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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 16:49

 

 

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rms_titanic_400px.jpgLe titre, certes, est un peu bancal, mais il est à l’image de la société, où nous sommes tous embarqués de force sur un Titanic, sachant qu’il n’y a plus de canots de sauvetage et que l’iceberg n’est pas loin. Le capitaine du navire, seul dans sa tour d’ivoire, est aveugle. Les bourgeois de la première classe (classe dirigeante) sont occupés à table à soigner leurs économies, fumant, buvant et jouant au poker. Les pantins de la seconde classe (classe supérieure ne travaillant peu ou pas du tout et retraités), commencent à voir de loin un iceberg qu’ils disent joli au début, puis s’inquiètent de voir, sans contrôler, le paquebot se diriger contre cet immense mur de glace, avant de s’apeurer devant l’inévitable mort qui les attend. Les esclaves de la troisième classe (salariés, travailleurs indépendants, travailleurs précaires, chômeurs etc), eux, ne voient rien. Ils sont enfermés dans les sous terrains à alimenter le navire en charbon, et seront les plus durement touchés par le choc latéral entre l’iceberg et le paquebot. Inutile d’expliquer ce que représente l’iceberg…

Finalement, le Titanic fut un navire où la démocratie régnait : transposé à la société française, voila que certains font la loi, pilotent le navire à vue d’œil, d’autres se reposent sur leur épargne, et le reste travaille, espérant toucher une maigre pension de retraite, pour engraisser les actionnaires propriétaires de la concession du bateau. Et l’on veut nous faire croire que le 4 Août 1789 a supprimé les privilèges et la féodalité.

 

-/ L’avènement de la Loppsi 2 : la délinquance potentielle de chaque individu.

 

Alors que l’armée des plumes journalistiques s’amuse à repêcher chez l’AFP les titres vendeurs en formes de faux chocs émotionnels à revendre, en nous informant du malaise de François Bayrou, des déclarations de Martine Aubry, ou sur les déclarations du siècle publiées par Wikileaks (nous apprenant que par exemple, Nicolas Sarkozy serait autoritaire, la France ne le savait pas encore…). Alors que tout ce petit monde élitiste tout droit sorti des Instituts d’Études Politique et autres grandes écoles où futurs politiques, chefs d’entreprises, barons de la finance et journalistes copinent dès la sortie du bac, pas étonnant que l’esprit critique pour la grande majorité, soit noyé dans le curare…

 

            Il est vrai qu’entre le milieu universitaire, la presse, la communication politique, et la donne économique, il y aurait de quoi écrire plusieurs thèses de recherche à propos de la propagande et de la fabrique des opinions. Mais en ce jour, et pour faire court, il faudrait revenir sur l’aboutissement d’un projet phare du gouvernement (il ne reste que ce mot qui ait du sens) français actuel : la mise sous contrôle total des gens et la judiciarisation des comportements dissidents. Nous sommes mi-décembre, et voilà que le second volet de la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi II) arrive sur les sièges de l’Assemblée Nationale.

 

            La politique sécuritaire de l’été 2010 et le scandale relatif à la stigmatisation des Roms, de l’identité nationale, de la déchéance de la nationalité, j’en passe, commence à trouver sa justification : là où beaucoup y voyaient un état xénophobe fasciste, ce n’était qu’écran de fumée pour criminaliser la société. La répression du mouvement social contre la réforme du système des retraites, son déploiement massif de policiers et de militaires dans les rues face à des pacifistes, n’était pas qu’un épisode isolé : tout ceci préparait l’intégration dans la loi de dispositifs légalisant la mise en place d’un État policier.

