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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 19:40

Jeudi 18 février 2010, une junte militaire aurait investi le palais présidentiel à Niamey pour renverser le président (néolibéral) Mamadou Tandja, au pouvoir depuis 1999.
Crainte d’une nouvelle dictature, perte de légitimité, incertitude quant à des élections démocratiques, retombées économiques incertaines, peur de voir les intérêts de la France s’écrouler comme un château de cartes, les journaleux s’enflamment au grand bal mondain des hypocrites...
Je n’y étais pas, impossible donc d’écrire un article ayant une réelle portée journalistique, rapportant une expérience vécue, observée, ou des témoignages recueillis auprès de la population. Mais une chose me choque dans ce que l’on peut lire dans les grands titres de la presse à grand public.

La première chose frappante est le titre d’une dépêche de "Reuters" que je lis, les yeux rivés sur mon écran d’ordinateur : "Le coup d’Etat pourrait favoriser la démocratie au Niger".
Comme dans 1984, où le ministère de la vérité nous dit que la guerre c’est la paix et que la liberté, c’est l’esclavage ?
 
On savait déjà que le rôle des médias de masse de nos jours consiste moins à informer réellement le lecteur sur ce qui se passe dans le monde, que le maintenir dans le flou, quitte à masquer la vérité, pour que celui-ci pense dans le même sens que les élites qui gouvernent son pays.
Les mécanismes de propagande à notre époque sont d’habitude difficile à décrypter, de par la vitesse de transmission des données et la complexité des phénomènes à analyser.

Cependant, un exemple sans précédent de propagande a priori décomplexée semble s’inviter à mes yeux en ce jour de vendredi 19 février 2010 : un coup d’Etat militaire soit disant organisé avec la volonté du peuple au Niger, serait susceptible de favoriser la démocratie. Le titre apparaît comme quelque chose qui sonne faux, comme la révélation de deux évènements complètement antinomiques l’un et l’autre. Un peu du style "BHL est un philosophe", ou "Sarkozy, un démocrate socialiste"...
Bref, il me semble que lorsqu’une junte militaire s’empare du pouvoir, dissout les institutions et se proclame cheftaine du Conseil suprême (la suite n’a comme d’habitude, aucun sens) pour la restauration de la démocratie, cela ne fleure pas trop la démocratie. Même si elle renverse un président qui s’arroge par référendum le droit de briguer illégalement un autre mandat, il ne faut pas s’attendre à ce que des militaires au pouvoir ne rétablissent des institutions démocratiques !
 
Lorsque le 11 septembre 1973, des militaires s’emparent du palais de la moneda à Santiago du Chili, assassinent Salvador Allende pour prendre le pouvoir, s’agissait-il d’une restauration de la démocratie ? Tout dépend du sens que l’on donne au mot démocratie.
Lorsqu’un certain Chavez est réélu en 2006 président du Venezuela, chef du mouvement vers le socialisme, on crie haut et fort qu’il est un dictateur. Lorsqu’un coup d’Etat militaire survient en Françafrique, on scande que cela va restaurer la démocratie. Lorsqu’un pays expulse des afghans dans un pays en guerre, il n’y a nulle violation du droit international, lorsque qu’un palestinien lance des pavetons sur un blindé de Tsahal, c’est une déclaration de guerre... Cherchez l’erreur.
Le journaliste de Reuters aurait-il écrit le même titre si un groupe révolutionnaire, ou l’armée française se joignait au peuple pour renverser Nicolas Sarkozy par un coup d’Etat, pour y installer un conseil suprême chargé de la transition vers la restauration de la démocratie ? Rien n’est moins sur.

Bref, toujours était-il que Mamadou Tandja est un néolibéral. Au pouvoir depuis 1999, il rétablit des contacts avec les bailleurs de fonds occidentaux en infligeant à l’économie nigérienne des politiques économiques libérales, ce pour bénéficier des fonds internationaux (FMI, Banque Mondiale). Fort des garanties de libéralisme économique aux puissances coloniales de l’occident, Tandja réalise des coupes franches dans les budgets de l’éducation, de la santé, réduit les effectifs de la fonction publique, et la contestation sociale grandit et se généralise. Or, à chaque époque de crise politique et sociale, s’il y a changement de régime politique, c’est soit un régime socialiste proche des aspirations du peuple, soit un régime militaire fasciste, autoritaire ou autocratique qui se met en place. Dans un contexte de globalisation économique, où toute gouvernance des Etats est dictée par la loi du marché, il n’est pas difficile de comprendre que la mise en place d’un gouvernement socialiste dans un pays en crise politique constituerait une menace pour les élites capitalistes de la planète, et qu’ainsi, elles préféreraient le régime politique qui leur permettrait de maintenir leur puissance. Or, un régime totalitaire est bien plus bénéfique pour un empire économique occidental qu’un régime démocratique, même libéral, dans la mesure où il n’y existe nul droit du travail, nul droit de grève, ne parlons pas du syndicalisme et des luttes sociales, qui appellent à gangréner le monde de l’entreprise oligarchique.
 
