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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 10:48

    Il paraît que la gauche gouverne ? C'est quand le changement en France ? Socialistes, vous-disiez ?

-Socialisme, socialismes ?

    Commençons par le slogan de campagne présidentielle de François Hollande : "Le changement, c'est maintenant". Quand un politique annonce le changement, c'est à peu près aussi fiable qu'un ivrogne saoûl annonçant qu'il arrête de boire demain. Tout le monde y a cru ? Je ne peux le croire. Bref.
    De 1492 jusqu'au 18ème siècle, le capitalisme naissant était confiné dans un mouchoir de poche : de comptoirs en comptoirs, l'esclavage enrichissait les notables et les commerçants mais ils ne faisaient de profits que si le Roi le permettait. Le commerce international à ses balbutiements commençait son essor et enrichissait les royaumes d'Europe. Mais le Capital était brimé par le Clergé et la doxa chrétienne, qui limitaient l'usure et le lucre. La Révolution Française a provoqué un bouleversement économique et social : l'abolition de la féodalité (mais l'exploitation a perduré) a fait tomber le pouvoir de la religion pour celui de l'argent. Les bourgeois, voleurs/vainqueurs de la Révolution eurent les mains libres pour imposer un nouveau stade de capitalisme aux peuples d'Europe en leur faisant croire à la liberté. Quelques petites révolutions dérobées plus tard (1830, 1848), les mouvements socialistes sont apparus. Le capitalisme entrait là dans une nouvelle phase encore plus agressive, accroissant les inégalités entre différentes nouvelles classes sociales opposées. La Révolution Industrielle permettait à la bourgeoisie d'être infiniment plus riche qu'avant, tandis que les prolétaires se tuaient à la tâche, exploités jusqu'à la moelle dans les mines et dans les champs. C'est aussi le début des grands progrès techniques et sociaux (médecine, technologie, transports, etc) qui firent de l'Europe un continent où l'on n'avait jamais mieux vécu qu'auparavant. D'infinis progrès techniques et sociaux ont été faits comme jamais il n'y en avait eus entre le milieu du 19ème siècle jusqu'à la fin du 20ème siècle. Ensuite, tout s'est écroulé comme un château de cartes en une trentaine d'années de guerre économique, à commencer par la Raison.
   
    C'est de la prise de conscience de l'excès d'inégalités sociales créées par le capitalisme, que le socialisme est né. Et aussi parce que les penseurs dissidents se rendirent compte que l'idée selon laquelle l'idéologie libérale apporterait du pain pour tous, ne fut que poudre aux yeux, mensonge des puissants pour duper les dominés. En même temps que les entreprises et les lobbies devenaient plus puissants que l'Homme lui-même, les mouvements de protestation émergeaient, éclataient. Socialistes "utopiques" (Babeuf, Cabet, Fourier), socialistes libertaires (Proudhon) et marxistes révolutionnaires (Marx, Lénine) théorisaient leur contre-doctrine. La classe ouvrière avait "enfin" une voix, la voie du rouge et du noir qui en supportait la condition. Il y a, à la base du socialisme, le refus de toute injustice, de toute inégalité sociale quelle qu'elle soit. En découle naturellement la critique du capitalisme dont le fondement repose sur la loi de la jungle. Ces philosophies politiques marquaient l'Europe, du moins la France au fer rouge puisque le 20ème siècle est celui des grèves générales (1907), des luttes sociales et syndicales (1936), des conquêtes que les travailleurs ont su prendre au Capital. 
    Les deux Guerres Mondiales, la crise de 1929 et l'impérialisme occidental (soutiens des dictatures en Afrique, Guerres du Viêt-Nam, Malouines, Irak, Afghanistan, Libye, etc.) ont profités aux entreprises et les multinationales sont devenues presque plus puissantes que l'Etat-Nation. Le Capital a toléré les luttes et conquêtes sociales de l'après-guerre (CNR, nationalisations, etc.), parcequ'il en trouvait des compromis avec les gouvernements fantoches de social-démocratie ou de démocratie chrétienne. Puis la chute du mur de Berlin et du bloc soviétique sonnaient l'heure pour les capitalistes de donner l'assaut à leur contre-révolution néolibérale. La guerre économique menée contre les peuples européens sur le terrain de l'austérité, de la dette, dette privée des banques devenue publique, annonce l'avènement d'un Empire beaucoup plus dévastateur qu'auparavant : l'asphyxie des peuples d'Europe laissés à la merci des multinationales bancaires par des gouvernements composés d'actionnaires et de lobbyistes. Les idéologues du marché et ses possédants ont mis trente ans à ravager ce que l'Homme européen avait mis des siècles à bâtir. On est donc passé de bras et poings levés et serrés à bouches cousues et culottes baissées.