 

La Loppsi 2, très longue et très opaque, est présentée comme une mesure visant à réprimer la pédophilie sur Internet (je doute qu’il reste sur internet des photos ou vidéos sur des sites de pédophilie). Comme toute loi, elle masque bien des dangerosités. Elle prévoit une augmentation des prérogatives du préfet en matière de prévention de la délinquance. Pour ce faire, les pouvoirs de la police nationale seront renforcés, « doublés en cas de crise grave ». Mais dites moi, qu’est ce que la délinquance ? Arroser de bouclier fiscal les copains financiers qui mettent à ma disposition un magnifique yacht en Méditerranée pour y passer mes weekends ? C’est financer ma campagne électorale grâce à la corruption avec la fortune de la dame la plus riche de France, ayant fait ses galons d’affaires chez L’Oréal ? C’est fumer des joints de haschisch ? Critique une loi et un gouvernement dans un article d’opinion ? Traverser la route quand le feu pour le piéton est rouge ? Manger au volant ?

Qu’est ce qu’une « crise grave » ? Qu’arrivera-t-il si le gouvernement décrète l’état d’urgence, l’état de « crise grave » lors du prochain mouvement social contre une « réforme » ?

 

L’on comprend mieux les innovations policières durant la répression du dernier mouvement social (à Lyon, hélicoptères survolant la foule de manifestants, membres du GIGN armés de fusils à pompe, parcage et encerclement de la foule sur une place cloisonnée pendant des heures, contrôles au faciès, etc…), qui n’étaient que des tests préalables, à généraliser en vue de futurs mouvements.

 

Outre ce renforcement des pouvoirs policiers, qui se suffisent à eux-mêmes pour s’inquiéter d’une dérive dictatoriale dans ce pays, ladite loi prévoit aussi un assouplissement de la création de fichiers de police, délibérément pour surveiller les comportements non-souhaités. Cela va sans dire, qu’il y en aura des gens en garde à vue, des perquisitions, et des écoutes téléphoniques…Quel article dans la loi, prévoit la construction massive de maisons d’arrêt ?

 

Aussi, le nombre des caméras de vidéosurveillance sera multiplié par trois. Ainsi, la rue ressemblera à un feuilleton télé, où chaque individu sera filmé comme à Loft-Story. Une véritable télé-réalité à ciel ouvert, sans passer de casting ! Et tout le monde est sélectionné ! Formidable ! Et qu’est ce qu’on gagne à la fin, un millions d’euros ou un séjour en prison ? Ah non, fichtre ! Selon le principal instigateur de cette loi, si l’on n’a rien à se reprocher, alors on peut être filmé, et nous ne sommes pas dans une société dictatoriale. Dans le dispositif policier et d’extrapolation judiciaire, la loi prévoit aussi l’autorisation d’une forme de double peine en sécurité routière, jusqu’alors interdite par l’article 8 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme : la loi Loppsi 2 introduit pour tout auteur d’un trafic de points de permis, une peine principale de prison ainsi qu’une forte amende, mais aussi des peines complémentaires prévues dans l’article 29, du genre travaux d’intérêt général, interdiction de rouler tout engin motorisé pour cinq ans.

 

En plus d’aggraver la politique d’immigration dont on se doute qu’elle n’allait pas être plus tolérante, et d’insulter ainsi des milliers de personnes en créant un climat de doute et de peurs xénophobes, terreau fertile à la montée de l’extrême-droite par les urnes, le législateur affiche sa volonté que les « reconduites massives aux frontières » soient dévolues à la sphère privée, marquant un pas supplémentaire dans le processus de privatisation de l’État. Cela permettra de confier cette tâche à une multinationale, et d’être ainsi pour les politiques, actionnaires de la politique d’expulsions. Décidément, la chasse aux sorcières, c’est un business rentable, légalisé de plein droit par l’article 34 : L’article 34 pérennise le dispositif expérimental qui a été mis en œuvre pour le transport des personnes en rétention administrative dans les aéroports de Roissy et pour le centre de rétention de Palaiseau. Le transport des personnes retenues, assuré directement par l’État, occasionne de nombreuses charges (achat et maintenance de véhicules, recrutement de personnels de conduite et leur préparation au permis D, perte de capacité opérationnelle de policiers, sous-emploi de policiers dans les périodes de faible exercice). Ces charges seraient moins élevées si elles étaient assumées par des prestataires privés. L’expérimentation a montré que le recours à des prestataires privés permettait une réelle économie pour le budget de l’État sans nuire à la sécurité, à l’intégrité ou à la dignité des personnes transportées, ni à celle des agents publics et privés concernés. »

