lorsqu’il y a des choses à contrôler, les dirigeants politiques se parent d’un vocabulaire soudainement humaniste, solidaire et humanitaire, et le droit d’ingérence des grandes puissances, toujours si prompt à être manié avec agilité, devient un devoir. Pire, ils préparent doucement, telle une commission Creel des États-Unis en 1917, une opinion publique à une guerre (propre, à frappes chirurgicales) de pacification (et de profits pour les multinationales de l’armement).

 

Décidemment, d’une acception idéologique à l’autre, d’une conception criminologique des relations internationales à l’autre, d’une élite à une autre, le droit international est vraiment un fourre-tout normatif insensé qui ne s’applique uniquement que lorsque cela nous arrange. Les gens qui luttent, en attendant, eux, meurent sous l’oppression policière et la violence structurelle sans que celles-ci ne disparaissent.

 

 

Samuel Moleaud.

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