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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 13:45

 

 

 

 

Nous vivons une époque merveilleuse où nous sommes tous gouvernés par la stratégie du chaos, perdus entre nos aspirations sociales et nos contradictions, tous mus par nos instincts dits biologiques, qui rendent impossible les premières.

 

            Dès l’enfance, nous apprenons la différence de l’autre, la misère d’ici bas, à devoir courber l’échine, ronger son os et embaumer les formes diverses d’autorités qui nous oppressent, de courbettes aliénantes et toujours plus déshumanisantes. Chaque instant devient une réflexion cognitive intérieure, chaque espace devient une portion de terre à conquérir pour s’y sentir épanoui, enrôlé de force dans un combat titanesque que nous devons gagner, si l’on ne veut pas choir atomisé par tout ce que recouvre la soumission consentie à ce fascisme institutionnel coercitif. Les chiens de gardes, marchands du Temple et autres technocrates d’affaires maquillés en forme d’hommes politiques, font miroiter des rêves là où, tantôt chassés de leur quartier par des promoteurs immobiliers sans être relogés, ou ghettoïsé dans une cage à HLM partagée à dix, tantôt crevant de froid au pied des immeubles inhabités, ou privé d’eau par une multinationale quelque part en Afrique subsaharienne, survivre devient un mode de vie pour des milliers de gens.

 

Il paraît que l’on appelle ça la lutte acharnée pour la reconnaissance sociale et la confiance en soi de l’acteur socialisé, mais si perdu qu’il en arrive à se sentir aimé auprès des hyènes affamées qui ont dévoré toutes ses acuités de pouvoir enrichir la plus vertueuse des capacités humaines, celle qui nous permet de penser. Tout ce qu’il y avait de plus beau qui avait été intériorisé par l’acteur devenu spectateur de sa propre vie, est peu à peu vidé à mesure que se consomment et se dévorent télévision, radio, journaux et publicités. C’est la danse macabre des esclaves charmés par leurs assassins, qui admirent dans la souffrance et la rage si dangereuse à extirper qu’elle est ravalée, la mascarade de leurs rois bourgeois et fidèles serviteurs qui se pavanent impunément devant des tonnes de richesses accaparées.

 

La vie sociale serait dominée par la nécessité de s’organiser en hiérarchie, de s’y positionner, et de pouvoir y jouir de rétributions collectives que donne cette fourmilière d’esclaves sans chaînes en activité. Pour le bonheur de tous, disent les maîtres. Mais ceux a qui les messages discursifs et publicitaires sont destinés savent mieux que quiconque, consciemment ou non, que les palabres affublées en forme de rêves selon lesquels tout effort mérite une rétribution salariale équivalente, sont des chimères nauséabondes. Ils savent ici-bas, que le bonheur vendu est trop cher, et que même si l’on parvient à s’immiscer dans une quelconque telle sensation, bien que la liberté qu’il procure soit une affaire de subjectivité, ils savent que les lois scélérates des hommes font que nous seront toujours les fossoyeurs de notre propre moindre petite brindille de bonheur desséchée par le soleil de fin d’automne. Les nouveaux soldats sont des criminels scrutant les tableaux des places boursières pour spéculer sur la vie, obéissant aux chefs tribaux des corporations transnationales, et exploitant leurs proies salariées dans l’univers concentrationnaire que représentent les espaces de vies professionnelles où l’on est payé pour creuser nos propres fosses communes.

 

Quand une multinationale s’engraisse, c’est toujours la masse salariale qu’on presse, direction chômage lorsque le fruit est usé, et stress, angoisse, cancers, dépressions sont là pour aider l’empire pharmaceutique à débiter ses armes de destruction massive. Entre travailler, se torturer pour vivre, et survivre au travail pour y mourir cliniquement ou physiquement, la carte des menus semble quelque peu avariée. Mais pourtant, tout le monde ici bas continue, par obligation, de pointer au même restaurant.

 

L’ingéniosité cruelle des Hommes fait qu’ils ont créés machines et outils performants pour lui faciliter la tâche et réduire les temps de travail, à un point tel qu’il n’y aurait quasiment plus besoin de postuler pour demander du turbin. L’humain du 21ème siècle pourrait réduire de moitié sa cadence de travail, en vertu de ce qu’il appelle progrès technique, recherche et développement, innovation et investissement, sans en altérer l’émulation nécessaire à la prééminence de la vie en symbiose avec chacun de nous tous, pourrait être animé par le respect et l’amour de tous. Et pourtant, les prédateurs de ce monde apocalyptique et suicidaire, globalisé par la mafia du crime, continuent de saccager les écosystèmes et d’exploiter la force de travail de ses serfs en captivité macroéconomique. L’appât fut long à s’installer, pour que nous mordions à l’hameçon, malgré que la proie fût originellement facilement malléable et manipulable. Il restait ensuite à bombarder les hémisphères cérébraux d’une myriade de termes dont on avait préalablement et scrupuleusement veillé à ce qu’ils soient complètement vidés de leur substance.