 

Il y a quelques temps, je tombais sur un message précisant qu’avec la loi Loppsi 2, le gouvernement pourrait expulser en 48h les habitants de logements dits « hors normes », y compris en période hivernale, et détruire leur habitation. Il s’agit de l’article 32 ter A, qui prévoit « l’évacuation forcée des campements illicites lorsque leur installation présente de graves risques pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ». On imagine l’interprétation que les préfets feront de cette disposition à propos des Roms et des « gens du voyage »…. Cette évacuation tient sa force exécutoire dans un délai de 24h minimum, et la décision est confiée au préfet, là où la décision d’évacuation de logements précaires demandait l’intervention du juge, protégeant ainsi de l’expulsion en hiver, du 1er novembre au 15 mars. Le racisme d’État, c’est toujours pour la sécurité et la liberté qu’il est mis en place, l’Histoire récente a déjà vu ça…

 

Par un simple comptage des termes, à travers tout le texte de loi, l’on peut relever 183 mots faisant référence à la police ou aux policiers. Et le mot « gendarme » revient à 130 reprises dans le texte. Le mot « sécurité » revient à 134 fois. Je suis rassuré, les militants de gauche disent que cette loi est dangereuse, en fait, il ne faut pas se laisser aller à l’infâme propagande socialiste, des gens qui ne savent rien faire d’autre que de critiquer sans se rendre compte que l’État œuvre pour notre sécurité. Qu’il est gentil ! Pour ma sécurité, il m’enferme. Il me surveille, m’épie, me regarde en permanence, me fiche dans ses répertoires, il a le droit de consulter mes données personnelles, de les enregistrer, puis les vendre aux organismes privés. Pour mon bien être, il m’empêchera de courir dans la rue pour m’opposer à une réforme (me protéger des méchants manifestants, je suppose.), et il me fera passer pour un terroriste dangereux, nuisible à l’ordre public. Toujours pour ma sécurité… Pour que je puisse vivre bien, il va aussi nettoyer du territoire les sorcières impies qui n’ont rien demandé à personne, ne causent que le tort de vouloir vivre tranquillement dans leurs yourtes et roulottes, loin des sirènes et des buildings en verres remplis d’actionnaires et loin de la violence économique des zones urbanisées.

 

Cet article tombera peut-être un jour sous le coup de la criminalité organisée sur internet, et j’aurais la visite à 6h du matin (ils auront aboli d’ici là la règlementation concernant les perquisitions interdites de 22h à 6h), de quelques fonctionnaires assermentés (ils auront aussi, d’ici là, « réformé » le statut des fonctionnaires de police, qui seront embauchés sur contrats d’ordre privé) pour un mandat d’arrêt ou une mise en garde à vue. Pour ma sécurité.

 

            Cette même semaine, nous avons pu voir dans la presse le fait divers opposant sept fonctionnaires de police à un automobiliste qu’ils poursuivaient. Un policier en percute un autre, et le délit est attribué à tort par solidarité à l’automobiliste, encourant alors ainsi une lourde de peine de prison. L’atteinte à un fonctionnaire de police devient presque un crime de lèse majesté là où le crime d’un policier reste impuni et banalisé. Le tribunal de Bobigny condamne les sept policiers pour avoir menti : s’en suit une manifestation des policiers en tenue (dans ce sens là, évidemment, l’on ne voit pas comment la manifestation illégale aurait pu être réprimée) alors qu’il est interdit de manifester pendant les heures de service pour les forces de l’ordre. Le plus grave, c’est que le ministre de l’Intérieur se permet de contester la décision du tribunal correctionnel. Un fait d’hiver divers qui en dit long sur l’aura dont bénéficient les exactions policières aujourd’hui. Une putride odeur de vichysme réactionnaire flotte de plus en plus sous le nez des coqs tricolores…