Evidemment, un changement de régime par la force fait peur à la France, dans un pays où Areva, puissant groupe industriel français de l’énergie atomique, tire profit de l’exploitation de l’uranium nigérien.
Après avoir suspendu les vols de Paris à Niamey, (peut-on lire dans la presse) on apprend qu’il n’y aurait pas de danger pour Areva à la suite du coup d’Etat.
En fait, la transition d’un régime ultralibéral vers un état d’exception gouverné par une junte militaire, importe peu. Ce n’est pas l’instauration d’une démocratie qui compte, mais la survie des intérêts économiques de la France au Niger.
Avec 13.3 millions d’habitants, et 7.42 enfants par femme selon l’indice de fécondité, le Niger est l’un des plus gros producteurs mondiaux d’uranium, possède de nombreux gisements de pétrole, de minerai de fer et d’or, et figure pourtant parmi les pays les plus pauvres du monde. Areva, groupe industriel public français (filiale du Commissariat à l’Energie Atomique) et Total sont présents dans ce pays. On imagine alors très bien que pour la France, via Total et Areva, cette crise politique est à suivre de très près s’ils veulent continuer à piller les ressources de cette partie de l’Afrique.
Il faudrait demander à notre grand BHL reporter-chroniqueur-philosophe sioniste, lui qui sait tout mieux que tous, la réelle portée de la situation puisque je n’y suis pas allé, mais on peut douter de cette volonté affichée dans les colonnes journalistiques de restaurer la démocratie.
 
Enfin, bien que les théories du complot laissent souvent aller à de mauvaises spéculations, ainsi qu’à une propagande inversée tout aussi malsaine que celle de l’idéologie dominante, on peut tout de même supposer que ce coup d’Etat militaire puisse avoir été soutenu/voulu par la France et le quai d’Orsay. Oui, je spécule. Une chose que les médias français ne nous diront jamais, si tel est le cas, c’est le vrai fondement du renversement du régime de Tandja. Peut-être ne représentait-il pas assez les intérêts de Total et d’Areva, et que, pour le gouvernement français, et pour la communauté internationale, une dictature militaire est préférable pour pérenniser la domination juteuse des multinationales occidentales ? Les élites économiques, pour satisfaire à leur appétits bestiaux en capitaux, peuvent faire tomber n’importe quel gouvernement qui leur est opposé, ce scénario apparaît aujourd’hui plausible, même s’il reste sans réponse.
 
Une chose est sûre, dans tous les cas, c’est le peuple une fois de trop qui est le grand perdant de la partie.
 
Samuel Moleaud.

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Published by sam
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niger 23/02/2010 16:24


J'aime bien l'idée que vous véhiculez à travers cet article (l'idée du complot et tout), néanmoins vous passez à côté de la plaque car vous n'avez pas l'air de bien connaitre la situation
socio-politique du Niger. Même si ce qu'on raconte dans la presse internationale peut paraître bibon et certainement partisan, vous aurez dû consulter les médias nigérien pour faire une idée plus
claire du contexte. ce coup d'état à eu lieu pour très bonnes raisons (dans ce cas précis, pour mettre fin à la 6ème République illégale et impopulaire de M.Tandja), il faut plutôt voir dans ce
coup de force l'attachement aux principes démocratiques du peuple nigérien, qui n'a eu que le malheur d'avoir de mauvais dirigeants. Et pour terminer, on peut s'attendre certainement à ce que la
junte (qui se nomme d'ailleurs Conseil Supérieur de Restauration de la Démocratie) rende le pouvoir aux civils et organise des élections libres et transparentes dans les plus brefs délais (comme ce
fut le cas lors du dernier coup d'état en 1999). Pour finir je pense qu'il y a eu certainement intelligence avec l'extérieur (France, USA). La france vous savez déjà pourquoi; quand aux USA
personne ne se doute de l'influence qu'ils ont pû avoir (pourtant ils étaient au moins aussi concernés que la France)!!En effet saviez-vous que suite aux sanctions qu'ils ont imposées au régime de
Tandja, ce dernier a pris contact avec l'Iran dans l'optique de lui vendre de l'Uranium?(eh oui! ça personne n'en parle), c'est vraiment la preuve de ce que vous avancez "le rôle de désinformation
et d'intoxiquation des masse médias soumis aux intérêts de pays, de consortiums et d'individus peu scrupuleux...


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