-Crise de la dette, crise de bon sens ou Crime par la dette ?

    Impasse faite sur les causes de la misère actuelle volontairement créée par les institutions néolibérales, nous avons aujourd'hui un gouvernement français qui se prétend de "gauche" et qui prétend agir pour sortir de la "crise". Cette fameuse "crise de la dette", dont le "s" est à remplacer par "m", est un instrument de propagande économique terriblement efficace, tant les consommateurs de médias/électeurs y croient. Car il n'y a jamais eu de crise. Une crise est quelque chose que l'on ne contrôle pas. Une crise de foie après une bonne cuite, n'est jamais prévue, ni même une crise d'épilepsie. Le tourment économique qui dure depuis 2008 est un crime prémédité, une arme de destruction massive pour qu'une poignée de banques achètent l'Europe une fois saignée à blanc, asséchée, tiermondisée. La seule crise qui soit sur ce ballon percé où l'Homme court après l'argent et les futilités, est une crise aigüe de bon sens. Il faut arrêter de gober l'idée que la France n'a pas d'argent. La France n'est pas le Zimbabwe ou le Mozambique. C'est la 5ème plus grande puissance mondiale, un pays où il y a tout pour subvenir aux besoins d'un grand pays(agriculture, industrie, tourisme, culture, art, savoir-faire). Plus, elle peut jouer de son influence mondiale et taper du poing sur la table et dire que ce qu'on lui impose est injuste, insupportable, imposer son style, en somme. En quel honneur une bande de banquiers se donnent le droit de punir l'Allemagne (1ère puissance de l'UE), la France (2nde puissance de l'UE), la Grèce, l'Espagne ou l'Italie ? Le Japon, les Etats-Unis, la Russie ou la Chine diraient aux spéculateurs de retourner surfer sur leurs roses...

    Si le gouvernement français avait pour soucis de résorber la crise de la dette, il commencerait par interdire ou limiter l'évasion fiscale, rétablir un système fiscal générateur de recettes, c'est à dire progressif, où plus les revenus sont élevés, plus ils sont soumis à l'impôt. Il pourrait tout aussi bien décider quel pourcentage de la dette est illégitime lors d'un audit citoyen. Or il ne le fait pas. Il dit qu'il n'a pas le choix, pas de marges de manoeuvres vis-à-vis de la BCE, de la Commission Européenne ou vis-à-vis du FMI. Mais il a les mains libres pour signer les traités iniques qui vont aggraver la misère des peuples...

-Un petit mot sur le TSCG...

     Mais en revanche, et sans consultation électorale, Matignon peut engager la France dans un nouveau traité budgétaire européen (TSCG) d'obédience sarkozyste. Voté en coup de force le 9 octobre 2012 par un PS qui fait le commerce de l'UMP, ce fameux TSCG inscrit dans la loi que l'Etat doit respecter la "règle d'or", c'est à dire la politique de rigueur (austérité). Toute autre politique économique, comme la relance, sera donc interdite par la constitution, illégale ! Pire, ce traité change les fameux critères de convergences : il impose à un Etat membre un déficit public ne dépassant pas 0,5% du PIB, au lieu de 3% auparavant. Or en 2010, le déficit de la France représentait 5% du PIB, aucun pays ne respecte ce critère. Faire des économies sur le budget à 0,5% du PIB veut donc dire assécher les portefeuilles des services publics (éducation, transports, santé, défense, etc.). Les idéologues européistes de l'austérité martèlent sans cesse qu'il n'y a pas d'argent à dépenser à cause d'une dette trop excessive. Si le critère de 0,5% du PIB n'est pas respecté, c'est à dire si l'Etat ne fait pas assez d'économies (sous-entendu s'il ne privatise pas assez vite), l'UE use de la punition et donne une amende au gouvernement. Joli paradoxe, non ? Si on restreint le budget parcequ'il n'y a pas d'argent, alors on ne peut pas payer d'amende! Mais on trouve toujours de l'argent pour enrichir les banques : dans les cotisations sociales et les impôts du peuple. C'est ça l'Europe, dépenser moins d'argent pour la population et taxer toujours plus. Jusqu'à ce que la corde casse mais d'ici là, les rentiers seront tous déjà pleins aux as...La nouvelle présidence propose de taxer à 75% les revenus dépassant un millions d'euros par an. Oyé-oyé, braves gens de la roture, Robespierre est de retour !