 

Vois-tu, peuple français, poindre en tout point le bruit des bottes de Big Brother, expliquant la vérité et la liberté du haut de son télécran ? Il y a tellement de coups portés à nos libertés qu’on en arrive à oublier qu’il faudrait se battre pour résister face à l’arbitraire du pouvoir, pour que la « société civile » joue le rôle de contre-pouvoir, et montrer aux gouvernants qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent…Chaque émiettement de nos droits étant vus comme la suite des précédents…mais il faut du temps, après des décennies de propagande néolibérale et de rhétorique sécuritaire, pour que les cerveaux s’inscrivent à nouveau dans des actions de résistance communes.

Le problème en France, c’est que nous devons en permanence nous battre pour être traités avec équité, et se méfier des transactions passées avec autrui, là où la tierce personne se vantera de nous avoir subtilisé quelques euros, ou de nous avoir berné dans le flou juridique. Les gens sont contents lorsqu’ils peuvent abuser d’autrui. A l’échelle individuelle, nous devons donc en  permanence cultiver une méfiance dans les relations contractuelles. Un individu A passe un contrat avec B, ce dernier accepte de verser la transaction, pour une somme infiniment plus élevée que ce qu’elle vaut. Et A va se vanter d’avoir tiré profit et abusé de la crédulité de B, qui lui faisait pourtant confiance. C’est d’autant plus vrai à l’échelle nationale où le pouvoir politique, au départ, articule un programme politique dans un certain souci de la démocratie. Puis, à coup de réformes liberticides, il observe qu’avec quelques renforts policiers, la contestation s’étiole. Comme il constate que plus c’est gros, plus ça passe, il abuse de son pouvoir sur sa population qui pourtant lui a fait confiance et lui a conféré une légitimité par les urnes. Et puisque la population ne se bat pas beaucoup pour ses droits, la spirale d’abus de pouvoir continue. Beaucoup d’inquiétudes, donc sur l’avenir, en se demandant jusqu’où iront-ils, pour peu d’espoir de changement.

 

De deux choses l’une : soit le pouvoir a peur des prochains éventuels mouvements populaires, et cherche à se procurer des gages de protection pour maintenir son rang, en intégrant par voie légale des formes autoritaires de répression des mouvements sociaux. Ce qui dénote un caractère profondément malsain de la manière dont des « représentants » mènent les institutions publiques en France, méprisant leur peuple.

Soit, cette vague de législation liberticide sans précédent donnant le pouvoir aux organes de police est une résultante historiquement vérifiée des crises financières. Après une crise économique, les régimes se radicalisent, soit vers le fascisme, soit vers le socialisme. S’il est totalement odieux de faire payer à la population la facture de la crise plutôt que d’opter pour la judiciarisation des spéculateurs (on a vu des procès se tenir pour crimes contre l’Humanité contre les présidents ayant financé les groupes de paramilitaires en Amériques Centrale et Latine pour moins que cela) et la nationalisation sans conteste des banques, récupérant la souveraineté économique, il est absolument dangereux qu’une telle loi scélérate sécuritaire et policière puisse être votée sans aucune mobilisation citoyenne. Par souci de soumission aux marchés financiers, l’État délègue ses compétences au privé, et la volonté politique de démanteler les institutions publiques permet de devenir actionnaires, augmentant le pouvoir de l’oligarchie. Dans cet état, l’État devient policier, autoritaire, préférant le fascisme pour sauvegarder les profits plutôt que de les répartir équitablement en instrumentalisant des politiques sociales de répartition.

 

Une chose est sûre : les deux scénarios sont liés. Et cette loi passe dans le silence le plus total, profitant des périodes de Noël où les gens sont plus occupés à faire leurs petites emplettes plutôt qu’à décrypter les travers de cette fourberie législative, alors qu’elle est infiniment plus inquiétante que la dernière grande réforme du gouvernement sur le système des retraites. Nous n’avons pas fini de morfler…

 

Samuel Moleaud.

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