 

Pour que la calèche des grands costumés revienne luxuriante de la partie de pêche, il leur fallait donc tout simplement dissimuler tout le vocable de la novlangue libérale derrière un vocabulaire qui serait accepté par tous, pour ainsi ratiociner sur les intérêts de classes cachés et en récolter les fruits électoraux.

Liberté devenait travail, socialisme devenait terrorisme, information fut transformée en vérité, et colonialisme moderne fut caché par le doux sobriquet d’ingérence humanitaire. Enfin, la mise à mort sociale des dominés devenait plan-social, pillage organisé fut changé en gestion des ressources. Bombardement d’innocents à l’uranium se changeait en opération de pacification, et impérialisme devenait démocratie.

 

Dans ce monde en guerre perpétuelle où chaque parole oscille entre mécanismes de manipulation conscientisée ou involontaire, et entre fausse sincérité pour que vivent les intérêts de classe de quiconque doit rendre des comptes à un groupe social donné, c'est-à-dire tout le monde, chaque individu ayant été institutionnellement endoctriné, préparé pour obéir aux règles conformes qu’il n’a nullement décidé. Dans ce même monde où s’accélèrent à une vitesse incommensurable toutes sortes de turpitudes et de turbulences, sombrant aisément par facilité dans un état d’hypnose maladive, l’individu, en tant qu’acteur réflexif, humaniste et altruiste envers son prochain, n’a de place que dans l’imaginaire collectif impalpable de la résistance militante.

Les lions et les vautours se sont faits rois et dieux, difficile pour nous, simples petites antilopes, de pouvoir échapper à leurs lois et d’ouvrir les yeux, dans l’ivresse réactionnaire du système qui ne sème que colère et détresse. Voici là un monde merveilleux où des êtres humains, dont la famille d’origine élitaire sur fond de fleur de lys leur a permis de naître en haut de l’escalier, dictent des mots crasseux pleins de démocratie et de liberté aux bas sujets nés sous le paillasson, écrasés par les bottes terreuses de la bourgeoisie, qui se nourrissent au prix de leur sueur et de leur chair. Qui n’ont donc que difficilement la possibilité d’observer ce qui se trame aux plus hauts niveaux de l’escalier.

 

Chaque activité au service d’un autre devient l’amour de la prostituée pour son proxénète, le désir de se dire que la réception d’une fausse stabilité à contrat indéterminé permettra d’en distiller des consolations de pulsions consuméristes. Ce pour que vive le bonheur personnel et matériel des clowns sataniques qui tyranniquement tirent les ficelles du pantin en bois. Au final, il n’existe de luttes que celles pour manger, sans se réapproprier les dispositions économiques qui transformeraient des droits sociaux en biens communs non privatisables. On se met en pièce pour de l’espèce dans cet enfer moderne où nous sommes reliés à une course contre la montre. On court après l’argent, le confort matériel, sans se rendre compte que cette compétition vers l’illusoire mène celui qui la conduit à mourir sans avoir vécu.

 

            Ces paragraphes de lamentation noircies, en forme de peurs enragées pour l’avenir égaré de la société qui me fait évoluer et que j’aimerais aimer, étant expulsés avec tant de pessimisme, il faut paradoxalement garder à l’esprit que la vie est le seul luxe qui ne se monnaye pas encore, et qui nous permet de convertir nos sentiments de révolte désemparées en espoir qu’un jour, peut-être imminent ou encore infiniment très loin, toutes les civilisations marcheront unies, sans douleurs et sans crimes, vers la liberté et l’égalité mondialisées.

Des pavés aux urnes de vote, l’engagement collectif et la rage de ceux qui n’ont rien, manque cruellement de barricades et de communes autonomisées de ce pouvoir politique ploutocratique. L’espoir fait vivre, il nous fait aussi défaut, car comme tout sentiment, il empêche de voir clairement et avec recul le fond des choses. Car ayant l’espoir que la société se collectivise quelque peu pour conserver ses droits et sa dignité de ne pas sombrer dans le fascisme et la haine de l’autre, comment croire qu’un chien enragé pourra être raisonné pour contenir sa violence ? En substance, on peut toujours rêver…

 

 

 

Samuel Moleaud

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commentaires

NARDOOM 31/03/2011 16:10



Ce texte est le parfait écho de mes pensées mais décrit avec un vocabulaire plus riche, et de ce fait ça a plus de gueule. Nombreuses sont les "antilopes" qui prennent conscience de cette triste
réalité, mais sont-elles assez pour tenter de changer cela? Non. mais bientot surement... bientot.



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