    Je ne sais pas si les solutions préconisées par le Front de Gauche aurait fonctionné (créer 9 nouvelles tranches d'impôt sur le revenu pour que celui-ci soit progressif, comme il l'était dans les années 1990, et taxer à 100% tout revenu déclaré supérieur à 300 000€/an). Mais on peut dire que le projet de la gouvernance PS est plus que farfelu. Car insuffisant. Si je déclare 999 999€ à la fin de l'année fiscale, je ne serai taxé "qu'à" 45%. Si je déclare 2€ de plus, l'administration fiscale me demande 75%. Même pour les riches, la réforme "socialiste" est injuste. Qui plus est, je doute que les millionnaires soient majoritaires dans ce pays. Comment peut-on annoncer vouloir réduire le déficit public sans prendre des recettes ? Où est-ce que l'Etat va-t-il chercher l'argent pour payer une dette (qu'il n'a pas à payer) ?

    Pour financer l'économie, la comptabilité nationale n'utilise que trois principaux instruments macroéconomiques : la hausse des cotisations et des impôts, l'emprunt et la dévaluation monétaire. Cette dernière est impossible du fait que l'Etat n'est plus souverain sur sa monnaie, le droit de battre monnaie a été transféré à la Banque Centrale Européenne (BCE). Une hausse des cotisations et des impôts est souvent très impopulaire, surtout dans un pays où le patronat cherche en permanence à sous-rémunérer le salariat. Augmenter les cotisations sociales fait reculer l'âge légal de départ à la retraite ou bien réduit le salaire net mensuel, donc les gens n'aiment évidemment pas ça, surtout lorsque cela sert à rémunérer les actionnaires et les banques. Augmenter les impôts est une mesure hypocrite, car dans la majorité des cas, le gouvernement augmente les impôts indirects (TVA, taxes sur l'alcool et le tabac, TIPP) au lieu des impôts directs (impôt qui connaît le nom de celui qui paye, comme celui sur le bénéfice des sociétés, impôt sur le revenu), soit ceux que les pauvres ont le plus de mal à payer. Par exemple, le nouveau gouvernement envisage d'augmenter les taxes sur l'alcool. Comme si faire payer l'alcool plus cher au peuple aller égaler les centaines de milliards d'euros que l'Etat n'a jamais perçus auprès des riches qui défiscalisent en Suisse. Pour ne pas fâcher les rentiers, on taxe les classes exploitées...

    L'emprunt est efficace, mais il augmente la dette publique. Il injecte directement des fonds extérieurs disponibles à l'investissement, aux dépenses publiques, aux importations, en clair il est bénéfique à la reprise de la croissance économique. Mais l'emprunt à la BCE, rappelons-le, est interdit par les traités communautaires. C'est là le nerf de la guerre : si la BCE pouvait prêter directement aux Etats membres au même taux qu'elle ne prête aux banques commerciales privées, le garrot de la dette publique n'existerait quasiment plus. Mais il n'en est rien, c'est interdit par Bruxelles. Du coup, l'Etat se trouve obligé d'emprunter aux marchés financiers, aux banques privées à des taux d'intérêt bien plus élevés et s'endette plus qu'il ne devrait. Mais le plus grave n'est pas l'endettement ou le remboursement, mais les contreparties imposées. En échange des prêts, les institutions néolibérales imposent les fameux plans de rigueur dont vous parlent les journaux. Or freiner l'activité économique, limiter les dépenses publiques, mène à une chute de la demande et à des licenciements boursiers massifs (accompagnés de délocalisations d'entreprises éxcédentaires). Chaque "austérité" mène donc à la récession...et à de nouveaux prêts pour trouver des recettes...et nouveau plan d'austérité, etc. C'est absurde de faire des prets pour rembourser ses prêts, surtout quand ce n'est pas l'emprunteur qui paye la note, mais la population !

    Avec ce nouveau traité budgétaire imposant l'austérité comme seule et unique politique économique en Europe, les gouvernements viennent de signer la tiermondisation du continent. Les criminels de la Troïka (Commission Européenne, FMI, BCE) sont en train de faire à l'Europe ce qu'ils ont infligé à l'Afrique et ses peuple : la misère, la pauvreté et la famine par le biais du garrot de la dette. En Europe, ils nous ont déclaré la guerre pour détruire des siècles d'histoire, aseptiser les cultures, piller les savoir-faire et les ressources. Bientôt, les temps deviendront très rudes. Ne nous laissons pas faire. Nous ne sommes pas des moutons en transhumance. Résistance !

Samuel Moleaud, européen en exil aux antipodes de la Terre.
10 Octobre 2012.

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